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vendredi 30 mars 2018

2462. Réprouvés, bannis, infréquentables, dirigé par Angie DAVID, dans la République des livres de Pierre ASSOULINE

Il n’y a pas d’écrivains maudits.

(La République des Livres du 25/03/18)

Quelle étrange entreprise collective que ce Réprouvés, bannis, infréquentables (350 pages, 20 euros, Léo Scheer) dans lequel Angie David a recueilli une quinzaine de portraits desdits proscrits. A priori, on se dit qu’il doit s’agir d’écrivains français de la fin du XIXème siècle. Quelque chose de ce goût-là. Mais dès qu’on y pénètre, la fausse route s’impose à la lecture du sommaire : Maurice Dantec, Pierre Boutang, Cristina Campo, Pier Paolo Pasolini, Dominique de Roux, Simon Leys, Guy Debord, Michel Houellebecq, Renaud Camus, Jean-Claude Michéa, Baudoin de Bodinat, Marc-Edouard Nabe, Philipe Muray, Peter Handke. Ce n’est plus un rassemblement : c’est une rafle. Céline y a échappé par miracle et on ne peut que s’en féliciter. Car on doute que tous aient goûté l’honneur d’un tel coude à coude (avec les disparus, c’est plus facile). Sans oublier le principal, Richard Millet, puis qu’il est le rédacteur en chef de la Revue littéraire. Le projet tel qu’il se dessine laisse à penser qu’on a imaginé constituer ainsi une famille d’esprit autour de lui, de sa revue et de son éditeur. Pas un clan, ni une secte, encore moins un parti, pas même un mouvement mais une sorte de tendance.

Il y a de cela aux éditions de Minuit grâce à l’obstination de Jérôme Lindon, poursuivie par sa fille Irène Lindon, à creuser une seul et même sillon pendant des décennies avec une exigence inentamée par les modes et les demandes du marché ; nombre de jeunes écrivains qui y présentent leur premier manuscrit le font pour y être publié par « l’éditeur de Jean Echenoz », lequel s’y était présenté autrefois pour y être publié par « l’éditeur de Samuel Beckett »… Il y a de cela aussi chez Verdier, où le phénomène de « famille d’esprit » est conforté par la réussite du Banquet du livre, manifestation estivale qui permet aussi aux auteurs de se retrouver. On retrouve aussi ce phénomène de bande d’écrivains du côté de chez Verticales. Sur un autre plan, notre récente histoire littéraire n’a pas été avare d’« écoles ». Mais elles ont ceci de particulier qu’elles n’ont jamais été lancées par les intéressés, et qu’elles n’ont jamais été des écoles. depardon

Ce fut le cas tant du « Nouveau roman », expression de Bernard Dort popularisée en 1957 par Emile Henriot dans son feuilleton du Monde avant d’être reprise par Alain Robbe-Grillet qui sut la faire prospérer aux Etats-Unis, que des « Hussards » lancés par un article de Bernard Frank dans le Nouvel Observateur, des « Nouveaux philosophes » regroupés par Paul Guilbert dans un article des Nouvelles littéraires, avec la même désinvolture que tel ou tel de leurs devanciers en regroupements hasardeux avaient lancés qui les impressionnistes, qui les cubistes ou encore les fauves. C’est bien là une manie typique des chroniqueurs de regrouper des artistes et de les étiqueter en fonction de quelques points communs nonobstant tout ce qui les sépare, les distingue et parfois les oppose entre eux. Ce qui était censé cimenter (écriture blanche, objectivation du réel, disparition du personnage etc) les écrivains (Sarraute, Pinget, Simon, Beckett etc) prétendus membres du « Nouveau Roman » ne faisaient illusion que sur la photo historique prise devant le siège des éditions de Minuit ; les intellectuels (BHL, Glucksmann, Lardreau, Jambet, Dollé…) dits « Nouveaux philosophes » n’avaient de commun que la critique du totalitarisme ; les « Hussards » (Blondin, Nimier, Déon, Laurent), s’ils étaient liés d’amitié autour d’une vision littéraire de la politique vue de droite, ne se sont jamais réunis tous les quatre, même pas sur une photo dans un bistro ! ; quant aux « non-conformistes des années 30 » (Mounier, Marc, Dandieu, Maulnier, Rougemont, Robert Aron …), ils ont été ainsi baptisés tardivement par le politologue Jean-Louis Loubet del Bayle, dans un essai de référence paru au Seuil en 1969, comme un agrégat de groupes et de revues soucieux de situer leur engagement en marge de l’establishment politique.

