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mercredi 26 octobre 2016

2395. Les Verticaux de Romaric Sangars par Christian AUTHIER dans L'OPINION

Des hommes qui s’éloignent

Les Verticaux de Romaric Sangars met en scène trois trentenaires à l’étroit dans une époque sans transcendance.

Tout premier roman a une part de règlements de comptes. Celui de Romaric Sangars prend pour cible notre époque dénuée de transcendance et de grandeur, sinon sous des formes dévoyées.

Autour de Vincent Revel, journaliste parisien trentenaire chargé de faire le portrait de pseudo-artistes pour un magazine branché, Les Verticaux dessine une société techno-marchande où la vie paraît avoir disparu dans des simulacres. « J’avais voulu être écrivain et ivre de Paris. C’était tellement français... Mais la France semblait finie, épuisée, et la littérature avait perdu sa fonction opérative », confesse Vincent rongé par l’amertume de ne pas réussir à s’extirper de la gangue de « ces temps de nuit opaque pour l’esprit ».

Lia, jeune femme mystique, et Emmanuel, hacker affirmant vouloir renouer avec la tradition de la chevalerie, vont lui offrir les compagnons d’armes d’une guerre métaphysique à la recherche des «magies mortes».

Si Romaric Sangars saisit parfaitement « l’atmosphère schizophrène de notre époque : hygiéniste et sanglante, puritaine et obscène, absurdement rationnelle et méthodiquement fanatique, post-historique sur un certain plan et, sur un autre, rouvrant les lignes de fracture de l’an 700, ultra-relativiste et absurdement dogmatique, infantile et dégénérée, ma- ternante et exterminatrice », ses révoltés – entre romantisme des causes perdues et grandiloquence post-adolescente de lecteurs de Dominique de Roux – ne sont pas loin, à travers certaines de leurs tentatives de sabotage façon casseurs de pub, de verser dans de « prétentieux happenings ».

Cependant, le tragique et le négatif le plus radical vont s’inviter pour lester ces destinées et les éclairer d’une lumière défiant les ténèbres.

À l’inverse de tant de romans formatés et aseptisés, Les Verticaux fait entendre une voix singulière.

Christian AUTHIER, Octobre 2016

mardi 25 octobre 2016

2393. Les Verticaux de Romaric Sangars par Christophe Bourseiller dans sa chronique littéraire

2392. PROVINCE de Richard MILLET Par Louis GALABERT pour BREIZH-INFO

Dans Breizh-Info

Richard Millet : « Province » ou le délitement de la France

Richard Millet, cet amoureux fou de la langue française, est devenu un écrivain maudit après la publication en 2012 de Langue fantôme, suivi d’Éloge littéraire d’Anders Breivik. Figure des éditions Gallimard, il fût contraint de démissionner du comité de lecture, tout en restant salarié. Son récent licenciement vient de le priver de salaire et de parachever la volonté de le tuer socialement.

Cela n’a pas réussi à tarir sa production littéraire, ni à le priver de son talent. D’autres éditeurs à l’esprit libre, Pierre-Guillaume de Roux, Fata Morgana, Léo Scheer, L’Orient des livres, Les Provinciales, publient ses dernières oeuvres. Province, roman sur le délitement de la société française, est la dernière en date.

Ce roman s’inscrit, comme le dit son titre, dans la veine provinciale de Richard Millet, mais aussi dans son obsession des femmes et de leur mystère. Son personnage principal, l’écrivain parisien Saint-Roch de son vrai nom Mambre, revient dans sa ville natale d’Uxeilles. De l’aveu même de Richard Millet, il s’est inspiré d’Ussel pour créer cette ville imaginaire, métaphore de la société française contemporaine.

Uxeilles se divise en trois parties, la ville haute plus riche et bourgeoise, la ville moyenne intermédiaire et la ville basse plus populaire. C’est par cette dernière qu’arrivent les turcs, image de l’immigration de remplacement, avant de progresser dans les autres quartiers. Sa population se partage entre les " Océaniques " , ouverts aux influences atlantiques, et, parce qu’ils font profession de s’opposer aux musulmans, les "Lépantistes" . Uxeilles représenterait un conservatoire moribond des traditions françaises.

