Accueil
Actualité
Catalogue
A paraître
Blog des ELS La Revue Littéraire
TV6



jeudi 12 juin 2014

2205. "Métaphysique de la putain" de Laurent de Sutter par Tristan Garcia dans Transfuge

Les bordels de l'être

Le philosophe belge Laurent de Sutter fait de la prostituée la figure lucide de notre époque

par Tristan Garcia

De livre en livre, Laurent de Sutter entreprend de " défoncer " la vérité, c'es-à-dire de lui retirer tout son fond.

Que reste-t-il ? L'image même de la putain, répond son nouveau texte, sibyllin.

Renouant avec la définition de la pornographie, qui est la peinture des prostituées (depuis Parrhasios d'Ephèse), Laurent de Sutter évite, dans ce petit livre érudit et sincère d'un style impeccable, les lieux communs des débats publics sur la sexualité tarifée. De la prostituée, il fait plutôt l'emblème d'une métaphysique originale, où tout se paie. Avec la raideur classique de Pascal Quignard et la souplesse pop de Slavoj Zizek, Laurent de Sutter conduit le lecteur dans les bordels de l'être, sur les pas de Charles Bukowski qui célébra, un jour de pluie à Hambourg, les putains comme des " êtres éternels ", plus humains que les êtres humains.

De la putain, Laurent de Sutter fait une image et une idée. La sociologie de la prostitution ne l'intéresse pas : c'est l'idéal de la putain, de Baudelaire à Goya, d'Utamaro à Genet, qui le fascine.

Au fil de courts paragraphes qui dessinent une déambulation urbaine dans quelques oeuvres choisies avec goût, Laurent de Sutter se met en chasse. En quête de la vérité comme d'une prostituée sur les boulevards, il déambule dans la Lulu de Wedekind et de Berg, parmi quelques bandes dessinées (Valentina de Crepax, 23 Prostituées de Chester Brown, Pink d'Okazaki), en passant par les lettres de James Joyce à sa femme Nora, les reportages de William Vollmann ou le cinéma de Godard.

Adoptant la position de Karl Kraus, Laurent de Sutter découvre que dans le monde capitaliste de l'équivalence universelle, où tout s'échange, la seule qui ne fait pas exception, c'est la seule qui a raison. La prostituée qui se vend, dans un monde où tout s'achète, est l'unique personne vraie. Tous les autres sont faux, précisément parce qu'ils se croient des exceptions à l'économie de leur propre monde.

Lire la suite

mardi 10 juin 2014

2204. "Métaphysique de la putain" de Laurent de Sutter par Eric Loret dans Libération

On dira : ce n'est pas politiquement correct. Un point de vue masculin. Encore qu'il y ait des femmes qui consomment des prostitués, mais on en entend relativement peu parler. C'est comme si «la putain» (ou le putain, en version gay) ne faisait bavarder que le genre masculin.

On regrette de ne pas être une femme pour comprendre autrement cet essai qui, comme toute métaphysique, s'occupe de l'être. Non pas celui de la putain, mais celui de son client : «Passer un moment avec une putain, c'est passer un moment avec soi-même - comme, à nouveau, on passerait un moment face à un miroir : on y est nu, on y est confronté à son propre désir. Passer un moment avec une putain, c'est dérailler de l'ordre par lequel un être humain tente de constituer le narcissisme un peu bêta qui lui permet de ne pas s'effondrer à chaque coin de rue.»

Rencontre. D'entrée, Laurent de Sutter prévient qu'il n'y aura pas ici les habituelles considérations sociologiques ou morales sur la «question» de la prostitution. Et, de fait, c'est beaucoup moins de la prostituée réelle qu'il s'occupe que de l'absente de tout bordel, pourrait-on dire, la «putain» littéraire ou cinématographique, de Godard et Goya jusqu'au bédéiste Chester Brown et ses Vingt-Trois Prostituées (2011) en passant par la Lulu d'Alban Berg écrivant à Adorno. La putain, comme la vérité, rappelle Sutter, on ne peut la posséder «toute», et c'est dans ce manquement même, en tant qu'épreuve, que la vérité se joue pragmatiquement : «Il n'y a de vérité que dans l'affolement d'un ordre - et il n'y a de vérité que lorsque le moteur de cet affolement est le désir.» La putain, ou plus exactement la rencontre avec la putain, demande «Che vuoi ?», comme l'Autre lacanien : que veux-tu ? Et n'importe qui a déjà rencontré un(e) prostitué(e) sait que ce désir est renvoyé dans l'expérience à son néant : ce que tu veux est là, et tu ne peux donc pas l'avoir.

