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Blog des ELS La Revue Littéraire
TV6



mercredi 30 septembre 2015

2311. Entretien Léo Scheer Julian Mattei pour CORSE MATIN

SETTIMANA. CORSE MATIN.

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lundi 28 septembre 2015

2310. RICHARD MILLET M'A TUER par Damien AUBEL pour TRANSFUGE

RICHARD MILLET M'A TUER

Avec Tuer, Richard Millet rate encore son coup (Transfuge)

Lire Richard Millet, dont l'opuscule fraîchement paru, Tuer, fonctionne comme un concentré d'éléments biographiques (le Limousin, le Liban, « la chiennerie du monde littéraire français » qui le persécuterait, lui, l'agneau sacrificiel des Lettres) et obsessionnels (la parole, le silence, la guerre), c'est d'abord, n'en déplaise aux tenants du style comme critère de qualité littéraire, se rendre compte qu'on peut faire de la mauvaise littérature avec de bonnes phrases. Millet n'est pas un manchot de la plume et hors ses algarades bilieuses contre l'état de déprédation de la langue, il sait enrouler ses mots, concilier des strates de temps composite dans des propositions fluidement enchaînées. On hasardera l'hypothèse suivante : Millet-l'écrivain tente de résister par ce qu'il fait de mieux – ses phrases – aux autres Millet.

Passons sur Richard-l'idéoloque, qui se contente de distiller la réactionnite, cette substance bilieuse faite d'opinions htives et de rancoeurs qui empoisonne l'air du temps et qui nous vaut des geignements sur «l'immigration islamisée dont le flux grandissant est autrement redoutable que les bombes » et autres joyeusetés de comptoir du même acabit. Ce Millet-là est l'équivalent, en plus chic, car « littéraire », du sinistre cirque médiatique des épiciers et des exploiteurs de la confusion des esprits.

Non, le plus singulier dans Tuer, récit, ou plutôt méditation-confession sur sa participation à la guerre du Liban, en 1975-1976, aux côtés des chrétiens, tient à sa vision faussée du mysticisme – contresens pour le moins intrigant chez quelqu'un qui clame à l'envi sa fidélité au catholicisme. Nous ne sommes pas historien, on laissera donc à Millet l'entière responsabilité de ses analyses sur le discrédit et le silence qui entourent les chrétiens libanais en Occident. Et ne discutera pas, non plus, ce que semble avoir de poussiéreux sa vision « épique » de la guerre, ses envolées sur l'héroïsme à la Achille, et la résurgence d'un fonds irrationnel-archaïque tout droit sorti de ses lectures de Jünger. On n'en discutera pas pour la bonne et simple raison que Millet clôt toute conversation sur ce chapitre en affirmant la primauté de l'expérience vécue, le petit critique littéraire qui n'a jamais tenu de Kalach étant donc infondé à remuer ces graves sujets. Soit – et peu importe. Car le point nodal de Tuer est ailleurs : dans la façon dont Millet-le catholique use, et abuse diraient d'aucuns, de tout le répertoire lexical et conceptuel de la pensée mystique (le lien paradoxal entre la vérité et le silence, la littérature comme expérience intérieure), tout en en proposant ce qui n'est qu'une parodie.

Le mouvement fondamental du mysticisme est d'ordre chimique, ou physique : c'est une dissolution de soi. Expansion, dilatation, anéantissement, qu'importe, ce qui compte c'est la fin du « je ». Bien sr, Millet dissout – mais c'est l'autre (l'autre homme, l'autre femme) qu'il efface, soit qu'il plaque sur lui des catégories esthétiques (la grce avec laquelle chute un combattant touché à mort), soit qu'il invoque un état d'indifférence supérieure. Mais justement, le coeur du livre n'est-il pas cet épisode de 1975 où, pressé de tuer un ennemi blessé, il suspend son geste, incapable d'appuyer sur la gchette ? Un moment où, écrit-il, « j'étais plus humain que je ne l'avais jamais été. » Tuer raconterait ce moment où un jeune homme fait l'apprentissage de l'humanité. Sauf qu'il s'agit d'un leurre. Millet découvre moins autrui que la valeur de sa propre vie ; par une sorte de transfert, il échappe à l'« espoir insensé » de sa propre mort. On est loin de l'abolition mystique du Moi, qui est ici conservé, consolidé. On repense au passage sur la Kalachnikov, qui fait partie de ces instruments qui « donnent de l'aplomb » au jeune guerrier, lui donnent épaisseur et consistance. Richard Millet ou Narcisse faussement mystique, qui n'arrive pas à se défaire de lui-même.



Damien Aubel, le 28 septembre 2015

2309. TUER de Richard Millet par Didier Smal pour LA CAUSE LITTERAIRE

La Cause Littéraire. Servir la littérature.

TUER, Richard Millet

En 2009, Richard Millet (1953) publie La Confession négative, récit par son double fictionnel de son engagement auprès des forces chrétiennes au Liban en 1975, alors qu'il est gé de vingt-deux ans. Il y va par principe, mais aussi pour, si on peut dire, mettre en Å“uvre la littérature, ainsi que le montre ce bref extrait : « Oui, la guerre seule peut donner à l'écrivain sa vérité. Sans elle, que seraient Jünger, Hemingway, Faulkner, Céline, Drieu la Rochelle, Malaparte, Soljenitsyne, Claude Simon, pour ne pas parler d'Homère ? ». La guerre comme cristallisation du désir littéraire ? Il y a plus sot comme théorie…

Six ans plus tard, Millet publie un récit sobrement intitulé Tuer, récit dont l'origine est expliquée dans son premier paragraphe : « Une inconnue s'est approchée de moi, à Paris, en octobre dernier, après une rencontre au cours de laquelle je parlais de mes livres, pour me demander si j'avais tué, autrefois, au Liban ». Cette question génère une réflexion d'une centaine de pages autour de thèmes déjà croisés dans l'Å“uvre de Millet en général (la langue, sa force, le respect dont elle est digne) et dans La Confession Négative en particulier (le lien entre guerre et littérature, lien noué par les auteurs déjà mentionnés dans ce roman, et qui sont à nouveau à l'honneur dans le présent récit, mentionnés ou cités en épigraphes).