C’est dans ce cadre que va se dérouler la nouvelle vie de Saint-Roch – Mambre. Elle nous sera contée à travers les yeux et témoignages d’un petit milieu local, intrigué par son retour, qui l’a plus ou moins connu avant son exil parisien. Est-il là pour « baiser le plus de femmes possible » selon un mot qui fait le tour de la ville? A t-il l’ambition d’écrire le roman local toujours attendu à la manière de Jouhandeau et de damer le pion aux gloires littéraires locales?

Les discussions de ces divers protagonistes permettent à Richard Millet de décrire la vie d’aujourd’hui, tel que les ravages de la société de consommation et de l’individualisme : «  trois générations sacrifiées sur l’autel du bien-être européen et de la liberté personnelle, de l’égoïsme, du reniement de soi, de la consommation déculpabilisée des plaisirs." . Par un groupe de jeunes, qui se baptisent les chevaliers, qui « voulaient perfectionner un nihilisme non comme un accomplissement du narcissisme mais comme une critique, par l’absurde, de la société contemporaine" , il montre l’impasse qu’affrontent les générations montantes.

En contrepoint, nous assistons aux multiples conquêtes féminines du revenant, qui finissent par phagocyter le récit.

Au final, Richard Millet nous offre un roman au style éblouissant, comme à son habitude. Mais cette Province, qu’on peut croire le refuge de la France profonde, n’incite pas à l’optimisme, pour l’avenir.

Louis Galibert

jeudi 20 octobre 2016

2391. PROVINCE de Richard MILLET dans les PETITS PAPIERS

Sur le site des Petits Papiers

"Province" Richard Millet, Editions Léo Scheer

Richard Millet est un écrivain méconnu et désormais proscrit. Il a été longtemps un homme de lettres puissant, éditeur chez Gallimard, jusqu’à son suicide en direct lorsqu’il a publié il y a quelques années son « Eloge littéraire à Anders Breivik ''», le tueur de masse norvégien, où d’aucuns ont découvert en lui un fasciste, le contraignant à la démission. C’est qu’ils ne l’avaient point lu auparavant…

Sa « Confession négative », récit de sa guerre de jeunesse auprès des milices libanaises chrétiennes au plus fort de la guerre à Beyrouth contre tout ce que le Liban comptait de Palestiniens et autres musulmans disait l’essentiel. Ce livre est un chef d’œuvre intense, noir, cruel, magnifiquement écrit, dérangeant et puissant. Le pendant d’un «  Captif amoureux » de Jean Genet ou de son « Sabra et Chatila » (même engagement, même goût de la langue, même sincérité crue, même exaltation jouissive à choquer), mais à l’envers, de l’autre côté.

Et quand on aime la littérature, on peut aimer à la fois le très réactionnaire Richard Millet et le pro-palestinien et gauchiste Genet.

D’autant qu’il y a chez l’un et l’autre un narcissique (plus que masochiste) désir de déplaire très rafraîchissant.

« Province » le dernier Richard Millet, dont nul ne parle, est un roman qui peut déplaire. On y retrouve ses idées fixes (la théorie du grand remplacement, l’héritage chrétien de la France gravement menacé, quelques règlements de comptes littéraires subalternes), des phrases comme celles-ci « nous assistions à ce progressif remplacement en tâchant de le minimiser, quelques opportunistes se montrant même prêts à pactiser avec les Turcs », ou celle-là « un romanichel amputé d’une jambe et qui demandait l’aumône avec une sorte de colère qu’on avait peine à trouver juste », ou celle-là encore « les Maghrébins, que nous aimions encore moins que les Turcs, pour des raisons historiques et surtout parce qu’ils nous sont pour la plupart hostiles ». J’accorde que cela peut rebuter, mais Richard Millet a une circonstance atténuante à mes yeux, il disait et écrivait ce genre de choses quand ce n’était pas encore à la mode. Et au fond, à la différence de tous, en dépit des événements, il n’en rajoute pas.

