Sur cet excellent site littéraire, Abeline évoque le dernier roman de Marie Lebey :

« Mouche » est le surnom de sa mère, que l'auteure « apostrophe » dans le titre de son dernier livre. Mouche' sans ce petit signe typographique distinctif ne serait qu'une femme affublée d'un surnom charmant, alors qu'ici, cette mère épinglée est sacrée personnage bien au-delà du roman.

D'entrée le ton est donné. Avec son humour léger et décalé, l'?il pétillant de Marie Lebey observe et pointe un portrait « analytique » de cette mère hors-norme. Débordant l'exercice d'admiration (on repense d'ailleurs au précédent roman de l'auteur si impregné de Modiano), l'auteure souligne la propension exaspérente de Mouche' à trouver tout ce qui l'entoure digne de cette fameuse admiration.

Le sujet de ce roman est bien l'exploration de la filiation, et les multiples chemins de traverse de la transmission. Les souvenirs d'enfance de la mère, augmentés par l'histoire des origines familiales, historiques ou géographiques, imprègnent l'imaginaire de la future écrivain. Les visons artistiques d'une Mouche' vibrillonante dans le Paris du début de son mariage pétrissent la jeune fille en devenir.

Mais la mort, successivement du père et de la soeur, vont briser la famille et enterrer vivante Marie Lebey que sa mère ne « voit » plus. On comprend l'importance désormais de l'écriture pour se sauver, s'exprimer, mieux vivre, ainsi que la quête esthétique permanente, car la beauté seule attire l'attention selon Mouche'.

Marie Lebey trace une route littéraire talentueuse à travers une vision tendre de la vie, sans jamais se départir d'une lucidité envers les aspects grotesques ou tragiques du réel.

La littérature est sa baguette magique depuis que les sortilèges ont disparu.

Restent l'énergie combattive de Mouche' et celle follement gaie de Marie Lebey, reste l'apostrophe dernière d'une fille à sa mère :

« N'oublie pas, quand tu partiras, de laisser la lumière du couloir allumée ».

Abeline, le 12 mars 2013