Aucune lamentation, aucun apitoiement, aucun regret (en éprouve-t-il ?, de cela il ne parle pas) même s'il ne peut s'empêcher de revenir à la sombre affaire de 2O12 en une pirouette « Boulevard Saint Germain, j'aperçois M. avec sa tête de procureur stalinien rongé par le cancer de la prostate. (â?¦) 'Je change de trottoir, lequel d'ailleurs était ponctué de déjections canines dont on aurait pu croire qu'il les avait lui-même seméesâ?. »

La solitude du témoin explose dans le quatrième et dernier brillant chapitre du livre. Ses notes ou chroniques qui semblent prises sur le vif, sont ciselées et on mesure, alors, tout le travail, tout le talent de l'écrivain qui a sa langue propre. Langue qui, comme il le fait remarquer avec justesse, manque cruellement à beaucoup d'auteurs.

Richard Millet se sent-il seul ? Puisque les dernières phrases du livre sont empreintes de nostalgie, « je n'aurai écrit que pour en appeler à celui qui témoignera de moi, quitte à devenir mon propre, mon unique témoin ».

Lire ce livre sera le faire mentir. On en ressort grandi. On a le sentiment d'une bouffée d'air pur tant Richard Millet manie sa plume avec talent. Livre constat, livre témoin, livre de la solitude de l'écrivain, mais qui n'est, certes, pas un texte à laisser à l'abandon. Ces fragments ont des effluves de Blanchot, de Barthes et donnent envie de les prendre partout avec soi, pour en relire des phrases, dans des moments de solitude où les mots deviennent, alors, nos meilleurs consolateurs.

Félicia-France Doumayrenc

Présidente des Ateliers de Granhoux, fondatrice des Nouveaux Etats Généraux de la Culture.