Accueil
Actualité
Catalogue
A paraître
Blog des ELS La Revue Littéraire
TV6



vendredi 20 novembre 2015

2324. La revue des revues de Pierre ASSOULINE dans la République des Livres

Chez Passou et ses contournables commentateurs.

Morceaux de choix des revues

Les revues souffrent. Elles ont du mal à joindre les deux bouts, malgré l'aide du CNL. On se dit qu'il faut être fou pour en lancer une, et plus encore pour en maintenir une sous perfusion. Heureusement, il y a encore des fous de ce type dans l'édition ; ils publient à perte, tout en sachant que sans les abonnements de bibliothèques japonaises ou d'instituts français en Scandinavie, ils finiraient par mettre la clef sous la porte. Ce qui avait fini par arriver à l'une des plus originales revues de qualité des années 70-80, justement intitulée Le Fou parle (abritée chez André Balland et animée par Jacques Vallet).

Des revues, on en trouve encore en cherchant bien. Leur rythme de parution obéit parfois à une logique qui se situe entre l'incertain et l'aléatoire mais qu'importe. Les moins menacées à court terme (mais pas à moyen terme) sont adossées à une maison d'édition. Leur espérance de vie est limitée même si elles sont très anciennes Esprit (Seuil), Po&sie (Belin), Europe qui vient de publier un bon dossier Modiano (Editeurs français réunis et désormaisâ?¦), Le Débat (Gallimard), Commentaire (Commentaire SA après Julliard), fussent-elles soutenues par une puissante holding financière telle la Revue des deux mondes (Fimalac).

Les propriétaires de deux d'entre elles en ont confié les clés il y a quelques mois à deux nouveaux rédacteurs en chef. Les effets s'en font ressentir avec leurs remarquables « livraisons » (comme on disait au temps heureux des calèches et des revues) de novembre. Michel Crépu a hérité de la Nouvelle Revue Française. Après avoir dérapé en propulsant Beigbeder en ouverture, il se rattrape avec un numéro 615 au sommaire éblouissant. C'est peu dire qu'il tient ses promesses : la correspondance de Chateaubriand lue par Philippe Lançon, certainement le meilleur critique littéraire sur la place, discret récital de perspicacité, d'intelligence, de finesse dans l'analyse, une poignée de pages à « l''heure du mort vivant » mais on en redemande.Ana juan 2

Autre morceau de choix : le tombeau de l'abbé Galiani, économiste italien et épistolier remarquable placé par Nietzsche bien au-dessus de Voltaire, néanmoins un énième couteau du XVIIIème siècle mis à l'honneur par Gabriel Matzneff. Bel éloge de son défunt ami qu'il prie la maison Gallimard de pléiadiser fissa en lieu et place de â?¦ Passons. Quant à Thomas B. Reverdy, dont j'avais imaginé qu'il remporterait les suffrages du jury du Goncourt des lycéens (on se fait des idées sur les jeunes, mon bon monsieur, et on se trompe à chaque fois), auteur dont je vous avais dit ici beaucoup de bien pour son autopsie romanesque de Detroit, il revient payer sa dette à Zamiatine pour ce Nous autres auquel il doit tant. Les exercices d'admiration et les reconnaissances de dettes littéraires, on ne s'en lasse pas, surtout en des temps de cynisme, d'amnésie et de dérision généralisés. Signalons enfin une conversation avec Dona Tartt, l'auteur du Maître des illusions et du Chardonneret, qui a le rare mérite d'entrer dans le motif, et de nous faire pénétrer dans l'atelier, le laboratoire, la cuisine, mais sans se prosterner devant la technique. Et puis des chroniques et des notes de lecture solides et impressionnistes à la fois, dans la longue tradition Nrf, bon sang ne saurait mentir.