A l'inconnue, il répond par le silence, ce qui semble convenir à celle-ci (« Le silence est la plus pure occurrence de la parole – ce qui hante nos textes et à quoi nous confions le plus souvent nos prières ») ; au lecteur, il répond par la positive en racontant un épisode évité dans La Confession Négative.

Pour autant, comme l'auteur le dit lui-même, il ne s'agit pas de réécrire La Confession Négative (« Pas question de donner ici le scrupuleux récit de ce que j'ai fait au Liban et qui se trouve en grande partie dans la Confession, que je ne ferais donc que redoubler de façon tatillonne » – ce qui donne toute sa richesse spécifiquer à Tuer), il s'agit de montrer la confluence entre l'écriture et la guerre, le fait d'avoir fait celle-ci. Ce seul fait oppose Richard Millet, ainsi que tout un système de valeur qu'on lui a suffisamment reproché, au point de le mettre quasi au ban de la société littéraire, mais sans que cela lui fasse perdre une once de sa fierté, au monde des gratte-papier-chatouille-nombril : "Cela, tuer fait partie d'une poétique, mes accusateurs l'ignorent, écrivains qui n'ont rien vécu et qui tiennent à faire bonne figure dans une dévotion à l'éthique devenue un lieu commun petit-bourgeois, la clé de vote d'une pensée politique qui a enterré la littérature dans la religion de l'humanité, c'est-à-dire dans le kitsch littéraire'' ».

Car Richard Millet, le savent tous ceux qui ont lu au moins un de ses romans, se fait une haute idée de la littérature en tant qu'empoignade stylistique avec le réel : « Il y a dans le refus de la guerre et de l'ambition littéraire une concomitance qui reste à explorer et qui explique la postlittérature contemporaine, ce gigantesque déni du réel au sein de l'inversion générale des valeurs et de la prolifération des simulacres romanesques ».

Les journalistes au service des maisons d'édition, ceux qui ont besoin de la nouveauté à tout prix pour exister, liront dans ces lignes de l'amertume, voire de la jalousie (jalousie de qui ? de Christine Angot ? de Laurent Binet ? ou d'un quelconque amputé stylistique ?) ; les autres, ceux qui lisent en cherchant des phrases à monter et à dompter, et à chevaucher, savent à quel point Richard Millet a raison, et à quel point son Å“uvre est l'illustration de son propos.

Nulle part dans TUER, qui raconte aussi, et surtout, le parallélisme entre les conditions dans lesquelles Millet partit au Liban il y a quarante ans et son état d'esprit littéraire en 2015, il n'est question d'amertume, de geignardise (alors que le « milieu dit littéraire » l'a proprement lynché et abandonné, trop heureux de faire tomber la statue d'un commandeur actuel après l'Eloge littéraire d'Anders Breivik, que personne dans ce milieu mafieux n'a bien sr pris la peine de lire en toute honnêteté, au même titre qu'est tombé un Renaud Camus) ou d'esprit de revanche ; l'auteur s'explique, entre autres sur son état d'esprit au moment de rédiger La Confession Négative, dresse des parallèles entre l'aveuglement de 1975 et celui d'aujourd'hui, cette croyance un peu folle en un « islamo-progressisme » oxymorique, mais aussi l'abandon des chrétiens d'Orient : « L'indifférence est l'un des accomplissements de la propagande autant que du narcissisme : en cela l'Etat islamique et les démocraties occidentales sont objectivement complices ». Nulle part il n'est question de se justifier, de se faire pardonner, malgré la foi, malgré le partage du corps du Christ, mais juste d'expliquer, avec une puissance verbale aussi rare que précieuse, et lorsque Millet évoque l'intervention de Joseph Saadé à « Apostrophes » en 1989, le lecteur attentif sait que c'est de lui-même qu'il parle : « ''Saadé ne dérangeait pas seulement par ce qu'il racontait d'insoutenable mais parce que, sans le savoir, au sein de la grande falsification littéraire opérée par Pivot et ses clients, il faisait entrer l'horreur biblique d'un événement dans la culture pivotisée ».

Alors, oui, dans ce récit, il est question de tuer un homme – plusieurs peut-être… – et cela va soulever le cÅ“ur de la bien-pensance et lui donner du grain à moudre contre Richard Millet, l'un des plus grands écrivains à faire honneur à la langue française de nos jours ; à ceci près que l'acte ne ressortit pas à la petite morale usuelle, et c'est ce que montre l'auteur : il ressortit à la geste littéraire d'une époque qui se refuse cette ultime élégance que d'avoir des romans, des livres dignes d'être lus. A l'image de ceux de Richard Millet.



Didier Smal, le 27 septembre 2015

2308. Avant de lire TUER de Richard Millet par Hildegard von Hessen am Rhein

-TUER-, le nouveau Richard Millet à ne pas manquer.

Il me sera difficile de dire mieux sur le nouvel ouvrage de Millet: TUER, que je n'ai pas encore lu, qui vient de sortir et qui enflamme déjà les lecteurs attentifs et libres d'esprit, comme ceux qui viennent de commenter son ouvrage, en lien.

Je pense que les signataires qui évoquent le contenu de -TUER- le font avec souffle et emphase, qui doit inciter à se plonger dans ce nouvel ouvrage, que les culs coincés vont encore vilipender, sinon ignorer. Que de plus jubilatoire que de leur envoyer du Millet à travers la gueule ! Il n'y a plus d'auteurs virils dans ce pays, que des précieuses ridicules hypermédiatisées et, puisqu'elles le sont, hypermédiatisées, il faut s'en méfier comme de la peste, comme des nouvelles maladies inventées par les laboratoires pharmaceutiques, destinées à vendre du médicament à tout prix ...

Hildegard von Hessen am Rhein le 27 septembre 2015

2306. Place Colette, lecture par Alexandra Lemasson pour Des mots de minuit sur FRANCE TV INFO

Des Mots de minuit. FRANCE TV INFO.

Premières amours par Alexandra Lemasson.

Dans "Place Colette" Nathalie Rheims renoue avec la veine autobiographique qui a fait le succès de "Laissez les cendres s'envoler" et met en scène ses premières amours. Son précédent roman explorait l'enfance privilégiée mais solitaire qui fut la sienne. Un livre émouvant autour de la figure de la mère. Dans "Place Colette" Nathalie Rheims fait la part belle à son adolescence. Que faire lorsqu'on est clouée sur un lit d'hôpital, le corps prisonnier d'une coquille de pltre? Lire. D'autant que papa brigue un fauteuil à l'Académie Française et apporte chaque semaine à sa fille une nouvelle ration de livres. La belle en concevra un amour immodéré pour les grands auteurs en général et le thétre en particulier. L'histoire peut alors commencer.

