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jeudi 28 janvier 2016

2348. FINKIELKRAUT : Discours du 28 janvier 2016 À L'ACADÉMIE FRANÇAISE

"Je ne me sens pas représenté mais trahi et même menacé par les justiciers présomptueux qui peuplent la scène intellectuelle"

Mesdames, Messieurs de l'Académie,

En manière de préface au récit débridé que lui a inspiré le tableau d'Henri Rousseau La Carriole du père Juniet, Félicien Marceau relate le dialogue suivant :

– La carriole du père Bztornski ? dit le directeur de la galerie. Qu'est-ce que ça veut dire ?

– C'est le titre de mon tableau, rétorqua le douanier Rousseau.

Le directeur plissa son nez, qu'il avait fort grand, et agita son index, qu'il avait fort long.

– Mon pauvre ami, avec ce titre-là, vous ne le vendrez jamais, votre tableau.

– Tiens ! Pourquoi ? dit Rousseau qui, de son passage dans l'administration de l'octroi, avait gardé le goût d'aller au fond des choses.

– Bztornski ! reprit le directeur avec force. C'est un nom à éternuer, ça. Mon cher monsieur, retenez bien ceci : un client qui éternue, c'est un client qui n'achète pas. – Et, rêveusement, il énonça :

– Ce doit être une loi de la nature.

– Alors, qu'est-ce qu'on fait ? dit Rousseau.

– Mettez Juniet et n'en parlons plus, dit le directeur. C'est le nom d'un de mes cousins. Un négociant. Très honorablement connu dans tout le Gâtinais, ajouta-t-il après un temps et sans doute pour balayer les dernières réticences du peintre.

Telle est la scène qui, s'il faut en croire le célèbre historien d'art Arthème Faveau-Lenclume, se serait déroulée, par une belle journée d'octobre 1908, dans une modeste galerie de la rue des Saints-Pères.

Nous sommes en janvier 2016. Et un nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives, comme Bztornski ou mieux encore, comme Karfunkelstein, le patronyme dont l'extrême droite avait affublé Léon Blum pour faire peur aux bons Français, un nom à éternuer en somme, et même, osons le dire, un nom à coucher dehors, est reçu aujourd'hui sous la coupole de l'institution fondée, il y aura bientôt quatre siècles, par le cardinal de Richelieu.

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lundi 25 janvier 2016

2347. Les Tribulations D'Arthur Show de Thomas Lélu dans PARUTION.COM par Gilles Ferragu

Total look

Arthur Show (mais vous pouvez l'appeler Arty) est un artiste contemporain, spécialiste de l'art un peu provoc… Son plus beau coup : une imitation de la pissotière de Marcel Duchamp avec un jacuzzi… trrrrrès tendance, trrrrrès coté. Un artiste, un vrai… mais un peu en panne d'inspiration, coincé entre les glorieux aînés, les rivaux embarrassants, les jeunes qui vont «tout faire péter»… et les femmes.

Ah, les femmes : il y a Helena, la divine Helena, un peu folle, et puis Camille, une Lolita en quête de grandeur, et puis mémé, une maman de rechange, Claudia, djette très ouverte. Autant dire qu'Arty est embêté. Alors oui, il a aussi une conscience qui s'appelle Charles, son galeriste… son mac en somme, Charles qui parie sur lui, le soutient et le protège, mais ne sait pas le raisonner. Suspens donc : Arty retrouvera-t'il son mojo, son inspiration, sa dulcinée, sa cote ?...

Une petite plongée dans le grand n'importe quoi de l'art contemporain : on provoque, on conceptualise (on essaie), on théorise, on critique, on couche beaucoup, on boit encore plus. Arthur Show, c'est une sorte de petit prince de l'art contemporain, égaré sur notre belle planète, et qui, avec quelques vagues idées et autant de mantras branchés, vend des blagues de potaches à des prix de millionnaire. Dans ses monologues comme dans ses diverses rencontres, il séduit par une certaine candeur tempérée par l'enthousiasme. Un arnaqueur ingénu qui survit dans un monde si artificiel, si surfait, que tout semble surréaliste, hors de notre réalité.

Alors forcément, on s'amuse, le ton est détaché, vaguement cynique, assez féroce et qui ne dédaigne pas les stéréotypes… mais Thomas Lélu connait son affaire et sait brosser, en quelques dialogues, un personnage, une ambiance, un système.

Un petit roman amusant, pour garder tous ses préjugés sur l'art contemporain.

Thomas Lélu Les Tribulations d'Arthur Show

Gilles Ferragu ( Mis en ligne le 22/01/2016 )

2346. La nouvelle bataille idéologique . Editorial par Valérie Toranian dans LA REVUE DES DEUX MONDES

La nouvelle bataille idéologque

En 2015, on aura davantage fait la chasse aux intellectuels déviants qu'aux djihadistes, ironise Jacques Julliard dans l'entretien qu'il nous a accordé et où il explique les origines philosophiques et politiques du « camp du bien », dont la gauche morale est l'héritière.

Aux yeux de l'historien, la gauche aurait d tenir ferme sur l'éducation républicaine, héritière des principes de Condorcet, au service de la volonté générale, et ne pas se fourvoyer dans le piège de l'égalitarisme. Hélas elle est tombée dedans et c'est « sa plus grande trahison ». Il est urgent qu'elle cesse de se vautrer dans « le pédagogisme », « la mauvaise conscience du christianisme et celle du colonialisme » et qu'elle redécouvre que l'homme est un être historique.

Le politiquement correct et le relativisme culturel, rappelle Robert Kopp, sont les enfants de Rousseau, qui nous demande « d'aimer les hommes pour ce qu'ils sont et non pas ce qu'ils font ». De nos jours, le camp du bien que le philosophe et sociologue Jean-Pierre Le Goff a baptisé gauchisme culturel, est « relativiste, antiautoritaire et hédoniste, moraliste et sentimental et exerce une police de la pensée et de la langue d'un genre nouveau. ... Il ne coupe pas les têtes, il diabolise et livre ses adversaires à la vindicte en les traitant allégrement de racistes d'islamophobes, d'homophobes, de suppôts ou de complices de l'extrême droite. »

Faux, répond Laurent Joffrin, qui dénonce une imposture du « camp réactionnaire qui avance masqué derrière la posture de l'intellectuel indépendant, martyrisé par un odieux complot contre la réflexion libre ». Le directeur de Libération se revendique de la bien-pensance, qui consiste à « se fonder sur des valeurs universelles d'égalité et de justice pour juger des situations contemporaines ». Car, finalement, qu'appelle-t-on le politiquement correct ? « Tout bonnement les idées progressistes. »

Résumons la confrontation type de l'année 2015 : à ma gauche un « camp du bien » accusé d'être coupé du réel, plus occupé à dénoncer l'islamophobie que l'islamisme, et face à lui des anti-modernes réactionnaires « faisant le jeu du Front national » ? Pas si simple. La bien-pensance à droite existe également. Pour Philippe de Villiers, c'est « la droite no frontier » celle qui rêve de liberté économique « mais ne souhaite pas qu'on touche aux valeurs morales et familiales ». Ce qu'elle a de commun avec la gauche, c'est de réciter le même catéchisme d'un « capitalisme déterritorialisé et libertaire ».

