Une (sale) histoire d'oeil.

Une sale histoire, film maudit, désespéré mais génial d'un réalisateur maudit, désespéré (suicide en 1981) mais génial (Jean Eustache) fait l'objet aujourd'hui d'un traité philosophique de Laurent de Sutter : Théorie du trou.

Tout film machine une idée - mais "Une sale histoire" le fait peut-être davantage que d'autres., note l'auteur. Par sa forme vertigineuse, deux parties identiques et en miroir, autant que par son propos : deux hommes y assument à la première personne la même "sale histoire", avec les mêmes mots, devant le même type d'auditoire.

Un trou dans la porte des toilettes d'un café, offrant une vue directe sur le sexe des femmes, devient obsession. Seule différence : dans la première partie, l'histoire est racontée par un acteur (Lonsdale), tandis que, dans la seconde, elle est dite par son auteur (Jean-Noël Picq).

Une histoire d'urinoir donc, dans un dispositif duchampien (trou et répétition). Ce n'est pas Duchamp qu'y retrouve Sutter cependant, mais Bataille, un Bataille relu à l'aune de la mélancolie et de l'épuisement des années 1970 : autour de l'axe oeil-sexe, faux et vrai, haut et bas, norme et anormalité se mettent à tournoyer avec une force de perversion implacable.

Mariane Dautrey.