Quelques années plus tard la jeune fille, double littéraire de l'auteur, promène son mal être dans la propriété familiale de Saint-Florent où chacun a coutume de prendre ses quartiers d'été. Une saison redoutée pour celle qui depuis sa maladie peine à accepter son corps autant qu'à trouver sa place entre un frère amoureux et une soeur photographe. Sans compter le ballet incessant d'invités toujours plus prestigieux "engoncés dans l'adoration de leur propre image". Tout est pour le pire dans le meilleur des mondes pour la sage jeune fille qui préfère passer ses soirées chez la gardienne que s'ennuyer dans sa cage dorée. Jusqu'au jour où se glisse parmi les invités un certain Pierre, Sociétaire de la Comédie Française. L'acteur a plus de quarante ans, la jeune fille bientôt treize. Malgré quelques réticences le comédien aura tôt fait de succomber à cette toute jeune femme à la détermination de fer. " J'étais mineure, il était majeur, et pourtant, c'est bien moi qui l'avait détourné". Dans les bras de l'acteur la jeune fille en jupe plissée et socquettes blanches va résolument tourner le dos à l'enfance et à la maladie. Qu'on ne s'y méprenne pas: Si "Place Colette" prend un malin plaisir à distiller un parfum de soufre, c'est pour mieux dissimuler une véritable histoire d'amour. Qui n'est pas nécessairement celle que l'on croit.

Roman en trompe l'oeil, "Place Colette" conte en réalité une double initiation, l'acteur n'étant jamais que l'arbre qui cache la forêt peuplée de grands textes dans laquelle la jeune fille rêve de s'aventurer. Elle y parviendra sans difficulté, entrera à treize ans au cours Périmony puis à la Rue Blanche. Ensuite tout s'enchaînera très vite. Elle débutera dans le rôle de Mariane au côté de Roger Hanin dans "Le Tartuffe" puis partira en tournée avec Jean Le Poulain. Au thétre, la jeune fille découvrira ce dont elle a été privée: la chaleur d'une famille. Au fil des rôles la jeune comédienne apprendra à s'affranchir de la sienne. Puis peu à peu de son mentor. Même si les scènes charnelles abondent, la véritable sensualité de ce roman s'écrit en réalité côté cour et le plaisir éprouvé sur les planches pourrait bien surpasser tous les autres: "Je commençais à distinguer, dans ma nouvelle aventure, toutes les nuances de cet être collectif qu'on croit indifférencié et qui peut vous porter jusqu'à l'extase : le public".

Ainsi et contrairement aux apparences, "Place Colette" raconte une véritable histoire d'amour qui est celle de Nathalie Rheims avec... le thétre. Emaillant son récit des vers les plus célèbres, la romancière prouve avec brio qu'elle n'a rien oublié de ses premières amours. Et les tribulations de sa fausse ingénue éclairées par les grands rôles du répertoire sont tout bonnement irrésistibles. D'Agnès à Phèdre en passant par Mariane, toutes accompagnent la jeune comédienne qui délaissera plus tard les planches pour la plume et signe ici son plus beau roman.

2304. Israël depuis Beaufort de Richard Millet par Gédéon Pastoureau

Richard Millet is … Beaufort ((blog) Mauvaise Nouvelle.

«On ne peut rien contre ceux qui viennent. Sinon s'enfuir encore plus loin.» Jean Raspail, Septentrion

«Il se peut que tout soit d'ores et déjà perdu, pour nous, et le peuple français tellement dénaturé que ses éléments les plus vivants, catholiques et juifs, entrent dans une étrange diaspora (…).» Richard Millet, Israël depuis Beaufort

Une forteresse. Un état de siège. Une sentinelle.

Écrivain (et) catholique, Richard Millet est cette sentinelle. En faction, il veille dans la nuit sans étoile le chevet de notre monde. Malgré les assauts et les avanies, inflexible, il continue de s'écrire contre ce qu'est devenu cet occident – un vide spirituel – et tisse pour la postérité un récit dont les fils sont l'identité, la langue et la foi.

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dimanche 27 septembre 2015

2303. TUER de Richard Millet par Claude Bourinet sur BOULEVARD VOLTAIRE

Sur le site du Boulevard Voltaire dont "les pas sont guidés par la liberté", on peut lire à propos de Tuer de Richard Millet :

Richard Millet est de cette race de poètes, de forgerons qui tordent les souvenirs en fusion pour en dégager l'me, ou l'esprit, ainsi que le bushi cherche, avec son katana, à couper le superflu, pour atteindre l'essence de l'être. Tuer est une Å“uvre forte, une eau de vie, et ce n'est certes pas un hasard qu'elle se réfère à l'Iliade, cette méditation originelle qui apprit aux Européens, de manière étrangement charnelle, loin des fioritures de la littérature, ce que c'était que de donner la mort et de la recevoir.

Toujours, le fil de l'existence a traversé cette dualité (mourir ou tuer) qui est le visage bifrons du guerrier, figure éternelle de l'Homme armé, dont le moine-soldat est l'occurrence la plus pure.

Baudelaire écrit, dans Mon cÅ“ur mis à nu, qu'« il n'existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer ». La parole offre l'ouverture à ces trois rituels de l'existence, bien que le geste de tuer un humain, esquisse de meurtre qu'imposa Dieu à Abraham, proche du sacrifice, implique, peut-être, plus le corps que l'esprit, dans cette plongée en soi et hors de soi qu'est la foi. Mais il est vrai que l'esprit est bien proche du corps.

Nous sommes, évidemment, loin des beuveries mélancoliques des gens-du-paraître, qui hantent les réseaux commerciaux de la « littérature », vocable désormais déshonoré. Écrire, dire, faire entendre le son d'une voix qui surgit du papier, offrir le sentiment d'un corps qui, comme celui de Jacob, se bat avec l'Ange, et en ressort blessé, mais suprêmement vivant, de cette vie qui est salut, c'est sans doute le destin qui est échu aux vrais chercheurs de Graal, tels que les conçut notre Europe.

