Marie Simon, paroles de bébé

Un enfant va naître. Dans le ventre de sa mère, il s'adresse à elle. Tour à tour bienveillant et déterminé, il entend bien modifier la vie de celle qui le porte avant de venir au monde. Ce roman étonnant, surprenant à chaque page, c'est «Ce que j'appelle jaune», le deuxième de la Toulousaine Marie Simon. «Le thème principal, avant celui de la maternité, est celui de la filiation, explique la romancière. Je voulais créer un bon équilibre entre ce petit garçon et cette femme. C'est après avoir lu ce très beau livre d'Hélène Gaudy, Plein Hiver, dans lequel une femme parle à l'enfant qu'elle attend, que j'ai imaginé ce chemin inverse, comme un huis clos inédit.»

On est happé par les mots de ce f?tus qui «sait où il va et utilise des mots d'adulte pour le dire», mais qui en emploie d'autres de manière drolatique, comme ce connard qui devient un canard ou ce jaune d'?f qui donne son titre au roman, lorsqu'il est dans la perception des choses. Habilement mené, le livre se lit d'une traite, tant l'écriture de Marie Simon, d'une maîtrise totale, emporte le lecteur où elle veut, en jouant une attachante «petite musique» sur toute la gamme des sentiments. L'idée, géniale, de prendre la voix de ce petit être qui va naître (mais il n'est pas le seul à prendre la paroleâ?¦) et qu'attendent au-dehors la musique de Lykke Li et les vers de Peter Handke (l'un des écrivains préférés de Marie Simon) est une trouvaille littéraire formidable, et une jolie métaphore pour l'acte d'écriture, qui ouvre un champ des possibles que la romancière explore avec gourmandise et talent. Une superbe écrivaine est née.

« Ce que j'appelle jaune » de Marie Simon, paraîtra mercredi 6 janvier aux Éditions Léo Scheer (201 pages, 18 â?¬).

Demain : les écrivains de la rentrée de janvier.

Ecrire commeâ?¦ Gary

A la phrase «Quel livre auriez-vous aimé écrire ?», Marie Simon répond : «La vie devant soi de Romain Gary. Pour la réalité sociale qu'il dépeint, d'abord : on y parle d'exclusion, d'immigrés, de prostituées, de l'euthanasie, de la mémoire de la Shoahâ?¦ et l'on est en 1975 ! Ensuite, parce que ces choses graves, ancrées fortement dans le réel, sont traitées avec humour et légèreté. Enfin, parce que j'admire l'humanisme de ce livre dont les thèmes sont affrontés avec une force qui fait que la sympathie du lecteur lui est acquise. C'est une formidable leçon d'humanisme, de tolérance. Tout le monde en a bien besoinâ?¦»

Yves Gabay, le 4 janvier 2016