Richard Millet s'est vu quant à lui sollicité par l'éditeur Léo Scheer pour diriger la rédaction de la Revue littéraire, trublion mensuel à la diffusion un temps interrompue, lancé il y a onze ans avec l'ambition avouée de devenir la nouvelle Nrf d?t-elle marcher sur le cadavre de l'ancienne au passage. D'ailleurs, Crépu et Scheer s'échangent des noms d'oiseaux par revues et sites interposés, renouant ainsi avec la tradition littéraire du duel à plumes à peine mouchetées.

Ce numéro 60 de la Revue littéraire est tout aussi étincelant que celui de la crèmerie d'en face. « Misère de l'idéologie » est un morceau d'anthologie : Mathias Rambaud y démonte point par point le débat filmé organisé entre Slavoj Zizek et Bernard-Henri Lévy le 16 septembre 2008 à la New York Public Library, mais il le fait avec un humour irrésistible, le souci du détail qui tue et une acuité du regard implacable. Rien n'échappe à son scalpel : leurs vêtements, leur gestuelle, leurs tics, leur manière de se tenir, les rapports avec la salle, les tentatives de déstabilisation mutuelles. Des stratégies mises en oeuvre au moyen d'une rhétorique, ou plutôt de deux rhétoriques opposées et rivales. L'un propre sur lui, s?ur de ses effets, tenant tout son contrôle à commencer par son discours, ses pointes, ses références, ses citations ; l'autre attifé à la diable, clownesque, transpirant, zézayant, intarissable. Ne reculant devant aucune démagogie, BHL va jusqu'à louer l'?uvre, la personne, l'engagement de Salman Rushdie et de Ayaan Hirsi Ali avant de révéler qu'ils sont dans la salle, de les désigner et de se les approprier. Et à l'issue de ce show, après entre noué leurs monologues plutôt que débattus (sur quel sujet à propos ? aucune importance), les deux grands mégalos de la pensée de se retirer sur la musique de James Bond, l'un tout sourire, l'autre continuant à parler tout seul. That's entertainmentâ?¦

A noter également « Etre ou ne pas être catholique », longue chronique dans laquelle Thomas A. Ravier rapporte avec beaucoup d'humour, d'irrévérence et force digressions, sous la forme d'un dialogue avec l'une de ses amies tenancière d'un Bed&Breakfast à Stratford-upon-Avon (eh oui, y être ou ne pas y êtreâ?¦), comment il en est venu à se rendre là pour approfondir le personnage de Hamlet qu'il doit interpréter au Français et comment il a d? affronter les thèses de ceux qui veulent faire du thé?tre du grand Will une ?uvre d'inspiration foncièrement anglicane alors que, comme chacun devrait savoir, sa mère s'appelait Marie, qu'elle était connue pour ses opinions papistes , c'est donc n'importe quoi que de faire du génie international de la langue anglaise un réformé, c'est n'avoir rien compris à la dimension de l'écoute dans les fondements physiques de l'Annonciation (ah, Memento Marieâ?¦) etc Le détail de l'affaire est savoureux, Ravier nous donne un bel échantillon en avant-première de son roman à venir Hamlet mother fucker.

Enfin, toujours dans cette livraison de la Revue littéraire, on ne perdra pas son temps à lire l'utile démystification du plagiat par Gilbert Pons, ainsi que les notes de lecture, longues, fournies, argumentées, bref : véritablement critiques, même si toutes n'ont pas la qualité d'écriture et d'analyse de celle de Camille La Hire consacrée au Drieu La Rochelle face à son ?uvre de Frédéric Saenen.