Jacques de Saint Victor s'interroge sur le fameux « pas d'amalgame » qu'agitent des humanistes « désireux de se rassurer à tout prix » et fait un rapprochement passionnant avec les « zones grises » de la mafia. N'existe-t-il pas un ordre salafiste, véritable phénomène culturel, social et religieux, qui exerce la même pression dans les quartiers que l'ordre mafieux en Italie ? Ne joue-t-il pas « le même rôle d'accélérateur de particules ? »

La bien-pensance s'attaque aussi à l'art et à la littérature. C'est même par là qu'elle a commencé, comme le rappelle brillamment l'historien de l'art Jean Clair, qui relate le procès dont il fut l'objet, il y a une vingtaine d'années, lorsqu'il entreprit d'écrire sur les trois couleurs du drapeau. « Comment avais-je osé faire l'éloge de ce bout de chiffon tricolore qu'avaient brandi les Ligues avant guerre, puis Vichy ? » Aujourd'hui les drapeaux sont de retour... Mais « comment redire ces paroles, remuer ces flammes, quand hier encore on ne pouvait pas, sans se faire soupçonner de crypto-nazisme... ? » Pour Richard Millet, accusé d'avoir fait l'apologie d'un tueur de masse lors de la parution de son Éloge littéraire d'Anders Breivik en 2012, alors qu'il s'en est toujours défendu, « comme tout système totalitaire, fut-il soft, celui du bien fonctionne par l'intimidation et la propagande ; le dénoncer est une tche sans fin ».

Nous avons au moins tenté, avec ce numéro, de mieux le définir et le comprendre.

Valérie Toranian, Février 2016

jeudi 21 janvier 2016

2345. Ce que j'appelle Jaune de Marie Simon par Alain Baudemont.

Toute déclinaison d'un jaune est recevable qui descend, simple bonheur d'escalier, vers la mer ; qui résonne, fort comme un cor de Roland, et musicaline l'effet tangerine Dream ; qui n'est pas, tout contre le coeur, rebutage soufre poussin.

J'ai cru avoir tout su de l'intime du jaune, auquel je ne m'intéressais plus depuis longtemps. Mais voilà, j'apprends de Marie Simon, dans son roman Ce que j'appelle jaune, que l'extime du jaune va, en allée, dessus dessous, comme du clair, du mêlé de blanc, d'ivoire ; qu'il va du sombre, du très pur, du mêlé de noir, du gris, du beige de clarté moyenne, du brun de clarté faible ; qu'il a, quelle audace, de là où il était avant, décidément fixé une femme-mère en robe jaune sous un tournesol impérial ; qu'il a évacué, qu'elle sublime force, ce négatif rire jaune, nerveux, honteux, gêné ; qu'il a laissé courir au diable vauvert, toute bile, toute colère, tout jauntre teint.

C'est donc à lire, cette aventure alchimique d'un petit jaune qui vit éphémèrement dans l'intime, et qui ne sera pas tout à fait marron à exister lontemps encore dans l'extime des nuits et des brouillards. L'histoire d'un petit corps jaune en gélatine, très débrouillard et moins lourd à porter qu'un ballon de baudruche, qui raconte à une maman prochaine ce que peut bien vouloir dire donner naissance… à un bébé, à une auteure, à une écriture.

De Marie Simon Ce que j'appelle jaune aux éditions Léo Scheer est rien moins que la fabrication savante d'une écriture aux images impressionnantes. Une alchimie de tous les temps à boire avec les yeux pour ouvrir le coeur.

Un bon texte à ne pas consommer d'un coup, à la va vite, comme le vulgaire jette, après usage, son mouchoir en papier.

Alain Baudemont, le 21 janvier 2016.

mercredi 20 janvier 2016

2344. Les Tribulations de Thomas LELU par Thomas COUTENCEAU pour LA LETTRE DU LIBRAIRE

Un régal pour les zygomatiques.

Arthur est une caricature d'artiste contemporain : prétentieux, misogyne, égoïste, superficiel, etc….

À 28ans, il est au sommet de son art, de sa gloire artistique et du tas de fille qu'il a "démonté" ! Il a deux qualités néanmoins : il ne semble pas prendre de drogue même si son comportement le laisse supposer et il a une répartie fantastique.

Tout s'effondre lorsqu'il tombe amoureux ! il en perd sa virilité, son latin et son inspiration..

Thomas Lelu nous offre une bulle d'humour réjouissante à souhait et salvatrice (bien que parfois scatologique !) sous le prétexte de démonter le monde de l'art : galeristes, acheteur pigeons, assistantes sexuellement exploitables, tout le monde en prend pour son grade.

Pour notre plus grand plaisir. Les tribulations d'Arthur Show sont un régal pour les zygomatiques !

mardi 19 janvier 2016

2342. Marie Simon à la Librairie de Paris

La Librairie de Paris et Les Éditions Léo Scheer vous invitent, le mardi 2 février à partir de 18h30, à rencontrer Marie SIMON pour son roman "Ce que j'appelle jaune" (Léo Scheer).


***

Un enfant à naître, omniscient et audacieux, s'adresse à sa mère. Il a décidé de sa propre conception, et compte bien modifier le cours des choses et la vie de celle qui le porte. Pour la jeune femme qu'il a élue, aux prises avec une enfance douloureuse et des déceptions récurrentes, cette grossesse provoque une onde de choc. Mais l'enfant-surprise est intrépide, et depuis le ventre qui l'abrite, il crée la mère à son image. La détermination, la (re)naissance et l'espoir sont les motifs de ce voyage immobile : la venue au monde du fils engendre la libération de la mère et ce sont deux êtres qui verront le jour ensemble. Ce que j'appelle jaune devient alors métaphore du processus d'écriture : le bébé anime la mère comme le verbe donne naissance à l'écrivain. Marie Simon est l'auteur d'un premier roman, Les Pieds nus, paru chez Léo Scheer en 2012.

Librairie de Paris, 7-11 place de Clichy 75017 Paris

lundi 18 janvier 2016

2341. Les tribulations d'Arthur Show de Thomas Lélu par Claire Julliard dans LE NOUVEL OBSERVATEUR

Les Tribulations d'Arthur Show par Thomas Lélu.

Arthur Show, dit "Arty", est un jeune artiste à la mode. Ses oeuvres conceptuelles trash lui valent de mener une vie aisée et insouciante. Ce charmant égotiste va de vernissages en soirées branchées où il donne libre cours à sa sexualité débridée. Il tombe cependant amoureux d'Helena, l'assistante de son galeriste. Cette fille superbe et brillante l'inciterait presque à fonder une famille. Hélas, sa belle le quitte. Arthur connaît alors une crise existentielle qui entraîne une sévère panne d'inspiration. L'auteur de Je m'appelle Jeanne Mass renoue avec sa veine burlesque et signe une plaisante sotie sur le petit monde de l'art et sa promotion cynique du kitsch commercial.

Claire Julliard.

dimanche 17 janvier 2016

2340. Ce que j'appelle Jaune de Marie Simon par Corinne Baret DANS L'EST RÉPUBLICAIN

« Humour et légèreté »

« C'est l'histoire d'un fÅ“tus qui parle à la jeune femme qui le porte. Elle est en détresse, fragile et a été abandonnée par le géniteur. Le bébé surprise va l'aider à devenir mère. Il a des décisions d'adulte, ce qui donne de l'humour et de la légèreté au récit », résume Marie Simon, aujourd'hui responsable juridique à Paris. «

Ce livre, c'est une vision simple du thème de la filiation. Ce que l'on transmet à ses enfants, ce que l'on véhicule sans le savoir, sans le vouloir… »

Marie n'est pas encore maman. Mais après un premier roman « Les pieds nus » paru en 2012 qui raconte une histoire d'amour avec un marin, la romancière dit avoir eu besoin d'écrire sur la transmission. « Peut-être parce que j'ai une relation pas très apaisée avec mes parents… »

Marie Simon reviendra bientôt à Nancy. Voir ses amis. Et peut-être signer au salon littéraire du Livre sur la Place en septembre. En tout cas, la presque Nancéienne l'espère.

