Deuxième héros, Paris : non pas le Paris du motard, mais celui du marcheur ou du métro. De rencontre en amitié, d'amour en catastrophe, les quatre héros principaux (Pierre, Josépha, Dan et Rebecca) se croisent, échangent des paroles et des rôles, s'effleurent, voire se touchent (en rêve plutôt) dans une réalité vague, floue, qui s'apparente plus à un déroulé d'images, une sorte de fondu enchaîné d'impressions qu'à un récit. Le temps, dans tous les sens du terme, la météo, l'heure, la durée et le lieu, les lieux font lien.

Le livre d'Emmanuelle Maffesoli et de Clément Bosqué se situe résolument « dans la postmodernité » (au sens sociologique du terme, pas littéraire). Les auteurs ne sont pas nostalgiques, sinon peut être de l'été et de la clarté, encore qu'ils aient l'air d'apprécier plus le changement de saison que l'une d'elle en particulier. Un peu comme les enfants d'ailleurs, « Mimi cracra » à qui on a acheté des bottes et un ciré neufs et qui n'en peut plus de voir chaque matin le soleil. Elle finit sous la douche. On retrouvera ce côté enfantin en conclusion de Septembre! Septembre! : « Et il y eut la joie fébrile d'être regardé et illuminé, et la peur de ne plus l'être, un lien d'enfance et immémorial, soulevant leur ?me, et une angoisse qui fit qu'ils voulurent se serrer. »

En général, ce qui caractérise ce livre et c'est pourquoi je pense qu'il est plus dans la postmodernité que nostalgique de la modernité, c'est son absence totale de jugement critique. Certes, quelques figures emblématiques germano-pratines sont épinglées, et l'on pourra s'amuser à chercher des clefs. Mais ces portraits, ces interviews, ces séquences radiophoniques, ces cours pour troisième ?ge à la Sorbonne, ne sont que des prétextes à décrire des ambiances, des lieux, des odeurs. Les arguments disparaissent derrière les nuages, de la même façon que les dialogues se finissent en rêves ou se résolvent en évènements dont on ne sait plus quelle réalité ils ont.

Ce livre est ainsi bien de notre temps :

â?¢ L'absence de vrai héros. Le Pierre de Septembre! Septembre! a une vie relativement ordonnée semble-t-il, on sait d'où il vient et pourquoi il est là, il est abonné au gaz et peut-être même en CDI puisqu'il a pu louer un appartement. Il rencontre deux femmes, il embrasse l'une, il fait l'amour en rêve avec l'autre, mais rien n'est explicité. Héros qui n'existe que dans les diverses situations qu'il traverse et relations qui ne sont jamais nommées, classifiées, analysées, tout juste évoquées.

â?¢ Une absence de frontière entre réel et irréel, ou un réel gros d'imaginaire et un irréel plus réel que la réalité. Dans Septembre! Septembre! les rêves sont relatés comme tels et même identifiés ex post ainsi, mais les lectures peuvent être à plusieurs voix. Ainsi de la fin, triste pour certains, « bien fait » pour d'autres et pour moi participant de l'évènement onirique fondateur d'un amour fou. Cette possibilité de lecture à plusieurs oreilles ou plusieurs vues est caractéristique des ouvrages contemporains, mélangeant les genres (poétique, argumentatif, narratif et fictionnel) et les points de vue.

â?¢ La description d'une nouvelle forme de nature, ni ruraliste, ni écologiste, mais urbaine. On l'a dit, Septembre! Septembre! se passe à Paris, uniquement à Paris, aucune incursion hors de la ville. Mais pourtant la nature est là, omniprésente. On est dans une sorte de jungle, de pierre et de feuilles : les arbres, ceux de la TGB, ceux de l'avenue du Trône ou du boulevard Saint-Germain, leur pollen, leurs feuilles mortes sont omniprésents. Rien de documentaire pourtant dans cette description, on penserait plutôt à un grand jeu de Playmobil, sorte de mélange de l'école, de la ferme et de la jungle. Sans oublier bien s?ur le zoo omniprésent, l'animalité décidément et fermement complice des humains.

â?¢ Le héros est un enfant, peut-être un enfant éternel.

Pierre n'est pas (et surtout pas) critique, ni même journaliste ou écrivain, il n'est pas non plus poète, ni marginal d'ailleurs. C'est un personnage banal, une sorte d'adolescent attardé, absorbant comme une éponge des ambiances et des situations. Il est dans cet ?ge de la vie où l'on endosse successivement différents rôles, on les essaie sans s'y figer, mais il n'est pas du tout certain qu'il s'agisse d'un héros réaliste et que donc un jour il grandira. De la même façon qu'il pense que lire, être lecteur, c'est se parer d'un petit bonnet rose et s'asseoir dans un fauteuil, être adulte, c'est peut-être et ce sera toujours « jouer à l'adulte ou plutôt « aux adultes » comme à un jeu de société. Dans la famille « les grands », je demande : « Je est un autre ». Celui qui se nomme le Poète. Septembre! Septembre! est un roman totalement poétique.