Accueil
Actualité
Catalogue
A paraître
Blog des ELS La Revue Littéraire
TV6



mercredi 26 juillet 2017

2408. La Distance d'Alexandre STEIGER dans "Un premier roman par jour" de LIVRES HEBDO par Léopoldine LEBLANC

« Nous avions décidé, avec Jeanne, d’aller jusqu’à Positano. » La première phrase du roman d’Alexandre Steiger revient sur le souvenir d’un voyage sur le Côte amalfitaine, celui d’un grand amour.

Dans La distance, à paraître le 23 août chez Léo Scheer, le primo-romancier dépeint les réflexions et déboires d’un amoureux délaissé, comédien au chômage et père de deux enfants, en quête insatiable d’élévation – amoureuse, divine ou esthétique.

Un premier roman sur la soif d’absolu, qui ne manque pas de dérision sur la perte de l’amour et sur ses conséquences, au-delà de l'aspect sentimental.

Comédien, Alexandre Steiger, 40 ans, s’est récemment tourné vers la réalisation avec un premier film, Pourquoi j’ai écrit la bible, qui sortira en septembre 2017.

Au théâtre, il a notamment joué sous la direction de Denis Podalydès, Alain Françon, Jacques Osinski, Jean-Baptiste Sastre et Vincent Macaigne, avant de rejoindre la compagnie des Chiens de Navarre qui présentera cette année, Jusque dans vos bras, spectacle interrogeant l'identité française.

Au cinéma, il apparaît dans L’Ordre et la Morale de Mathieu Kassovitz, Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, Queen of Montreuil de Solveig Anspach, Espions(s) de Nicolas Saada et encore Les Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu.

lundi 12 juin 2017

2407. Philippe Siou invité du 12/13 Paris Ile-de-France sur France 3

Revoir la vidéo (début de l'entretien à 7'56'')

vendredi 26 mai 2017

2406. ''Pour Bernard Menez'' de Richard MILLET par Pierre VAVASSEUR dans LE PARISIEN

C'est depuis "SON CANNES À LUI" que Pierre VAVASSEUR évoque le dernier livre de Richard MILLET consacré à Bernard MENEZ :

COUCHÉ

La veille de l'Ascension, l'Uberchauffeur qui m'emmène sur les hauteurs à la villa Domergue, pour l'enregistrement et la fête de l'émission "On n'est pas couché" (un pléonasme, à Cannes) est extra. Il fait des extras. Quand il ne conduit pas, il ne reste pas immobile, il est dans l'immobilier. Sa boite est à deux vitesses.

Le long de la route, on s'élève de quelques étages. En bas, il faisait chaud et lourd, sous les étoiles, il fait frais et léger. Les invités sont collé-serrés. Certains seront tout à l'heure à touche-couche.

Au bar, ça bouchonne. Bernard Menez parait. J'ai justement dans mes valises, un livre qui vient de paraître et lui est consacré (Pour Bernard Menez de Richard Millet) À la page 87, l'auteur écrit :

"Menez ne suscite pas un humanisme à la bonne franquette, mais une humanité qu'il incarne dans l'innocence de l'immédiat, loin de l'idéologie, des redéfinitions sexuelles, des abominations post-civilisationnelles en cours."

Ça va intéresser Godard. Un débat là-dessus et on n'est pas couchés.

Redescendu sur terre, une notion, elle aussi, assez abstraite sur la Croisette, je tombe dans les pattes de mon pote Jappeloup. Dans cette ville où tout le monde se lèche la pomme, il vient lécher la mienne. Jappeloup c'est un chien. Pas question de lui dire "Couché!" ni de chambrer ses maîtres. Ce sont les patrons de l'hôtel Pruly. Des gens normaux et souriants. Ils ne font pas de cinéma. Le jardin est joli. Le silence est leur ami. Chez eux, on est très vite couchés.

Pierre VAVASSEUR, Cannes le 26 mai 2017

mardi 23 mai 2017

2405. "Pour Bernard Menez" de Richard MILLET parJean-Laurent GLÉMIN (Parutions.com)

LE DERNIER AUTHENTIQUE

Corps si français au cœur de notre mémoire menacée par l’hyperconnexion et par le renoncement (R. Millet)

Depuis quelques années, écarté par Gallimard, Richard Millet (né en 1953) publie chez des éditeurs moins prestigieux, bien que tout autant parisianistes pour certains (Léo Scheer, Pierre-Guillaume de Roux), des textes aussi surprenants qu’inattendus. Des portraits qui font contraste avec notre époque, des manifestes radicaux qui dressent une pensée exigeante critiquant la doxa culturelle et médiatique. Avec Pour Bernard Menez, nous sommes dans la continuité d',Eloge littéraire d’Anders Breivik (2012) et du Corps politique de Gérard Depardieu (2014). Millet met en lumière un symbole fort et singulier de notre époque pour mieux analyser et critiquer cette dernière.