Marie Simon connaît bien Nancy grce à des étudiants devenus amis rencontrés en master de droit à Paris il y a 10 ans.

Elle a découvert Nancy pendant ses études de droit… Marie Simon avait dans sa classe de nombreux Nancéiens qui, comme elle, suivaient il y a 10 ans une spécialité en droit de la propriété intellectuelle. « On était un groupe très soudé et on est resté amis, c'est pourquoi depuis, j'ai passé beaucoup de temps dans cette ville que j'adore et où je me sens bien. »

À tel point que la Parisienne née à Toulouse il y a 34 ans se considère un peu Nancéienne.

Corinne BARET, le 17 janvier 2016

vendredi 15 janvier 2016

2339. Dominique Aury de Angie David dans AFFAIRES SENSIBLES sur France Inter

Histoire d'O sauvée des eaux.

Une fiction proposée par Christophe Barreyre. 
Ecrite par Bertrand leclair et réalisée par Michel Sidoroff.

Un grand académicien se meurt, en ce début octobre 1968, à Boissise-la-Bertrand. Jean Paulhan a 83 ans, dont quarante années passées à orchestrer la vie littéraire depuis son petit bureau des éditions Gallimard où il a si longtemps dirigé la NRF, la célèbre Nouvelle revue française d'André Gide. Croisant les paradoxes à n'en plus finir, l'auteur des Fleurs de Tarbes aura cherché sa vie durant à piéger Dieu dans le langage, multipliant les mécaniques les plus subtiles sous l'apparence d'essais ou de récits impeccablement ciselés. Mais il est aujourd'hui plus célèbre encore, peut-être, pour la préface magistrale qu'il a donnée à Histoire d'O, le livre sulfureux signé par une certaine Pauline Réage, en 1954.

Le voilà veillé par celle qui fut sa compagne secrète, mais aussi la très discrète secrétaire de la prestigieuse revue littéraire et la seule femme à siéger au Comité littéraire de Gallimard, Dominique Aury. Pauline Réage et Dominique Aury ne font qu'une, mais il faudra attendre trois décennies encore pour que l'information éclate au grand jour. En 1968, peu de gens pourraient seulement imaginer que cette traductrice et critique si discrète puisse avoir le moindre rapport avec la scandaleuse héroïne élevant la soumission amoureuse au rang d'absolu...

Notre invitée : Angie David

Née en 1978, Angie David grandit en Nouvelle-Calédonie, avant de venir s'installer en France à l'ge de 19 ans. Après des études de droit de Montpellier, elle décide d'aller à Paris pour travailler dans l'édition. En 2001, elle fait un stage aux éditions Léo Scheer, une rencontre décisive qu'elle relate dans son roman Marilou sous la neige. Actrice, Angie David a joué dans le film d'Yvan Attal, Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants (2004) puis dans celui de Zabou Breitman, L'Homme de sa vie, sorti en 2006. C'est également en 2006 qu'elle fait paraître son premier ouvrage, une biographie de l'auteur « anonyme » d'Histoire d'O, Dominique Aury. Publié aux éditions Léo Scheer, le livre reçoit le Prix Goncourt de la biographie. Elle alterne ensuite entre romans (plus ou moins autobiographiques) et biographies… Depuis juillet 2013, Angie David est directrice générale des éditions Léo Scheer et rédactrice en chef de La Revue littéraire, qui va renaître de ses cendres pour trois numéros par an.

Scénariste : Bertrand Leclair

Né à Lille en décembre 1961, Bertrand Leclair est essayiste et romancier. Il a longtemps été critique littéraire pour des supports aussi différents que Les Inrockuptibles ou Le Nouvel Economiste et contribue depuis peu au Monde des livres. Il a publié quatorze titres, parmi lesquels Théorie de la déroute (Verticales, 2001) ou L'invraisemblable histoire de Georges Pessant (Flammarion, 2010), et obtenu la bourse Cioran en 2009. Il est également l'auteur d'une trentaine de dramatiques radiophoniques pour France Inter et France Culture et d'une pièce de thétre mêlant le français à la langue des signes, Héritages, créée en 2010 à l'IVT (Paris) dans une mise en scène d'Emmanuelle Laborit. Adapté à la scène par la compagnie des Lumas, son roman Malentendus (Actes Sud, 2013) accomplit actuellement une tournée thétrale. Dernier titre paru : La Villa du jouir (Serge Safran éditeur)

La distribution: Paulhan: Pierre Constant Dominique Aury: Béatrice Agénin Le narrateur: Bernard Gabay Odette Poulain: Marina Moncade Dutour: Michel Derville Corniglion: Marc-Henri Boisse L'inspecteur: Pierre Forest Camus: Lionel Robert

Angie David Ecrivain, éditrice Dominique Aury de Angie David éditeur : Leo Scheer parution : 2006

(Ré)écouter cette émission : France Inter Affaires Sensibles

Le 15 janvier

jeudi 14 janvier 2016

2338. La question qui "TUE" de Raphaël Sorin dans "Lettres ouvertes" pour LIBÉRATION

Dans les "divagations", de son dernier billet

Philippe Lançon, tenez bon

par Raphaël SORIN le 12 janvier 2016

Pour Philippe Lançon, En déjeunant aujourd'hui, lundi 11 janvier, avec mon ami Nicolas d'Estienne d'Orves (qui a publié le Dictionnaire amoureux de Paris), je lui ai annoncé que mon prochain billet de blog, après une longue absence, serait une sorte de lettre à vous destinée.

Nous avons parlé de vos articles, toujours fondés, et surtout de celui consacré à la réédition des Décombres de Lucien Rebatet (lire Lucien [Rebatet, une haine encombrante), chez Bouquins, dont il fut le principal artisan. Il sortait nettement du lot. Je lui ai signalé vos deux contributions les plus récentes, en l'incitant à les lire. Deux fois encore, votre opinion me semble à la fois juste et, sans comparaison avec ce qu'on trouve ici ou là, d'une autre trempe. (lire les articles de Philippe Lançon parus dans Libération).

«PLUS ON COMMÉMORE…»

C'est dans le numéro spécial de Charlie Hebdo que votre contribution me saisit. En vous retrouvant, chaque semaine, dans ce journal où à part vous, j'avais seulement fréquenté de près Cabu et Wolinski (que je ne peux imaginer morts tant ils étaient impressionnants dans leur vivacité, si différentes l'une de l'autre), j'ai suivi votre lent retour vers le plaisir d'écrire et de retrouver votre maîtrise, une façon de ne pas perdre le fil, avec les détours qui rendent une lecture nécessairement plus lente. Vous écrivez que «la vie collective se couvre de panthéons de toutes tailles et de toutes sortes» et que «plus on commémore, pire on oublie». La Mort qui frappe quand ça lui chante, justifie jusqu'à l'absurde ce jugement. Dans les panthéons de papier, à la radio, vais-je célébrer Bowie ou Galabru, pleurer Courrèges ou Boulez? Les cérémonies du dimanche 10 janvier, avec toutes ces plaques et ces minutes de silence, finissent par brouiller la mémoire. A quoi pensent tous ces personnages immobiles, figés par devoir? J'aurais aimé qu'un des journalistes cite au moins une fois votre nom. Et recommande la lecture de ce que vous venez d'écrire, qui m'a ému. Nous avons échangé beaucoup de mails, avant. Je les recevais comme autant d'encouragements et même de consolations.