Le numéro s'achève, comme chaque mois désormais, par des pages du Journal de Richard Millet. Toujours très écrites, aiguës, autodestructrices. On ne les lit jamais sans profit. Celles-ci datent des années 1981-1982. L'écrivain débutant y évoque les influences de Leiris, Blanchot, Quignard. Reconnaissance de dettes. Et une conversation avec Jean-Loup Trassard sur les races de vaches françaises. Dommage que Richard Millet ait cr? bon de laisser passer dans les colonnes de sa revue une polémique entre deux bretteurs sur l'affaire Millet. Edifiante sur l'évolution des m?urs et des mentalités dans la vie littéraire, elle avait sa place partout sauf là.

lundi 16 novembre 2015

2323. NO COMMENT.

Le 14 novembre 2015

jeudi 5 novembre 2015

2322. Richard Millet par Bruno de Cessole dans VALEURS ACTUELLES

RICHARD MILLET, TÉMOIN DES CRÉPUSCULES

PROSCRIT

Trois livres et un recueil d'études consacrées à son oeuvre témoignent la fécondité inanimée de l'écrivain honni par les dévots de la bien-pensance, comme de la place majeure qu'occupent ses ouvrages dans le panorama de la littérature contemporaine.

D'un bouc émissaire, la foule n'attend rien d'autre que l'assomption des fautes de la communauté. Qu'il endosse, et expie, et meure, sans se plaindre, sans se justifier, sans même proférer une parole. Que l'on jette sur lui les pelletés de terre de l'oubli et qu'il n'en soit plus jamais fait mention, jamais.

Depuis la parution de Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik (Pierre-Guillaume de Roux), en 2012, Richard Millet est ce bouc émissaire, comme Céline le fut avant lui. Lynché par la presse, objet d'une pétition "vertueuse" d'écrivains de second ordre mus par le ressentiment, chassé du comité de lecture de Gallimard, maison à laquelle il avait contribué à faire obtenir de grands prix littéraires, assigné à résidence avec, pour toute compensation, la lecture de quelques manuscrits, puis évincé des programmes de son éditeur, l'écrivain est désormais un banni, un réprouvé, condamné à l'indignité nationale et à la mort sociale et qui ne peut survivre, en tant qu'auteur, que chez de "petits éditeurs" - Pierre-Guillaume de Roux, Léo Scheer, Les Provinciales - qui sont l'honneur de ce métier.

Le camp du Bien voudrait qu'il devienne un écrivain fantôme, condamné aux cercles dantesques de l'enfer littéraire.

Sans même la perspective de voir ses livres chroniques dans les médias, tant l'excommunication est efficace et répandue la l?cheté. Dans la Rome antique existait le rituel de la damnationmemoriae, qui frappait, après leur mort, des empereurs ou des personnages publics décrétés indignes pour leurs crimes. Déchus de leurs honneurs, leurs noms effacés des monuments et des actes publics, leurs statues renversées, le jour de leur naissance proclamé néfaste, ils étaient voués à l'exclusion de cette mémoire collective qui s'appelle l'Histoire. Comme s'ils n'avaient jamais existé. Ainsi, les sicaires et les procureurs du parti du Bien voudrait-ils qu'il en soit de Richard Millet : un écrivain fantôme, condamné à errer jusqu'à la fin de ses jours dans les cercles dantesques de l'enfer littéraire.

Faute de pouvoir br?ler ses livres ou interdire leur publication, un silence hostile accueillera leur parution et aucune mention ne sera plus faite de son nom exécré. Dans Solitude du témoin, Richard Millet définit ainsi la situation qui lui est imposée : "Sans m'avoir lu, on veut faire de moi un idéologue d'extrême droite. Vieux mécanisme de la victime émissaire mais chargée des maux d'un ordre qu'elle a dérangé; ne pas me lire tout en me réputant d'extrême droite, c'est me vouer à l'anonymat victimaire du premier venu, celui qu'on "dévoue", dirait La Fontaine, pour le faire expier les vices et les erreurs, voire les crimes de l'ordre social à quoi il est en fin de compte étranger. C'est pourquoi je me veux a-social, non démocrate, n'ayant jamais voté ni cru à la comédie littéraire."

Ni idéologue, ni partisan, ni rebelle, sinon au sens que donnent à ces mots Carl Schmitt et Ernst Jünger, l'écrivain se veut témoin, solitaire, libre et fragile, "animé de la volonté de dire ce qu'il voit, chaque jour, en France comme ailleurs", comme naguère un certain Philippe Muray, voué à l'opprobre de son vivant mais que la mort a rendu acceptable.