Si la putain comme régime de vérité vient à Lacan depuis Nietzsche (le voile de Baubo dans la préface au Gai Savoir) via Bataille, l'application qu'en fait Laurent de Sutter à (au moins) deux questions d'esthétique - «Qu'est-ce que l'art ?» et «Qu'est-ce que la police ?» - lui permet des relectures roboratives d'Å“uvres fétiches de la modernité. Ainsi voit-il en Godard, à partir de l'analyse du court métrage Une femme coquette, un moderne «distancié», presqu'un classique, cherchant à «sortir du moderne par le moderne». Chez Godard, argue Sutter, la putain n'est pas le mensonge comme moment du vrai : elle se contente «d'émettre des signes … sans qualité et sans pouvoir : des signes qui» ont «abandonné le procès des apparences sans pour autant renouer avec leur éloge». Les signes et les putains godardiens «ne trichent pas» : ils sont disponibles au sens, qui leur vient du désir de celui qui les reçoit. C'est un classicisme fondé sur une adéquation des choses et de l'intelligence.

Poésie. Dans cet essai construit de façon chorale (les développements finissent par se rejoindre à force de tours et de retours), la séquence la plus originale concerne la question de la police et de la vérité, faisant se rejoindre politique et métaphysique : si la vérité est ce qui «affole l'évidence», si elle est le «devenir inévident de l'inévidence», alors il est logique que la police, qui est toujours police du «vrai», persécute la poésie de la vérité, qui est le contraire du vrai, qu'elle persécute la putain en tant qu'elle fait «signe vers la vérité», qu'elle en est notre seule (é)preuve réelle.

Eric Loret, Libération, 5 juin 2014

mercredi 4 juin 2014

2203. Signature de Guillaume Fédou à la librairie Mollat le samedi 7 juin 2014

Guillaume Fédou présentera, au cours d'une discussion avec Ariel Kenig, son premier roman, Mon numéro dans le désordre, samedi 7 juin prochain à la librairie Mollat, à Bordeaux.

Archives Syndication
mai 2017 (155)
février 2017 (186)
janvier 2017 (253)
décembre 2016 (179)
octobre 2016 (205)
septembre 2016 (240)
août 2016 (211)
juillet 2016 (173)
juin 2016 (186)
mai 2016 (155)
avril 2016 (117)
mars 2016 (202)
février 2016 (186)
janvier 2016 (253)
décembre 2015 (179)
novembre 2015 (199)
octobre 2015 (205)
septembre 2015 (240)
août 2015 (211)
juillet 2015 (173)
juin 2015 (186)
mai 2015 (155)
avril 2015 (117)
mars 2015 (202)
février 2015 (186)
janvier 2015 (253)
décembre 2014 (179)
novembre 2014 (199)
octobre 2014 (205)
septembre 2014 (240)
août 2014 (211)
juillet 2014 (173)
juin 2014 (186)
mai 2014 (155)
avril 2014 (117)
mars 2014 (202)
février 2014 (186)
janvier 2014 (253)
décembre 2013 (179)
novembre 2013 (199)
octobre 2013 (205)
septembre 2013 (240)
août 2013 (211)
juillet 2013 (173)
juin 2013 (186)
mai 2013 (155)
avril 2013 (117)
mars 2013 (202)
février 2013 (186)
janvier 2013 (253)
décembre 2012 (179)
novembre 2012 (199)
octobre 2012 (205)
septembre 2012 (240)
août 2012 (211)
juillet 2012 (173)
juin 2012 (186)
mai 2012 (155)
avril 2012 (117)
mars 2012 (202)
février 2012 (186)
janvier 2012 (253)
décembre 2011 (179)
novembre 2011 (199)
octobre 2011 (205)
septembre 2011 (240)
août 2011 (211)
juillet 2011 (173)
juin 2011 (186)
mai 2011 (155)
avril 2011 (117)
mars 2011 (202)
février 2011 (186)
janvier 2011 (253)
décembre 2010 (179)
novembre 2010 (199)
octobre 2010 (205)
septembre 2010 (240)
août 2010 (211)
juillet 2010 (173)
juin 2010 (186)
mai 2010 (155)
avril 2010 (117)
mars 2010 (202)
février 2010 (186)
janvier 2010 (253)
décembre 2009 (179)
novembre 2009 (199)
octobre 2009 (205)
septembre 2009 (240)
août 2009 (211)
juillet 2009 (173)
juin 2009 (186)
mai 2009 (155)
avril 2009 (117)
mars 2009 (202)
février 2009 (186)
janvier 2009 (253)
décembre 2008 (179)
novembre 2008 (199)
octobre 2008 (205)
septembre 2008 (240)
août 2008 (211)
juillet 2008 (173)
juin 2008 (186)
mai 2008 (155)
avril 2008 (117)
mars 2008 (202)
février 2008 (186)
janvier 2008 (253)
décembre 2007 (179)
novembre 2007 (199)
octobre 2007 (205)
septembre 2007 (240)
août 2007 (211)
juillet 2007 (173)
juin 2007 (186)
fil rss
fil rss commentaires



Copyright
Top