La vie porte la mort en elle, devant elle, et si la préoccupation éminemment religieuse et philosophique de l'homme, cet animal inquiet, porta longtemps sur cette dernière, il fallut attendre le christianisme pour qu'il s'interroget sur l'acte de la donner à l'homme, son prochain. Richard Millet, en catholique assumé, sans remords, met à notre portée, sans que nous en soyons peut-être aptes à en comprendre tous les arcanes, puisque l'expérience indicible de la guerre dépasse, en acte, le dire, cette « expérience intérieure » qu'Ernst Jünger nous avait dévoilée avec cette puissance métaphysique, mystique, qui est la sienne, et qui nous chavire dans une autre dimension, celle des êtres qui existent véritablement.

Tuer explicite La Confession négative, récit d'une tension parfois insoutenable, telle celle qui accompagne la lecture de Dostoïevski ou de Pascal, pour ceux qui savent lire et saisir la solitude essentielle de l'homme derrière et à travers le dire, cette condition cruciale de notre corps doté d'une me, jeté dans la souffrance, le feu des passions, les horreurs et les joies, dont la guerre est l'analogie, récit qui m'est apparu comme une Å“uvre majeure, classique, qu'on lira dans cent ans, s'il reste encore une humanité pour la comprendre.

Claude Bourrinet, le 27 septembre 2015

jeudi 24 septembre 2015

2302. Place Colette de Nathalie Rheims par Nathalie SIX sur ONLALU

Sur le site de critiques et d'informations littéraires onlalu

Bas les masques!

Place Colette a failli s'intituler Détournement de majeur : le récit d'une histoire d'amour presque comme les autres. A un détail près : l'ge des protagonistes. Trente ans séparent la narratrice et l'homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Pierre a plus de 40 ans, elle en a 13. Elle est la dernière d'une fratrie où tous sont doués, beaux et prennent une place telle qu'elle a du mal à trouver la sienne. Son père, un académicien, écrit et reçoit souvent : on croise dans leur propriété de Saint Florent en Corse, des noms comme Dalida, Paul Morand, Jean d'Ormesson. Le miracle survient un soir d'été, lorsqu'un pensionnaire de la Comédie-Française fait attention à elle. Il la questionne sur ses lectures, découvre qu'elle est fondue de thétre et qu'elle est très cultivée. Le coup de foudre n'est pas réciproque, mais la magie a opéré si fort du côté de la jeune fille qu'elle n'aura de cesse de revoir l'objet de son fantasme. Avec cet amour naissant, elle découvre aussi les premiers émois de son corps et comprend vite qu'elle ne se contentera pas d'une relation platonique. La jeune fille ne ressemble pas aux autres adolescentes car elle est une résiliente. Une erreur médicale l'a rendue temporairement infirme à 9 ans et l'a obligée à de longs séjours en hôpital. A sa sortie, son corps est ingrat et elle ne s'aime pas. A l'opposé, sa sÅ“ur aînée s'envole pour New-York vers une carrière de photographe et son frère aîné, un étudiant prometteur et magnétique, la snobe en se moquant de ses moues de petite fille. Tous sont loin du compte.

Même si à aucun moment, le prénom n'est donné, la narratrice est évidemment le double de Nathalie Rheims. Elle qui est entrée en écriture sur le tard a toujours oscillé entre deux genres : la fiction, avec une prédilection pour le paranormal, initiant ses lecteurs à des mondes parallèles et explorant la mort pour mieux la dompter ; et l'autofiction. Aux yeux de toutes les jeunes filles romanesques, écorchées vives et assoiffées d'absolu, Nathalie Rheims est d'abord l'auteure de Lettre d'une amoureuse morte, livre phare partageant l'étagère des bibliothèques avec Journal du séducteur de Kierkegaard.

Dans Place Colette, le ton est plus abrupt qu'à l'ordinaire, il ressemble à son héroïne. Si la romancière, avant de mettre en mots cette relation hors norme, a attendu que le vrai « Pierre », l'homme qu'elle a aimé, ne soit plus de ce monde, elle n'en dissimule aucun des épisodes. « J'ignorais quand viendrait le moment d'écrire ce chapitre de ma vie », dit-elle en préambule. Une fois écartée cette hésitation, elle déballe tout, couchant sur le papier ce qu'elle a tu, y compris des scènes crues dont cette grande discrète, pudique, n'était pas une habituée. Ne vous fiez pas aux premiers chapitres, l'histoire monte en puissance et la petite fille naïve des débuts se mue en Lolita épanouie et maîtresse d'elle-même, sans que ni le lecteur ni son amant n'y prennent garde. Une fois encore, Nathalie Rheims rebat les cartes de sa vie, levant le voile sur cette double passion, amoureuse et dramatique, qui l'a menée à intégrer le Conservatoire de la rue Blanche à seulement 17 ans. En mélangeant habilement le vrai et le faux, elle ici signe un roman vif, séduisant et délicieusement abrasif.

Nathalie Six

2301. PLACE COLETTE de Nathalie Rheims dans la sélection du Prix Interallié

Sept jurés du prix Interallié (Philippe Tesson, Jean-Marie Rouart, Christophe Ono-dit-Biot, Jacques Duquesne, Stéphane Denis, Florian Zeller et Éric Neuhoff) étaient présents hier lors de la première délibération chez Lasserre. Serge Lentz, absent pour raison de santé, avait donné sa liste par écrit. L'année prochaine, ces huit journalistes et écrivains seront rejoints par deux anciens lauréats, Jean-Christophe Rufin et Gilles Martin-Chauffier, élus la semaine dernière.

Douze livres ont été sélectionnés. Parmi eux, on retrouve quatre femmes (Monica Sabolo, Amanda Sthers, Nathalie Rheims et Ève de Castro) et d'autres auteurs déjà engagés dans la course au prix tels Boualem Sansal (2084), Laurent Binet (La Septième Fonction du langage) ou Mathias Énard (Boussole). Et un primo-romancier déjà remarqué, Christophe Boltanski, auteur de La Cache.

Le prix Interallié qui avait couronné l'année dernière Mathias Menegoz pour Karpatia sera décerné jeudi 12 novembre.

