« J'étais amoureuse de Giresse »

La romancière avoue son intérêt pour le sport, réussissant le grand écart entre patinage artistique et football.

Elle traverse la rue pour aller de son appartement, dans le huitième arrondissement de Paris, à l'hôtel chic où elle a fixé le rendez-vous. Soigneusement maquillée, baskets aux pieds, elle interroge : « Alors la FIFA ? Qu'est-ce qui va se passer ? » Elle déplore aussi : « Je trouve épouvantable tous ces gens qui viennent se montrer à Roland Garros. » Nathalie Rheims, qui a publié cette saison son dix-septième roman, Place Colette( Ed. Léo Scheer), a posé pendant plus d'une heure son joli regard sur le sport.

D'où vient votre passion pour le patinage ?

J'ai, depuis toute petite, une passion pour la danse. C'est comme çà que je suis venue au patinage. Au fond, c'est un art assez voisin, si ce n'est que les techniques sont différentes. J'ai une vénération pour les danseurs et pour les patineurs. Enfin pas tous les patineursâ?¦ Philippe Candeloro ne me fait pas du tout rêver.

Pourquoi ?

Il y a des gens qu'on a pas vraiment envie d'entendre. On a envie de les voir. Lui parle trop et dit beaucoup de bêtises. Pourtant, je trouvais que c'était un grand patineur de son temps.

Qu'est-ce qui vous touche dans ce sport ?

C'est le seul qui me fasse pleurer. Je pleure d'émotion, je trouve cela tellement beau. On est toujours très ému par ce qu'on est pas capable d'accomplir. Il y a un cadre, de la glace de la patinoire, mais on peut formidablement y évoluer. Les patineurs sont des grands artistes, bien plus que des gens qui se disent artistes.

Les costumes ne vous dérangent pas ?

J'aime bien. Ils ont un coté kitsch. Éa fait partie du charme. Quand j'ai commencé à me passionner pour le patinage, j'avais sept ans, il n'y avait pas un centimètre sans paillettes. Éa s'est épuré depuis, notamment chez les garçons, c'est plus simple, plus sobre.

Quelle est, selon vous, la musique qui se prête le mieux au patinage ?

Je reste complètement traditionnelle. De la même façon que cela m'insupporte de voir l'Avare joué en costume cravate, car je suis très old school : j'aime la musique classique ou certaines musiques de film. Je n'ai pas envie d'entendre du Piaf ou du Jacques Brel.

Et votre intérêt pour le foot, il remonte à quand ?

Comme beaucoup de femmes, j'y suis venue par la Coupe du monde 1998. Et là, j'ai commencé à me passionner. Avant, juste un joueur m'intéressait : quand j'avais dix-huit ans, j'étais un peu amoureuse de Giresse. Je trouvais qu'il était trop sexy. Je ne l'ai jamais vu, je ne sais pas pourquoi mais je le trouvais magnifique. J'avais même une photo de lui dans ma salle de bain.

Pensez-vous que la fracture se réduit entre les intellectuels et le sport ?

La mutation que j'ai pu observer, c'est que les écrivains se sont emparés du sport. Je suis frappée des grands textes sur le sport. Il inspire les auteurs. Mais il ne faut pas se faire d'illusion, les sportifs ne lisent pas de romansâ?¦

Ils disent tous qu'ils ont lu l'Alchimisteâ?¦

Eh bien moi, je ferais bien des interros écrites sur l'Alchimisteâ?¦ Et je donnerais à une vingtaine d'écrivains le devoir de faire le portrait d'un sportif. Moi, je ferais bien celui de David Beckhamâ?¦

Vous passez de Giresse à Beckham, vous avez évolué quand mêmeâ?¦

Vous vous trompez, il me plaît pas du tout physiquement Beckham, je préfère Giresse. Et puis je suis trop vieille, je ne fais pas dans les jeunes garçons. Beckham est juste fascinant. C'est fascinant quand les gens finissent par disparaître derrière tellement d'éléments qu'ils fabriquent un roman de leur vie. Cette espèce de couple glamour (avec Victoria, son épouse), roi des tendances, qui ont fait poser les enfants. Et tout le monde y va de sa mode, de sa robe, de son parfumâ?¦ C'est une espèce d'entreprise familiale et finalement, on s'éloigne beaucoup de la pureté du sport. On y perd son ?me.

Sophie Tutkovics, le 10 janvier 2016