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mardi 31 mai 2011

1582. Le Fantôme du fauteuiL 32 de Nathalie Rheims par Jérôme Garcin dans LE NOUVEL OBSERVATEUR.

Le mercredi 1er juin 2011 le dernier roman de Nathalie Rheims sera mis en vente dans toutes les bonnes librairies. Avant cette date "fatidique", Jérôme Garcin a écrit un article en page 110 du NOUVEL OBSERVATEUR du 26 mai, apparu aujourd'hui sur Bibliobs, à lire avec une loupe :

SUSPENSE É L'ACADÉMIE : LE FAUTEUIL HANTÉ.

Le fauteuil de Maurice Rheims reste vide. Robbe-Grillet ne l'a pas occupé et Weyergans tarde à s'y asseoir. Que se passe-t-il?

Maurice Rheims aimerait bien jouir de son immortalité et prendre enfin de longues vacances dans son paradis corse. Mais un funeste destin s'acharne contre lui. Cela fait huit ans qu'il est enfermé sous la Coupole, où il attend, en vain, d'être relevé. Pour être élargi, il suffirait que son successeur fît son éloge et vînt s'asseoir dans son fauteuil.

Seulement voilà: personne ne se présente, et le commissaire-priseur commence à prendre froid. L'auteur de «La Vie étrange des objets» se demande si son fauteuil, le 32e, ne serait pas maudit. Son prédécesseur, Robert Aron, ne mourut-il pas la veille de son intronisation?

Celui qui aurait d? le remplacer s'est bien moqué de lui, et de la Compagnie. Elu en 2004, Alain Robbe-Grillet n'a en effet jamais prononcé son discours de réception et il a refusé de porter l'habit vert, qu'il jugeait peu seyant, lui préférant le col roulé. Il est mort d'une crise cardiaque, en 2008, obligeant du même coup le pauvre Maurice Rheims à guetter un nouvel impétrant. Et ce fut, en 2009, François Weyergans.

On se souvient de la manière dont l'auteur du «Pitre» prit d'assaut le quai de Conti: avec un somptueux stylo à plume offert par Jean-Luc Delarue, célèbre tireur de lignes, l'écrivain adressa de longues lettres flagorneuses à tous les académiciens. Le procédé inédit fonctionna, et Weyergans fut élu au 32e fauteuil.

Maurice Rheims peut-il enfin respirer? Rien de moins s?ur. Car pour occuper ce satané fauteuil, il faudrait encore que François Weyergans f?t reçu sous la Coupole après avoir chanté les louanges de son prédécesseur. Et cela fait plus de deux ans qu'Hélène Carrère d'Encausse attend, en pestant, cet improbable discours.

Il est vrai qu'on doit au plus gascon des romanciers belges, expert en procrastination et spécialiste des leurres, beaucoup de livres promis jamais remis, et des ouvrages publiés à l'arraché - il fallut près de dix ans aux Editions Grasset pour mettre la main sur «Trois Jours chez ma mère», prix Goncourt 2005.

Mme le secrétaire perpétuel, qui n'a toujours pas digéré l'épisode Robbe-Grillet, a trouvé dans les archives de l'Académie un article stipulant que le nouvel élu avait deux ans, pas davantage, pour se plier au protocole de la réception. Et elle a fixé à François Weyergans une date, au-delà de laquelle son ticket ne serait plus valable: le 16 juin prochain.

Ce jour-là, dans un habit vert réalisé par Agnès b. et portant l'épée que lui a léguée Maurice Béjart, l'auteur du «Radeau de la Méduse» devra, pendant quarante-cinq minutes, célébrer celui des «Greniers de Sienne». Mais la rumeur prétend qu'il n'aurait pas encore rédigé une ligne de ce panégyrique. Jamais l'indolente Académie n'a connu plus palpitant suspense. A côté, la localisation de Xavier Dupont de Ligonnès, c'est un jeu de Game Boy.

N'y tenant plus, Nathalie Rheims, l'impétueuse fille de l'immortel exaspéré, a décidé de s'en mêler. Elle publie, chez Léo Scheer (qui fut l'éditeur du «Salomé» de Weyergans), un roman qui vaut avertissement. Convaincue qu'une malédiction pèse sur le 32e fauteuil, occupé par son père durant vingt-sept ans, mais où l'on compte avant lui un plagiaire, un proscrit et un suicidé, elle a relu, pour s'en inspirer et s'en amuser, «le Fauteuil hanté», de Gaston Leroux (dont Maurice Rheims expertisa la succession).

Dans ce roman paru en 1909, tous les élus mouraient en prononçant l'éloge de leur prédécesseur. Nathalie Rheims feint de chercher, dans les divers manuscrits du «Fauteuil hanté», la clef de l'énigme dont son père serait la victime. Il y a un côté «Da Vinci Code» dans cette enquête où l'on croise, bien cachés sous des pseudonymes, Michel Mohrt, Marc Fumaroli, Maurice Druon, François Nourissier, Erik Orsenna, Pierre Combescot, sans oublier Robbe-Grillet et Weyergans, dont Nathalie Rheims stigmatise «la rétention littéraire liée au développement surdimensionné de son ego» et «la pléiodoplexie automutilante»(allusion à son rêve d'entrer dans la Pléiade).

La fille du fantôme, «gardienne de son éternité», se venge ici de certains infidèles et elle ne manque pas une occasion de brocarder les membres de l'Institut, qu'elle compare aux "clients d'«une maison close". Mais surtout, et parce qu'il ne vient pas, elle a choisi d'écrire elle-même ce panégyrique, ce portrait ému d'un père dont elle semble n'avoir toujours pas fait le deuil.

Un père érudit et charmeur aimant les femmes, Venise, la Corse et l'Académie, qui le dédommageait d'avoir raté son certificat d'études. Et pourquoi, telle Florence Delay qui succéda à son père Jean Delay, Nathalie Rheims ne se présenterait-elle pas à l'Académie afin que Maurice trouve enfin le repos éternel? Son discours commencerait ainsi: «C'était l'homme le plus libre qu'il m'ait été donné de rencontrer.»

Jérôme Garcin, le 26 mai 2011.

Romancière et productrice née en 1959 à Paris, Nathalie Rheims a publié notamment "Lettre d'une amoureuse morte" et "Le Rêve de Balthus".

1588. Arthur Rimbaud et le foutoir zutique de Bernard Teyssèdre par Eddie BREUIL.

Sur le site non fiction, Le quotidien des livres et des idées, cette présentation du livre de Bernard Teyssèdre consacré à la période zutiste de Rimbaud.

RIMBAUD ZUTISTE.

Bernard Teyssèdre fourni une somme sans fioriture sur la période zutiste de Rimbaud.

Les Éditions Léo Scheer ont publié un ouvrage de Bernard Teyssèdre sur le rapport de Rimbaud au cercle (et à l'album) zutique. Une somme de près de huit cents pages, au prix raisonnable, sur cette période durant laquelle Rimbaud fréquente un milieu relativement iconoclaste. Malgré la notoriété de l'album, peu d'études d'ensemble existent : Pascal Pia avait fourni d'importants commentaires dans son édition fac-similé de 1961, et récemment, en 2010, sous la direction de Seth Widden, des études sur l'album avaient été réunies aux éditions Garnier. L'avantage du travail de Bernard Teyssèdre est de tenter une sorte de biographie de l'album et du cercle zutique, de réaliser un récit précis et très documenté de cette période.

L'ouvrage oscille donc entre biographie de l'?uvre ('genreâ? qui semble se développer actuellement) et essai. Il est intéressant pour sa composition même : le récit est ponctué de sortes d'interludes, à savoir des lexiques (portant sur les poèmes essentiellement), de courtes monographies (sur les différents protagonistes du cercle zutique), etc. Ces interludes sont insérés dans les différentes sections, sans transition, ce qui a l'avantage d'éviter de longs récits ; ils apparaissent alors comme des apartés, des documents apportés à la réflexion.