Laurent Binet : La Septième Fonction du langage (Grasset)

Christophe Boltanski : La Cache (Stock)

Ève de Castro : Nous, Louis, Roi (L'Iconoclaste)

Charles Dantzig : Histoire de l'amour et de la haine (Grasset)

Lionel Duroy : Échapper (Julliard)

Mathias Énard : Boussole (Actes Sud)

René Guitton : Mémoires fauves (Calmann-Lévy)

Philippe Lacoche : Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (Écriture)

Olivier Poivre d'Arvor : L'Amour à trois (Grasset)

Nathalie Rheims : Place Colette (Leo Scheer)

Monica Sabolo : Crans-Montana (JC Lattès)

Boualem Sansal : 2084 (Gallimard)

Amanda Sthers : Les Promesses (Grasset)

mercredi 23 septembre 2015

2295. Nathalie Rheims à la Librairie Delamain

mardi 22 septembre 2015

2300. La rentrée littéraire vue par CHRO + Angie David dans la RL N° 59

RENTRÉE LITTÉRAIRE : ENCORE ET TOUJOURS

On croyait avoir éclusé toutes les sélections de prix littéraires. Erreur : quand y'en a plus, y'en a encore. Dernières nouvelles sur le front de la rentrée.

Les femmes d'abord

Donc, après la liste Goncourt, la liste Médicis et la liste Renaudot, c'est au tour de ces dames du Femina, comme on dit, de dévoiler la leur. 15 romans français, 17 romans étrangers. Las : une fois encore, Mme Angot s'y trouve. Sans commentaires. Laurent Binet aussi, ainsi que Mathias Enard, Charles Dantzig, Hédi Kaddour, Boualem Sansal. Et Michaël Ferrier, que nous soutiendrons résolument.

Une blague des Inrocks

À propos du Goncourt, nos amis des Inrocks, dans leurs pages livres cette semaine, font une blague – comme chacun sait, c'est un haut lieu de l'humour au sein du journalisme hexagonal. Chaque année, disent-ils, la première liste Goncourt cache une bizarrerie. L'an dernier, c'était Grégoire Delacourt, auteur de navets grand public. Cette année, c'est… Denis Tillinac. Pourquoi, il écrit mal, Tillinac ? Non : mais il est « ultra-réactionnaire ». Donc, sa sélection dans la liste est une absurdité. CQFD ! C'est marrant, quand même : on a beau savoir qu'aux Inrocks, le critère de la littérature, c'est la conformité politique, on est surpris chaque fois.

Champagne (Pouilly, en fait)

Et maintenant, le prix de Flore. (Au sujet de ce dernier, d'une manière générale, lisez le témoignage d'Angie David, dans la dernière livraison de la Revue littéraire, drôlement intitulé « ''Comment je ne suis pas devenue Joy Sorman'' »). La sélection mélange savamment têtes d'affiches (Sansal, Binet), copines (Emilie Frèche, Héloïse Guay de Bellissen), jeunesse (Julien Blanc-Gras, Jean-Noël Orengo, Pierre Ducrozet). A gagner : 6000 euros et quelques, ainsi qu'un an de Pouilly-fuissé au café de Flore. A noter que nos confrères de l'Obs, dans leur présentation, manquent à leur légendaire objectivité en signalant qu'on trouve dans la liste « des auteurs de romans ratés comme Emilie Frèche ». Oh, les vilains. Comme ils ont raison !

Giono, es-tu là ?

Dernière sélection en date : le Giono. Zeniter, Enard, Majdalani, Mabanckou, Seksik, Haddad, Bleys… On vote, euh… Non, on ne vote pas, c'est vrai. Mais si on devait être supporter, ce serait… Mmm… de Pierre Senges, tiens. Pour son Achab (séquelles), et pour l'ensemble de son Å“uvre.

À l'étranger

Pendant ce temps, à l'étranger, Don DeLillo recevra en novembre, au moment du National Book Award, la Medal for Distinguished Contribution to American Letters. Sonnez, trompettes.

Détournement

Qui a dit : « Tahar Ben Jelloun n'écrit pas que des conneries, il en peint, aussi » ? Oh, ça va, on a le droit de plaisanter. Si la chose vous dit, il expose à partir de ces jours-ci à la galerie Véro-Dodat, à Paris.

Mais qui est François Saintonge ?

Il publie Le métier de vivant, chez Grasset. C'est son deuxième roman sous ce nom, après Dolfi et Marylin, chez le même éditeur. Nul ne sait qui il est ; simplement, il paraît que c'est un écrivain connu. Andreï Makine, disent les uns. Patrick Rambaud, disent les autres. « Même son attachée de presse ne l'a jamais vu ni entendu », révèle Le Figaro. Il sera en signature, derrière un rideau de tulle, à la librairie Fantôme, 4 passage de l'Invisible, à Urville, le 31 septembre à partir de minuit soixante-dix.

Détroit par-ci, par là

Coïncidence marrante : deux romanciers écrivent sur Détroit (la ville), en même temps. Thomas B. Reverdy, Il était une ville (Flammarion), et Alexandre Friederich, Fordetroit (Allia). Sauf qu'en fait, pas grand chose à voir, sinon le décor. Bon petit polar choral chez Reverdy ; reportage-poème en prose-essai chez Friederich. Du coup, on n'est pas obligé de trancher. Ouf.

Des conseils, à part ça ?

Oui, bien sr. L'Arbre vengeur réédite Mes amis, le premier roman d'Emmanuel Bove, et Finitude Zobain, celui de Raymond Guérin. C'est un bon compromis entre tentation de jouer la carte de la découverte, et tentation d'aller vers des auteurs confirmés : lire ou relire les premiers romans (découverte) de morts célèbres (confirmés). De Flann O'Brien, vous pouvez tout relire (sauf Faustus Kelly, pièce de thétre traduite chez Vagabonde) dans le gros volume de Romans et chroniques dublinoises, aux Belles Lettres ; un peu plus de 1000 pages, et 300 ou 400 tonnes de gags. Voyez Coupland, aussi (La Pire. Personne. Au monde, au Diable Vauvert) : acide, caustique, à mourir de rire. Pas si triste, l'automne. À suivre…

dimanche 20 septembre 2015

2299. TUER de Richard Millet par Romaric Sangars dans CAUSEUR

À propos de TUER et de Israël depuis Beaufort chez "Les Provinciales"

Richard Millet, une rafale de plus.

