Des hommes qui s?éloignent

Les Verticaux de Romaric Sangars met en scène trois trentenaires à l?étroit dans une époque sans transcendance.

?Tout premier roman a une part de règlements de comptes. Celui de Romaric Sangars prend pour cible notre époque dénuée de transcendance et de grandeur, sinon sous des formes dévoyées.

Autour de Vincent Revel, journaliste parisien trentenaire chargé de faire le portrait de pseudo-artistes pour un magazine branché, Les Verticaux dessine une société techno-marchande où la vie paraît avoir disparu dans des simulacres. « J?avais voulu être écrivain et ivre de Paris. C?était tellement français... Mais la France semblait finie, épuisée, et la littérature avait perdu sa fonction opérative », confesse Vincent rongé par l?amertume de ne pas réussir à s?extirper de la gangue de « ces temps de nuit opaque pour l?esprit ».

Lia, jeune femme mystique, et Emmanuel, hacker affirmant vouloir renouer avec la tradition de la chevalerie, vont lui offrir les compagnons d?armes dœne guerre métaphysique à la recherche des «magies mortes».

Si Romaric Sangars saisit parfaitement « l?atmosphère schizophrène de notre époque : hygiéniste et sanglante, puritaine et obscène, absurdement rationnelle et méthodiquement fanatique, post-historique sur un certain plan et, sur un autre, rouvrant les lignes de fracture de l?an 700, ultra-relativiste et absurdement dogmatique, infantile et dégénérée, ma- ternante et exterminatrice », ses révoltés ? entre romantisme des causes perdues et grandiloquence post-adolescente de lecteurs de Dominique de Roux ? ne sont pas loin, à travers certaines de leurs tentatives de sabotage façon casseurs de pub, de verser dans de « prétentieux happenings ».

Cependant, le tragique et le négatif le plus radical vont s?inviter pour lester ces destinées et les éclairer dœne lumière défiant les ténèbres.

À l?inverse de tant de romans formatés et aseptisés, Les Verticaux fait entendre une voix singulière.

Christian AUTHIER, Octobre 2016