Ce parti pris remet en cause le statut traditionnel de l'annexe, en déplaçant donc ces éléments à l'intérieur même du récit. Ainsi, un tableau chronologique sur la datation des textes de Rimbaud est inséré dans le chapitre sur la chronologie de l'album. Mais ce choix implique donc l'absence de répertoire unique (informations sur les différents protagonistes) et la dispersion de ces informations-là où elles semblent utiles à l'auteur. Cette structure intéressante et qui implique un réel plaisir de lecture a cependant des inconvénients : elle privilégie la lecture linéaire et l'accès à certaines informations est rendu plus difficile, notamment à cause de la gênante absence d'un index des titres de poèmes, lequel se serait avéré particulièrement utile en raison du sujet même de l'ouvrage.

L'ouvrage reste tout de même une somme importante, mais oscille effectivement entre l'apport documentaire (conséquent) et l'interprétation personnelle, qu'il est parfois possible de ne pas partager. En particulier lorsqu'il s'agit de donner une lecture homosexuelle à certains faits ou poèmes. Ainsi, lorsqu'il est question de Verlaine qui dirait à Delahaye que Rimbaud devrait avoir une compagne pour le guérir des rhumatismes dont il souffrait, Bernard Teyssèdre ajoute qu'il s'agit 'd'une façon de laisser entendre que cet adolescent ne baisait pas assez et que lui-même ne participait pas à la cureâ?. Le fameux 'Sonnet du trou du culâ? (écrit à deux mains) serait à lire de la même façon : volonté d'afficher et de revendiquer l'homosexualité de Verlaine et Rimbaud (le sonnet n'est pourtant signé que de leurs initiales, et la volonté parodique semble explicite), et de bafouer les normes sociales que représenterait l'hétérosexualité. Le terme '?illetâ? (qui est essentiellement employé par les homosexuels) apporterait une preuve supplémentaire à cette thèse ; pourtant le terme 'commeâ? dans 'comme un ?illet violetâ? pourrait aussi bien démontrer le contraire puisque la comparaison n'est pas une identification.

Pourquoi voir nécessairement un aveu d'homosexualité alors que plusieurs éléments apportés ne semblent pas aller dans ce sens, comme le témoignage de Verlaine indiquant que ce poème est censé combler la lacune présente dans le recueil parodié d'Albert Mérat, à savoir le blason pour le 'trou du culâ? ? L'interprétation de Teyssèdre à ce sujet glisse progressivement vers une lecture plus politique (d'ailleurs les thèses de Steve Murphy ' qui au passage est un des noms propres les plus cités lorsque l'on consulte l'index ' sont largement partagées, notamment sur les idées communardes de Rimbaud), le sonnet étant censé être une 'évidente provocationâ?, un 'acte de guerre sociopolitiqueâ? s'inscrivant dans une 'stratégie politiqueâ?. Cela serait-il fondamentalement le problème des textes de Rimbaud : la lecture la plus simple (en l'occurrence la parodie) étant forcément considérée comme simpliste et, peut-être à cause de l'aura mythique du poète, des lectures plus profondes devant être apportées ?

Mais ces nuances sur l'appréciation ne remettent bien évidemment pas en cause le travail remarquable de rassemblement et de recoupement d'informations réalisé par Bernard Teyssèdre, et qui font de cet ouvrage un élément important dans la bibliothèque de tout rimbaldien, mais aussi (gr?ce à la lecture confortable permise par la composition donnée à l'ouvrage) de tout amateur, de poésie comme de l'histoire des années 1870.

Eddie BREUIL, le 31 mai 2011.

1581. Les Fantomes de M. Bill de Alexandre Mathis par Francis Moury.

Sur le site de dissection du cadavre de la littérature ce Billet de Francis Moury :

"Le livre des fantômes d'Alexandre Mathis.

Coïncidence, Les Fantômes de M. Bill sera dans les librairies pour les anniversaires des morts de Jeanne d'Arc (1) et de Dominique Thirel, l'entraîneuse de Pigalle brûlée vive par Georges Rapin, alias «M. Bill» que Mathis a choisi comme sujet du troisième volume de sa seconde trilogie que nous nommons par commodité «la trilogie autopunitive» puisqu'elle est axée sur l'idée d'auto-punition, à distinguer du masochisme avec lequel elle ne se confond pas. Chronologiquement, nous croyons utile de rappeler au lecteur l'ordre de cette trilogie, tel que l'auteur le revendique :

1 - Edgar Poe dernières heures mornes (écrit en 2004 mais paru bien plus tard).

2 - Allers sans retour, écrit en 2006, paru en 2009, un mois avant Edgar Poe dernières heures mornes.

3 - Les Fantômes de M. Bill ' Le Fer et le feu (écrit en 2010).

Mathis nous précise en outre que cette biographie romancée (comme l'était déjà son Edgar Poe) de M. Bill constitue une sorte de complément et de variante à celles d'Allers sans retour, notamment à la section intitulée Le Coup de folie de Roger Verdière et qu'elle est donc le dernier volet consacré aux assassins par sentiment de culpabilité avant l'acte.

On aperçoit déjà une silhouette féminine qui peut être Dominique Thirel (sans qu'elle soit nommée, bien sûr) dans le dernier volume de la première trilogie romanesque de Mathis, celle que nous avions baptisée sa «trilogie parisienne», à savoir dans Chambres de bonnes, au chapitre Mauvaises rencontres Place Pigalle (p. 175) : il y a le «Tonneau», il y a le taxi Renault G7 qui manque aussi d'écraser Dominique dans Les Fantômes de M. Bill (in § Le Joli mai), les cinémas (dont le Lynx) :

«Une jeune femme aux longs cheveux sombres ramenés d'un côté, escarpins roses et bouche rouge, retenant d'une main une jupe de couleur vive soulevée par le vent, regarda avec une curiosité étonnée Lucas arriver vers elle. En courant dans la foule, cela lui avait rappelé ce qu'il avait vu un jour...», après quoi Lucas, poursuivi par le «bandit», et qui vient de sauter de la plate-forme de l'autobus, court vers le cinéma Lynx où il va entrer. Mathis tisse progressivement l'ébauche d'une comédie humaine balzacienne, notons-le au passage, non moins documentée que celle de son illustre prédécesseur. Nous renvoyons, concernant ce livre antérieur, à notre article Mathis visionnaire : surnaturalisme et réalisme dans la trilogie parisienne de Mathis, paru ici même en mars 2005 puis en version revue et augmentée en décembre 2005.

La couverture des Fantômes de M. Bill nous livre d'emblée la photo essentielle du livre (elles proviennent des archives de l'auteur qui n'a pas pu publier toutes celles qu'il possédait, l'ensemble constituant une belle collection) et celle pour laquelle, peut-être, Rapin a vécu puisqu'il avait tenté d'être acteur sous un troisième pseudonyme : son aspect provocateur, son esthétique au carrefour du classicisme documentaire du reportage et de la nouvelle vague au baroque tapageur peut rappeler une autre couverture noir et blanc : celle du livre de Herbert P. Mathese, José Benazeraf, la caméra irréductible an 2002 (Clairac, 2007) qui montrait les jambes d'Eva Christian dans le film noir Les Premières lueurs de l'aube, Plaisirs pervers (R.F.A.-Fr., 1967) de J. B. (2). Elle a donc l'avantage de situer l'action en en constituant elle-même l'un des moments-clés. Il n'existe d'ailleurs peut-être pas de photos couleurs de M.Bill.