Et vous continuez à instruire les lecteurs de Libération. Je relis dans le numéro du samedi 9 janvier votre critique du roman de Jean Echenoz, Envoyée spéciale, publié chez Minuit (lire Carpes et dandys dégonflés). Selon vous, les meilleurs livres de cet écrivain si secret seraient l'Equipée malaise, Ravel et Courir.

Si nous déjeunions ensemble, comme autrefois, j'aurais redit mes réserves pour le Ravel, pompé en grande partie sur une biographie du compositeur, parue chez Fayard. Je lui aurais aussi demandé ce qu'il pensait de son premier roman, le Méridien de Greenwich, sorti en 1979. Ce serait une chose à faire, pour mesurer ce qui a empiré parfois chez un écrivain aussi minutieux, ou a fini par s'atténuer, le manque d'émotion. On aurait aussi fait un rapide examen de la rentrée de janvier, trop copieuse.

J'en retiens le deuxième volume du Journal intime de Philippe Muray, Ultima Necat, aux Belles Lettres. Comment ne pas revenir sur ce que dit de Rubens ou de Balzac cet auteur en proie à sa difficulté d'écrire le «grand» roman dont il rêve. Et nous aurions ri de ce qu'il envoie sur Sollers ou BHL, qui ne l'ont pas volé. J'y reviendrai.

J'aurais aimé avoir aussi son sentiment sur le texte de Richard Millet, paru dans La Revue littéraire de janvier-février, «Pourquoi la littérature de langue française est nulle». Avec verve, le maudit, jeté aux chiens par Gallimard, cogne à juste titre, selon moi, sur une littérature «insignifiante», celle de Nothomb, Vigan, Garcin, Pancrazi, Salvayre, Angot, Jourde ou Foenkinos.

Vous me manquez, Philippe. Tenez bon.

Raphaël Sorin.

mercredi 13 janvier 2016

2337. Tuer de Richard Millet par Pierre Assouline dans La République des livres

Dans La République des livres :

Ce que "tuer" veut dire aussi.

(...)

Au moment où j'achevais la lecture de ce passionnant essai d'anthropologie analytique (*), un aveu remontant je crois à 1965 de René Char, alias capitaine Alexandre dans le maquis, m'est revenu en mémoire :

« Tuer m'a décuirassé pour toujours ».

Puis l'actualité de la librairie me mettait entre les mains Tuer (117 pages, 15 euros, Editions Léo Scheer) de Richard Millet. J'ai fait en sorte d'oublier l'article qu'il vient de publier en ouverture de La Revue littéraire (No 61, janvier-février 2016, 275 pages, 10 euros) qu'il dirige chez son éditeur. Intitulé « Pourquoi la littérature de langue française est nulle », c'est un simple dégueulis sur à peu près tout ce tout ce qui s'écrit d'autre en France que ses propres livres, il est vrai publiés à une cadence feuilletonnesque dans différentes maisons d'édition, ce qui limite tout de même la persécution dont il dit être la victime de la part de ce milieu prétendument mafieux. Radotage d'un paranoïaque aigri à l'humour laborieux, il se distingue cette fois par sa rhétorique héritée des feuilles d'extrême-droite de l'entre-deux-guerres : l'insulte au physique et la guignolisation des noms (Mélasse de Kéranguille, Ben Loukoum, Mabanckouille, Samsoul etc).

Il se trouve que par ailleurs, Millet est un écrivain et non des moindres. Son Å“uvre témoigne d'une vraie passion de la langue, d'un univers bien à lui, de la volonté de se faire le chroniqueur de mondes disparus, disposition qui lui vaudrait l'hostilité de tous coalisés, à l'en croire. Une Å“uvre rare, de celles qui ne laissent pas indifférents ceux à qui la littérature importe. Alors Tuer. En épigraphe, une pensée de Pascal qui annonce le programme :

« Tous les hommes se haïssent naturellement l'un l'autre ».

C'est de la guerre qu'il s'agit. Celle qu'il a vécue comme « expérience d'une négativité souveraine » et qui le distingue de ses accusateurs « des écrivains qui n'ont rien vécu », forcément puisqu'ils ne l'ont pas faite, eux. La sienne, ce fut la guerre civile libanaise. Il écrit son récit quarante ans après, nourri de ces réminiscences, et d'autres encore, halo de paroles d'anciens combattants de 14, d'Indochine, d'Algérie, écoutées dans les arrière-salles de bistros corréziens. Il avait 22 ans et ne supportait pas que les medias occidentaux impute aux kataëb, aux phalangistes, au clan Gemayel et plus généralement aux chrétiens la responsabilité d'avoir initié cette guerre. Le Liban avait été son pays, et Beyrouth sa ville jusqu'à 1967, date de son installation en banlieue parisienne.

A-t-il du sang sur les mains ? A-t-il torturé, tué ? Y a-t-il vraiment participé autant qu'il le prétend à ce conflit, participé autrement qu'en le fictionnalisant ? Il avait déjà répondu dans la Confession négative (2009, Folio). Ce texte-ci livre également des fragments d'autobiographie sentimentale, spirituelle, politique en creux. Mais cette fois, il entend opposer aux bonnes mes ce qu'il croit être la vérité profonde de la guerre et de l'histoire, sa vérité que l'on dirait profondément chrétienne si elle n'égratignait pas au passage les protestants aussi. Il y a quelque chose de fascinant dans l'opinitreté que déploie cet écrivain à être fidèle à lui-même, à accorder ses actes avec ses paroles, quitte à basculer du normal dans le pathologique lorsqu'on tue en drapant ses actes dans le linge si pur de l'expérience spirituelle.

Ce livre recèle des éclairs saisissants sur la peur surmontée et sublimée par l'angoisse, sur le bruit épouvantable que produit la guerre, sur la difficulté à se figurer l'ennemi invisible, sur l'ivresse qui envahit les miliciens jubilant et hébétés quand dégouline sur eux le sang de l'ennemi, sur le carnage des hommes en armes lorsqu'ils franchissent le point de non-retour qui est un au-delà de la haine (le mot qui revient le plus souvent dans livre), sur ce qu'il faut bien appeler la joie devant la mort.

« La guerre contredisait l'Ecclésiaste. Il n'y avait pas un temps pour tout ; elle donnait tout en même temps : joie, horreur, amour, ivresse, douleur, angoisse, extase, le reniement ou l'accomplissement de soi ».

