Lilian Auzas est né en 1982. Il est l'auteur de trois romans parus aux éditions Léo Scheer et formant sa « trilogie totalitaire » consacrée à la vénéneuse séduction du mal : Riefenstahl (ao?t 2012), Charlie Fuchs & le monde en marge (juillet 2013), et La Voix impitoyable (ao?t 2013).

Sur son blog : SOPHIELIT, Sophie Adriansen pose la question :

Pourquoi écrivez-vous, Lilian Auzas ?

Il m'est difficile de répondre à cette question. Je ne saurais dire pourquoi. Maintenant que j'ai un éditeur, et que j'ai publié trois livres, plein de questions m'assaillent. La plus violente étant : « comment ai-je fait pour vivre avant ? »

Depuis longtemps, loin, loin dans mon enfance, je ressentais physiquement un vide dans mes entrailles. Une sorte d'état de manque. Bien s?ur, je n'ai pas compris du jour au lendemain que l'écriture pouvait me remplir le ventre, me nourrir. Me faire exister.

J'ai toujours eu une imagination fertile, il ne me manquait qu'un moyen de l'exprimer. Le passage à l'acte fut terrible, difficile ; j'étais handicapé par une peur incommensurable et une timidité assez rigide. Parce qu'au-delà de la question primordiale portant sur la qualité de ce que l'on produit ' suis-je bon ? ' on peut surtout se perdre dans les rets de sa propre écriture. S'enivrer. Devenir comme un joueur. L'hygiène tient en un seul mot : respecter. Si l'on respecte la page, les mots, l'encre, et l'idée que l'on transcrit, alors oser devient permis. Le temps fait le reste. On m?urit avec l'usure de sa plume (ou des touches de son clavier).

J'écris parce que j'en ai l'envie. J'ai envie d'exister. Ecrire c'est naître. Je suis né avec Riefenstahl, je suis né avec Charlie Fuchs & le monde en marge, je suis né avec La Voix impitoyable. J'espère pouvoir naître encore.

Ces renaissances me comblent autant qu'elles me donnent le vertige. La hauteur alimente ma peur viscérale. Alors j'écris encore. C'est vicieux ; mais pas malsain. Un jour, je devais avoir 18 ou 19 ans, j'ai lu sous la plume de Madame de Staël « c'est pour les malheureux qu'il faut écrire. » Ce sont les premiers mots de ses Réflexions sur le suicide. Comme un miroir réfléchissant, j'ai tout de suite su que Madame de Staël cherchait avant tout à se sauver elle-même en écrivant cela. Quoi qu'il en soit, je n'ai jamais perdu cette phrase de mon esprit.

Que l'on cherche à dénoncer, que l'on fasse un éloge, ou tout simplement que l'on divertisse, il faut écrire avec respect. Se respecter soi-même et respecter les autres. Alors, c'est ce que j'essaie de faire. J'écris parce que j'espère pouvoir respecter la vie et ce monde. J'écris parce que je ne sais pas faire grand chose d'autre non plus. Sans l'écriture, je ne dirais pas que je me suiciderais, je n'en ai pas le courage, encore moins l'envie. Sans l'écriture, je serais un peu l?che, tout en fadeur parce que triste. Je suis donc obligé d'écrire.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

S'il y a bien une chose dont je ne me sens pas capable, encore moins légitime, c'est bien de prodiguer un quelconque conseil en matière d'écriture. Il n'y a pas de méthode miracle, ni de rythme efficace à 100 %. C'est à chacun de trouver ses marques. Il n'y a que l'écriture. Ecrire, écrire et encore écrire. Le style apparaît petit à petit. Alorsâ?¦ écrivez ! Encore et toujoursâ?¦ Ah si, et (re-)lisez les Lettres à un jeune poète de Rilke. « Rentrez en vous-même. »

Propos recueillis par Sophie Adriansen, le 11.09.2013