Ce 14 septembre s'annonçait paisible. Aux Éditions Léo Scheer nous fêtions l'anniversaire de la jeune Julie, le ciel était au beau fixe et nos humeurs itou. Hélas ! par une douloureuse fatalité je viens de lire, dans l'hebdomadaire Valeurs actuelles en kiosque aujourd'hui, un article angoissé de mon ami Jean Miot, le célèbre gastronome, intitulé « On assassine nos fromages ! », où j'apprends que les deux principaux industriels du camembert, Isigny-Sainte-Mère et Lactalis, ont choisi de renoncer à fabriquer leur camembert au lait cru, ont renoncé à leur AOC, et tout cela au nom de la sécurité alimentaire, de ce fascisme de la santé qui s'impatronise sur la planète entière, y compris dans des pays tels que la France et l'Italie qui ont une millénaire culture de la cuisine et des bons produits du terroir. Du coup, le ciel me paraît moins bleu, le soleil moins éclatant. Je croyais que la France avait dans le domaine des fromages victorieusement repoussé les prétentions des bureaucrates européens de Bruxelles, mais apparemment il n'en est rien. Jean Miot précise dans ce texte apocalyptique que ce n'est pas seulement le camembert qui est menacé, mais que le sont tous les fromages au lait cru, le reblochon, le brie, le vacherin, le comté, le beaufortâ?¦ Certes, sur le blog d'une maison d'édition, il serait sans doute plus naturel de se battre pour la sauvegarde de la concordance des temps et de l'imparfait du subjonctif ; mais tout est lié, ce que recouvrent le mot « civilisation » et le mot « barbarie » touche autant la cuisine que la langue. C'est pourquoi, me semble-t-il, nous devons apporter notre soutien sans faille aux petits producteurs normands ' le pot de terre contre le pot de fer ' qui, pour résister à la pression des grands industriels, ont créé un nouveau syndicat de fromages AOC et un « Comité de défense du véritable camembert de Normandie ». Vive la langue française ! Vive le vrai camembert au lait cru ! Et mort aux philistins ! Mort aux cons !