Certes, les revues n'occupent plus la même place qu'à l'époque du Mercure de France, de La NRF, de La Table Ronde mais la situation n'est pas si dramatique

Comment vont les revues littéraires'?

On dit souvent qu'elles se portent mal, par comparaison avec le monde anglo-saxon. En vérité, la situation n'est pas si dramatique. Certes, les revues n'occupent plus la même place qu'à l'époque du Mercure de France, de La NRF, de La Table Ronde.

Mais elles existent, se multiplient, se transforment. La Revue Littéraire, lancée en 2004 par Léo Scheer, fait sa mue sous la houlette de Richard Millet, nouveau rédacteur en chef. Pestiféré depuis trois ans, Millet n'a plus rien à s'interdire'; autant dire que sa version de La Revue risque d'être intéressante. Au sommaire du numéro 57, Dominique de Roux, Marc Fumaroli, Henry Raczymow, notamment.

Dans un autre registre, L'Atelier du roman de Lakis Proguidis compile dans son quatre-vingt-unième numéro les interventions faites en septembre dernier à Thélème, nouveau rendez-vous annuel des écrivains de la revue, sur le thème de la liberté. N'y manquez pas, entre autres, le texte désopilant de Pascal Fioretto sur les festivals et la vie d'écrivain.

Autre registre encore': Feuilleton, aux éditions du Sous-sol (pilotées par Adrien Bosc, et ainsi nommées parce que nées dans une cave, rue Charlemagne), sort ce printemps son treizième numéro, consacré à la musique. Un format hybride, entre littérature et journalisme, qui tient du mook de luxe, pour employer ce mot à la mode. Les papiers des précédents numéros, souvent passionnants, sont republiés simultanément dans quatre anthologies thématiques (faits divers, économie, drogue, bizarreries), en poche.

Des revues naissent, aussi. Voici, chez Grasset, le premier numéro du Courage, dirigé par Charles Dantzig, sous une couverture rouge vif. Vingt-et-un auteurs y sont réunis. Particularité': les textes en langue étrangère ne sontâ?¦ pas traduits. La revue étant annuelle, il reste donc douze mois pour se mettre à l'italien afin de lire Fausto Melotti, ou à l'anglais pour lire Patrick McGuiness. (Etrangement, le texte de Chun Se, sur la littérature chinoise, est accompagné d'une traduction. Sans doute douze mois ne suffiraient-ils pas pour apprendre le chinois). Le Courage se décline aussi en collection de textes littéraires'; on trouve parmi les premières parutions un beau livre de Laurent Nunez, Si je m'écorchais vif, sur Rimbaud, Laforgue et Hugo.

Enfin, Christian Bourgois met à l'honneur la Paris Review, célèbre trimestriel anglophone né en 1953, où ont écrit tous les grands. Après deux recueils d'entretiens, ce nouveau tome propose une sélection de nouvelles parues dans la revue, choisies par des auteurs d'aujourd'hui. Une quinzaine de façons d'envisager le texte court, de Denis Johnson (présenté par Eugenides) à Donald Barthelme (présenté par Ben Marcus). Clou du spectacle': Aleksandar Hemon ressort Funes ou la mémoire, l'une des plus célèbres nouvelles de Borges. La Paris Review l'avait publiée dans son numéro 28, en 1962.

Paris Review, leçon de choses (traduit de l'anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, Christian Bourgois, 436 p., 25 â?¬)

La Revue littéraire n? 57 (Léo Scheer, 204 p., 10 â?¬)

Feuilleton n? 13 (Editions du Sous-sol, 192 p., 15 â?¬)

Le Courage n? 1 (Grasset, 440 P., 28 â?¬)

L'Atelier du roman n? 81 (Flammarion, 186 p., 20 â?¬)

Si je m'écorchais vif, de Laurent Nunez (Grasset, 185 p., 18 â?¬)