Je me permets de reprendre ici l'édito très intéressant publié dans le journal professionnel de l'édition.

Repartir sur d'autres bases

Les effets de la crise économique deviennent de plus en plus concrets. Après Max Milo, en redressement judiciaire,François Bourin éditeur vient d'être mis en liquidation avec continuation de l'activité. Beaucoup d'autres maisons d'édition petites et moyennes risquent d'être contraintes de les suivre, comme de nombreuses PME en France. Les banquesont fermé les robinets et ne consentent plus d'avance de trésorerie. Au grand dam des petites structures, toujours à flux tendus.

Dans l'édition, le gel des en-cours pendant la période d'observation de quatre ou six mois peut permettre d'attendre le prochain best-seller annoncé. C'est ce que promet jean-Charles Gérard, le fondateur de Max Milo. Mais le manque de trésorerie pèse particulièrement sur les petits éditeurs, qui se sont multipliés ces dernières années, comme en témoigne, dans ce numéro, l'analyse des données issues de la base Electre. En 2012, 4.534 éditeurs avaient publié au moins un livre, contre 4.460 en 2011. Ils étaient 2.622 il y a quinze ans.

En librairie, les liquidités manquent aussi cruellement. Interrogés par 1+C pour Livres Hebdo, les libraires sont 42% à déclarer que leur trésorerie a encore baissé au 4e trimestre 2012. Ces tensions financières qui affectent les deux bouts de la chaine expliquent à elles seules la flambée des retours qui, après avoir atteint 29% au dernier trimestre, vont battre de nouveaux records ce mois-ci.

Plus que l'abondance de la production (qui continue d'augmenter légèrement, de 1,7% avec 65.412 titres publiés en 2012 contre 64.000 en 2011), c'est l'ampleur des mises en place qui parait inadaptée. Soucieux de renflouer leur trésorerie, éditeurs et diffuseurs cherchent à vendre le maximum de livres là où ils le peuvent (hors des grandes librairies qui ont les moyens de maitriser leurs assortiment). Et les libraires dans la foulée, retournent les livres en fonction de leurs propres besoins, quitte à les commander à nouveau quelques jours plus tard.

La baisse de la fréquentation des librairies en ce début d'année accentue dramatiquement un système devenu fou. Il faudrait, de toute urgence, instituer une sorte de moratoire qui permettrait de repartir sur d'autres bases. En associant banques, pouvoirs publics, éditeurs et libraires.

Christine Ferrand, le 22 février 2013