Tuer ou la guerre comme expérience intérieure

Depuis l’Affaire qui lui fut consacrée (et sera réédité aux ELS en 2016), Richard Millet a l’élégance de s’atteler régulièrement à tirer une nouvelle rafale pour aggraver son cas. Aussi, il ne pouvait guère trouver titre plus adéquat et percutant que : TUER, pour ce récit qui revient sur sa participation à la guerre du Liban en 1975, côté chrétien, et qui peut se lire également comme une annexe à La Confession négative – à condition de ne pas comprendre « annexe » comme une chose pour autant mineure. La Confession, roman aussi dérangeant que monumental publié en 2009, apparaîtra un jour ou l’autre comme la véritable origine de la cabbale organisée deux ans plus tard par un certain milieu littéraire qui imposait des limites drastiques à l’ironie et à la liberté d’expression. Outre la déflagration baroque de son style à une époque en général aussi plate, sur cette question, que les plaines de Belgique, c’est le thème de la guerre tel que le traitait ce roman, dans sa cruauté, sa beauté et sa nécessité obscènes, qui fit en vérité scandale auprès d’une intelligentsia prête à employer tous les moyens de la police politique plutôt que de revenir au tragique de l’Histoire.

Si "La Confession" demeurait entourée d’une sulfureuse ambiguïté, puisque le récit était assumée par Pascal Bugeaud, « double romanesque » de Richard Millet (lequel nuance ici cette notion, d’où les guillemets, précisant que c’est bien lui qui parle à travers Bugeaud, sans altération), l’écrivain s’exprime ici directement en son nom et approfondit une méditation sur l’écho profond de cette expérience-limite qu’il avait auparavant relatée. Le propos comme la forme font songer au fabuleux texte de Jünger : La Guerre comme expérience intérieure, dont le titre eût pu être employé pour ce livre-ci.

Et ce livre-ci débute par une superbe mise en scène du questionnement auquel il tente de répondre : une jeune femme, en octobre dernier, après une lecture, vient demander à Richard Millet s’il a tué. L’auteur sourit, ne répond pas, la file derrière la jeune femme s’impatiente, elle finit par lui dire : « Vous m’avez répondu » et emporte avec elle ce silence comme réponse. Tout est ici éloquemment exposé de l’indicible où se joue cet acte. Et à travers la littérature, alors, l’écrivain explore cet indicible, revenant sur les paradoxes, les extrémités et la cruelle, énigmatique jeunesse à quoi peut s’assimiler la guerre, dans un texte émaillé de souvenirs, de scènes, d’aphorismes et de fulgurances poétiques.

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vendredi 18 septembre 2015

2298. Anne-Sophie Lapix reçoit Nathalie Rheims pour Place Colette dans C À VOUS sur FRANCE 5

Nathalie Rheims commence les media-télés avec l'excellente émission animée par Anne-Sophie LAPIX qui fait une belle progression de son audience dans cette fameuse case de programme névralgique qu'on appelle "l'access prime-time".

jeudi 17 septembre 2015

2297. Réponse de Michel Crépu de la NRF

Sur son blog, le patron de la NRF, Michel Crépu, répond à ma blague parue dans le N 59 de La Revue Littéraire

Réponse à Léo Scheer concernant son désir d'en finir avec la littérature

On s'en veut un peu d'obliger Léo Scheer à se lever aux aurores pour scruter l'aube banale qui se lève. Nous nous sommes permis cette image légèrement pompière dans un récent numéro de la NRF, qui n'a pas plu au directeur de La Revue littéraire. C'était au sujet du roman de Jean-Noël Orengo, La Fleur du capital (Grasset), livre que nous jugions assez fort pour faire l'objet d'un commentaire, contrairement à d'autres. Et puis aussi, c'était pour consoler chrétiennement les orphelins de la Grande Littérature qui mettent psychiquement un cierge tous les jours à la mémoire d'une histoire légendaire. C'est pourtant une chose assez simple d'aimer son temps autant que de le haïr.

Visiblement, Léo Scheer n'y arrive pas. Il n'est pas le seul. Il y a beaucoup d'infirmes dans son cas. N'écoutant que sa divine colère, il écrit tout de go qu'il veut « en finir avec la littérature ». Voilà qui est singulier : Léo Scheer, directeur de La Revue littéraire, veut en finir avec la littérature. Il veut faire une revue, mais il veut aussi la tuer. C'est comme de vouloir faire marcher une voiture en jurant partout qu'on ne lui donnera pas une goutte d'essence. Et le voilà récitant son catéchisme du « roman national » perdu quelque part sur les routes de Juin 40. Nous connaissons ce catéchisme pour l'avoir débité aussi, des dizaines de fois, comme un chapelet. Nous n'ignorons pas sa vérité, tout comme il est vrai que l'Everest fond de trois millimètres par an, mais on voit bien que ce « kit » d'interprétation ne suffit pas.

Il y avait peut-être un « roman national », il est mort, voilà tout. En 1949, quatre ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Samuel Beckett écrit L'Innommable, roman écrit en français. Ce livre relève-t-il du « roman national » ? Évidemment non. Mais en revanche, il est l'un des deux ou trois livres capitaux pour cette période qui s'ouvre alors. Le fait qu'il ait été écrit en français par un Irlandais qui avait été l'intime de Joyce, voilà qui devrait interpeller Léo Scheer, qui n'a peut-être même pas lu encore ce livre – ce qui n'est d'ailleurs pas un reproche. Nous sommes en retard sur tout, n'est-ce pas. En 1949, Beckett désintègre le cogito cartésien. C'est un événement littéraire et métaphysique de premier ordre. À côté, le « roman national » a l'air d'un vieux manteau pisseux.

Cela intéresse-t-il Léo Scheer de refaire son retard ? On ne le dirait pas. Au contraire, il ferme les volets, coupe le courant et se plonge dans un chapitre affreusement ennuyeux du philosophe Zizek qui figure en tête de sa Revue. M. Zizek, interrogé par le cher Alain Finkielkraut, ferait prendre un rondeau de Mozart pour un accordéon de Basse-Autriche. Comment Léo Scheer peut-il dormir, dans ces conditions ? La nuit, le spectre de Valérie Trierweiler lui apparaît en songe, c'est un moment terrible. Madame Trierweiler résume-t-elle la « littérature » à elle toute seule ? Pourquoi Léo Scheer fait-il semblant de le croire ? Pourquoi ne nous donne-t-il pas son avis, en bien ou en mal, sur le livre de Jean-Noël Orengo, ou d'un autre, au lieu d'avoir des hallucinations avec l'ancienne Dame ? Et pourquoi enfin, cette basse sociologie du « tout le monde n'a pas la chance d'avoir été violé à 16 ans » qui donne au lecteur la sensation d'un vulgaire, pour le coup bien de ce temps ? C'est drôle comme la vulgarité vient toujours à la rescousse de la paresse.