Ce crime qui défraya la chronique policière puis judiciaire de l'année 1959, et pas l'unique crime de Rapin puisqu'il en avoua un second commis plus tôt et qui avait été classé par la police, précipitant sa condamnation à mort puis son exécution en 1960, était-il un acte gratuit ? André Gide (Les Caves du Vatican) serait alors dépassé, Jean-Paul Sartre (Le Mur et autre nouvelles, un passage savoureux d'Éurostrate, cité par Mathis,) et Albert Camus aussi (L'Étranger) par cette atroce réalité. Ces trois auteurs que Mathis signale lus, notamment les deux derniers, assez couramment par les adolescents des années 1950-1960... qui ont donc pu être lus par George Rapin / M. Bill. Sur le fond du dossier, peut-être Rapin fut-il un fou masochiste (son père le soutient durant le procès) ayant organisé lui-même sa descente aux enfers, auquel cas la peine de mort aurait été appliquée à un dément mais peut-être tout aussi bien un criminel pur, fasciné par l'idée du mal pour le mal, par l'idée de devenir criminel et prêt à tout pour réaliser cette idée, auquel cas on a eu raison de l'exécuter (3). Un léger doute, obsédant, subsiste qui l'innocenterait totalement : parmi divers faits troublants, retenons pour notre part le témoignage tardif du père de Rapin (dans un extrait du Dauphiné libéré reproduit par Mathis pp. 308-309) sur les menaces qu'il aurait subies durant des mois au téléphone. Il nous semble tout de même curieux et il est non moins curieux, s'il est vrai, il est même ahurissant qu'il ne l'ait pas produit durant les débats. Cela eût évidemment modifié toute l'affaire et pouvait relancer l'enquête (et surtout l'instruction qui fut plus sommaire que l'enquête) dans une direction nouvelle.

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samedi 28 mai 2011

1580. Oublier Modiano de Marie Lebey par Delphine Peras dans L'EXPRESS / LIRE.

Sur le site de l'EXPRESS.fr, on peut lire l'article suivant :

Patrick Modiano "blessé" par un roman

Il a trouvé "profondément choquant" Oublier Modiano, de Marie Lebey (Leo Scheer).

Sur la jaquette de Oublier Modiano, récemment paru chez Léo Scheer et signé Marie Lebey, il est indiqué "roman". Toutefois l'auteur, ex-épouse du footballeur Dominique Rocheteau, s'adresse directement au grand écrivain pour lui faire partager son "enquête" sur les lieux et les personnages de son oeuvre dont elle est une lectrice inconditionnelle.

Pendant trois ans et demi, appareil photo en poche, Marie Lebey est ainsi partie sur les traces de son idole, immortalisant tous les endroits évoqués dans ses romans. Qui plus est, elle laisse aussi apparaître ses blessures en écho à celles de Patrick Modiano, à commencer par la mort de son frère Rudy en 1957, à l'?ge de 10 ans.

Las, l'intéressé a peu prisé cet exercice d'admiration et fait envoyer une lettre d'indignation par son avocat, Laurent Merlet, à l'éditeur Léo Scheer, comme l'a révélé Lepoint.fr. "Patrick Modiano a été blessé par ce livre qui lui prête de faux souvenirs d'enfance et spécule sur ses rapports avec ses parents", a confié Me Merlet à Lire. "Il a trouvé profondément choquant cette atteinte à son intimité et l'a ressentie comme une souillure." Du côté de l'éditeur, on se dit "très embêté" : "Marie Lebey est estomaquée, car lire Modiano l'a aidée à surmonter ses chagrins."

L'Enfer littéraire est, lui aussi, pavé de bonnes intentions...

Delphine Peras, le 27 mai 2011

vendredi 27 mai 2011

1579. La Canne de saint Patrick, de Patrice Trigano, a été sélectionné pour la cinquième édition du prix Drouot.

Ce prix récompense chaque année « une œuvre de fiction ' roman, récit ou recueil de nouvelles ' dont la narration fait référence à l'univers de l'art ».
Les autres ouvrages en lice sont : Un coin de table, Claude Chevreuil (De Fallois) ; Antonello, Léonard de Vinci et moi, François Cérésa (Plon) ; Roma enigma, Gilda Piersanti (Le Passage) ; Nues, Bénédicte Heim (Les Contrebandiers) ; Le Tableau de Giacomo, Geneviève Bergé (Luce Wilquin).
La remise du prix aura lieu le 16 juin prochain à Drouot Richelieu à 19 heures.

Par ailleurs, le numéro de mai de Beaux-Arts magazine l'a retenu dans ses pages livres : « Nul besoin de canne, f?t-ce celle de saint Patrick, pour avancer dans la biographie romancée que Patrice Trigano consacre à Antonin Artaud. L'auteur sismographe est habité par le personnage, il épouse les envo?tements, délires et désillusions d'Artaud le Mômo. L'empathie est évidente, mais elle ne tourne pas à l'hagiographie, ce qui rend l'ouvrage d'autant plus intense. » Natacha Wolinski

1578. La vérité sur la crise de Morad El Attab (suite).

Sur AGORAVOX, Morad El Hattab, l'auteur de La Vérité sur la crise n'est pas à Deauville, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son analyse de la crise en Europe.

La crise en Europe : "Le canard est toujours vivant" par un discret sauvetage des banques...

Une chose est sœure, même si les dirigeants politiques de la zone euro parviennent à étouffer les problèmes économiques au cours de l'année 2011, ils reviendront en force dès 2012. Cette fois-ci, la crise ne sera pas seulement pour les dettes des Etats cigales (Grèce, Portugal et Irlande) mais pour les créanciers c'est-à-dire les banquesâ?¦

En mai 2010, la crise est finie, la Grèce est sauvée par une ligne de crédit de 110 milliards â?¬ avancée par l'Europe pour 80 milliards â?¬ et par le FMI pour 30 milliards â?¬â?¦depuis la Grèce accélère le rythme des privatisations et décide 6 milliards â?¬ de coupes budgétaires - le rendement de ses obligations de 2 ans atteint 26% - et pour ajouter à la blessure, le gouvernement grec est réduit à juger insultant la demande européenne de garantir les prêts accordés par des îles ou des monuments.

Les sceptiques immoraux faisaient remarquer qu'ajouter de la dette à la dette n'est pas le meilleur moyen de les payer. Par contre, la Vérité officielle affirmait la capacité de la Grèce à payer le tout, même à hauteur de 150% du PIB !

Un an après, c'est le retour au début.

Sur les marchés, les investisseurs des compagnies d'assurance et des fonds de pension refusent absolument d'acheter des Bons du Trésor grec. Ils ont même essayé de se couvrir par des « contrats d'échanges de crédit » (C.D.S.) mais cela n'est plus possible car personne, à présent, n'accepte d'assurer la dette grecque.

Or, peu à peu, les emprunts grecs passés arrivent à échéance. Seules les avances du Fonds européen de stabilisation permettent de rembourser ces échéances. Il en résulte donc que les avances de ce Fonds iront au-delà de 110 milliards â?¬ et qu'elles devront, au moins en théorie, couvrir toute la dette publique grecque sur les marchés, c'est-à-dire plus de 250 milliards â?¬.

Ce chiffre équivaut au total des garanties des Etats notés "AAA" pour les avances du Fonds européen de stabilisation.

En réalité, les échéances des emprunts grecs seront remboursées jusqu'à la fin 2011, par contre dès mars 2012, le Fonds européen de stabilisation devra prêter 30 milliards â?¬ au-delà des 110 milliards â?¬ prévus. Le total des besoins supplémentaires pour 2012 atteint 62 milliards â?¬, ce chiffre sera renouvelé pour 2013.

Donc, ou l'Etat grec est insolvable, ou le Fonds européen de stabilisation lui paie toutes ses dettes !

La Grèce n'est pas seule : le Portugal reçoit des avances pour un montant de 75 milliards â?¬ dont 22,5 milliards â?¬ prêtés par le FMI et 52,5 milliards â?¬ par le Fonds européen de stabilisation.

Les Bons du Trésor portugais sont devenus sur les marchés de crédit par les institutionnels (assurances, fonds de pension) à peu près aussi populaires que les Bons du Trésor grec ou que DSK aux Etats-Unis ! L'Etat portugais ne peut plus se refinancer sur les marchés.

Enfin l'Irlande aussi ne peut plus placer ses Bons du Trésor sur les marchés. A vrai dire le problème irlandais, c'est son système bancaire, déjà financé à hauteur de 117 milliards â?¬ par des avances hebdomadaires de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de 70 milliards â?¬ par des avances de la Banque d'Irlande, financées d'ailleurs par la BCE !