Au moins tout cela a-t-il eu le mérite d’avoir été improvisé sans la moindre prétention de conceptualiser quoi que ce soit ni de modifier le cours de l’histoire des lettres et des idées. Ces chroniqueurs auraient été bien surpris si on leur avait dit que leur « invention » d’un jour, une formule tout au plus, parfois brillante (la « Nouvelle vague » des cinéastes lancée par Françoise Giroud) figurerait un jour dans les manuels scolaires et qu’elle susciterait des thèses universitaires. Une commune sensibilité littéraire ne suffit pas. Surtout, si elle doit constituer une famille d’esprit, cela ne se fait jamais volontairement. Cela ne s’organise pas. Faut-il être naïf pour imaginer que ces choses-là se préméditent ! Tous ceux qui s’y sont essayés ont échoué, et pour cause. Ce qui sera le cas des écrivains rassemblés dans Réprouvés, bannis, infréquentables. Pour chacun des écrivains consignés dans ce livre, on trouvera bien, à un moment de leur vie et de leur œuvre, de quoi justifier l’un ou l’autre de ces qualificatifs. Mais enfin un Guy Debord est vite devenu un totem et sa Société du spectacle un bréviaire transgénérationnel ; la dénonciation de la maolâtrie française par Simon Leys, édité et soutenu par Jean-François Revel qui ne manquait pas de réseaux, a éclaté au grand jour avec succès très rapidement dès que le sinologue s’encoléra contre la Machiocchi sur le plateau d’Apostrophes ; Pasolini, le poète comme le cinéaste, sont des classiques ; les philippiques de Philippe Muray contre l’homo festivus et les années Jack Lang appartenaient déjà à la doxa grâce à lui de son vivant etc Quant à Michel Houellebecq, l’auteur français le plus lu dans le monde, invité au JT de 20.00 à chacun de ses livres avant de saturer tous les médias sans exception par sa présence, il doit bien rire de découvrir que sa posture de suicidé de la société est toujours efficace et qu’il n’a pas eu tort de se faire masque d’Artaud pour mieux gruger les gogos. Lui, un réprouvé, un banni, un infréquentable parce que les mosquées l’ont une fois poursuivi en justice ?

Pour chacun, on trouvera bien un petit quelque chose : la serbophilie qui valut à Peter Handke de recevoir des seaux de boue sur la tête, mais ce fut provisoire, éphémère, déjà oublié et n’empêchera pas son œuvre d’être un jour rassemblée en un gros volume de Quarto sinon dans la Pléiade ; la marginalisation de Simon Leys par le parti intellectuel, et la conspiration du silence et du mépris, ont passé d’autant plus vite que ledit parti a été confondu dans son soutien criminel à la révolution culturelle chinoise. Peu d’entre eux ont subi le sort d’un Richard Millet, objet d’un immonde lynchage médiatique de la part d’autres écrivains assemblés pour réclamer et obtenir sa tête.

Il n’y a pas d’écrivains maudits, les pires étant les autoproclamés que leur paranoïa aveugle tant ils sont prompts à interpréter comme une exclusion personnelle le refus d’un manuscrit par un éditeur ou l’absence de critique dans un journal. Tous ceux-là ont été ou sont publiés chez les plus grands éditeurs, ou de plus modestes tout aussi prestigieux. Et ceux qui ne le sont plus, ce n’est pas en raison d’un ostracisme, d’un boycott ou d’un complot éditorial souterainement ourdi mais parce qu’ils ont jugé préférables pour maintes raisons de s’autoéditer après avoir épuisé nombre de bonnes maisons (M.E. Nabe). Eu égard au nombre d’éditeurs, à la quantité de revues et à la prolifération des blogs et des sites indépendants, il faut vraiment y mettre du sien pour ne pas se faire lire et entendre lorsqu’on a une parole un tant soit peu subversive à lancer dans l’agora. Cela dit, il faut mettre au crédit de ce recueil la qualité d’écriture et l’acuité de l’analyse de plusieurs de ses portraits, ainsi que des révélations. Pour ma part, j’ignorais tout de cette poétesse italienne nommée Cristina Campo, « indépendante jusqu’à l’impardonnable » que Pietro Citati compara à une statue toscane du XVème siècle discrète et sévère ; ce qui est raconté de sa recherche faite de grâce, de beauté, de souffrance, de sa lutte pour le maintien du latin dans la liturgie catholique, de sa dénonciation d’« une Eglise morte par apostasie », me donne envie de la lire pour ses excès et sa violence même.

