REINE DES SECONDS RÉLES.

Angie David a retracé le DESTIN de cette comédienne émigrée qui épousa Georges Bataille avant de lui préférer Lacan...Émouvant.

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais vous n'avez pas pu oublier son visage bouleversant dans la merveilleuse Partie de campagne de Jean Renoir. C'est elle qui interprète la fille de commerçants tombée follement amoureuse d'un pêcheur.

Elle s'appelait Sylvia Bataille (1908-1993). Angie David a décidé de lui redonner vie dans une biographie. Bonne idée, tant cette femme gracieuse aura traversé toutes les aventures artistiques de son siècle.

Issue d'une famille juive originaire de Roumanie, Sylvia Makles fréquente très tôt les surréalistes et épouse Georges Bataille, adepte invétéré de la transgression orgiaque, tant dans ses livres que dans sa vie (pour le plus grand malheur de ses compagnes).

L'une des soeurs de Sylvia, Rose, deviendra, elle, l'épouse du peintre Masson. On baigne donc dans les rivalités de chapelles surréalistes et apparentées - mouvance Limbour, groupe Octobre, tendance Leiris, etc.-, au point de s'y perdre un petit peu...

Devenue comédienne, sylvia enchaîne les rôles d'adolescentes romantiques, sans jamais vraiment crever l'écran, si ce n'est dans cette Partie de campagne, qu'un tournage cauchemardesque - pluie continuelle et tensions électriques au sein de l'équipe - laissera inachevé.

Lassée des frasques de Georges Bataille, un beau jour, au café de Flore, elle a le coup de foudre pour un jeune psychanalyste : Jacques Lacan. Elle l'épouse. On s'en doute, ce n'est pas auprès de ce clinicien égocentrique et volage que Sylvia trouvera la sérénité. D'autant que la guerre mettra fin à sa carrière cinématographique.

On ressort partagé de cette promenade biographique sans la moindre note ni référence bibliographique, qui, curieusement, fait l'impasse sur les quarantes(!) dernières années de la vie de Sylvia Bataille. Et les apartés naïf d'Angie david sur sa propre fille n'éclairent guère le propos.

Reste néanmoins le destin d'un émouvant second rôle - sur les écrans et, plus cruellement encore, dans la vie...

Jérôme Dupuis, le 5 septembre 2013