Or, la BCE ne peut pas tirer le tapis sous la table sinon les assiettes de soupe descendentâ?¦

A ce jour, la recapitalisation des banques irlandaises n'excède pas 60 milliards â?¬ dont 35 milliards â?¬ apportés sur une avance de 85 milliards â?¬. Cette avance est financée par le Fonds européen de stabilisation (50 milliards â?¬), par le FMI (17,5 milliards â?¬) et par le Fonds de pension des fonctionnaires irlandais (17,5 milliards â?¬). Comment les retraites des fonctionnaires irlandais seront payées ? Personne n'a la réponseâ?¦

L'ensemble des crises financières de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande excède déjà, au moins dès 2013, voire dès 2012, les moyens du Fonds européen de stabilisation. Si l'Espagne est désertée sur les marchés, les capacités du Fonds européen ne suffisent plus.

L'actuelle réponse des dirigeants politiques de l'Eurozone est fort simple : gagner du temps. Après tout, comme l'affirmait Henri Queuille, président du Conseil sous la IVème République : « Il n'est aucun problème assez urgent en politique qu'une absence de décision ne puisse résoudre. » ou encore : « La politique n'est pas l'art de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »

En réalité, dans la crise financière en cours en Europe, un chien n'aboie pas : les banques créancières des trois Etats cigales (Grèce, Portugal et Irlande).

Selon les données de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), les banques allemandes ont accordées des crédits à hauteur de 193,3 milliards $ en Irlande, de 47,3 milliards $ au Portugal et de 43,2 milliards $ en Grèce.

Les banques françaises, elles, ont accordé 78,2 milliards $ en Irlande, de 35,5 milliards $ au Portugal et de 75,4 milliards $ en Grèce.

Certes, ces montants correspondent non seulement aux prêts accordés au secteur public mais aussi au secteur privé. L'ennui, c'est que dans ces trois Etats cigales le secteur privé n'est pas en meilleur état que le secteur public.

Le silence des banques permet donc de ne pas se poser de questions, il explique aussi la sollicitude des dirigeants allemands et français à l'égard des finances publiques des trois Etats cigales. Lorsqu'ils crient « Sauvons la Grèce, sauvons le Portugal et sauvons l'Irlande », c'est surtout un appel à sauver les créances dans ces trois pays qu'il faut traduire en réalité par « Sauvons les créanciers »â?¦donc les banques.

Morad EL HATTAB & Irving SILVERSCHMIDT, le 26 mai 2011.

jeudi 26 mai 2011

1577. Une longue cuillère pour le diable, thriller "imaginaire" de Yves Mamou.

"On ne déjeune pas avec le diable, même avec une très longue cuiller" avait déclaré Raymond Barre lors d'une intervention à Amiens le 8 Novembre 1985. Le 21 avril 2010, Yves Mamou reprenait cette formule pour en faire le titre d'un thriller.

Journaliste d'investigation au Monde, il avait beaucoup enquêté sur les us et coutumes des grands laboratoires pharmaceutiques et des organismes publics chargés de les encadrer et de les réguler. Il s'agissait, à l'époque, de sujets assez mal connus et qui réclamaient quelques explications, il n'y avait, souvent, pas assez de place pour en parler.

Yves Mamou, à force de remettre ses projets d'articles dans son tiroir, finit par avoir suffisemment de matière pour en faire un excellent thriller : « Une longue cuillère pour le diable ». La fiction, c'est tellement plus pratique, pour mettre en lumière, bien avant l'affaire du Mediator et l'intérêt qu'il réveilla pour ce sujet, que la contrefaçon et la commercialisation de médicaments dangereux ne pouvaient avoir lieu qu'avec la complicité active de professionnels de l'industrie pharmaceutique. Un an après, Yves Mamou voit son oeuvre de fiction devenir l'objet d'articles bien réels dans la presse et chaque nouvelle affaire rallonge un peu plus la cuiller. Il suit pour nous les derniers rebondissements :

"Le Mediator, cet antidiabétique utilisé surtout comme coupe faim, a confirmé avec éclat que les industriels du médicament n'hésitaient pas à faire assumer aux patients des risques indus lorsqu'il s'agissait d'engranger des profits.

Deux affaires récentes viennent confirmer cette idée majeure d' « Une longue cuillère pour le diable » : que le danger vient de l'intérieur du système et que les institutions chargées de protéger le patient fonctionnent mal lorsque le profit est en jeu.

Ainsi, le Conseil d'Etat vient de mettre en demeure la Haute autorité de santé (HAS) de retirer une recommandation émise en 2007 sur la maladie d'Alzheimer, en raison des conflits d'intérêts des experts qui avaient élaboré cette directive. Tous préconisaient l'utilisation de médications alors qu'ils avaient des liens d'intérêt avec les laboratoires qui commercialisaient lesdites molécules contre la maladie d'Alzheimer. En France, on peut recommander des produits au nom de la HAS et être payé par les laboratoires en même temps.

En avril dernier, le conseil d'Etat avait une première fois sommé la même HAS d'abroger sa recommandation sur le diabète. Pour les mêmes raisons de dissimulation de conflit d'intérêt. Les experts qui avaient participé à l'élaboration de cette recommandation travaillaient tous pour les laboratoires fabriquant des produits contre le diabète.

L'idée que le patient est démuni face à la collusion des intérêts est illustré par une autre affaire récemment révélée par Le Monde. Dans son édition du 23 mai, le quotidien du soir a publié une liste de 400 médicaments contenant du parabène, un conservateur déclaré nocif par l'Assemblée Nationale.

Le problème n'est pas qu'on découvre aujourd'hui le danger d'une molécule chimique. Le problème est que l'Agence sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) censée se livrer à des études sur les risques du parabène affirmait en 2005 que les produits au parabène "sont peu toxiques et bien tolérés, bien que des réactions allergiques puissent survenir chez certaines personnes''".

Le danger vient de l'intérieur.

Entretien avec Yves Mamou, le 26 mai 2011.

vendredi 20 mai 2011

1576. Le fantôme du fauteuil 32 de Nathalie Rheims par Jean-Claude Perrier dans LIVRES HEBDO.

FANTÉMETTE É L'ACADÉMIE.

Nathalie Rheims rend hommage à son père et dévoile les coulisses du Quai Conti.

"Il fallait à tout prix, explique Nathalie Rheims, que ce livre paraisse avant le 16 juin."

Parce que c'est ce jour là, en principe, que l'imprévisible François Weyergans, élu à l'Académie Française en mars 2009, doit prononcer l'éloge traditionnel et obligatoire de son prédécesseur.

En l'occurence Alain Robbe-Grillet, élu lui aussi, mais dont les caprices de vieil enfant g?té alliés à ceux du destin - le "pape du nouveau roman" est mort en février 2008 - ont voulu qu'il n'ait jamais été reçu officiellement sous la Coupole du Quai Conti, n'y ait jamais siégé, ni donc pu prononcer l'éloge de l'Immortel qui l'avait précédé à son fauteuil, le 32. Un certain Maurice Rheims.

François weyergans est censé rattraper enfin ces loupés, et faire le double éloge de ses devanciers. Exercice de haute voltige dont notre homme est bien capable, qui aurait fait savoir son intention de traiter Maurice Rheims comme "un personnage de fiction".

Il est capable aussi de venir en baskets, de ne pas venir du tout, ou de parler de tout autre chose. On se souvient encore des circonstances rocambolesques dans lesquelles son Goncourt lui a été attribué.

Weyergans - et c'est ce qui fait ce charme dont il joue depuis tant d'années - est un être à part, absolument ingérable.

Ce charme, apparemment, n'opère guère sur Nathalie Rheims, laquelle, certes, n'a aucun droit héréditaire sur le fauteuil paternel, ni le pouvoir de "faire" ou "défaire" tel ou tel candidat. Quoique...

De toute façon, pour cette fois, c'est trop tard. En revanche, elle souhaiterait, par respect pour son père, que cette affaire académique soit enfin réglée dans le respect de la tradition. Sinon, pourquoi se porter candidat et se laisser élire?

Toute cette histoire a donc inspiré à Nathalie Rheims un de ces jolis romans dont elle a le secret, où elle mêle habilement dans son chaudron de sorcière la réalité avec la fiction.