Alors bien sr, il faut lire un peu, rouvrir les volets. Ne pas se contenter de bons mots foireux. Depuis un mois que dure la « rentrée littéraire », il y au moins 10 romans qui eussent mérité qu'on mette la sonnerie. Et même, puisque Léo Scheer est si attaché au « roman national », pourrait-il se procurer le singulier ouvrage de Judith Perrignon, Victor Hugo vient de mourir (Éditions de l'Iconoclaste), où l'on voit ce que c'était que vivre dans un pays où la Littérature était la Reine. Il est vrai, ce temps est clos et Léo Scheer, pas plus que moi-même, n'y pouvons rien. Cela ne change rien à l'affaire, à moins d'opter pour le cimetière et la petite planque pseudo subversive à l'abri. En se gardant bien de prendre le moindre risque. Bonne nuit M. Scheer.

Michel Crépu, le 17 septembre 2015

2296. SA rentrée littéraire par Eric Naulleau dans LE POINT

Pour alimenter le débat récent qui s'est engagé sur le thème de la médiocrité littéraire soutenue par la critique et les media entre la NRF et La Revue Littéraire, plus précisément en Michel Crépu et moi, je verse l'article de Naulleau au dossier :

Christine Angot, Amélie Nothomb, Philippe Delerm, Frédéric Beigbeder, aucun ne trouve grâce aux yeux du chroniqueur. À l'exception de Bernard Chambaz.

Le dernier Angot à Paris.

C'est un phénomène plus énigmatique encore que le suicide collectif des lemmings lors des migrations saisonnières. L'automne presque venu, le chœur des gogos critiques et autres petits chanteurs à la langue de bois entonne un hymne à la gloire de quelques-uns des plus calamiteux ouvrages parus lors de la rentrée littéraire.

Tout comme Serge et Charlotte Gainsbourg étiraient à perte d'oreille le refrain de « Lemon Incest », Christine Angot n'en aura donc jamais fini de presser le citron littéraire qui lui vaut sa réputation dans trois arrondissements parisiens depuis la parution de L'Inceste en 1999. Les ventes baissaient, il fallait revenir au fonds de commerce, sans crainte du mauvais goût pour appâter le chaland, comme lorsqu'en ouverture de tel supplément littéraire l'auteur prend une pose lascive sur son lit. S'agissant d'un récit où il est question de relations incestueuses, il fallait oser - mais Christine ose tout, c'est même à ça qu'on la reconnaît. Dans les ultimes pages d'Un amour impossible, mère et fille s'expliquent enfin : comment la première a-t-elle pu refuser de voir que la seconde subissait des viols à répétition de la part de son père ? Comment n'a-t-elle pas compris que l'inceste était dans ce cas précis un instrument de domination sociale ? Car, qu'on se le dise, ou plutôt qu'on se le redise, tout ce qui touche Christine Angot dépasse de loin son cas personnel pour atteindre une dimension universelle - son prochain panaris nous vaudra à coup sûr une douloureuse méditation sur le mal. Comment n'a-t-elle pas spontanément appelé Freud à la rescousse au sujet de son hospitalisation pour une infection des trompes juste après avoir découvert la vérité ? Heureusement, Christine et sa psychanalyse de supérette accourent pour l'éclairer : « Comme par hasard. Des trompes. Tu venais d'être détrompée. Hhhh ! ! » ? Et qu'importe que la fille reproduise ici envers la mère le comportement qu'elle reproche tout au long du livre au père, la condescendance envers une personne moins cultivée.

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samedi 12 septembre 2015

2294. La chronique de Gérard Collard - Place Colette de Nathalie Rheims

Pour ceux qui adorent débloguer avec Gérard Collard, le prince des libraires.

vendredi 11 septembre 2015

2293. Gérard Collard sublime dans Le Magazine de la Santé sur FRANCE 5

Gérard Collard en avait déjà parlé sur France Info, sur LCI, mais dans le Magazine de la Santé, il explose !


(À voir à partir de 23'09'')

2292. Eric Chevillard, 11 ans après, parle de "La Migration des gnous" de Benoît Caudoux dans LE MONDE DES LIVRES

"Or la littérature se plaît aux destins individuels, elle fait des histoires pour un rien. Il lui faut avant tout des personnages. C'est n'avoir rien compris à la grande geste des créatures, à cet ébranlement collectif. Voilà pourtant ce qui compte, ce flux, ce galop grégaire, ces corps emportés comme un seul homme. Il y eut en 2004 un très beau roman de Benoît Caudoux aux éditions Léo Scheer, La Migration des gnous, honteusement passé inaperçu mais que l'on doit pouvoir se procurer encore. Comme son titre l'indique, il n'y est question que de la ruée à travers la plaine africaine de milliers de gnous, troupeau uni par le même souffle, habité par une conscience unique. Tel est peut-être le plus beau personnage ­littéraire, la horde, toute l'espèce lancée en bloc, à bloc, en fuite ou en quête, prisonnière de sa condition mais..."

