Une révolte dérisoire

Pierre a quitté Chambéry et ses montagnes qui arrêtent les regards, pour gagner la capitale, devenir documentaliste à Radio France. Il découvre Paris, il est seul, une angoisse sourde ne le quitte pas. Il s'aventure dans les rues de son quartier, comme on descend un fleuve inconnu. Il rencontre une jeune parisienne, Josépha. Il y a en elle « une inquiétude, peut-être, mais noble et tranquille, et qui ne semblait vouloir prendre revanche sur rien. Dans le regard qu'elle posait sur Pierre il y avait un désir de connaître, et de se faire connaître, et nulle précaution ». La journée passe, et la nuit. Le lendemain, Josépha est partie, Pierre ne sait où la retrouver et continue ses excursions. Il cherche la nature, par habitude, par manque, ne la trouve qu'en cage ou en morceaux. Pourtant Paris se dévoile un peu plus chaque fois. Pierre s'acclimate. Une sorte d'amitié mal fagotée le lie à sa voisine, Rebecca, thésarde enthousiaste, puis au compagnon de celle-ci, Dan, autre thésard désabusé. Pierre découvre peu à peu son environnement et ceux qui l'habitent. Après la terre, les hommes. Dans une succession de rencontres, qui sont autant de vignettes composées avec soin, le lettré parisien se présente à lui sous tous ses avatars : universitaire subversif, poète nimbé de silence, journalistesâ?¦ Pierre parle peu, écoute beaucoup, rumine autant, commence même à s'amuser, de plus en plus ' et le lecteur avec lui. Dans ce roman à scènes composé en duo par Clément Bosqué et Emmanuelle Maffesoli - et dont chacune conserve son propre rythme, son propre ton, et leurs variations intérieure -, on ne guette pas une révélation qui illumine ou qui console. Parmi ces élans contrariés, au milieu de tant d'hypothèses, on ne reconnaîtra pas de héros. Chacun gagne autant qu'il perd. Il n'y aura, au final, qu'une révolte brève, dérisoire, qui ressemble à une forme d'innocence.

John Saint-Croix, Les Lettres Françaises, n? 108, octobre 2013.