Tuer mais pas seulement des fedayin : tuer aussi la photo de Vanessa Redgrave, grande bourgeoise gauchiste se pmant en toute obscénité parmi les Palestiniens. Tuer mais soigneusement, scrupuleusement, en être sans indulgence pour la désinvolture. Richard Millet dit marcher en solitaire sur la ligne d'ombre où l'acte de tuer ne relève plus du secret mais de la vérité. Il tient pour une perversion de l'esprit l'idée même que puisse exister un islam tolérant et se tient à distance de ceux qui pratiquent une « éthique de la pitié sélective ». Son récit se veut d'un témoin et non d'une sorte de journaliste ou pire, de travel-writer. La différence ? Le témoin ne dira jamais « bombe » indistinctement mais selon les cas « plastic », « obus »…

Tuer est un vrai récit d'écrivain, un bloc de sensibilité crue d'un cathomélancolique né en Limousin, accablé de tristesse à la vue de l'état de son pays « sans cesse défait depuis Waterloo », arcbouté sur sa foi en attendant l'assaut des barbares, n'accordant plus d'importance qu'au triomphe du Christ Roi. Quand tous les déclins se conjuguent, et que tout s'abaisse sur tous les plans, il y voit le signe évident d'une décadence qui tourne à la décomposition.

Aujourd'hui, Richard Millet voudrait porter la guerre contre le pouvoir culturel. Pourquoi pas ? Mais c'est accorder une bien grande importance aux académies, aux institutions, aux fratries, aux réseaux et à leur petite, aléatoire, fugace, fragile capacité de nuisance et d'influence dans la veulerie de l'époque. Surtout après ce qu'il a écrit de si vrai sur la guerre, la vraie.

Pierre Assouline, le 13 janvier 2016

(*) Paul-Laurent Assoun Tuer le mort (263 pages, 22 euros, PUF

mardi 12 janvier 2016

2336. Ce que j'appelle Jaune de Marie Simon dans TOUTE LA CULTURE

Le foetus délicatement omniscient.

Après Les pieds nus, qui figuraient en 2012 dans la sélection du Prix de Flore, Marie Simon est de retour chez Léo Scheer avec un beau texte organique livré par un fÅ“tus dans le ventre de sa mère. Ce que j'appelle jaune est un des romans dont on va parler dans cette rentrée de janvier 2016.

La mère est vibrante, vivante et certainement pas décidée à brider sa liberté pour un homme. Mais quand l'enfant arrive, la symbiose commence. Et c'est depuis le ventre de sa maman que l'être à venir parle et parle et livre le portrait touchant et viscéral de celle qui le porte. Un texte bref, urgent, intrépide, rempli d'images fortes et de couleurs aussi tranchées que le jaune. Une écriture prenante et un message plein d'espoir et de sang qui bat, à lire d'une traite comme un bon shoot d'alcool fort.

Toute la culture, le 20 décembre 2015

lundi 11 janvier 2016

2335. Ce que J'appelle Jaune de Marie Simon dans LA DEPECHE

Marie Simon, paroles de bébé

Un enfant va naître. Dans le ventre de sa mère, il s'adresse à elle. Tour à tour bienveillant et déterminé, il entend bien modifier la vie de celle qui le porte avant de venir au monde. Ce roman étonnant, surprenant à chaque page, c'est «Ce que j'appelle jaune», le deuxième de la Toulousaine Marie Simon. «Le thème principal, avant celui de la maternité, est celui de la filiation, explique la romancière. Je voulais créer un bon équilibre entre ce petit garçon et cette femme. C'est après avoir lu ce très beau livre d'Hélène Gaudy, Plein Hiver, dans lequel une femme parle à l'enfant qu'elle attend, que j'ai imaginé ce chemin inverse, comme un huis clos inédit.»

On est happé par les mots de ce fÅ“tus qui «sait où il va et utilise des mots d'adulte pour le dire», mais qui en emploie d'autres de manière drolatique, comme ce connard qui devient un canard ou ce jaune d'Å“uf qui donne son titre au roman, lorsqu'il est dans la perception des choses. Habilement mené, le livre se lit d'une traite, tant l'écriture de Marie Simon, d'une maîtrise totale, emporte le lecteur où elle veut, en jouant une attachante «petite musique» sur toute la gamme des sentiments. L'idée, géniale, de prendre la voix de ce petit être qui va naître (mais il n'est pas le seul à prendre la parole…) et qu'attendent au-dehors la musique de Lykke Li et les vers de Peter Handke (l'un des écrivains préférés de Marie Simon) est une trouvaille littéraire formidable, et une jolie métaphore pour l'acte d'écriture, qui ouvre un champ des possibles que la romancière explore avec gourmandise et talent. Une superbe écrivaine est née.

« Ce que j'appelle jaune » de Marie Simon, paraîtra mercredi 6 janvier aux Éditions Léo Scheer (201 pages, 18 €).

Demain : les écrivains de la rentrée de janvier.

Ecrire comme… Gary

A la phrase «Quel livre auriez-vous aimé écrire ?», Marie Simon répond : «La vie devant soi de Romain Gary. Pour la réalité sociale qu'il dépeint, d'abord : on y parle d'exclusion, d'immigrés, de prostituées, de l'euthanasie, de la mémoire de la Shoah… et l'on est en 1975 ! Ensuite, parce que ces choses graves, ancrées fortement dans le réel, sont traitées avec humour et légèreté. Enfin, parce que j'admire l'humanisme de ce livre dont les thèmes sont affrontés avec une force qui fait que la sympathie du lecteur lui est acquise. C'est une formidable leçon d'humanisme, de tolérance. Tout le monde en a bien besoin…»

Yves Gabay, le 4 janvier 2016

2334. Nathalie Rheims dans L'ÉQUIPE

« J'étais amoureuse de Giresse »

La romancière avoue son intérêt pour le sport, réussissant le grand écart entre patinage artistique et football.

Elle traverse la rue pour aller de son appartement, dans le huitième arrondissement de Paris, à l'hôtel chic où elle a fixé le rendez-vous. Soigneusement maquillée, baskets aux pieds, elle interroge : « Alors la FIFA ? Qu'est-ce qui va se passer ? » Elle déplore aussi : « Je trouve épouvantable tous ces gens qui viennent se montrer à Roland Garros. » Nathalie Rheims, qui a publié cette saison son dix-septième roman, Place Colette( Ed. Léo Scheer), a posé pendant plus d'une heure son joli regard sur le sport.

D'où vient votre passion pour le patinage ?

J'ai, depuis toute petite, une passion pour la danse. C'est comme çà que je suis venue au patinage. Au fond, c'est un art assez voisin, si ce n'est que les techniques sont différentes. J'ai une vénération pour les danseurs et pour les patineurs. Enfin pas tous les patineurs… Philippe Candeloro ne me fait pas du tout rêver.

Pourquoi ?

Il y a des gens qu'on a pas vraiment envie d'entendre. On a envie de les voir. Lui parle trop et dit beaucoup de bêtises. Pourtant, je trouvais que c'était un grand patineur de son temps.

Qu'est-ce qui vous touche dans ce sport ?

C'est le seul qui me fasse pleurer. Je pleure d'émotion, je trouve cela tellement beau. On est toujours très ému par ce qu'on est pas capable d'accomplir. Il y a un cadre, de la glace de la patinoire, mais on peut formidablement y évoluer. Les patineurs sont des grands artistes, bien plus que des gens qui se disent artistes.

Les costumes ne vous dérangent pas ?

J'aime bien. Ils ont un coté kitsch. Ça fait partie du charme. Quand j'ai commencé à me passionner pour le patinage, j'avais sept ans, il n'y avait pas un centimètre sans paillettes. Ça s'est épuré depuis, notamment chez les garçons, c'est plus simple, plus sobre.

Quelle est, selon vous, la musique qui se prête le mieux au patinage ?