Depuis l'essai sur Depardieu, Millet s’intéresse au cinéma français et déploie sa vision esthétique, mêlant son intérêt pour le septième art à l'auscultation de la société culturelle et son évolution. A l’époque où Depardieu est critiqué pour ses positions politiques et fuites fiscales, Millet prend sa défense en montrant que le gros Gégé, c’est avant tout la France, alors que le pays se délite sous la lourdeur moralisante et dépressive d'une bien-pensance post-historique. Pour Bernard Menez prolonge en quelque sorte cette réflexion. Moins polémique, plus pédagogique, Millet s’amusa sans doute d’avance de ce que les lecteurs penseraient de cet exemple cinématographique peu commun (et catalogué «ringard» par les profanes).

Millet, dans la posture du cinéphile, prend l’exemple canonique de l’acteur «franchouillard» Bernard Menez (né en 1944) pour parler de la culture d’aujourd’hui. Evoquer Bernard Menez, fera sans doute craindre à un post-moderne la critique et la moquerie du système mondialisé. Menez, c’est comme le dernier des Mohicans, un acteur authentique dont les films tournés par Rozier (Maine Océan) ou Thomas (Le Chaud Lapin, Celles que l’on n’a pas eues) seraient les derniers vestiges d’un monde ancien, il y a à peine 40 ans, quand le cinéma d’auteur populaire apportait ce je-ne-sais-quoi de puissant, fort, bouleversant, ironique, quelque chose de sensible et de vrai, contrairement aux mièvreries idéologiques césarisées durant les quinze dernières années. L'essai déroule une réflexion sur l’importance de l’incarnation par l’acteur, sur l’écran vidéo mais aussi sur l’époque.

En quelques paragraphes bien tournés sur cette époque révolue et celle que nous occupons, Millet, en radical pamphlétaire, brille par sa simplicité littéraire et son audace politique : Menez est notre frère, celui lointain (que l’auteur ne souhaitera pas rencontrer) d’une France perdue, mais qui parle de nous («moisie» et «rance» nous disent les militants mondialistes et multiculturels lorsqu’il s’agit de rendre hommage aux traditions perdues !). De cette authenticité fragile, humaine, existentielle, loin du cauchemar aseptisé par la post-histoire, Menez dévoile son talent d’acteur historique régional ! «Ainsi préfère-t-on l’abyssale amnésie à la profondeur, les certitudes restreintes à l’expérience intérieure, et le zombie à l’homme de qualité», écrit Millet, témoin du désastre culturel actuel, autoritaire et médiocre.

Bernard Menez, acteur-symbole, second rôle fort des années 70-80, est dépeint à travers un cinéma d’auteur ironique et sensible, un cinéma français, celui des Rozier, Thomas, Chabrol, mais aussi Seria (curieusement absent du texte). L'essai est un manifeste pour cette histoire récente du cinéma qui tend à disparaître totalement, rongé par l’industrie financière régulée par le pouvoir des 35 dernières années. La verve de Millet fait une fois de plus mouche et le lecteur, durant cette balade dans le cinéma français de Menez, apprend et comprend ce qui manque cruellement au cinéma actuel : de la profondeur, de la simplicité et du naturel. Mais tout n’est pas noir ; Tonnerre, l’un des derniers films récents de Menez, trouve grâce à ses yeux.

Un texte essentiel pour redécouvrir Menez et comprendre deux époques qui se sont succédé en moins d’un demi-siècle. Un portrait généreux et tout en louange d’un grand acteur qui porte à lui seul l’image populaire du personnage français des années 70-80 : insignifiant et tragique : «Certains acteurs ont tout joué ; d’autres ont joué leur vie ; quelques-uns n’ont été qu’eux-mêmes : à ceux-là revient, très rare, une sorte de gloire ontologique. Tel est Bernard Menez».

Jean-Laurent Glémin ( Mis en ligne le 22/05/2017 Parutions.com )

mardi 2 mai 2017

2404. "POUR BERNARD MENEZ" de Richard Millet, par Eric Zemmour, dans LE FIGARO

Eric Zemmour consacre un véritable éloge, dans Le Figaro du 27 avril 2017, au nouveau livre de Richard Millet, Pour Bernard Menez.