Pierre ASSOULINE le 25 mars 2018

jeudi 29 mars 2018

2461. ''Conversion'' de Romaric Sangars, dans Eléments

Ce mois-ci la revue Eléments présente Conversion de Romaric Sangars, « dans les pas de Péguy ».

« On ne lit pas sans émotion le dernier chapitre de Conversion, apothéose claudicante où le pèlerin atteint le long de l'A11, dans un vrombissement de moteurs, le monument (ndlr la cathédrale de Chartres). Tout le reste est doublure dit Péguy. Et Sangars avec lui. »

Pour lire l'article en entier cliquez-ici.

2460. ''Déchristianisation de la littérature'' de Richard Millet, par Olivier Maulin, dans Valeurs Actuelles

Cette semaine dans Valeurs Actuelles, Olivier Maulin, à l'occasion de la publication de Réprouvés, Bannis, Infréquentables, revient sur Richard Millet, l'écrivain banni qui persévère dans sa réflexion sur la langue et la littérature.

« Richard Millet croupit donc au bagne littéraire où il casse des cailloux. Mais ce que n'avaient pas prévu ses persécuteurs, c'est que l'écrivain brisé, fantôme social subissant l'opprobre resterait précisément un écrivain, celui qu'il a toujours été, et qu'il transformerait chaque caillou brisé en éclats semblables à des pépites. Le livre qu'il publie aujourd'hui en même temps que son Journal, Déchristianisation de la littérature, est l'une de ses pépites. »

Pour lire l'article en entier cliquez-ici.

mardi 27 mars 2018

2459. "Ecrivains d'aujourd'hui - Emmanuel Carrère", entretien d'Angie David sur France Culture

A l'occasion de la semaine consacrée à Emmanuel Carrère par « La Compagnie des Auteurs » sur France Culture, Angie David revient, ce lundi 26 mars, sur l'entretien avec Carrère publié en 2007 dans Ecrivains d'aujourd'hui.







Écouter l'émission du 26 mars 2018

lundi 19 mars 2018

2458. ''Déchristianisation de la littérature'' de Richard Millet, dans Culture Mag

Note de lecture dans Culture Mag sur Déchristianisation de la littérature de Richard Millet

« Qu’est-ce qui peut expliquer l’agonie de la littérature sinon le renoncement à ce qui l’a éclairée avant même les récits épiques et mythologiques : la Bible ? Ne reste plus, selon Millet, qu’à décrire la chute, la perte, la mort en cours et l’avènement de ce qu’il nomme l’Après : le monde d’après la littérature, d’après le christianisme, d’après le verbe ordonnateur. »

Pour lire l'article en entier cliquez-ici.

jeudi 15 mars 2018

2457. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables", entretien d'Angie David sur France Culture

À l'occasion de la sortie de l'ouvrage collectif, Olivia Gesûbert a reçu Angie David sur France Culture dans « La Grande Table », ce vendredi 16 mars.

2e partie : L’édition peut-elle faire le procès des écrivains ?

La littérature mise en examen avec notamment

- Angie David, directrice générale des éditions Léo Scheer, elle a dirigé l’ouvrage collectif Réprouvés, Bannis, Infréquentables,

- Gisèle Sapiro, directrice de recherches au CNRS, sociologue, elle est notamment l’auteur de La responsabilité de l’écrivain (éd. Le Seuil, 2011), et

- Pierre Assouline, écrivain, critique littéraire, membre de l’Académie Goncourt.

Écouter l'émission du 16 mars 2018

2456. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables", entretien d'Angie David sur Radio Classique

À l'occasion de la sortie de Réprouvés, Bannis, Infréquentables, Patrick Poivre d'Arvor a reçu mardi 13 mars, sur Radio Classique dans « L'invité culture », Angie David, directrice de l'ouvrage et des éditions Léo Scheer.

Pour écouter l'entretien, à partir de 5'40, cliquez-ici.



















Écouter l'émission du 13 mars 2018

lundi 12 mars 2018

2455. ''Conversion'' de Romaric Sangars, dans Culture Mag

Note de lecture dans Culture Mag sur Conversion de Romaric Sangars

« Avec ses longues phrases enroulées autour de leur sujet comme de longues volutes de fumée et ses images éruptives qui éclairent comme des faisceaux ayant parcouru le monde, ce récit place son auteur dans une lignée dont il n’a pas à rougir. »

Pour lire l'article en entier cliquez-ici.

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