Éric Chevillard, Le Monde des Livres, le 10 septembre 2015

2291. No comment.

mardi 8 septembre 2015

2290. Nathalie Rheims invitée d'Éric Jean-Jean dans "La Première Heure" sur RTL

Écouter :

lundi 7 septembre 2015

2289. Place Colette de Nathalie Rheims fait son entrée dans les meilleures ventes en première semaine.

Place Colette entre en 46e position des meilleures ventes de romans dans Livres Hebdo pour sa première semaine en librairie. Il est à noter que le livre est 20e des livres de la rentrée, ce qui remarquable dans un paysage occupé par les poids lourds. (Désolé pour la qualité du scan, nous allons essayer de l'améliorer).

samedi 5 septembre 2015

2288. Place Colette, "Coup de coeur des libraires" sur LCI

Voici la présentation de la rentrée littéraire de Gérard Collard et Valérie Expert dans leur émission : "Les coups de cour des libraires" sur LCI. Beaucoup de déceptions, un certain "ras-le-bol" devant le spectacle moutonnier des media concentrés sur quelques titres favoris des jurés des prix littéraires, beaucoup d'ennui, et deux coups de coeur dont Place Colette de Nathalie Rheims :

mercredi 2 septembre 2015

2287. Place Colette de Nathalie Rheims par Félicia-France Doumayrenc pour ACTUA-LITTÉ

Place Colette ou Détournement de majeur

Par Félicia-France Doumayrenc le 02.09.2015

Il y a des mots que l'on lit et qui vous ensorcellent, des mots qui sont si forts qu'ils nous prennent, qu'ils nous emportent dans un univers que nous ne connaissons pas et vers lequel nous tendons tant il nous met dans un présent merveilleux. Un bon livre est fait pour cela, nous capter, nous prendre, nous enlacer, nous embrasser, nous en faire tomber amoureux. Un livre est une histoire d'amour où les mots sont les amants, les baisers, les caresses.

Place Colette de Nathalie Rheims fait partie de ces rares romans où, dès les premières phrases, on est saisi de plaisir tant l'écriture est belle et de bonheur tant, soudain, on fait corps avec l'héroïne de cet ouvrage. L'histoire racontée n'est pas banale. C'est une histoire d'amour, celle d'une jeune adolescente de douze ans, sortant de trois années de maladie où elle vit entravée dans un corset de pltre qui tombe amoureuse en Corse dans la maison de vacances de ses parents, de Pierre, sociétaire de la Comédie-Française qui a trente ans de plus qu'elle.

Cet amour n'est en rien celui d'une adolescente, tant il est fort et déterminé. Un amour qui suinte dans tous les mots du livre, qui fait s'ouvrir les phrases, un amour charnel qu'éprouve la jeune adolescente pour cet homme. Dès lors, thétre, amour, phrases, pièces, lieux tout s'entremêle. Il y a chez la jeune fille une volonté farouche pour que cet homme l'aime à son tour. Les premiers mots qu'ils échangent résonnent telle une ouverture, sans même lui citer la pièce il lui dit :

« Quelles nouvelles ? me demanda-t-il en plissant les yeux. (…) — Le petit chat est mort, lui répondis-je dans un murmure qui me coupa le souffle d'émotion tout en me faisant rougir. »

Elle parvient à aller le voir jouer dans l'Aiglon à Ajaccio, se rend dans sa loge, éprouve sa première déception lorsqu'elle réalise que sa passion n'est pas partagée et dès lors n'a de cesse de le retrouver pour le conquérir. À Paris, elle trouve en Isabelle, sa nouvelle amie, une complice délurée qui lui dit qu'elle fait déjà l'amour. Faire l'amour, la jeune fille ignore l'acte en lui-même, et regarde, avec avidité, les films X sur lesquels travaillent au montage les parents de son amie. Car l'amour elle le vit, elle en vibre. L'acteur vient la voir, dans sa chambre lors d'un dîner chez ses parents, renoue avec elle, et elle l'attend dans son lit virginale et offerte, telle une mariée dans sa chemise de nuit blanche. L'émoi et le désir sont là, il lui offre des places pour venir le voir jouer à la Comédie-Française où elle se rend et est en proie à la jalousie quand elle découvre l'une des nombreuses conquêtes de l'acteur, Ludivine. Le jour de ses treize ans, se grimant, elle s'offre à lui et l'écrivaine écrit :

« Soudain, comprenant qu'il était mon cadeau d'anniversaire, qu'il devait, à ce titre, se plier à mes fantasmes sans que j'eusse à les formuler, il se leva… »

Ils deviennent amants. Et, l'adolescente sent que cet homme voit en elle la femme en devenir, et elle se découvre elle-même au travers de son regard.

Très vite, elle s'affranchit en ayant cette relation et, dans le même temps, s'éprend de la même manière qu'elle s'est éprise de lui, du thétre. Il semble, au début, que ce soit pour se rapprocher de lui, pour trouver une excuse afin de sortir de ce double carcan formé par l'école et sa famille où elle ne trouve pas sa place. Elle se découvre douée. Douée pour l'amour et tout autant pour le thétre qui devient une nouvelle passion. Elle réussit, au-delà de toute attente, élève de Périmony, à l'ge de 15 ans, elle joue déjà Tartuffe au côté de Roger Hanin, puis part jouer à Vaison-la-Romaine avec Jean le Poulain et finit par intégrer le conservatoire de la rue Blanche à 16 ans. Elle devient une comédienne excellente et est fascinée par son métier avec une nécessité d'aller toujours plus loin, toujours plus vite.

« Je ne comprenais pas ce besoin qui me poussait à griller les étapes, à choisir en permanence de surmonter des obstacles impossibles… »

La passion du thétre prend le pas sur son amour pour cet homme qu'elle quitte alors qu'il lui propose de révéler leur amour au grand jour.

Le roman de Nathalie Rheims nous émeut et nous bouleverse tant le parcours de cette enfant précoce qui devient, sous nos yeux, une femme, est attachant. Femme dans les bras de son amour, mais femme, aussi, dans les rôles qu'elle interprète grce à la présence qu'elle a sur scène. Femme lorsque Maria Casarès lui offre sa première bague et la lance dans le thétre de la vie. Thétre de la vie puisque celui-ci se confond avec l'amour, puisque les auteurs et le « tourbillon de la vie » l'emportent toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus avide de découvertes et d'envies.

Cette Place Colette est un livre surprenant. Le parti pris de l'auteure est-il de se raconter, de se raconter à l'infini ? Est-ce une autobiographie ? Est-ce un pan de ce temps passé ? Un hommage à cet homme tant aimé ? Est-ce une autofiction ? Tout cela à la fois, car tout n'est que vrai dans le faux et tout n'est que faux dans le vrai puisque les mots des auteurs classiques parsèment le livre de Nathalie Rheims telles des poussières d'étoiles et ouvrent l'espace. Ce texte est-il côté cour ou côté jardin ? Il est une des plus belles réussites de la romancière et un de ses livres les plus touchants, les plus intrigants, les plus fascinants. Il est ce qu'on pourrait nommer « un roman vrai », un roman de la sincérité de la passion. À lire absolument !

mardi 1 septembre 2015

2286. Nathalie Rheims à la Librairie Gallimard

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