On peut le lire comme un roman à clefs, plein d'anecdotes drôles et vachardes, de pseudonymes plus ou moins cryptés (François Nourissier est Grand Manitou, Michel Mohrt devient Vivand, Robbe-Grillet s'appelle Roudéanou et François Weyergans, Simon Sonnay...), et satire de quelques pratiques peu orthodoxes pour devenir académicien.

Quelques dentiers vont grincer sous la Coupole! Mais Nathalie Rheims, sale gamine, l'a fait exprès. Et puis, celui qu'elle appelle tendrement Maurice doit bien rigoler de là où il est.

Car la deuxième intrigue du livre, bien dans la manière de la romancière du Cercle de Megiddo (Léo Scheer 2005), consiste dans la quête ésotérique du manuscrit d'un roman inédit de Gaston Leroux, Le Fauteuil hanté, ou même de quatre manuscrits.

Ceci fait, Nathalie parviendra à délivrer Maurice de la malédiction qui le frappe : être un revenant qui n'apparaît qu'à elle, et uniquement dans son fauteuil 32.

Cet ennuyeux karma devrait cesser le jour où le siège sera dignement occupé, les m?nes de tout le monde apaisés.

Il y a bien une autre solution : et si Nathalie Rheims elle-même se présentait? Le vert lui siérait bien, et elle saurait s?urement se servir de son épée.

Jean-Claude Perrier, le 20 mai 2011.

jeudi 19 mai 2011

1575. Le Dictionnaire des Essais de Montaigne par Pierre-Marie Gallais dans les DNA.

Montaigne: un grand ancêtre qui nous guide par sa permanente actualité.

Le dico des Essais

L'insistance dont font montre les spécialistes pour mettre Montaigne à la portée du plus grand nombre prouve que l'auteur des «Essais» reste d'actualité. Sinon, pourquoi s'échiner à adapter et traduire le «vieux» Montaigne en français moderne?

Après André Lanly (éd. Gallimard, DNA du 31 mars 2009) et Guy de Pernon (Pernon Editions) qui ont chacun traduit l'intégralité des Essais en français actuel ; après le Dictionnaire de Michel de Montaigne (chez Champion) qui propose une synthèse de la pensée du philosophe, voici le Dictionnaire des Essais de Montaigne qui aborde ce vénérable ouvrage d'une façon nouvelle.

En 150 entrées, l'équipe placée sous la direction de Bénédicte Boudou a concocté une anthologie alphabétique raisonnée des Essais. Cela va de l'Accoutumance au Voyage, en passant par la Colère, le Fanatisme, la Femme, l'Humour, le Mariage, l'Oisiveté, le Suicide, la Souffrance et les Vices, sans oublier laâ?¦ Musculation. Tout (ou presque) ce qui regarde l'humaine condition ayant été disséqué par Montaigne se retrouve parcellisé et rigoureusement ordonné dans ce dictionnaire extrêmement bien fait. Un ensemble d'extraits du grand œuvre du philosophe (1533-1592), qui sont, bien entendu, eux aussi restitués en français moderne.

« Go?ter les merveilles et piller la sagesse»

Mais précisément, pourquoi faire de façon synthétique ce que Lanly et de Pernon ont fait de façon exhaustive ?

« Même traduits intégralement, les Essais restent difficiles, parce que Montaigne ne cesse de s'interrompre, comme l'observaient déjà ses contemporains, indique Bénédicte Boudou dans la préface. Le risque est que le lecteur ' arrêté par "l'embrouillure de (son) style'' qui ne tient pas seulement à la langue ' referme à jamais les Essais sans en go?ter les merveilles, sans en piller la sagesse. »

Ce dictionnaire des Essais traduits en français actuel « veut donc donner au lecteur la possibilité de lire Montaigne sans risquer de s'égarer dans les digressions, nombreuses, d'un écrivain conscient d'écrire au gré de ses humeurs'' et de ses fantaisies, afin que ce lecteur ait le désir de connaître l'œuvre dans son intégralité. â?¦ Cette anthologie ne prétend pas se substituer à la lecture des Essais, mais y préparer, y convier en en facilitant le travail d'approche », complète Bénédicte Boudou.

Vu la taille de l'ouvrage, il y a de toute façon de quoi faire son miel montanien. En effet, chacune des 150 entrées fait elle-même l'objet de plusieurs développements. Ainsi celle consacrée à l'Education ' thème cher à Montaigne ' ne contient-elle pas moins de 16 extraits des Essais. Des extraits et non de simples citations : il arrive en effet qu'un extrait atteigne une longueur de deux pages.

Avec les grandes figures du monde antique

Autre originalité de ce dictionnaire et fort utile complément : les 130 pages consacrées à un « dictionnaire encyclopédique des noms propres et des doctrines philosophiques ». Un dico dans le dico dont les développements les plus importants sont consacrés « aux grandes figures du monde antique qui furent pour Montaigne un constant sujet de méditation, aux œuvres qui emplissaient sa bibliothèque, aux doctrines qui nourrirent sa pensée ».

Une façon de rappeler que ces philosophes de l'Antiquité (que Montaigne a abondamment lus et commentés comme Plutarque et Sénèque) continuent, comme lui, à nous guider par leur permanente actualité.

PIERRE-MARIE GALLAIS, le 15 mai 2011.

mercredi 18 mai 2011

1574. Rencontre avec Julien Campredon à la librairie du MK2 quai de Loire vendredi 20 mai

1572. Vacances d'été d'Emmanuelle Heidsieck par Jean-Luc Porquet dans LE CANARD ENCHAINÉ

Vacances d'été d'Emmanuelle Heidsieck.

J'ARRIVE TOUT DE SUITE, MADAME.

Il s'est remarié voilà deux ans avec Elisabeth, qui possède un mas du début XIXe, très chic, avec portail de métal blanc, piscine de 20m mètres, vue magnifique sur les vignes.

Tous deux vont y passer l'été, avec les enfants, les amis, "les du Monthaniel doivent arriver dans deux jours", et aussi Pierre-Olivier, le gardien, qui habite un cabanon dans le jardin, "Pierre-Olivier, s'il vous plaît, vous pouvez débarrasser, nous prendrons le café au bord de la piscine, merci, très bien, merci".

Pierre-Olivier met le couvert, taille les rosiers,répare une fuite dans la salle de bains, donne des leçons de crawl, repasse le linge, n'arrête pas.

Le maître de maison, (au fait, il s'appelle François), consultant après toute une carrière dans une grande boîte (et un jour il s'est retrouvé au guichet des départs "volontaires"), un peu paumé, un peu flottant, un peu vide, s'ennuie un peu, se prend de sympathie pour le gardien,ils discutent, chassent ensemble.

Jusqu'au jour où Pierre-Olivier réclame une "petite rallonge". Nous sommes à la moitié du livre : ça bascule. "Mais de quoi parlez-vous?" François n'en revient pas. Dès que surgit l'affreux mot "augmentation", tous les réflexes de cadre dirigeant remontent, "j'ai fait une carrière, j'ai l'esprit "corporate", l'absence de réponse, c'est le b.a.ba, un visge étonné et dur, c'est la première carte."

Face à la requête de Pierre-Olivier, à qui se joignent d'autres gardiens en colère, François et ses pairs contre-attaquent : "Tout ce petit monde, ces anciens HEC,ESSEC, ESCP, ces anciens X, Mines, Centrale, Télécom, ces anciens IEP, MBA qui, pour la plupart, avaient, bien enfouie, bien camouflée,la cicatrice d'un licenciement ou d'un guichet, qui du coup étaient passés un moment de leur vie de l'autre côté, tout celà sans pouvoir l'énoncer savaient ce que les gardiens voulaient, de l'argent, oui, bien s?ur, mais aussi être considérés".

On ne racontera pas la suite, ni la fin en suspens, précisons qu'il s'agit non seulement d'une fiction, mais d'une politique fiction, imaginée par une journaliste-écrivain combative qui nous avait déjà donné, avec Il risque de pleuvoir un excellent roman sur la privatisation de la Sécu.

Continuer à dire "J'arrive tout de suite, madame" et courir tête baissée? C'est l'histoire de quelqu'un qui veut rester tête haute.