Car le thème de son livre est autre.

L’intrigue ? Le retour d’un Don Juan, la soixantaine, qui a fait carrière à Paris dans une ville imaginaire de Corrèze (Uxeilles), petite-bourgeoise et léthargique, terriblement provinciale. Parisien, il se faisait appeler Saint-Roch, ici on le connaît sous le patronyme Mambre. Chacun s’interroge. Que vient-il faire ici ? , cet ici qu’il a déserté au point qu’on l’y considère presque comme un étranger. Retrouver son père malade ? Reprendre le journal local ? Pire : écrire un roman qui compromettrait la tranquillité des habitants ? Non, c’est plus simple « Je suis revenu à Uxeilles pour baiser le plus de femmes possible » annonce le personnage.

Mais l’intrigue au fond importe peu. Ce à quoi Richard Millet ambitionne, c’est d’écrire le roman de la province au XXIème siècle. « La province n’est pas forcément la région, plus récente, plus politique, donc insignifiante. La région est moindre ; la province est une essence ». « Nous sommes des provinciaux qui avons fini par aimer la province pour elle-même, et non seulement la nôtre, en particulier, mais le fait provincial, un peu comme on s’habitue à l’idée de mourir, par désirer l’idée de la mort parce qu’elle est universelle et apaisante, comme la province, l’amour, la littérature, la maladie ».

Mais le roman et spécialement le roman de la province, façon Balzac, Mauriac, Bernanos, n’est-il pas mort ? C’est le défi que tente de relever Millet, dans une langue sinueuse et enveloppante, que ses exigences de style rendent quelquefois hélas un peu raide, une prose aux phrases longues, interminables comme un pari littéraire sans fin, qui, boursoufflées d’orgueil, reprennent rarement leur souffle, qui se nouent, se retournent et tardent trop souvent à trouver leur conclusion, comme s’il fallait sans cesse en différer l’issue, tel qui repousse la mort. Des raideurs mais des pépites.

Le thème de ce livre est évidemment le déclin, déclin de la province, de la langue et de la littérature. Et cette nuit qui vient ( « celle qui vient en fin de journée comme celle qui monte en chacun de nous ») étreindre un monde qui s’achève est le propos essentiel de ce livre mélancolique, résigné, non pas défaitiste, mais las. Un livre de vaincu (« La province est l’ultime argument des vaincus » écrit Richard Millet) . En forme d’hommage au temps au ralenti, aux noms qui sonnent « bien français » aux « syllabes dans lesquelles nous avons vu le jour et qui est le plus précieux de ce qui roule dans une langue, la province restant le grand réservoir des noms français, le chant de l’originel, un cantique de l’étymologie, de ce qui est propre et éternel dans un nom ».

Ce « vieux cerf blessé », cet « écrivain ténébreux et rare » ressemble à son personnage, le fameux Mambre qui, lui, n’écrira pas le livre que son entourage redoute, mais offre à l’auteur quelques merveilleuses pages de ses aventures avec de jeunes filles (la relation avec Amandine un des plus beaux personnages du livre) ou sur la fin de son père, lesquelles font de la petite ville imaginaire du roman un continent fragile, crépusculaire et tragique comme le «  Monsieur Ouine » de Bernanos, mais avec, hélas – on ne se refait pas- moins de mystère et certes moins de charité.

PetitsPapiers, septembre 2016

samedi 15 octobre 2016

2390. PROVINCE de Richard MILLET par Richard Blin pour LE MATRICULE DES ANGES

À LA LISIÈRE DE L'OMBRE

Renouant avec le genre romanesque, Richard MILLET trouve un nouveau souffle pour témoigner des moeurs et des tourments de la province. Un roman aussi balzacien que désenchanté.

crire sur la province - écrire Province - c'est se mesurer au temps, donner à voir et à sentir sa pâte.