Faudra-t-il que Richard Millet à son tour meure pour être enfin reconnu et que cesse son exclusion ? Il se peut. Comme il se peut aussi, que la proscription qui le frappe conforte en lui le sentiment orgueilleux d'exil intérieur à quoi se reconnaissent les élus : "Je suis pris dans un processus d'autoexclusion permanent : cet apartheid est un excellent révélateur de l'insignifiance contemporaine ou de ce que j'appelle la "fatigue du sens" c'est à dire le renoncement plus ou moins programmé à être soi en tant qu'individu pensant (c'est à dire narcissique) dans l'appartenance nationale. L'exclusion volontaire comme réponse à la volonté d'inclusion propre au discours du Bien - laquelle inclusion n'est pas sans rappeler certains dispositifs totalitaires."

Quelle riposte Richard Millet peut-il opposer à la fatwa dont il fait l'objet ? Continuer d'écrire, publier tant que le système éditorial le permet encore, et, s'il ne le permet plus, recourir, comme autrefois les dissidents soviétiques, au samizdat, l'édition clandestine. D'autres que lui se seraient exilés sous des cieux plus cléments, là où son nom ne suscite ni scandale ni anathème. Richard Millet a choisi de demeurer et de faire front, sans cèder à l'injonction de la repentance ni se renier, sans condescendre à se montrer aimable et modeste, demandant seulement à être lu avant d'être voué aux gémonies.

En quelques mois, trois nouveaux livres sont parus : Solitude du témoin, un recueil d'essais et de fragments sur la fin de la culture, la guerre civile et le rôle que doit endosser l'écrivain dans cette conjoncture critique; Israël depuis Beaufort, une profonde méditation sur la rencontre élective entre l'universalité juive et l'universalité française; Tuer, un court et puissant récit sur un épisode personnel de la guerre du Liban, à laquelle Millet participa au sein des phalanges chrétiennes.

Enfin, voici que vient de paraître un imposant recueil d'études littéraires, Lire Richard Millet, rappelant que l'auteur de Ma vie parmi les ombres (Gallimard) et La Confession négative(Gallimard), que la meute des nouveaux dévots voudrait réduire à un idéologue "fasciste" est d'abord surtout un écrivain, l'un des plus importants de notre époque, à la tête d'une oeuvre de soixante dix volumes, aussi riche que diverse et déjà assurée de figurer parmi les classiques. Sans doute est-ce, du reste, l'une des raison du ressentiment à son encontre : si l'oeuvre multiforme de Richard Millet ne témoignait pas autant de l'insignifiance de la majeure partie de la littérature française contemporaine,si la beauté magistrale de son style ne renvoyait pas à l'inanité les trois quarts de la production romanesque actuelle, peut-être n'aurait-il pas subi un tel opprobe.

Une conception quasi théologique et guerrière de la littérature, contre le nihilisme de notre temps.

La république des lettres, où la confraternité est une haine vigilante, ne supporte pas la prééminence du talent. Ni l'intransigeance d'une conception quasi théologique et guerrière de la littérature, affirmée contre le nihilisme mortifère de notre temps, la substitution du tout-culturel à la Culture et la décomposition de la langue française, oublieuse de son génie originel et des maîtres qui l'ont fait rayonner.

L'ampleur et la diversité de l'oeuvre de Richard Millet, délibérément occultées par la polémique et la mauvaise foi, il était juste et nécessaire qu'elles furent saluées par un ouvrage critique. Universitaires français et étrangers, critiques littéraires dans la presse, ils sont un quinzaine à arpenter, reconnaître et cartographier le territoire imaginaire d'un écrivain majeur du XXIe siècle, en qui l'on peut voir un Faulkner français doublé d'un polémiste chrétien dans la lignée de Léon Bloy et de Georges Bernanos.