Jean-Luc Porquet, le 18 mai 2011.

mardi 17 mai 2011

1573. Gourou de Camille de Casabianca dans OUEST FRANCE

Gourou de Camille de Casabianca.

UN GOUROU PEUT EN CACHER UN AUTRE.

Paul, le narrateur de ce roman, dirige une société de recherches en génétique sur le point de breveter une vache capable de produire du lait maternel assimilable par les bébés humains, ce qui supprimerait la famine dans les pays pauvres.

C'est son épouse Michelle qui a mis au point cette technique révolutionnaire.

Mais la scientifique s'interroge sur le sens de sa recherche.

Elle part méditer en Inde auprès d'un gourou. Paul la suit et se laisse gagner par l'ambiance idyllique...Au point de succéder au gourou?

La romancière Camille de Casabianca est aussi comédienne, scénariste : (César pour Thérèse d'Alain Cavalier)et réalisatrice de documentaires.

vendredi 13 mai 2011

1571. Recommandé : Oublier Modiano.

É la suite de la publication du livre de Marie Lebey, Oublier Modiano, les Éditions Léo Scheer ont reçu un courrier recommandé du Conseil de Mr Patrick Modiano. Ne s'agissant pas d'un échange entre avocats qui serait de nature confidentielle et dans la mesure où la presse l'a déjà largement commentée, il nous a semblé utile, pour la clarté du débat et pour l'intérêt des questions relevant de l'histoire de la littérature que soulève cette lettre, d'en présenter, ici, les termes :

"Monsieur,

Monsieur Patrick Modiano, dont je suis le Conseil, est profondément choqué par le "roman" que Marie Lebey a eu l'impudence de lui envoyer, publié par votre maison d'édition sous le titre "Oublier Modiano".

En effet, dans cet ouvrage autobiographique, Marie Lebey s'autorise à entrecroiser des épisodes de sa vie avec ceux de la vie de Monsieur Patrick Modiano, comme si cette personne, dont mon client ignorait jusqu'alors le nom et l'existence, avait quelques points communs avec lui.

Marie Lebey ose ainsi se servir de certains passages des livres de Monsieur Patrick Modiano pour mieux divulguer ses propres souvenirs.

Si ce procédé littéraire consistant à mêler des épisodes de vie qui n'ont aucun rapport constitue une appropriation abusive du nom et de la personnalité de Monsieur Patrick Modiano, votre auteure n'hésite pas en outre :

- à faire exprimer à Monsieur Patrick Modiano des sentiments qu'il aurait ressentis à la suite d'événements sensibles et douloureux de sa vie personnelle, comme la mort de son jeune frère Rudy à l'?ge de dix ans, n'hésitant pas à se rendre au cimetière du Père Lachaise avec l'un de ses amis pour y chercher sa tombe comme s'il s'agissait d'un jeu de piste (pages 53 à 56);

- à lui prêter des souvenirs d'enfance qui ne correspondent à aucune réalité (pages 39, 43, 44-45, 47, 48);

- à se livrer à une analyse d'ordre "psychologique" des sentiments de ses parents vis-à-vis de lui et de leurs relations affectives supposées allant jusqu'à solliciter abusivement les souvenirs de l'un de ses anciens professeurs pour écrire qu'il "embarrassait" ses parents parce qu'il aurait été "le témoin vivant de la mort" de son frère Rudy (page 84);

- à reproduire tout aussi illicitement la correspondance entretenue par Patrick Modiano avec ce professeur de français entre 1965 et 1979 pour se livrer une fois encore à une analyse pseudo psychologique de ses sentiments et de ses relations supposées avec ses parents et en particulier avec sa mère prétendument dépeinte par son fils dans la correspondance précitée, comme ayant essayé "par tous les moyens" de "se débarrasser de (lui) à moindres frais" (page 86; cf également pages 81 à 87).

Or, comme vous le savez, un tel récit des relations psychologiques et affectives de Monsieur Patrick Modiano avec sa famille, f?t-il imaginaire, n'en constitue pas moins une intrusion dans l'intimité de sa vie privée au sens de l'article 9 alinéa 2 du code civil et ne saurait être justifié par son oeuvre et en particulier par l'ouvrage "Un pedigree" auquel il est fait référence.

En effet, Monsieur Patrick Modiano n'a jamais livré dans ses ouvrages le moindre commentaire d'ordre "psychologique" sur ses relations familiales et les événements douloureux qu'il a pu vivre, se contentant de retracer des faits avec la p)lus grande sobriété.

En outre, contrairement à ses affirmations, Marie Lebey n'a pas seulement "poursuivi" les "personnages et le narrateur" des oeuvres de Monsieur Patrick Modiano mais véritablement "l'homme" qu'il est et ce de manière choquante en l'accablant de faux souvenirs d'enfance.

Monsieur Patrick Modiano entend en conséquence par la présente vous mettre en demeure de prendre toute mesure propre à faire cesser les atteintes portées à sa vie privée et obtenir la réparation du préjudice en résultant.

Je suis bien entendu à la disposition de celui de mes confrères habituellement en charge de vos intérêts pour m'entretenir avec lui de cette affaire et régler amiablement, si cela est possible, ce litige.

Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de ma considération distinguée."

1570. Oublier Modiano de Marie Lebey, le coup de coeur de Jérôme Garcin dans LE NOUVEL OBSERVATEUR

Sur le site de Bibliobs.

É Marie

De Rocheteau à Modiano.

Il y a, dans ce livre guilleret et désespéré, des scènes qu'un romancier n'e?t pas osé inventer. La plus étonnante se passe en novembre 1995. On y voit Dominique Rocheteau boire du thé vert avec Lucette Destouches, dans sa maison de Meudon parfumée à l'encens et sonorisée avec des cris d'animaux de la jungle.

Ce jour-là, l'ex-footballeur de l'AS Saint-Etienne parla de Céline avec sa veuve et sa cour, formée de Marc-Edouard Nabe, François Gibault et Jean-François Stévenin. Pour la remercier de son accueil (et de lui avoir fait visiter le sauna du sous-sol où elle transpirait avec ses chiens), l'Ange vert invita en retour Mme Céline, ex-danseuse étoile, à la finale de la Coupe de France au parc des Princes, où elle applaudit, en connaisseuse, l'herbeuse chorégraphie de Rai, l'attaquant brésilien du PSG.

Cet épisode est rapporté par Marie Lebey, qui elle-même semble sortir d'un roman et se définit comme «une fille un peu barge». Elle a raconté dans son premier livre, «Dix-sept ans, porte 57» (1986), avoir été la maîtresse du chah d'Iran; épousé ensuite Dominique Rocheteau et signé «Ballon de toi» (1987); sorti un disque improbable où elle chantait «Too much Kleenex pas assez de sexe»; disparu de la scène littéraire pendant plus de vingt ans avant de réapparaître avec ce récit où elle relate la mort de sa soeur, Clara, dont Nicolas Sarkozy était le meilleur ami, et qui fut br?lée vive sous un camion à l'?ge de 17 ans. Elle y avoue aussi avoir été l'ultime passion du producteur Humbert Balsan, qui s'est pendu dans son bureau, en 2005...

Pour s'aider à explorer son passé tumultueux, douloureux (son père adoré disparut dans un accident d'avion quand elle avait 12 ans), Marie Lebey en appelle au meilleur gardien de la mémoire: Patrick Modiano. Elle le traque pour se comprendre. Elle le cherche pour se trouver. Elle tisse sa toile autour de lui pour se piéger.

Elle va dans tous les lieux où il a vécu, et les photographie. Elle poursuit ses personnages d'Annecy au quai de Conti, de Biarritz à Jouy-en-Josas. Elle confesse même, à Thônes, le vieil abbé qui enseigna autrefois le français à Patrick et se rend au Père-Lachaise, sur la tombe de son frère météore: Rudy, 1947-1957. Parfois, elle appelle «Patoche» à l'aide, mais il ne répond pas. L'auteur de «La Ronde de nuit» ne parle que dans ses romans. Et il est bien assez encombré par son passé pour se charger de la tristesse des femmes qui pleurent les hommes qu'elles ont aimés, et qu'elles n'ont pas su sauver.

