« Nous sommes quelques-uns. Nombreux, peut-être… Qui l’estimera ? »

Qui, en effet, en sait le nombre, sinon Celui vers qui tendent ceux que Romaric Sangars dénomme les Verticaux ?

Dans ce premier roman, le jeune écrivain dresse le portrait d’une poignée de trentenaires, dont deux vont extraire le narrateur de sa morosité désabusée. Car ces deux personnages, Lia Silowsky et Emmanuel Starck, n’ont pas renoncé à se hisser vers les sommets, à s’extraire de l’horizontalité du monde, quitte à se consumer rapidement, comme deux étoiles filantes. Avec quelques autres, ils se décident à former un groupe menant des actions de sabotage symboliques, semblant plutôt désirer se distraire que réveiller le monde.
Comme si ce monde occidental assoupi, il n’était plus possible de l’éveiller, les attentats terroristes eux-mêmes se montrant incapables de l’atteindre. Que faire face à une telle force d’inertie, sinon renoncer ou se briser ? Alors les uns fuient dans les drogues, dans la folie ; d’autres dans les voyages ou le travail, tous dans les loisirs et l’ivresse chimique.

« On ne peut pas toujours – et surtout longtemps –, déserter l’Histoire… », affirme un des personnages. Le problme auquel il se confrontera, c’est que nul ne peut écrire l’Histoire seul, car elle est œuvre commune. Comment donc ne pas se briser quand une telle force d’inertie résiste à l’avancée de l’Histoire ?

Rien ne peut y faire, semble nous confier Romaric Sangars, et pourtant nous sommes encore quelques-uns, nombreux peut-être, à refuser de baisser les bras ; à refuser de ne pas lier le rêve à l’action ; à refuser que le monde avance sans but, faute de pouvoir demeurer statique. Quelques-uns qui n’ont pas perdu la foi, contre toute raison, parce que ne pouvant faire autrement, ou parce que continuant de croire à l’absurde.