«Et c'est ainsi que Bernard Menez est grand»

Richard Millet publie un éloge littéraire et brillant de l'acteur Bernard Menez. Le symbole d'une France provinciale qui se meurt.

Il n'est pas Depardieu. Il n'est pas Delon, ni Belmondo, ni Gabin. Il n'est pas de Funès ou Coluche non plus. Il n'est pas un monstre sacré et ne représente pas la France à l'étranger. Il est moins ou mieux: il est la France. «Une incarnation légère, et traditionnelle, de la France»: une France provinciale, désuète, charmante. En voie de disparition. Il fallait être Richard Millet pour exhumer Bernard Menez. Pour parler ainsi de l'acteur non pas disparu - il est bien vivant ! - mais oublié ; non pas oublié - il joue encore au théâtre et au cinéma - mais dédaigné ; non pas dédaigné - son talent d'acteur est reconnu - mais occulté, effacé. Comme la France qu'il incarne. Entre Millet et Menez, la rencontre était inévitable. Inéluctable. On s'étonne de..."

Pour lire l'intégralité de l'article, cliquez sur la revue de presse de Pour Bernard Menez.

lundi 1 mai 2017

2403. "POUR BERNARD MENEZ", de Richard Millet, par Jérôme Béglé dans LE POINT.FR

Dans la première sélection de ses "Lectures de Printemps", Jérôme Béglé a choisi le nouveau livre de Richard Millet, "Pour Bernard Menez", qui parait ce mercredi 3 mai.

"Richard Millet fait l'éloge de Bernard Menez

Tous les acteurs se ressemblent. Mêmes propos, mêmes rôles, mêmes mimiques, mêmes postures, mêmes obsessions, mêmes histoires d'amour, et trop souvent mêmes films. Dans cette galerie des portraits et des fausses grâces, un seul comédien se détache : Bernard Menez. Comme il se doit, il est régulièrement esquinté et traité de has been ringard par une presse moutonnière qui se glorifie chaque semaine de découvrir un nouveau jeune premier ou l'Isabelle Adjani de demain. Richard Millet, qui lui aussi eut à souffrir d'emballements et de détestations sommaires, consacre une ode au héros du Chaud lapin.

Il rencontre Bernard Menez dans la salle à manger d'un restaurant du huitième arrondissement. La scène est à elle seule un acte de pièce de théâtre. Le professeur Millet incise au scalpel son sujet chez qui tout fleure bon cette France qui, depuis 30 ans, se fond dans l'Europe et la mondialisation. Son patronyme, son prénom, les personnages qu'il a incarnés, les contrées d'où il vient et dans lesquelles il a tourné, son phrasé, son vocabulaire, le choix de ses films comme de ses pièces de théâtre, Menez est pour l'écrivain un précipité de l'esprit français. Car derrière cette formidable élégie se cache un éloge de la différence, de l'audace ; une défense de la couleur dans une société terne ; une nostalgie de tout ce que la standardisation nous retire. Une banalisation et une acculturation qui triomphent dans les arts. Et contre laquelle volontairement ou involontairement lutte Menez."

Jérôme Béglé, Lectures de Printemps #1, Le Point.fr, le 1er mai 2017.

mardi 14 février 2017

2402. "LE METRO" de Luka Novak, par Thierry Voisin, dans TELERAMA.

Dans la rubrique "Lu et approuvé", de Télérama Sortir, le 8 février 2017, Thierry Voisin parle du Métro de Luka Novak:

"Le métro parisien est structuré comme un roman de Flaubert, où le hasard est aboli. Son odeur est un véritable paradis artificiel, à la manière de Baudelaire. Et ses lignes tissent, comme un inconscient, les rêves urbains des Parisiens. Dans son ouvrage, aussi surprenant qu'original, Luka Novak, enfant de la station Passy, brosse un drôle de portrait de notre métro. Il le compare à ceux de New York, Londres ou Tokyo, révélant finalement que, tout en assurant les fondements de la vie sociale de la capitale française, il lui a permis d'entrer dans la modernité. Sans métro, moins illusoire que le bus, Paris serait resté un simple village et les voyageurs condamnés au hasard."

lundi 6 février 2017

2401. "LE METRO", de Luka Novak, par Jacques Munier, sur FRANCE CULTURE.

