Tu t'es vu quand t'es lu ?

Le romancier Thomas Lélu livre une farce absurde sur le monde de l'art qu'il connaît bien pour le pratiquer au quotidien.

Beigbeder avait beaucoup ri en lisant son premier roman ; la chanteuse Jeanne Mas un peu moins. Le premier l'avait sélectionné pour le prix de Flore, la seconde lui avait intenté un procès pour détournement de légende. Dix ans après l'ovni Je m'appelle Jeanne Mass, narrant les aventures d'un videur de boîte de nuit embarqué dans une histoire de meurtre sans queue ni tête, Thomas Lélu renoue avec la veine burlesque qui a fait le succès de ses débuts en littérature. Cette fois, avec Les Tribulations d'Arthur Show (ed Léo Scheer), l'insolent créateur s'attaque au monde de l'art contemporain.

É l'heure où l'on s'interroge sur la nature des étrons qui colonisent l'espace public au prétexte de l'art, l'auteur du Manuel de la photo ratée ausculte, à travers l'?illeton d'un créateur pétomane mystérieusement surcoté, cet univers nébuleux qui a fini par comprendre que quitte à faire de la merde autant la vendre à prix d'or. Ce que fait avec brio le protagoniste de ce roman truffé de noms célèbres où de jeunes gens en vogue confondent Auschwitz avec le nom d'une station de skiâ?¦

Un clip pour Phillipe Katerine

Thomas Lélu sait de quoi il parle. Il est lui même artiste. Depuis une dizaine d'années, ce garçon formé aux Arts Déco redonne une forme drolatique à un milieu désertant sciemment le langage au profit du dieu euro. Dans le genre, on lui doit la toile LVMHOOQ qui, sur le modèle de Duchamp parodiant La Joconde, amusa suffisamment Claude Berri pour qu'il décide de l'acquérir ou le tee-shirt Je suis Thomas Lélu qu'arborait Julien Doré lors de son passage à la Nouvelle Star ou bien encore un clip pour le déjanté Philippe Katerine. Là, pour emballer le bébé, un autre artiste s'est invité dans la partie : le graphiste branché So Me a réalisé la couverture du livre. Et que la fête soit au royaume des Lélu.

Ludovic Perrin, le 14 févrirer 2016