Je reste complètement traditionnelle. De la même façon que cela m'insupporte de voir l'Avare joué en costume cravate, car je suis très old school : j'aime la musique classique ou certaines musiques de film. Je n'ai pas envie d'entendre du Piaf ou du Jacques Brel.

Et votre intérêt pour le foot, il remonte à quand ?

Comme beaucoup de femmes, j'y suis venue par la Coupe du monde 1998. Et là, j'ai commencé à me passionner. Avant, juste un joueur m'intéressait : quand j'avais dix-huit ans, j'étais un peu amoureuse de Giresse. Je trouvais qu'il était trop sexy. Je ne l'ai jamais vu, je ne sais pas pourquoi mais je le trouvais magnifique. J'avais même une photo de lui dans ma salle de bain.

Pensez-vous que la fracture se réduit entre les intellectuels et le sport ?

La mutation que j'ai pu observer, c'est que les écrivains se sont emparés du sport. Je suis frappée des grands textes sur le sport. Il inspire les auteurs. Mais il ne faut pas se faire d'illusion, les sportifs ne lisent pas de romans…

Ils disent tous qu'ils ont lu l'Alchimiste…

Eh bien moi, je ferais bien des interros écrites sur l'Alchimiste… Et je donnerais à une vingtaine d'écrivains le devoir de faire le portrait d'un sportif. Moi, je ferais bien celui de David Beckham…

Vous passez de Giresse à Beckham, vous avez évolué quand même…

Vous vous trompez, il me plaît pas du tout physiquement Beckham, je préfère Giresse. Et puis je suis trop vieille, je ne fais pas dans les jeunes garçons. Beckham est juste fascinant. C'est fascinant quand les gens finissent par disparaître derrière tellement d'éléments qu'ils fabriquent un roman de leur vie. Cette espèce de couple glamour (avec Victoria, son épouse), roi des tendances, qui ont fait poser les enfants. Et tout le monde y va de sa mode, de sa robe, de son parfum… C'est une espèce d'entreprise familiale et finalement, on s'éloigne beaucoup de la pureté du sport. On y perd son me.

Sophie Tutkovics, le 10 janvier 2016

vendredi 8 janvier 2016

2333. "Les tribulations d’Arthur Show" de Thomas Lélu par Elen Pouhaer dans MODZIK

Laugh is the answer.

Il vient de faire la couv du fooding 2016 avec un bretzel recouvrant le visage d'une femme. Artiste protéiforme, plasticien, directeur artistique, réalisateur et écrivain, le touche-à-tout Thomas Lélu publie un cinquième roman loufoque et drôlatique, Les tribulations d'Arthur Show, mettant en scène un jeune prodige de l'art contemporain, accro au tarama, en proie à une panne d'inspiration. Rencontre à l'Hotel Jules et Jim, autour d'un jus de carotte.

Le point de départ…

C'était il y a 4 ou 5 ans. Au départ j'avais envie d'écrire un thriller se déroulant dans le milieu de l'art contemporain. Je n'ai finalement pas trouvé la forme adéquate et suis reparti à zéro en conservant uniquement l'idée d'une histoire dans l'univers de l'art. Et cette comédie burlesque est née.

Comment as-tu élaboré ce cinquième roman ?

Il y a eu une impulsion de départ, un peu comme un coup de foudre. En relisant, en parlant autour de moi, j'ai senti que j'avais pris une bonne direction. J'ai déroulé l'histoire, je suis revenu au début, j'ai fait plusieurs allers-retours puis effectué un travail de lecture orale autour de moi. J'aime écrire le matin, au saut du lit, sans manger ni même boire un café pour profiter de la richesse de la nuit et l'exprimer à l'écrit. La nuit est parfois assez propice, car le rapport au temps y est différent.

Quelles sont tes sources d'inspirations et d'influences ?

En découvrant, enfant, les livres-jeu, dont vous êtes le héros, j'ai réalisé que ce n'était pas complètement chiant de lire. A ce moment-là, je pratiquais cinquante sports différents et je voulais devenir cascadeur ! Je crois que j'étais un peu hyperactif. Puis, j'ai découvert Alice aux pays des Merveilles. À partir de là, j'ai tout dévoré : Joyce, Robert Musil, Ionesco, Vian, Beckett, le mouvement Panique et Topor, Bukowski, Shakespeare, Bernard-Marie Koltès, Kerouac, Woody Allen, Phillip Roth, Miranda July, Jonathan Safran Foer…

Pourquoi avoir imaginé une comédie dans l'univers de l'art contemporain ?

Dans ce milieu, tout est très cadré, hiérarchisé. Chacun joue des rôles. C'est un monde qui me passionne et que je connais bien, après avoir été directeur artistique de la galerie Perrotin, en fréquentant galeristes et personnalités de l'art aussi. Il y a aujourd'hui beaucoup de foires, de plus en plus de collectionneurs, de galeristes, d'artistes, d'argent ! Tout le monde fait très attention à ce qu'il dit. Cela fait presque peur. Comme dans le luxe et la mode, je crois qu'on a envie de revenir à plus d'authenticité. La comédie est exutoire, salutaire, elle fonctionne comme une thérapie. Ce qui m'intéressait en écrivant ce roman, c'était d'amener du burlesque, du gag, de la bêtise, de la régression, de l'idiotie dans ce domaine a priori antinomique du monde de l'art contemporain. De manière plus générale, je souhaitais questionner les rapports humains, l'égoïsme, l'argent, la brutalité des échanges dans notre société, par ce prisme de la comédie.

So Me, graphiste du label Ed Banger a réalisé la couverture de ton livre. Peux-tu me parler de cette collaboration ?

Je suis fan de son travail, j'ai naturellement eu envie de collaborer avec lui car So Me, comme la plupart des artistes qui m'intéressent, vient de la musique électro. Je me sens proche de cette mouvance, y compris dans l'écriture. La musique est omniprésente dans mon quotidien. J'écoute du son partout, dans la rue, dans le métro, sur mon vélib' et parfois quand j'écris. Ça me permet de provoquer des états différents, en écoutant la Callas, Chopin, Charlie Parker, The Shoes ou Movement… car la musicalité de l'écriture est fondamentale, il y a un vrai rythme de l'écrit.

Comment as-tu évolué depuis l'écriture de ton premier roman, Je m'appelle Jeanne Mass ?

À l'époque, j'avais réalisé Manuel de la photographie ratée et Récréations, un ouvrage qui rassemblait une série de jeux de mots idiots et de collages régressifs. Mon éditeur m'a encouragé à écrire un roman, Je m'appelle Jeanne Mass, que j'ai fait de manière très instinctive. Aujourd'hui, j'ai un désir plus évident d'écrire. J'essaie d'inventer mon propre langage en imaginant une littérature plus pop, avec une dimension légère, accessible. L'humour fait rarement partie du paysage littéraire. Dans Plateforme, de Houellebecq, je me souviens d'un pet dans la nuit. Un de mes rares rires en littérature ! Aujourd'hui, la définition du rire est devenue très fragile dans notre société. La plupart des humoristes ou les grosses comédies françaises, qui font pourtant des millions d'entrées ne sont, pour moi, ni drôles ni enrichissants. C'en est presque flippant ! En revanche, je me retrouve plus dans l'humour de certaines figures de la scène américaine, comme Seth Rogen, Will Ferrell ou Judd Apatow. Il y a quelque chose d'à la fois tendre, familial, subtil et populaire.

Qu'est ce qui te fait rire en ce moment ?