"Une oeuvre vaste, intense,austère, farouche, intransigeante, marquée par la pudeur et l'obscénité"

Dans la belle étude qui ouvre le recueil Lire Richard Millet, Mathias Rimbaud met en relief la singularité et la grandeur de cette production aux accents et à l'autorité préposthume des classiques, et nous lui laisserons le mot de la fin : "Oeuvre vaste, intense, et dont l'empan apparaît aujourd'hui sans équivalent; oeuvre austère, farouche, intransigeante jusqu'à l'implacabilité et dont l'élitisme s'abreuve à la source vive de la solitude individuelle comme à cela seul qui corrode les illusions sociales et idéologiques(...); oeuvre de clair-obscur, d'ascèse et de désir, transpercée de traits contradictoires, marquée par la pudeur et l'obscénité, chamarrée d'accès de haine et de revendication de catholicisme, de dégo?t de l'humanité et de tendresse pour l'individu; oeuvre de combat, moins contre le monde que contre son temps en quoi l'auteur ne se reconnaît pas; oeuvre amère et véhémente, car oppressée, assombrie par les épreuves et de plus en plus pessimiste avec le temps; oeuvre intranquile et paradoxale, dont l'inquiétude ne trouve de répit que dans ce qui l'alimente, à la fois apaisée et épouvantée par la puissance de la littérature; oeuvre considérable,toujours grave, jamais frivole, et à qui le lecteur peut être redevable de constituer l'un des rares exemples contemporains de ce plan supérieur où littérature et politique s'équivalent."

Bruno de Cessole, le 5 novembre 2015

É lire

TUER, ELS
Solitude du témoin, ELS
Israël depuis Beaufort, Les Provinciales
Lire Richard Millet, sous la direction de Mathias Rimbaud, Pierre-Guillaume de Roux

mercredi 4 novembre 2015

2321. TUER de Richard Millet dans CORSE-MATIN

Richard Millet sonde sa mémoire et revisite son expérience de guerre libanaise dans un texte puissant, poétique, dérangeant

Le brouhaha médiatique autour des prises de position de Richard Millet ' sur l'immigration ou de l'affaire Breivik, notamment ' ont fait oublier cette vérité : il est un écrivain, un styliste. Mis au ban de la communauté littéraire, l'auteur de La Confession négative (Gallimard, 2009) a trouvé un nouveau parrain en la personne de Léo Scheer, gamin déguisé en éditeur déguisé en gamin, pour publier ce « Tuer ». Millet, pour avoir combattu à l'?ge de 22 ans dans les rangs des Phalanges chrétiennes pendant la guerre du Liban, sait de quoi il parle. Le point de départ : la question d'une jeune femme venue faire dédicacer son précédent ouvrage - « Avez-vous déjà tué ? » - force l'auteur à une séance d'introspection en forme de voyage dans le temps. Et le voilà, rassemblant ses souvenirs de guerre ' mais pas seulement ' pour se retrouver dans un immeuble éventré, kalachnikov au poing, à attendre l'assaut. Car la guerre est aussi, et surtout, une affaire de patience et d'ennui.

''Expérience d'une négativité souveraine''

La réponse à la question intrusive de la jeune femme arrivera dans les dernières pages du livre. Millet n'explique pas, ne se justifie pas. Il refuse de travestir cette expérience intime et les sentiments qu'elle lui inspire sous les oripeaux d'une leçon de vertu littéraire, avec option remords et regrets - la guerre reste la guerre, n'est-ce pas ? Et cette plongée dans une noirceur libanaise écrasée de soleil ressemble, par certains aspects, au Coeur des ténèbres de Conrad.

