Dans la première sélection de ses "Lectures de Printemps", Jérôme Béglé a choisi le nouveau livre de Richard Millet, "Pour Bernard Menez", qui parait ce mercredi 3 mai.

"Richard Millet fait l'éloge de Bernard Menez

Tous les acteurs se ressemblent. Mêmes propos, mêmes rôles, mêmes mimiques, mêmes postures, mêmes obsessions, mêmes histoires d'amour, et trop souvent mêmes films. Dans cette galerie des portraits et des fausses grâces, un seul comédien se détache : Bernard Menez. Comme il se doit, il est régulièrement esquinté et traité de has been ringard par une presse moutonnière qui se glorifie chaque semaine de découvrir un nouveau jeune premier ou l'Isabelle Adjani de demain. Richard Millet, qui lui aussi eut à souffrir d'emballements et de détestations sommaires, consacre une ode au héros du Chaud lapin.

Il rencontre Bernard Menez dans la salle à manger d'un restaurant du huitième arrondissement. La scène est à elle seule un acte de pièce de théâtre. Le professeur Millet incise au scalpel son sujet chez qui tout fleure bon cette France qui, depuis 30 ans, se fond dans l'Europe et la mondialisation. Son patronyme, son prénom, les personnages qu'il a incarnés, les contrées d'où il vient et dans lesquelles il a tourné, son phrasé, son vocabulaire, le choix de ses films comme de ses pièces de théâtre, Menez est pour l'écrivain un précipité de l'esprit français. Car derrière cette formidable élégie se cache un éloge de la différence, de l'audace ; une défense de la couleur dans une société terne ; une nostalgie de tout ce que la standardisation nous retire. Une banalisation et une acculturation qui triomphent dans les arts. Et contre laquelle volontairement ou involontairement lutte Menez."

Jérôme Béglé, Lectures de Printemps #1, Le Point.fr, le 1er mai 2017.