Intitulé « Si vous êtes pauvres, vous êtes morts », le rapport montre que « la police prend systématiquement pour cibles des personnes en général pauvres et sans défense » et « fabrique des preuves, dévalise les victimes et rédige des rapports d’incidents mensongers ». Depuis que le président Rodrigo Duterte est arrivé au pouvoir, « plus de 7 000 personnes ont été tuées dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue ». Il est plus rentable de tirer que d’interpeller, puisqu’une prime est alors accordée aux policiers et pas en cas d’arrestation. Ce mode de règlement par la violence extrême du problème de la délinquance est au cœur de la dernière livraison de la revue L’Homme. Du Brésil au Pakistan, en passant par les États Unis ou la gestion des sans-papiers sur notre sol, le dossier étudie les diverses formes de ce qu’on désigne sous le terme ambigu de « pacification », héritage d’un mode colonial de résolution des conflits. Dans le ghetto portoricain de Philadelphie, Philippe Bourgois et Laurie Hart ont enquêté sur la paradoxale « Pax narcotica » du marché de la drogue. Un « terrain miné » s’il en est, puisque l’anthropologue a eu les côtes fracturées en se faisant plaquer au sol, menotter et frapper lors d’un raid de routine de la brigade des stups, qui l’avait pris pour un toxicomane blanc alors qu’il menait un entretien ethnographique avec trois revendeurs au coin d’une rue. Dans ces quartiers paupérisés, le démantèlement de l’État social sous l’effet du néolibéralisme a eu pour corollaire un investissement massif dans la répression : « la police opère comme si elle était une force d’invasion coloniale et ne cherche pas à établir de contact social avec les habitants ». Mais son incompétence et le taux particulièrement élevé d’arrestations injustifiées fait de Philadelphie la ville américaine dont le taux de condamnations pour crime après arrestation est le plus bas. Cela dit, la politique de « tolérance zéro » a considérablement aggravé l’importance des peines pour la détention ou la revente de petites quantités de drogue, considérées comme un crime comparable à un meurtre, passible de 15 ans d’emprisonnement, voire de la perpétuité, ce qui a fait exploser la population carcérale aux États Unis. Les anthropologues mettent en évidence le système économique qui s’est constitué sur les ruines de l’État social, le transfert des ressources vers les personnels de police et de sécurité, ou les secteurs des urgences médicales et des services psychiatriques chargés de traiter l’addiction, sur laquelle peut prospérer l’industrie pharmaceutique en générant son propre marché de l’addiction : « dans les années 2010, les overdoses dues aux médicaments opioïdes ont dépassé celles dues à la consommation illégale d’héroïne ». Sans compter le juteux marché des prestataires privés des établissements pénitentiaires, dont les associations des droits de l’homme ont constamment dénoncé, par exemple, les marges exorbitantes dégagées par la surfacturation des télécoms ou des transferts d’argent.

Peut-on alors vraiment parler de pacification urbaine ?

Comme le montrent Michel Agier et Martin Lamotte en rappelant l’origine coloniale du terme, « la pacification est un processus de conquête sans fin ». Mais tout le paradoxe et l’intérêt de l’enquête de Philippe Bourgois et Laurie Hart c’est de mettre en valeur sur le terrain des trafiquants, à l’opposé de cette guerre asymétrique, une économie morale de relations clientélistes : « tout en recourant à la violence armée pour défendre leur territoire, les patrons locaux de la drogue doivent simultanément renvoyer l’image de figures généreuses et pacificatrices pour éviter que les habitants ne les dénoncent à la police ». Cela va de la discipline imposée à leurs troupes à la redistribution des ressources, pour aider à payer un loyer, offrir des barbecues géants au moment des fêtes, ou installer une piscine gonflable pour les gamins du quartier.

Les phénomènes de ségrégation et de ghettoïsation peuvent être accentués par les infrastructures

C’est le cas de cette autoroute urbaine construite dans les années 60 au beau milieu du Bronx et qui contribua à faire d’un quartier relativement calme un territoire relégué. « Au lieu d’être relié à Manhattan et aux autres quartiers par la construction d’un réseau de métro supplémentaire, le Bronx fut isolé par cette autoroute », souligne Luka Novak dans une ode au métro parisien, qui selon lui réalise tout le contraire : le brassage des populations. Le Métro, inconscient urbain, publié aux Éditions Léo Scheer, est un réjouissant petit livre à la gloire du métropolitain, et dont le lyrisme peut confiner à la sensualité. « La station Passy a quelque chose d’érotique à l’état latent. La sortie de la rame de la bouche moite et la vue sur la tour dressée recèlent une charge puissante qui a séduit bien des cinéastes ». C’est qu’à Paris, « le libertinage est à portée de métro », comme l’affirme le mensuel Soixante-quinze, preuve à l’appui. J’ai ainsi découvert qu’il y a différentes nuances d’échangisme, comme le mélangisme ou le côte-à-côtisme…

Jacques Munier, Le Journal des idées, France Culture, 1er février 2017.

samedi 4 février 2017

2400. "LE METRO", de Luka Novak, par Thibaut Sardier, dans LE MONDE DES LIVRES.

