C'est sur le très bon site de My Boox

VOLEURS DE TEXTES

Les affaires de plagiat défrayent régulièrement la chronique, mettant le monde littéraire en émoi. Dans ''Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule'', Hélène Maurel-Indart, spécialiste du sujet, détaille cette pratique et livre une analyse vivante et sans concession.

Hélène Maurel-Indart en un clin d'?il

Hélène Maurel-Indart est professeur de littérature à l'université François Rabelais de Tours. Lire la biographie d' Hélène Maurel-Indart.

Pourquoi on aime "Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule"

Le plagiat est un crime qui, curieusement, ne nuit pas toujours à son auteur. Le culot, la notoriété ou un habile plan de communication avec des aveux bien ficelés permettent à bien des accusés de s'en sortir à bon compte. Quant à la victime, dont le nom est souvent inconnu, si elle se manifeste, c'est à peine si elle est l'objet de compassion. En somme, le plagiat est souvent une illustration de la loi du plus fort.

Hélène Maurel-Indart, depuis des années, s'attache à théoriser ce type de pillage, mais aussi à le combattre, prenant la défense des "besogneux thésards" et autres auteurs discrets. Dans Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule, elle revêt le costume du commissaire et nous livre une enquête scientifique, façon les Experts appliqués à la littérature souvent avec un humour plaisant et satirique. Chaque élément du crime (mobile, témoin, complice, mode opératoire, système de défenseâ?¦) est nourri d'exemples variés. L'auteur décline les différents profils de plagiaire : "narcissique", "hédoniste", "visionnaire". Elle les illustre avec des personnages de romans comme Simon Simonini, dans le Cimetière de Prague d'Umberto Eco (victime lui-même d'emprunts par Louise Peltzer présidente de l'Université de la Polynésie française). Elle donne aussi de nombreux exemples réels, tel, récemment, Patrick Poivre-d'Arvor, pillant une ex-compagne pour un roman et "victime" pour sa biographie d'Hemingway de son nègre inavoué, plagiaire d'un biographe américain. Même s'ils sont moins médiatiques, les plagiaires sont aussi légion à l'université : il y a l'étudiant paresseux bien sœur mais aussi des gens éminents comme un recteur de l'université de Fribourg ou encore Pál Schmitt, professeur et chef de l'État hongrois.

L'auteur rappelle également que l'emprunt, bien qu'avéré, peut ne pas être condamné car trop difficile à prouver concrètement. En effet, les idées sont dans le domaine public et seule l'analyse de ces dernières est protégéeâ?¦ Patrick Griolet, auteur d'un lexique de la langue cajun, a vu ainsi ses recherches exploitées par Jean Vautrin, pour un roman couronné par le Goncourt, sans obtenir la reconnaissance de son travail. Le plagiaire peut même aller jusqu'à citer ponctuellement en note l'auteur pillé ou le remercier afin de cacher l'ampleur du larcin. Tous les moyens sont bons pour maquiller son crime.

Même si rien n'arrête le voleur motivé, Hélène Maurel-Indart montre aussi qu'à l'ère du numérique le plagiat devient plus compliqué. De nombreux documents sont numérisés : facilement accessibles, il est plus dangereux de feindre d'en être l'auteur. Sans compter les logiciels antiplagiat et les moteurs de recherche pouvant révéler un emprunt à partir de quelques phrases seulement. Il arrive cependant que le vol soit effectué dans un but créatif. L'auteur donne ainsi l'exemple de Pérec et "ses collages façon puzzle" ou d'Antonin Artaud réécrivant une traduction du Moine de Lewis. Au passage, elle pointe du doigt ces plagiaires qui, reprenant le principe de ces écrivains, ne font que "saboter le modèle" sans art.

Bien sœur, en expliquant les différentes techniques même les plus retorses, en pointant les failles de chaque méthode, l'ouvrage a des allures de manuel pour le plagiat parfait. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le livre a une morale : il n'y rien à gagner à voler et il vaut mieux faire confiance à sa réflexion, à sa créativité. On peut ainsi, en forme de conclusion, opposer la figure de Willy, compagnon de Colette qui, raconte l'auteur, a exploité les autres au lieu de tirer parti de son esprit à Balzac, qui, loin de redouter la fin de l'inspiration, déclara : "ce monde est grand, et la cervelle humaine est aussi vaste que le monde."

La page à corner

Edgar Allan Poe a mis en scène des personnages se livrant notamment au remplissage, piquant des phrases ici ou là : "Ce que révèlent ces drôles de contes, c'est que la conscience de Poe a eu maille à partir avec les tentations du plagiat et qu'il s'en est, au bout du compte, fort bien tiré par d'artistiques pirouettes."

Ariane Charton, le 24 janvier 2013