Millet décrit, donc. Son courage d'écrivain consiste à peindre la mort, non pas en fournir l'analyse savante, philosophique, circonstanciée, de ceux qui ont rarement eu l'occasion de la côtoyer. Dans ces pages poignantes, la dimension physique prime. La mort sent. Sa nature, pour celui qui la contemple, est olfactive, palpable. Usant d'une langue richement dépouillée, Millet nous force à nous accroupir près de lui et de ses camarades, dans l'immeuble beyrouthin lacéré par les combats, où les odeurs de sueur et de rance se mêlent au parfum sec de décombres. Un jeune milicien Palestinien, touché à mort par les balles de l'auteur, agonisera. Pages terribles. Qu'adviendrat- il de cet « ennemi » et de quelle manière son sort affectera-t-il Millet ? Pour le savoir, il faut aller au bout du livre, qui est aussi ' à bien des égards ' une profonde réflexion sur le temps qui passe et la fidélité à soi, un texte puissant sur la guerre comme « expérience d'une négativité souveraine », forge des ?mes et creuset des tempéraments. Qui acceptera encore de le comprendre ?

Tuer, Richard Millet, Ed Léo Scheer, 60 pages, 15 euros

Archives Syndication
septembre 2017 (245)
août 2017 (220)
juillet 2017 (174)
mai 2017 (155)
février 2017 (186)
janvier 2017 (253)
décembre 2016 (179)
octobre 2016 (205)
septembre 2016 (245)
août 2016 (220)
juillet 2016 (174)
juin 2016 (187)
mai 2016 (155)
avril 2016 (117)
mars 2016 (202)
février 2016 (186)
janvier 2016 (253)
décembre 2015 (179)
novembre 2015 (199)
octobre 2015 (205)
septembre 2015 (245)
août 2015 (220)
juillet 2015 (174)
juin 2015 (187)
mai 2015 (155)
avril 2015 (117)
mars 2015 (202)
février 2015 (186)
janvier 2015 (253)
décembre 2014 (179)
novembre 2014 (199)
octobre 2014 (205)
septembre 2014 (245)
août 2014 (220)
juillet 2014 (174)
juin 2014 (187)
mai 2014 (155)
avril 2014 (117)
mars 2014 (202)
février 2014 (186)
janvier 2014 (253)
décembre 2013 (179)
novembre 2013 (199)
octobre 2013 (205)
septembre 2013 (245)
août 2013 (220)
juillet 2013 (174)
juin 2013 (187)
mai 2013 (155)
avril 2013 (117)
mars 2013 (202)
février 2013 (186)
janvier 2013 (253)
décembre 2012 (179)
novembre 2012 (199)
octobre 2012 (205)
septembre 2012 (245)
août 2012 (220)
juillet 2012 (174)
juin 2012 (187)
mai 2012 (155)
avril 2012 (117)
mars 2012 (202)
février 2012 (186)
janvier 2012 (253)
décembre 2011 (179)
novembre 2011 (199)
octobre 2011 (205)
septembre 2011 (245)
août 2011 (220)
juillet 2011 (174)
juin 2011 (187)
mai 2011 (155)
avril 2011 (117)
mars 2011 (202)
février 2011 (186)
janvier 2011 (253)
décembre 2010 (179)
novembre 2010 (199)
octobre 2010 (205)
septembre 2010 (245)
août 2010 (220)
juillet 2010 (174)
juin 2010 (187)
mai 2010 (155)
avril 2010 (117)
mars 2010 (202)
février 2010 (186)
janvier 2010 (253)
décembre 2009 (179)
novembre 2009 (199)
octobre 2009 (205)
septembre 2009 (245)
août 2009 (220)
juillet 2009 (174)
juin 2009 (187)
mai 2009 (155)
avril 2009 (117)
mars 2009 (202)
février 2009 (186)
janvier 2009 (253)
décembre 2008 (179)
novembre 2008 (199)
octobre 2008 (205)
septembre 2008 (245)
août 2008 (220)
juillet 2008 (174)
juin 2008 (187)
mai 2008 (155)
avril 2008 (117)
mars 2008 (202)
février 2008 (186)
janvier 2008 (253)
décembre 2007 (179)
novembre 2007 (199)
octobre 2007 (205)
septembre 2007 (245)
août 2007 (220)
juillet 2007 (174)
juin 2007 (187)
fil rss
fil rss commentaires



Copyright
Top