Travailler le « négatif », la part d'ombre, l'indicible et la mort ' l'ambiguïté tragique -, revient à toucher la dimension cruciale de la littérature. Millet vise encore en plein centre. Il revendique toujours plus fortement son catholicisme comme point d'appui et colonne vertébrale. Perspective qui lui permet un surplomb d'où assimiler communisme, capitalisme mondialisé ou islamisme armé comme trois maladies modernes en fait insidieusement complémentaires. Par ailleurs, il déploie l'Orient merveilleux, complexe et violent. Un Orient et un catholicisme qui sont également les sujets principaux, par le prisme d'Israël, d'un autre de ses livres récemment publié : ''Israël depuis Beaufort''.

Toutes ces régions fissurées avec lesquelles l'auteur entretient des liens poétiques et personnels nous intriguent d'autant plus qu'elles cessent de nos jours d'appartenir à un lointain tenu à distance. Pierre Jourde, il y a quelques années, affirmait que Richard Millet, en étant proustien, était paradoxalement plus moderne que bien d'autres, à l'instar d'un Stendhal qui écrivait XVIIIème au XIXème siècle. Ce qui est valable pour la forme l'est également pour le fond, maintenant que les questions militaires, politiques, religieuses du Moyen Orient débordent aussi franchement sur nos côtes.

Romaric Sangars le 20 septembre 2015