Nathalie Rheims. Vous dites de Place Colette : « c'est un roman vrai » ?

J'ai deux veines en moi : l'une totalement romanesque qui m'a inspirée par exemple Le chemin des sortilèges et l'autre qui m'a permis d'écrire Place Colette dans lequel la narratrice c'est moi et dont l'histoire passe par l'imaginaire, parce que je suis romancière et non biographe. Personnellement, quand je suis lectrice, je vais spontanément vers ce type de romans tirés d'histoires vraies. Ils m'enrichissent beaucoup. J'adore lire les écrivains qui s'emparent de leur famille parce qu'on s'y retrouve souvent. Eva de Simon Liberati m'a touchée même si je n'ai pas évolué dans le même milieu. Mais, c'est très dangereux, dans une famille, d'avoir un écrivain, on s'en méfie.

Que répondez-vous à ceux qui disent que votre livre est dérangeant ?

Ne croyez pas que les choses les plus fortes sont les plus dérangeantes. J'ai bien réfléchi avant de l'écrire, parce que je savais l'enjeu. Quand on écrit sur le sexe, le sujet étant déjà compliqué, il peut être très explosif. Chaque mot des passages où il en est question a été pesé et repesé, lu et relu à voix haute et basse. Et j'ai été étonnée de l'accueil bienveillant qu'il a reçu. Il faut dire aussi que cela s'est passé à un moment très précis, avec un homme très particulier et j'ai voulu faire comprendre, sans pathos ni effet de manche, pourquoi cette jeune fille était décisionnaire.

Que diriez-vous de votre adolescence ?

J'étais une ado un peu particulière qui vivait dans un milieu très écrasant, avec un contexte lourd mais plus proche de Luis Buñuel que de François Mauriac quand même. Depuis toujours j'ai eu une passion pour Gotlib et je m'imaginais comme son personnage de la Coccinelle qui observe dans un coin sans rien dire. En fait, j'étais une grenade qui ne demandait qu'à être dégoupillée.

Ce qui a permis à cette jeune fille de prendre son envol, c'est la double initiation, à l'amour et au thé?tre, que cet homme lui a apporté.

Vendredi 16 octobre, à 18 h, à la librairie Doucet, 66, avenue de Gaulle. Entrée libre.