Toute déclinaison d'un jaune est recevable qui descend, simple bonheur d'escalier, vers la mer ; qui résonne, fort comme un cor de Roland, et musicaline l'effet tangerine Dream ; qui n'est pas, tout contre le coeur, rebutage soufre poussin.

J'ai cru avoir tout su de l'intime du jaune, auquel je ne m'intéressais plus depuis longtemps. Mais voilà, j'apprends de Marie Simon, dans son roman Ce que j'appelle jaune, que l'extime du jaune va, en allée, dessus dessous, comme du clair, du mêlé de blanc, d'ivoire ; qu'il va du sombre, du très pur, du mêlé de noir, du gris, du beige de clarté moyenne, du brun de clarté faible ; qu'il a, quelle audace, de là où il était avant, décidément fixé une femme-mère en robe jaune sous un tournesol impérial ; qu'il a évacué, qu'elle sublime force, ce négatif rire jaune, nerveux, honteux, gêné ; qu'il a laissé courir au diable vauvert, toute bile, toute colère, tout jaun?tre teint.

C'est donc à lire, cette aventure alchimique d'un petit jaune qui vit éphémèrement dans l'intime, et qui ne sera pas tout à fait marron à exister lontemps encore dans l'extime des nuits et des brouillards. L'histoire d'un petit corps jaune en gélatine, très débrouillard et moins lourd à porter qu'un ballon de baudruche, qui raconte à une maman prochaine ce que peut bien vouloir dire donner naissanceâ?¦ à un bébé, à une auteure, à une écriture.

De Marie Simon Ce que j'appelle jaune aux éditions Léo Scheer est rien moins que la fabrication savante d'une écriture aux images impressionnantes. Une alchimie de tous les temps à boire avec les yeux pour ouvrir le coeur.

Un bon texte à ne pas consommer d'un coup, à la va vite, comme le vulgaire jette, après usage, son mouchoir en papier.

Alain Baudemont, le 21 janvier 2016.