La dernière série américaine qui m'a fait mourir de rire est Last Man on Earth, de Will Forte. Il y a aussi Eastbound and Down, les Seth Rogen ou la série canadienne Le cÅ“ur a ses raisons avec Anne Dorval. En France, Quentin Dupieux, Philippe Katerine ou Éric et Ramzy me font vraiment rire. Le studio Bagel aussi. Le rire et l'intelligence, dans une forme qu'on appelle l'idiotie, sont entremêlés.

Quel est ton point de vue sur la polémique autour des Å“uvres Tree de Paul McCarthy ou Dirty Corner d'Anish Kapoor ?

Je suis évidemment consterné de voir que les gens abîment l'Å“uvre de Kapoor ou détruisent celle de McCarthy, place Vendôme, qui était, de surcroît, un sapin de Noël et non un plug. On a l'impression que ces vandales vivent encore au Moyen Âge. Ils ne s'intéressent certainement pas à l'art et n'ont envie de se poser aucune question. Je trouve regrettable qu'il y ait autant de passions dans ces débats. C'est un problème de politique culturelle, qui n'aide pas à l'accessibilité au plus grand nombre. L'art est pourtant ce qui nous permet de traduire, à travers notre corps, le monde. Continuons à faire des plugs et des bites en chocolat !

Tes projets ?

Après avoir réalisé une série d'Å“uvres avec Ford Mustang, j'entame une collab' avec une autre belle marque de voitures et une griffe de vêtements. Je prépare un ouvrage avec une sélection des images que je publie sur Instagram et un film que j'ai écrit est actuellement en pré-production. Il s'agit d'une comédie autour d'un réalisateur un peu looser qui arnaque un producteur, lui faisant croire qu'il va tourner avec une série d'acteurs connus alors qu'il s'agit d'homonymes. Parmi eux, Depardieu, toiletteur canin. J'ai également écrit un livre pour enfants et j'ai un nouveau projet de roman !

Elen Pouhaer, numéro 46.

2332. Pourquoi la littérature de langue française est nulle ? par Richard Millet dans LE POINT.

Dans sa rubrique LE POSTILLON (LE POINT daté du 7 janvier), Sébastien Le Fol reprend de larges extraits de l'article de Richard Millet ouvrant la livraison du N 61 de La Revue Littéraire (Janvier/février, en librairie le 13 janvier 2016).

MILLET
 : Pourquoi la littérature de langue française est nulle

Dans un texte de La Revue Littéraire dont nous publions les extraits, l'écrivain fustige la production actuelle.
Dans son viseur: le dernier livre de Maylis de Kerangal, qu'il qualifie de «barbe à papa idéologico-esthétique».

"Il semble que Mme de Kerangal soit appelée à exercer sur les lettres françaises, comme on disait à l'ère littéraire, un magistère indiscuté ; du moins donne-t-elle le ton en France où, dans le domaine de l'esprit, on respecte moins la vérité que les apparences, le chiffre de ventes, la pureté idéologique. Ainsi, la presse avait encensé, l'été dernier, en Avignon, avec l'unanimisme stalinien qui la caractérise, un « spectacle » tiré d'un roman de l'écrivain : Réparer les vivants. S'il est difficile d'imaginer que des êtres humains puissent être réparés, sauf à les considérer comme du matériel – ce qu'ils deviennent, souvent, à force d'aliénation, par la vertu du capitalisme mondialisé –, on peut se demander si l'estime que Mme de Kerangal nourrit pour les « vivants » n'est pas du même ordre que celle que Mao et Pol Pot avaient pour leurs peuples, ou bien s'il ne s'agit pas, plus simplement, de la vision sociale libérale-gauchiste sans laquelle il ne saurait plus y avoir, en France, de littérature romanesque. Mme de Kerangal serait-elle un Zola femelle ou bien, selon les règles du charity-business accompagnant toute carrière littéraire, aujourd'hui, une femme touchée par la misère humaine, pour peu que celle-ci soit lointaine, voire exotique, car la trop proche misère (Roms, vieillards abandonnés, enfants battus, prostituées, malades solitaires) n'est pas, elle, assez glamour ? Zola écrivait pour la bourgeoisie cultivée ; Mme de Kerangal le fait pour la petite bourgeoisie interna- tionale déculturée... Il est vrai que, dans le même temps, elle s'inté- resse aux petits gars de la Marine, lesquels ont tous les yeux bleus, comme l'énonce le titre du livre-cadeau de Noël qu'elle préface, ces jours-ci, étant décidément sur tous les fronts, et la mer toujours trendy, bien que les marins soient, eux, érotiquement un peu plan-plan, sauf chez l'auteur de Querelle de Brest dont l'investissement pulsionnel n'est sans doute pas celui de notre auteur – la très aryenne totalisation des « yeux bleus » étant, selon le titre1, politiquement incorrecte.

Ouvrons son dernier livre, à ce stade la nuit (le titre imprimé ainsi, tel que dans les années structuralistes, sans majuscules, comme le nom de l'auteur, puisque nous vivons dans un monde post-métaphysique et relativisé où rien, sauf l'Humanité, ne doit manifester sa primauté). Le titre sonne, aussi bien, comme un livre écrit par un acteur ou comme une chanson des années 1970 et qui pourrait se fredonner ainsi : c'est beau, une cuisine, la nuit. Une femme (l'auteur, assu- rément) est assise de travers dans sa cuisine. Elle boit du café réchauffé. Elle a envie de fumer – et, vertueusement, se retient. Elle écoute la radio (France Inter ? France Culture ?), entend parler de « migrants » qui ne se contentent pas de migrer mais qui se noient entre la côte libyenne et l'île de Lampedusa. L'émotion l'envahit : elle est tout près de s'y noyer ; l'indignation la sauve ; elle est dans son élément : elle y nage. Elle se raccroche aux mots. Elle barbote dans les vocables et les concepts. Lampedusa... Le nom lui procure d'abord un renvoi proustien, images, souvenirs. La phrase keran- galesque, elle, n'a rien de proustien ; elle lorgne plutôt du côté de Tino Rossi : « Ã” Lampedusa ma belle, tchi tchi... »

Mme de Kerangal se voulant moderne, elle ne se contente pas de roter du Proust, elle s'abandonne à un visage : celui de Burt Lancaster dans Le Guépard de Visconti, qu'en brave petit soldat culturel l'auteur court revoir, au quartier Latin, dans une copie restaurée. On aura droit à une analyse érotico-marxisante du film, avant d'en revenir au sort de ces pauvres migrants, à divers stades de la nuit, selon la lancinante anaphore mimant le ressac sur le rivage de Lampedusa : l'anaphore comme signe, aussi, d'une insomnie à caractère éthique. Mme de Kerangal veille, pourrait-on dire, si le mot n'avait une connotation chrétienne. À ce stade de l'ennui, elle aurait pu lire Gramsci, déporté dans une île voisine, mais le concept d'hégémonie culturelle lui serait revenu à la figure... En tout cas, buvant un café aussi réchauffé que sa prose, elle continue d'écouter la radio ; elle se rappelle un voyage sur l'île de Stromboli – où elle attendait un homme, ce qui lui permet de se la jouer comme Ingrid Bergman dans le film de Rossellini (et on et aimé savoir non pas si l'homme l'y a rejointe, mais si elle a connu l'expérience mystique dont Karen, réfugiée lituanienne qui a trahi le camp du Bien en aimant un officier allemand, fait l'épreuve, en 1945, au sommet du volcan). N'y tenant plus, elle farfouille dans un tiroir en quête de cigarettes, trouve de vieilles photos d'identité sur lesquelles (narcissisme oblige) elle s'attarde en mesurant les ravages du temps, avant de chercher un de ses livres, lesquels « migrent d'une pile à l'autre » (il n'y a donc pas que les hommes qui migrent), le trouve enfin : il y est question d'une île de Méditerranée. Très chic, déci- dément, les îles, surtout quand on appuie sa méditation sur Michel Foucault. De l'autopromotion, ce renvoi à un de ses propres livres ? Non : de la transversalité référentielle... On est postmoderne, ne l'oublions pas, même dans la rêverie sur le paysage ou, plutôt, sur l'écri- ture comme paysage, tandis que « d'un nom à l'autre, d'une île à l'autre, la migration se poursuit » – ce qui est la version « intello » d'une chanson de Claude François : « De ville en ville, de ville en ville/ Je fais un long long long chemin... »