Jérôme Garcin, le 12 mai 2011.

1569. Oublier Modiano de Marie Lebey par Jean-Paul Enthoven dans LE POINT.

Sur le site ou Le Point.fr

Modiano cantabile

L'auteur de ce petit livre brumeux et mélancolique est manifestement atteinte d'un trouble incurable - la modianopathie - dont les symptômes (répertoriés par la faculté) sont : une perception floue de la réalité, un fétichisme du patronyme bizarre, des crises récurrentes de déréliction, un sens aigu du temps qui passe et des souvenirs qui s'estompent.

En l'occurrence, ce haut mal s'augmente ici d'une particularité qui vaut d'être signalée : Mme Lebey - une jeune femme moderne et, semble-t-il, comblée par la vie - s'est mise en tête, depuis de longues années, de photographier tous les lieux mentionnés dans les romans dudit Patrick Modiano, de les offrir sur Internet et d'y entortiller les épisodes les plus mémorables de sa propre existence.

Tout cela donne, au final, un ouvrage pieux, délicieux, naviguant entre Dora Bruder, Villa triste et La petite bijou, y ajoutant des scènes de genre où l'on aperçoit aussi bien un "Nicolas" d'avant l'Élysée que quelques fantômes comme Rudy, le frère de Patoche, Lucette Almanzor (alias madame Destouches) ou H.B, producteur de cinéma suicidé et célébré dans ces pages avec les égards dus à un grand amour défunt.

Au passage, le lecteur - pour peu qu'il soit, lui aussi, sujet à la belle et fatale maladie modianesque - se laissera flotter entre Annecy, la place des Ternes, Jouy-en-Josas ou autre rue des boutiques obscures. Ce livre, en vérité, est beaucoup plus vif qu'un merveilleux hommage au génial écrivain invisible et un peu bègue. Et plus tendre qu'une rock-collection de ses tubes littéraires. Et plus intelligent qu'une thèse universitaire sur "temps, espace et influences proustiennes dans l'oeuvre de Patrick Modiano". C'est, juste, un ouvrage réglé sur un diapason d'empathie parfaite. Mme Lebey l'a écrit parce que "les romans de Patrick Modiano s'achèvent trop vite". Les aficionados de la rue Lord-Byron ou de l'hôtel Fieve (porte des Lilas) comprendront sans peine ce qu'elle veut dire.

Jean-Paul Enthoven, le 12 mai 2011.

jeudi 12 mai 2011

1568. Voyage du poète à Paris de Serge Safran par Roland Jaccard

Sur son Blog, Roland Jaccard évoque le nouveau roman de Serge Safran.

En exergue à son roman " Le Voyage du Poète à Paris ", Serge Safran a mis un extrait du " Journal Intime " de ce cher Benjamin Constant qui a guidé ma vie sentimentale. Le voici :

" Si j'avais à me marier, j'épouserai une fille de seize ans. Il y a un profit clair de 3 ou 4 années pendant lesquelles une femme ne peut pas, à cet ?ge, prendre une existence indépendante. Ensuite, cela revient peut-être au même, mais on a joui de ce gain positif et on a eu la chance d'influer sur le caractère de sa femme et de lui donner la direction qu'on désire.

Dans une fille de seize ans, vous voyez le caractère se former, vous voyez l'ennemi à sa naissance, et vous pouvez d'autant mieux prendre vos mesures. Tout ceci ne s'applique au reste qu'à un homme qui a déjà beaucoup vécu, et qui a tristement appris que dans toutes les relations, la vie est une lutte, plus ou moins déguisée, plus ou moins adoucie. Le plus habile est celui qui sait lutter en éprouvant le moins de peine. Le meilleur est celui qui en cause le moins à son adversaire. "

Avec Benjamin Constant et André Breton comme figures tutélaires, Serge Safran se devait de nous donner une éducation sentimentale tout à la fois rêveuse et cruelle. Il l'a fait avec ce mélange d'innocence et d'angoisse que lui connaissent ses amis. Merci, Serge, pour ce troublant " Voyage du Poète à Paris ".

Roland JACCARD, le 12 mai 2011.

1567. Carla Demierre dans l'Humanité par Alain Nicolas

Ma mère est humoriste
de Carla Demierre

Le "contraire de maman", un drôle de feuilleté de mots

Carla Demierre explore avec cocasserie les relations mère-fille, en un discours décalé dont le mot maman est le sésame de l'origine. Un texte vertigineux où la psychanalyse peut remplacer les vacances.

Tout commence dans un feuilleté. Pas de meilleure idée pour aborder ce texte de Carla Demierre que cette image.

Au commencement était le verbe, est-on tenté de citer, mécaniquement. Mais l'auteur nous renvoie à un autre commencement, charnel mais tout aussi symbolique: la mère. Feuilleté de langue et de corps, ainsi se donne à lire ce livre étrange, qui déconcerte et attache. La dimension humoristique y est pour quelque chose, là aussi annoncée dès le titre. Jouant sur le sourire plus que sur la vraie rigolade, l'humour revendiqué marque l'ironie, la distance devant ce sujet difficile des relations mère-fille. Histoire de langue, ce rapport à l'origine est avant tout histoire de mémoire, de souvenirs réels ou rêvés. Des choses se produisent et leur souvenir s'amoncelle au fond du trou. Ces alluvions sont peut-être la matière de ce livre. Elles se déposent, couche après couche, formant ce lit de mots et de chair, à commencer par ce mot, maman.

Souvent ma mère me désignait l'ensemble de son corps en l'intitulant 'maman'. En l'intitulant, comme un livre.Carla Demierre nous invite donc à feuilleter ce corps-livre. Le mot maman va nous servir de sésame. Le geste de la mère, pointant le doigt vers elle pour inviter l'enfant à l'appeler, réunit la langue et le corps dans cette fondation du langage. Comment contredire sa mère? Le contraire de maman n'est pas le refus de parole. C'est dire un autre mot, tous les mots. Mais contredire sa mère, c'est peut-être refuser ce statut de fille en devenant mère. C'est d'ailleurs à sa petite fille que la mère s'adresse en l'encourageant à dire maman. Cette scène où la maternité gigogne donne le vertige occupe une place centrale dans la première partie du livre. Carla Demierre y choisit son terrain, y dispose les protagonistes. Rien de cérébral, pourtant. Ce n'est pas un raisonnement qu'elle nous propose, mais une série de tableaux issus de ce feuilleté sensible. On y lit cet autoportrait ironique d'une fille dont la mère est le miroir, un miroir qui ne sera jamais assez déformant. La ressemblance devient une hantise, et on finit par se prendre pour ce que l'on aime: ainsi, dit la narratrice, quand j'écoute Glenn Gould jouer du piano, je peux imaginer très sérieusement que c'est moi. Jeux de mots et du corps, rêves et fantasmes, tout cela appelle évidemment la psychanalyse. Elle est au rendez-vous, avec toute la cocasserie voulue par l'auteur: pour remplacer utilement les vacances. Pourquoi pas? Carla Demierre, en tous cas, a bien employé les siennes.

dimanche 8 mai 2011

1566. m@n chez Laurent Goumarre sur FRANCE CULTURE.


Le 6 mai 2011, Laurent Goumarre recevait dans son émission LE RENDEZ VOUS,

Mademoiselle K,

Niccolo Ammaniti,

et le président de m@n.


