"Or la littérature se plaît aux destins individuels, elle fait des histoires pour un rien. Il lui faut avant tout des personnages. C'est n'avoir rien compris à la grande geste des créatures, à cet ébranlement collectif. Voilà pourtant ce qui compte, ce flux, ce galop grégaire, ces corps emportés comme un seul homme. Il y eut en 2004 un très beau roman de Benoît Caudoux aux éditions Léo Scheer, La Migration des gnous, honteusement passé inaperçu mais que l'on doit pouvoir se procurer encore. Comme son titre l'indique, il n'y est question que de la ruée à travers la plaine africaine de milliers de gnous, troupeau uni par le même souffle, habité par une conscience unique. Tel est peut-être le plus beau personnage ­littéraire, la horde, toute l'espèce lancée en bloc, à bloc, en fuite ou en quête, prisonnière de sa condition mais..."

Éric Chevillard, Le Monde des Livres, le 10 septembre 2015