L'obsession migratoire passe aussi par l'évocation d'un voyage en Sibérie, en train, comme Cendrars, Mme de Kerangal étant déci- dément une nomade, en bon post-écrivain plein du souci de soi, dirait Foucault. Elle a longuement regardé le paysage mais ne parle pas des migrants d'autrefois, déportés par millions au goulag ou relégués dans d'obscures villes sibériennes, l'évocation ne cadrant pas avec le moralisme gauchiste de l'auteur. Depuis sa cuisine parisienne, où on ignore si elle clope mais où sa vue traverse la nuit et l'espace pour atteindre Lampedusa, Mme de Kerangal aperçoit les migrants, ceux qui se noient dans la Méditerranée, pas les autres, lesquels n'entrent pas dans la « boucle tournoyante du sens » qu'elle tente de faire surgir de la nuit avec ce texte que son éditeur, qui n'en est pas à une putas- serie près, présente comme « intense » (ce qui oblige à une redéfini- tion de l'intensité, ce texte relevant surtout de la barbe à papa idéologico-esthétique) et comme un « jalon majeur dans le parcours littéraire » de son auteur : on remarquera que le mot Å“uvre est soigneusement évité, car trop old fashion, voire réac, au profit du mot « parcours », dont la connotation migratoire est plus sensible, surtout si au passage on fustige, comme il se doit, « l'inhospitalité européenne » – celle de Mme de Kerangal restant en suspens : combien peut-elle accueillir de migrants sauvés des eaux dans son appartement parisien ? À ce stade de la nuit, on ignore si Mme de Kerangal a fumé. Il est probable qu'elle a fini son café, a fait pipi, et qu'elle dort du sommeil du juste sous sa couette de lieux communs littéraires, sans imaginer que la lire, ft-ce sur une aussi courte distance, est un parcours dont même les migrants « les plus démunis » ne voudraient pas. Une galerie de clichés, égrenés dans un français plat et sentencieux : « Le flou du nombre des victimes est une violence révoltante, quand le désir de précision, à l'inverse, signe une éthique de l'attention », dit-elle en un beau moment catéchistique qui ne parvient pas à cacher le fait que l'auteur, comme tout un chacun, se moque éperdument des migrants : ceux-ci ne sont qu'un motif littéraire branché.

(…)

Ce livre, qui aurait le got d'un steak de soja sans le lard humani- tariste dont il est bardé, témoigne du naufrage de la littérature française : le lecteur est prié d'acquiescer à cette infantilisation idéolo- gique où les clichés se battent pour donner un texte si lisse qu'il ne diffère en rien des autres romans jetables qui se publient chaque automne. Les milliers d'imbéciles qui lisent Babyliss de Kerangal sont coupables d'entretenir une imposture et, à ce stade du désastre, l'illusion que la littérature contemporaine existe, alors qu'elle n'est que de la propagande recyclée dans une langue transgénique (…)"

Richard Millet, le 7 janvier 2016.

(1) «Tous les marins ont les yeux bleus» (Gallimard, 2015).

Copyright : La Revue Littéraire, n61, éditions Léo Scheer.

jeudi 7 janvier 2016

2331. Ce que j'appelle Jaune de Marie Simon par Alain Nicolas dans L'HUMANITÉ

Et l'enfant créa la mère

Décider de venir au monde et entreprendre de construire une mère à partir d'une femme en détresse, c'est l'objectif de Ce que j'appelle jaune, le deuxième roman de Marie Simon.

Il est temps de s'incarner. Un jour, « je suis descendu par un tout petit ruisseau, j'ai fait mon lit et j'ai remonté son cours, tout simplement ». Pour aller où ? « Chez moi », dit le narrateur de Ce que j'appelle jaune, le deuxième roman de Marie Simon. Chez lui, c'est-à-dire, on le comprend vite, dans le ventre d'une femme, de celle dont il va faire une mère. Les détails de l'opération relèvent du « secret des petits poissons et de la rivière ». Mais le narrateur, comme il se doit, sait tout. Depuis quand, nous ne le savons pas mais « là où il était avant », même si « tout était moins net » et si son « influence était négligeable », il en avait assez pour « intervenir », venir en aide à cette femme « indécise, fragile ». Un enfant qui décide de naître pour venir au secours de sa mère, qui prend en charge le récit de sa gestation, et ce dès avant la conception, le renversement n'est pas mince. Et le pari que prend Marie Simon risqué. La surprise et la curiosité ne sauraient en effet pousser le lecteur au-delà des premières pages s'il n'y avait autre chose.

La vérité de cette relation enfant-mère, qui vont s'enfanter l'un l'autre.

Peut-être est-ce la calme confiance de ce narrateur, à peine embryonnaire et déjà au fait de bien des choses, qui nous retient. L'idée de quitter les limbes au moment où « la vie quitte un homme qu'elle a aimé » pourrait rajouter une couche de pathos à cette histoire qui elle aussi demande à naître, mais, miraculeusement, ce qui pourrait tuer dans l'Å“uf le roman le lance. Ce que j'appelle jaune quitte d'emblée les lois de la vraisemblance narrative, frise le territoire légendaire des naissances miraculeuses pour coller au plus près de la vérité de cette relation enfant-mère, qui vont s'enfanter l'un l'autre.

Une écriture qui épouse les rythmes et les intensités de cette vie en construction.

Quelques mois de symbiose verbale et organique vont ainsi être la matière de ces pages. Le narrateur enfant détaille ses gestes, ses sensations, ses décisions, la prise de possession de son domaine, la « formation » de sa mère : « tout lui apprendre », mais aussi la constituer, « la faire voyager » vers ce nouvel état qui reste pour elle une surprise. Lui, dieu miniature, sait tout, prévoit tout, prétend « savoir avant elle ce que représente une grossesse ». Mais il y a des questions, et pas seulement de technique obstétricale, qui le dépassent. Est-ce pour cela que, par moments, le « je » disparaît du texte ? Pour nous dire que les enfants ne savent pas tout ? On serait tenté de le penser en lisant ces chapitres qui racontent le passé de la mère, ses relations avec le père, les hommes, qui ont fini par en faire un « machin cassé ». Pas seulement : porté par une écriture qui épouse les rythmes et les intensités de cette vie en construction, on aime à penser que, le récit gagnant en autorité, l'enfant narrateur peut s'éclipser par moments. À son image, l'auteur s'efface à la naissance d'un livre.

Alain Nicolas, le 7 janvier 2016

mercredi 6 janvier 2016

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