Deux libres déambulations dans la capitale, l'une effectuée par l'urbaniste Claude Eveno, l'autre par le slovène Luka Novak.

Dans les années 1950, Guy Debord (1931-1994) réalisa dans Paris des expériences de "psychogéographie". Il s'agissait de parcourir la capitale dans une logique de "parfaite insoumission aux sollicitations habituelles" voulues par les urbanistes. Il en tira des cartes reconstituant la ville sous la forme d'un archipel de quartiers appréciés pour leur ambiance. Celle-ci était ainsi restructurée non pas selon des axes haussmaniens, mais d'après une perception individuelle.

La démarche a inspiré de nombreux ouvrages. Dans L'Invention de Paris (Seuil, 2002), Eric Hazan proposait une psychogéographie des limites séparant les quartiers de la capitale. Avec Revoir Paris, c'est au tour de l'urbaniste Claude Eveno de s'approprier le concept de façon rigoureuse, c'est-à-dire personnelle et libre. "Je n'aime pas la place Vendôme, je crois même que je la déteste", écrit-il en ouverture de ce carnet de quinze voyages, donnant ainsi à comprendre son titre. Revoir la capitale française, c'est d'abord un exercice de lucidité face aux discours qui célèbrent sa grandeur avec un respect trop prononcé du patrimoine et une admiration béate des grands chantiers. C'est aussi retrouver l'espace parcouru et vécu depuis l'enfance, dans les années 1950, entre la plaine Monceau et Asnières.

On ne s'étonnera donc pas de voir le parcours souvent déterminé par la fuite. Le marcheur se refuse à traverser l'île Saint-Louis ou la rue Saint-André-des-Arts, non conformes aux souvenirs, abandonnées aux riches et aux touristes en short. Il s'agace dans les lieux qui continuent à célébrer des républicains colonisateurs comme Gallieni et Lyautey, chacun avec sa statue aux abords des Invalides. Enfin, ses traits les plus rudes visent "l'architecture hors sol" des zones d'aménagement concerté - celle de Clichy-Batignollles en prend pour son grade - bâties pour être admirées plus que véritablement habitées.

Au fil des détours, le récit conduit à des instants de grâce. On est convié par exemple à un voyage de quatre jours dans le seul jardin du Luxembourg. La ville actuelle est alors magnifiée par les références au passé, dans un ensemble très documenté qui met en bonne place Eugène Atget et Jacques Prévert.

Une perspective freudienne.

Grand connaisseur de Paris, Eveno oublie toutefois son célèbre métro. On remédiera à cet oubli avec le petit livre de l'écrivain slovène Luka Novak. Le Métro, inconscient urbain. S'il fait un peu la psychogéographie des tunnels, racontant les trajets d'un enfant des années 1970 sensible aux odeurs du caoutchouc, il adopte surtout une perceptive freudienne. A travers une comparaison avec Londres ou New York, il montre que l'inconscient parisien se niche dans les profondeurs de ce réseau - le plus ramifié du monde et qui dessert tous les quartiers. Le métro serait ainsi à la fois démocratique et bourgeois, ce que suggère la concomitance entre le développement du Paris souterrain et les aménagements d'Haussman. Une façon peut-être d'expliquer que Claude Eveno, chantre d'un Paris populaire, ne s'y engouffre pas.

Au travers de ces deux livres, et à l'heure du Grand Paris qui dilue la ville dans l'urbain, on se rappelle le vers de Baudelaire: "La forme d'une ville/ Change plus vite, hélas! que le coeur d'un mortel". Pourtant, impossible de dire si ces textes expriment simplement le spleen d'une génération qui devra se résoudre à perdre la ville telle qu'elle l'a connue, ou s'il s'agit de l'observation impuissante d'une cité qui se meurt: Paris a pour elle mille qualités, mais pas l'éternité.

