Quasi-retraité, quasi-résident-corse, tous les jours, avant d'entreprendre quoi que ce soit, je vais lire Corse-Matin, installé sur la terrasse du Bar du Passage, juste à côté de la Maison de la Presse sur la place centrale de Saint-Florent. Cette semaine, mon devoir de vacances est de relire la conférence prononcée par Ernest Renan en 1882 à la Sorbonne : Qu'est-ce qu'une nation ? Cette "figure imposée" adressée à tout étudiant en sciences politiques prend un sens nouveau au regard de l'actualité.

La "Une" du journal insulaire n'y va pas par quatre chemins pour répondre à cette lancinante question revenue en boucle sur les chaînes d'information en continu apr?s chaque attentat. On pourrait y ajouter deux sous-questions : Qu'est-ce qu'un peuple ? Qu'est-ce que des peuples ?, ce qui, dans l'histoire, ne recouvre pas forcément la même réalité. N'y-a-t-il pas, d'un côté, une forme de peuple générée par des états et dont la généalogie est indissociable de l'évolution de ses institutions ? Le peuple français en est un exemple fort, lui qui s'est construit autour d'un état français centralisateur, monarchique puis républicain, et de l'autre "des peuples", dont il nous reste quelques traces : les bretons, les basques, les catalans, les corses etc..., qui ont toujours été dans une dialectique d'affrontement ou de soumission avec les "nations" conquérantes de colonies ou d'empires.

La "Réplique" de ce FLNC du 22-Octobre articule 3 "adresses" :

"1) Aux musulmans de Corse :"

"Vous êtes une cible privilégiée car vous êtes dans ce que les idéologues de EI appellent la "zone grise". C'est à dire là où l'Islam coexiste avec d'autres religions. Et la "zone grise" est l'objectif prioritaire de Daech car en tentant de la détruire, ils creusent le fossé entre l'Islam et les non-croyants, ce qui leurs permettrait de rétablir le califat, seule structure politique légitime selon eux."

"La présence des musulmans sur la terre de Corse est importante, ce qui rend plus élevé encore le risque de conflit."

" Si vous n'êtes pas responsables de cet état de fait, vous ne pouvez pas non plus vous extraire de la situation dans laquelle vous vous trouvez."

"Nous félicitons pour leur action les responsables du culte musulman de Balagne et de Bastia qui n'ont pas laissé prêcher les radicaux sur la plage de Bodri."

"La communauté de destin n'est pas un vain mot, aujourd'hui plus que jamais nous avons le devoir de recherche la capacité à faire que ce peuple, petit par le nombre,soit grand sur le projet de vie commune."

"2) Aux Islamistes radicaux"

"Lorsque ce sont produits les év?nement du quartier de l'Empereur à Ajacciu nous avons cherché à comprendre si cela était un incident occasionnel ou bien une stratégie de déstabilisation. Le doute n'a plus sa place dans cette affaire. Il s'agissait bel et bien d'une stratégie mise en place plusieurs jours voire plusieurs semaines auparavant pour tester la réaction du peuple corse." '' "Nous pouvons aussi affirmer que notre organisation a permis, au cours du mois de juin, de déjouer un attentat dans un lieu fréquenté par le public."''

"Votre stratégie de la terreur pour créer les conditions de l'affrontement à grande échelle a déjà échoué, car si conflit il y a, il n'aura lieu qu'avec vous et vos disciples... Votre philosophie moyenâgeuse ne nous effraie pas. L'amalgame n'existe que dans l'esprit des faibles et le peuple corse est fort."

"Sachez que toute attaque contre notre peuple connaîtrait, de notre part, une réponse déterminée sans aucun état d'âme."

"3) À L'état français"

"Apr?s 2003 et le scandale de l'administration Bush en Irak, apr?s 2011 et le renversement de Khadafi en Lybie puis la gestion chaotique de la crise syrienne, il fallait bien s'attendre à des retombées en Europe et aux Etats Unis."

"Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et à vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entiœure si elle veut éviter que les conflits qu'elle s?me à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol."

"Gouvernants français, le peuple corse n'a déjà que trop payé le prix de votre histoire impérialiste. Repectez vos engagements, restez à votre place et évitez de mépriser le monde qui vous entoure. Peut-être alors réussirez-vous à endiguer la violence qui vous agresse aujourd'hui."