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« C'est un fait, Richard Millet a été très peu présent dans les pages littéraires d'artpress. Une des raisons : nous ne recevions pas ses livres. Sans doute devait-il penser qu'il était inutile de faire envoyer des services de presse à une revue connue pour ses positions favorables aux avant-gardes artistiques et littéraires (liens anciens avec Tel Quel). Il est vrai que la perception que nous avions de lui était celle d'un romancier traditionnel, disons pour aller vite d'un écrivain anti-moderne. Il est possible aussi que certains propos de lui lus dans la presse, touchant à des domaines autres que la littérature, aient pu nous prévenir contre lui. Et puis, en 2012, il y a eu "L'Affaire". "L'Affaire Richard Millet", déclenchée par la publication de son livre Langue fantôme, suivi de Eloge littéraire d'Anders Breivik. Rappelons-nous : indignation, colère, réprobation, condamnation quasi-unanime des médias, du milieu intellectuel, surtout littéraire : un écrivain apologiste d'une tueur de masse ! (...)

Tout cela rappelé, pourquoi cette décision de donner aujourd'hui dans artpress la parole au réprouvé ? Parce qu'il publie un nouveau livre, Déchristianisation de la littérature, qui, par ses thèmes, donne l'un des possibles accès à l'ensemble de son oeuvre. Parce que nous n'aimons pas les chasses à l'homme (y compris celles qui font des hommes des cochons - cf. nos récents éditos), et que la fatwa lancée contre sa personne perdure. Parce que le lecteur que je suis de Pier Paolo Pasolini, ayant enfin lu le livre de Richard Millet, puis sa Lettre aux Norvégiens sur la littérature et les victimes qui le complète, n'a pas compris pourquoi des intellectuels et des écrivains français, admirateurs déclarés de Pasolini, s'en sont pris avec une telle violence à Millet. (...)

Enfin, parce que, en un temps où le ventre qui nourrit la bête immonde, l'antisémitisme, redevient terriblement fécond, en Europe et particulièrement en France ; où le déni de la Shoah prend une inquiétante ampleur ; où après qu'une partie non négligeable du milieu littéraire et intellectuel a été gangrenée par ce mal au cours du 20e siècle (cf. mon livre Politique) ; où aujourd'hui certains partis politiques siégeant à l'Assemblée en sont atteints, il est bon qu'un écrivain, Richard Millet, soit non seulement indemne de ce mal mais se batte pour le vaincre. (...)

Enfin, dernière raison à la présence de Richard Millet dans ce numéro d'artpress, et serait-elle la seule, elle aurait sa complète légitimité : Richard Millet est un écrivain important, reconnu et loué à juste titre par la critique pour ses romans, ses essais sur la musique, ses textes sur Marcel Proust, Georges Bataille, Maurice Blanchot, Pierre Jean-Jouve, Thomas Bernhard, W.G. Sebald, Guy Debord, Claude Simon... Mais c'était avant "L'Affaire". Affaire sur laquelle Richard Millet revient immanquablement dans l'entretien qui suit. »

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