LE COUP DE COEUR DE JÉRÉME GARCIN

SYLVIA M'ÉTAIT CONTÉE.

Voici le livre le plus peuplé et le mieux fréquenté de la rentrée.

Il donne même le tournis. On y voit en effet passer, des années 30 aux années 50, Occupation comprise, tout ce que la littérature, la pensée, l'art, le thé?tre, le cinéma, la psychanalyse a produit en France de plus neuf, de plus audacieux, parfois de plus révolutionnaire.

Au centre de ce maelström, il y a une femme, Sylvia Macklès (1908-1993), dont Angie David, la Biographe de Dominique Aury, raconte de manière très personnelle et très empathique la folle jeunesse (comme si eslle ne voulait pas faire vieillir celle qui a détruit ses propres archives).

Fille d'immigrés juifs roumains, cadette de soeurs qui épousèrent, au sens propre, le mouvement surréaliste, Sylvia, "corps longiligne et yeux charmeurs" fut la femme de Georges bataille, puis celle de Jacques Lacan - aussi ambitieux, priapiques et infidèles l'un que l'autre -.

Par quel miracle l'éternelle Hentiette de la "Partie de campagne" de JJean Renoir, et des films de Pagnol, Carné, L'Herbier (Preuve qu'elle est mauvaise actrice, disait sa soeur Rose, elle meurt toujours au début des films", a-t-elle réussi à se faire un prénom, se forger un destin, garder sa liberté?

C'est à quoi répond Angie David, entre les lignes de ce roman vrai où, dans les pas d'une Sylvia qui e?t voulu être danseuse, l'on glisse de la fortune à la misère, de la BnF aux bordels, de Montparnasse à Marseille, de la fête à son regret. Et de Sylvia à Angie.

Jérôme Garcin, le 17 octobre 2013