Thibaut Sardier, Le Monde des Livres, 3 février 2017.

vendredi 27 janvier 2017

2399. La Revue Littéraire N° 66 par Pierre Perrin

La Revue littéraire

De format 14,5 par 22,5 cm, avec une couverture blanche et rouge qui rappelle la sobriété nourrie de l’antique NRf avec son exigence de qualité, ce riche numéro offre un grand plaisir de lecture. On y retrouve d’ailleurs des auteurs que publiaient Réda, puis Braudeau, au premier rang desquels Paul Gellings et Richard Millet.

Ce dernier est ici rédacteur en chef. Il livre entre autres des “notes sur la vérité littéraire” qui commencent par cette interrogation : « N’y a-t-il pas pour un écrivain, une manière de déchéance à regarder une série télévisée américaine, genre devenu le vecteur privilégié de la sous-culture mondialisée, avec le rock, le roman policier et le cinéma pornographique ? » On ne peut mieux cerner à la fois un sujet de circonstance et franchir le Rubicon.

La réflexion sur l’état de notre littérature est poursuivie par Paul Gellings qui cite en exergue : « Jadis on écrivait un livre et on devenait célèbre. À l’heure actuelle on est célèbre et on écrit un livre. » À partir de ce trait d’un éditeur néerlandais, il montre bien la décadence occidentale à l’œuvre : « un programme de civisme, de frotti-frotta et de sociologie ! »

Rejoindrait-il Jean-Michel Delacomptée ? Sa Lettre de consolation à un ami écrivain, Fayard, 2016, fait l’objet d’une chronique intelligente en ce qu’elle rappelle La Boétie et que « le marché est une formidable d’école d’obéissance ». Toujours sur cette ligne d’analyse de la décomposition de la littérature, une autre chronique, signée Julien Teyssandier, agrandit le champ de l’analyse. À partir d’un prétendu roman, loué par la critique borgne, lauré d’un prix Médicis, il nous est donné de voir comment la toute-puissance d’un fait divers, sans quoi on ne publie plus, ruine la fiction, sans parler de la « poétique à peu près aussi ambitieuse que celle d’un procès-verbal ».

Une critique, digne de ce nom, n’a de sens qu’avec des réserves. L’une de ces chroniques commence mal : « Lorsque l’on prend la décision d’écrire, la première question qui se pose est celle de la musique que l’on va écouter pendant ce temps. » C’est de l’écriture de charretier : “lorsque l’on, musique que l’on” ; mais surtout faire deux choses à la fois, écouter de la musique et écrire, est un double massacre. Cette première phrase n’en donne-t-elle pas déjà la preuve ?

Une autre, une peccadille, mais à cette altitude, elle fait tache, bien qu’elle émane d’un musicien, mais enfin celui-ci parle de “pieds” en poésie. La française ne connaît que des “syllabes”. Dernière cible de ma lecture à bâton raccourci : le nombre de coquilles excédant la dizaine mériterait une relecture soignée. Ceci bien entendu n’est rien à côté de la valeur générale de la revue. Les notes de lecture sont plus d’une vingtaine, toutes d’analyse et de qualité, ce qui devient rare.

L’une ose épingler, à l’encontre du dernier roman de Gaudé, « une certaine insuffisance de style qui peine à s’extraire du verbiage journalistique ». Une autre relève ailleurs une contradiction de poids : des savants, tout à leur louable exigence de s’en tenir aux faits, affirment que « la formation de l’univers s’est faite sans plan préconçu ». Malicieux et sans pitié, le critique interroge : « est-ce là un fait ou un dogme initial ? »

Un article, encore, assassine avec brio ces pages de journal indigent qu’on publie désormais, dont celles de Bergounioux, et la louange énamourée que leur misère même suscite. « On peine à s’intéresser aux chaudes-pisses, aux crises de foie, de diarrhée, de prostate ou d’eczéma de Gombrowicz. On ne gagne pas plus à épier une femme dans sa salle de bains qu’un écrivain dans ses toilettes ou dans les “coulisses” de son œuvre. »

Les trente dernières pages livrent une suite du Journal, année 1992, de Richard Millet qu’André Blanchard tient pour « le plus grand écrivain français vivant » in Le Reste sans changement, Le Dilettante, 2015. Ces pages débordent de beauté. « Aimer, c’est être amoureux de l’espérance à travers l’illusion charnelle. » Les aphorismes, nombreux, côtoient des confidences noires et blanches. « Nous sommes des êtres en attente, rongés par un désir que nulle femme ne peut apaiser, et nous voulons être consolés par elles, que nous ne savons pas aimer. » Le style Millet laisse loin derrière lui ses détracteurs. L’auteur notait déjà : « les livres n’apportent aucune joie, aucune consolation ». Pourtant, à le lire, on respire. « Chaque pas est une leçon de lumière et d’odeurs. » Cette revue rend à la littérature la grandeur qu’elle mérite.