"La province, c'est le temps sensible et triomphant."

Grâce à la magnificence d'un style envoûtant qui retrouve la magie originelle de la vive voix lorsqu'elle se conjugue au plaisir du récit, c'est l'entier de la langue que Richard MILLET nous donne à entendre, et l'expérience même du temps humain qu'il nous fait partager.

Dans ce quatorzime roman, il nous transporte à Uxeilles, une petite ville du Limousin où "les valeurs constitutives de l'ancien monde sont encore trs sensibles."

Entourée de grands bois, elle s'étage sur trois niveaux et compte deux camps : les "Océaniques" ouverts aux influences atlantiques, et les "Lépantistes" ainsi nommés parce qu'ils révrent "la victoire de la chrétienté sur les Ottomans".

Une ville de cette province profonde, "si différente de tout autre lieu par son goût du secret, ou plus exactement le goût de se taire".

Et voici qu'une nuit de janvier, arrive un homme qui est de retour à Uxeilles aprs avoir fait carrire à Paris. Mais qui est cet homme qui semble avoir plusieurs noms? Et pourquoi revient-il? Pour une femme? Pour s'occuper de son pre? Pour écrire le grand roman d'Uxeilles? Pour "baiser le plus de femmes possible"?

Un retour dont on attend qu'il libre de l'ennui "qui nous habite, nous fait tendre l'oreille à tout, depuis le bruit de nos ventres, jusqu'au lent déchirement des nuages dans le ciel", dit la voix féminine d'un témoin privilégié qui, par souci de ne pas se nommer, délgue le récit à la voix collective d'un "nous", d'une sorte de choeur d'où se détachent, quand il le faut, une figure et une voix qui s'individualise.

Ce concert de voix savamment distribuées nous fait entendre le bruire de ce qui se dit, se sait, se devine ou s'ignore.

Chaque fait et geste du "revenant" est inlassablement commenté, soumis à l'exégse publique, ce qui, dit la voix collective, "nous contraignait à sortir de nous-mêmes comme des renards enfumés. Il nous forçait à parler, à prendre parti, à regarder au-delà du cercle de nos jours et de nos prétentions".

Ce retour, qui est pour Pierre Mambre - car tel est son vrai nom - l'occasion d'une descente au fond de soi, dévoile aussi ce que devrait être la vraie littérature : "aller au delà du rideau et témoigner de ce qu'on voit". Dire la vérité du monde, de ce qui est, car pour être à l'écart de tout, la province n'en connait pas moins les problmes de la France contemporaine.

Elle a ses réfugiés, ses jeunes qui veulent partir pour la Syrie ou ceux qui rêvent "de s'ouvrir au grand vent du néant", qui plutôt que vouloir être "Rimbaud, Guevara ou Aung Sans SUU KYI, punks ou djihadiste", désirent n'être rien et ne vouloir savoir que "ce que c'est que faire le mal pour le plaisir".

Mais derrire ces faits et leurs conséquences, ce qui s'entend, c'est l'immémoriale récitation des vies humaines - veuvages, amours, expiations, folies - sur fond de fatalisme, de monde en train de finir et de mélancolie.

Face à cet état de fait, l'enracinement dans la langue et le littéraire - qui n'est pas le littéral, faut-il le rappeler - devient un refuge et une réponse.

Mambre est cet homme qui ne s'en laisse pas compter par l'esprit du temps, ne croit plus qu'en la langue, "la grammaire étant l'ultime divinité de ceux qui sont résolus au crépuscule, de la même façon que vouloir baiser le plus de femmes possible était un acte littéraire". D'où le constat de la vox populi : "Il nous avait déçus. Il n'était pas des nôtres".

Richard Blin, octobre 2016

jeudi 6 octobre 2016

2389. Richard Millet l'invité culture de Patrick Poivre d'Arvor sur Radio Classique

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