Les Reins et les cœurs est le vingtième livre de Nathalie Rheims. Je ne crains pas de dire que ce livre est beau, accompli, éblouissant. Beau, parce qu’il fait naître un sentiment d'admiration. Accompli, parce qu’il fait sentir, absolument, que le prix de la vie vient du plus extrême des entrailles. Éblouissant, parce que la volonté de vivre ne manque jamais de la renaissance que lui rapporte sa victoire.

Dans ce livre,Les Reins et les cœurs, il y a une femme admirable. Il y a une femme pleine de tendresse, de consolation et de compassion dans la chute. Il y a une femme pleine d'héroïsme et d'abnégation dans l'adversité.

Dans ce livre, il y a Léo. Léo Scheer, illustre aux portes, c'est-à-dire dans les conseils où il est toujours là. Léo ? oui Nathalie, je suis là. Que de vertus cachées, que de larmes dévorées, que de dévouements dans l’arrière-chambre que le monde ignore.

Nathalie Rheims cherche d'abord à prévenir le désastre. Elle en adoucit l'amertume quand elle est devenue inévitable. Elle travaille à la réparer quand elle est arrivée. Ce rôle, profondément vrai, ce n'est pas seulement dans la vie littéraire que la femme est appelée à jouer ce grand rôle, toutes les existences ont ou peuvent avoir leurs crises, leurs chutes et leurs désastres. Le malheur est l'école, le lieu d'apprentissage, et le triomphe est de la femme.

Voyez Nathalie Rheims, belle jeune femme, nous l’avions perdue de vue quelques années, elle était jeune, rieuse, frivole. Nous la retrouvons sérieuse, c'est le malheur du corps abimé qui l'a formée. Elle trônait tout à l’heure dans les horribles petites lucarnes télévisuelles, n'était remarquable que par la frivolité des mots de divertissements, que par la légèreté de ses moeurs devant la mort, dans l'exil de la richesse, investie de la jeunesse, elle déployait des qualités supercoquentieuses.

Mais c’est dans la détresse, dans l'humiliation de son corps souffrant qu’elle voit advenir la grandeur de la femme. La femme n'a pas seulement la puissance de soutenir et de relever, mais encore celle de consoler.

La force de vivre lui donne le don des larmes, mais aussi le don des consolations. La femme a une puissance merveilleuse pour ramener le sourire sur les lèvres quand le coeur est déchiré.

Dans son beau livre, Nathalie Rheims fait renaître autour d'elle la paix qu'elle a perdue. Portant elle-même une blessure, elle adoucit. Par ses mots de tendresse, elle guérit, autant qu'il est en elle encore de forces vives. Il n'est jamais trop tôt pour sauver la paix d’une âme, jamais trop tard pour rendre l'honneur à la vie. Non, pas encore la mort. Ce découvrir dans les épreuves, c’est la vie, ce n’est pas la mort.

Partager, pour mieux comprendre le poids des travers et des infortunes du corps, voilà ce que Nathalie Rheims a voulu. Partager son sentiment, celui qui protège le mieux l'être humain, la noblesse du coeur, voilà ce que Nathalie Rheims a voulu. Partager le respect de la femme dans l’exercice douloureux de sa remontée à la vie, voilà ce que Nathalie Rheims a voulu.

Nathalie Rheims, dans l’expérience difficile mais accomplie, comme d’une remontée de la nuit vers la lumière de son écriture, est honorée des divinités qui sont satisfaites. Moi aussi, lecteur, je sais que je peux être frappé au corps. C’est pourquoi les bonheurs, comme Nathalie Rheims, pleine de grâce, je les prendrai comme ils viennent.

Alain Baudemont le 3 septembre 2019