Pierre Perrin, note inédite du 26 janvier 2017

samedi 14 janvier 2017

2398. L'AFFAIRE RICHARD MILLET DE Muriel de Rengervé par Luc Vercauteren pour MONARQUE 3.0

LIBERTÉ POUR LE CAMARADE GALLIMARD

Au cœur de l’Orwell-Monde, la pensée autre (que de gauche) est un ennemi par nature. Les affaires démontrant cette affirmation ne manquent pas, elles pullulent chaque année, toutes plus croustillantes les unes que les autres. Parmi ces nombreuses affaires, celles qui touchent le monde littéraire sont les plus intéressantes, en ceci qu’elle se produisent dans le sein même de la pensée dite libre, tolérante, républicaine, universaliste et j’en passe (le fameux « monde des Lettres », qui se prétend au-delà de l’ignorance crasse et populaire de la France dite moisie).

La chasse à l’homme (mal) pensant autrement dont a été victime l’écrivain Richard Millet, et dont il est du reste toujours victime, est un exemple particulièrement révélateur de la façon totalitaire dont le monde intellectuel prétendument antitotalitaire et tolérant se comporte dès que l’on veut penser librement, c’est-à-dire simplement penser. Car il n’est de pensée, vraiment intéressante pour le moi que je suis, qu’autre et libre. Le reste n’est que mimétisme pavlovien et contentement de soi égotique. Une définition de la majeure partie de ce qui s’écrit dans le Paris éditorial mainstream en somme — à l’exception de lieux de résistance se comptant sur les doigts d’une main. Sur cette « affaire Millet », on lira avec profit l’essai de Muriel de Rengervé réédité il y a peu (L’Affaire Richard Millet''. Critique de la bien-pensance, Editions Léo Scheer) ainsi que l’essai de l’écrivain, texte entraînant le mécanisme de l’éradication totalitaire (Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d’Anders Breivik,'' Pierre- Guillaume de Roux).

Lire la suite

dimanche 25 décembre 2016

2397. Romaric SANGARS : une nouvelle génération de (grands) écrivains. TV LIBERTÉS

ZOOM – ROMARIC SANGARS : UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE (GRANDS) ÉCRIVAINS

Écrivain et critique littéraire de talent, l’ anticonformiste Romaric Sangars avait choqué le monde littéraire en publiant : « Suffirait-il d’aller gifler Jean d’Ormesson pour arranger un peu la gueule de la littérature française ? » Il récidive en publiant son premier roman : Les Verticaux. Un beau vin subtil, corsé et revigorant pour chasser le spleen de l’hiver. Portrait d’un écrivain dandy et iconoclaste. Synopsis de l’ouvrage de Romaric Sangars :

Vincent Revel, journaliste parisien, écrivain raté, trentenaire désabusé, rencontre deux êtres qui vont relancer sa fièvre initiale. Le premier est une jeune femme inspirée  : Lia Silowsky, habitée par une forme de mysticisme où se mêlent chants bulgares et visions oniriques. Le second, Emmanuel Starck, est un aventurier revenu s’installer à Paris après avoir beaucoup voyagé, expert en hacking comme en arts martiaux, hanté par les traditions d’une chevalerie résolument obsolète. Avec eux, Vincent se livre à des sabotages symboliques plus proches du happening que de l’attentat, tandis que son intérêt pour Lia se mue en authentique passion.

jeudi 8 décembre 2016

2396. Lecture du Cartel, pour La Revue Littéraire n°65, à la librairie Matière à Lire

mercredi 26 octobre 2016

2395. Les Verticaux de Romaric Sangars par Christian AUTHIER dans L'OPINION

Des hommes qui s’éloignent

Les Verticaux de Romaric Sangars met en scène trois trentenaires à l’étroit dans une époque sans transcendance.

Tout premier roman a une part de règlements de comptes. Celui de Romaric Sangars prend pour cible notre époque dénuée de transcendance et de grandeur, sinon sous des formes dévoyées.

Autour de Vincent Revel, journaliste parisien trentenaire chargé de faire le portrait de pseudo-artistes pour un magazine branché, Les Verticaux dessine une société techno-marchande où la vie paraît avoir disparu dans des simulacres. « J’avais voulu être écrivain et ivre de Paris. C’était tellement français... Mais la France semblait finie, épuisée, et la littérature avait perdu sa fonction opérative », confesse Vincent rongé par l’amertume de ne pas réussir à s’extirper de la gangue de « ces temps de nuit opaque pour l’esprit ».

Lia, jeune femme mystique, et Emmanuel, hacker affirmant vouloir renouer avec la tradition de la chevalerie, vont lui offrir les compagnons d’armes d’une guerre métaphysique à la recherche des «magies mortes».

Si Romaric Sangars saisit parfaitement « l’atmosphère schizophrène de notre époque : hygiéniste et sanglante, puritaine et obscène, absurdement rationnelle et méthodiquement fanatique, post-historique sur un certain plan et, sur un autre, rouvrant les lignes de fracture de l’an 700, ultra-relativiste et absurdement dogmatique, infantile et dégénérée, ma- ternante et exterminatrice », ses révoltés – entre romantisme des causes perdues et grandiloquence post-adolescente de lecteurs de Dominique de Roux – ne sont pas loin, à travers certaines de leurs tentatives de sabotage façon casseurs de pub, de verser dans de « prétentieux happenings ».

Cependant, le tragique et le négatif le plus radical vont s’inviter pour lester ces destinées et les éclairer d’une lumière défiant les ténèbres.

À l’inverse de tant de romans formatés et aseptisés, Les Verticaux fait entendre une voix singulière.

Christian AUTHIER, Octobre 2016

mardi 25 octobre 2016

2393. Les Verticaux de Romaric Sangars par Christophe Bourseiller dans sa chronique littéraire

Archives Syndication
juillet 2017 (174)
juin 2017 (187)
mai 2017 (155)
février 2017 (186)
janvier 2017 (253)
décembre 2016 (179)
octobre 2016 (205)
septembre 2016 (240)
août 2016 (211)
juillet 2016 (174)
juin 2016 (187)
mai 2016 (155)
avril 2016 (117)
mars 2016 (202)
février 2016 (186)
janvier 2016 (253)
décembre 2015 (179)
novembre 2015 (199)
octobre 2015 (205)
septembre 2015 (240)
août 2015 (211)
juillet 2015 (174)
juin 2015 (187)
mai 2015 (155)
avril 2015 (117)
mars 2015 (202)
février 2015 (186)
janvier 2015 (253)
décembre 2014 (179)
novembre 2014 (199)
octobre 2014 (205)
septembre 2014 (240)
août 2014 (211)
juillet 2014 (174)
juin 2014 (187)
mai 2014 (155)
avril 2014 (117)
mars 2014 (202)
février 2014 (186)
janvier 2014 (253)
décembre 2013 (179)
novembre 2013 (199)
octobre 2013 (205)
septembre 2013 (240)
août 2013 (211)
juillet 2013 (174)
juin 2013 (187)
mai 2013 (155)
avril 2013 (117)
mars 2013 (202)
février 2013 (186)
janvier 2013 (253)
décembre 2012 (179)
novembre 2012 (199)
octobre 2012 (205)
septembre 2012 (240)
août 2012 (211)
juillet 2012 (174)
juin 2012 (187)
mai 2012 (155)
avril 2012 (117)
mars 2012 (202)
février 2012 (186)
janvier 2012 (253)
décembre 2011 (179)
novembre 2011 (199)
octobre 2011 (205)
septembre 2011 (240)
août 2011 (211)
juillet 2011 (174)
juin 2011 (187)
mai 2011 (155)
avril 2011 (117)
mars 2011 (202)
février 2011 (186)
janvier 2011 (253)
décembre 2010 (179)
novembre 2010 (199)
octobre 2010 (205)
septembre 2010 (240)
août 2010 (211)
juillet 2010 (174)
juin 2010 (187)
mai 2010 (155)
avril 2010 (117)
mars 2010 (202)
février 2010 (186)
janvier 2010 (253)
décembre 2009 (179)
novembre 2009 (199)
octobre 2009 (205)
septembre 2009 (240)
août 2009 (211)
juillet 2009 (174)
juin 2009 (187)
mai 2009 (155)
avril 2009 (117)
mars 2009 (202)
février 2009 (186)
janvier 2009 (253)
décembre 2008 (179)
novembre 2008 (199)
octobre 2008 (205)
août 2008 (211)
juillet 2008 (174)
juin 2008 (187)
mai 2008 (155)
avril 2008 (117)
mars 2008 (202)
février 2008 (186)
janvier 2008 (253)
décembre 2007 (179)
novembre 2007 (199)
fil rss
fil rss commentaires



Copyright
Top