1565. Vacances d'été de Emmanuelle Heidsick dans la sélection finale du PRIX AVIDAL

Le remarquable, passionant et singulier roman d' Emmanuelle Heidsieck : Vacances d'été a été selectionné pour le prix Avidal. Le 17 mai aura lieu la délibération finale du jury qui tiendra compte du vote des lecteurs. Créé en 2007 par Denis Mollat et Jean-Michel Cazes afin de récompenser des "voix francophones authentiquement singulières." Le journal SUD OUEST et FRANCE 3 AQUITAINE sont partenaires du Prix. Les six finalistes du millésime 2011 sont :

Patrice Blouin, Baltern, Gallimard
Clément Caliari, Retrait de marché, Gallimard
Frédérique Clémençon, Les Petits, l'Olivier
Emmanuelle Heidsieck, Vacances d'été, Léo Scheer
Gaëlle Josse, Les Heures silencieuses Autrement
François-Guillaume Lorrain, L'Homme de LyonGrasset

Tout le monde peut voter soit en déposant son bulletin dans l'une des deux urnes prévues à cet effet au Ch?teau Lynch-Bages et à la librairie Mollat, soit par courrier adressé à la librairie Mollat, prix Lavinal, 15, rue Vital-Carles, 33080 Bordeaux Cedex, ou bien par Internet en se rendant sur le site aquitaine.france3.fr. La délibération finale du jury, tenant compte du vote libre des lecteurs, se déroulera le mardi 17 mai, et la remise du prix aura lieu le jeudi 9 juin à 19 heures, au café Lavinal, place Desquet, Hameau de Bages à Pauillac.

samedi 7 mai 2011

1563. Le voyage du poète à Paris de Serge Safran dans la 1ère sélection du PRIX RENAUDOT

Yann Moix l'a écrit dans LE FIGARO, Le voyage du poète à Paris'' de Serge Safran est "un des plus beaux livres de cette année''."

Opinion partagée par le jury du Prix Renaudot qui a retenu ce roman dans sa première sélection 2011. Voici les romans sélectionnés :

â?¢ Sylvie Aymard : "La Vie lente des hommes" (Editions Maurice Nadeau)
â?¢ Clément Caliari : "Retrait de marché" (Gallimard)
â?¢ Julien Capron : "Match retour" (Flammarion)
â?¢ Stéphane Chaumet : "Même pour ne pas vaincre" (Seuil)
â?¢ Louis-Philippe Dalembert : "Noire blessure" (Mercure de France)
â?¢ Boubacar Boris Diop : "Murambi" (Zulma)
â?¢ Benoît Duteurtre : "L'été 76" (Gallimard)
â?¢ Nicolas Fargues : "Tu verras" (P.O.L.)
â?¢ Isabelle Jarry : "La Voix des êtres aimés" (Stock)
â?¢ Mathieu Lindon : "Ce qu'aimer veut dire" (P.O.L.)
â?¢ Jean-Pierre Milovanof : "Terreur grande" (Grasset)
â?¢ Anne Plantagenet : "Nation-Pigalle" (Stock)
â?¢ Serge Safran : "Le Voyage du poète à Paris" (Léo Scheer)
â?¢ Aliocha Vandamme : "La Confession de Charleroi" (Flammarion)
â?¢ Philippe Vilain : "Pas son genre" (Grasset)

1557. "Un des plus beaux livres de cette année" : Serge Safran par Yann Moix

Photo : Serge Safran en 1984 (Cinématon n°339 de Gérard Courant).

Yann Moix consacre aujourd'hui sa chronique du Figaro littéraire au Voyage du poète à Paris de Serge Safran.

Le maître des orties

La solitude est un flingue. On se l'applique sur la tempe, dans un petit appartement semi-moisi, au moche canapé à fleurs. En finir n'est pas évident, surtout sur une musique de Garland Jeffreys. Nous sommes en 1980 : les larmes aux yeux, dépité d'être un poète débarqué de sa province problématique où une lycéenne lui donnait de l'amour en échange de plaisir (peut-être fut-ce l'inverse) se demande quoi faire de l'existence, de son corps débile, des années qui s'annoncent. Sans sexe, éberlué par l'absence de tous ses amis, attendant les coups de fil comme on guette à l'infini les messies, il s'allonge dans le noir, et la poésie l'étreint. Il parle de la pluie, de l'horreur des jours ensoleillés dans la capitale sans sommeil, et compose des vers libres sur sa gorge nouée. Le narrateur s'appelle Philippe, il souffre, il est angoissé : le présent est une aphasie. Dans les débris de sa vie, il ramasse quelques morceaux de verre : des lettres à son amour quitté, qu'il fait jouir et puis pleurer. C'est un roman magnifique, traversé de douleurs. Nous voudrions échapper à sa prose, aux chapitres qui disent le néant parisien, cette langueur composée de moments à traverser, qui ne veulent rien dire, ne conduisent qu'à des doutes, à des démissions, à des vomissures. Dans le salon, Philippe attend. Il entend des enfants crier. Il n'aime pas les enfants, les descendances, les reproductions vivipares : son truc est de sortir son membre et d'éclater en sanglot, Schopenhauer en main, sur fond de Truffaut et de Godard, entre deux morceaux aujourd'hui périmés de Pat Benatar.

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vendredi 6 mai 2011

1564. Bernard Frank est un chat de Frédéric Vitoux et Gérard Rondeau, par RAPHAËL SORIN dans Lettres ouvertes pour LIBÉRATION.

Photographie de Gérard Rondeau

Sur son blog, Les divagations de Raphaël Sorin, l'éditeur-chroniqueur, après avoir cité Kundera dans la Pléiade, évoque le livre sur Bernard Frank et quelques souvenirs personnels :

FRANK THE CAT

"S'il m'est seulement arrivé de croiser Kundera (à l'époque du Prix Séguier), j'ai en revanche beaucoup pratiqué Bernard Frank, dès 1975. Lui n'avait cessé de se raconter dans ses livres, romans et essais. Les meilleurs, Un siècle débordé et Solde (repris en 1999 chez Flammarion), autant que ses chroniques, défient les biographes et les exégètes. On ne peut y ajouter que des anecdotes, sans saisir tout à fait qui il était, puisqu'il pratiquait un art très savant de la fuite et de l'évitement.

Après Martine de Rabaudy, dont il faut lire le charmant Une saison avec Bernard Frank (Flammarion, 2010), Frédéric Vitoux s'y colle. Accompagné d'un autre familier de l'écrivain, le photographe Gérard Rondeau, il publie aux Editions Léo Scheer, Bernard Frank est un chat, portrait ému et touchant qui, en fin de compte, n'est qu'un portrait. Et c'est tout à fait suffisant.

J'y ai revécu quelques grands moments de la vie de Frank: la fête au Fouquet's pour son soixantième anniversaire, son enterrement dans le cimetière juif de Bagneux. Mes souvenirs ne ressemblent pas toujours à ceux de Vitoux.

Au Fouquet's je trouvai amusant d'entendre Jean d'Ormesson (qu'il avait souvent moqué) faire son éloge; devant la tombe, je dénombrai les frankistes présents, de Fasquelle à Gaultier, des anciens aux modernes, en me réjouissant de ce passage de témoin entre les générations.

LES RASTIGNAC DE L'ILE SAINT-LOUIS

Vitoux, s'il me révèle un autre visage de Frank, plus intime que ceux que je connaissais (j'étais chargé de ses rééditions chez Flammarion et nous parlions boutique, de corrections et de contrat), a réveillé chez moi d'autres souvenirs.

Au début des années soixante, l'île Saint-Louis était encore une belle endormie, un village niché au coeur de Paris. J'y trouvai bientôt un refuge, la librairie L'Etrave tenue par Nicole Chardaire (elle convolera avec Vitoux, en 1968). Son père gouvernait un café, en face. Il suffisait de traverser la rue pour aller boire un verre et retrouver une bande de jeunes Rastignac (je les avais surnommés en moi-même les "Rastignouc").

Parmi ces fidèles, on comptait Bernard Fixot, promoteur de best-sellers, Pierre Berloquin, un ingénieur, devenu le meilleur spécialiste des jeux en France (on doit lire son dernier livre, une somme, Codes, La grande aventure, chez Michel Lafon). Et je n'oublie pas Anna Gaël, une belle comédienne aux yeux verts, d'origine hongroise, qui épousera un lord excentrique, le vicomte Weymouth, septième marquis de Bath, propriétaire dans le Wessex d'une demeure élisabéthaine de 118 pièces, Longleat... Notre histoire, il faudrait la raconter, ou pas, mais je continue à la trouver amusante."

1562. Bernard Frank est un chat de Frédéric Vitoux et Gérard Rondeau, par Mariane Payot pour L'EXPRESS.

Photographie de Gérard Rondeau

L'ami Frank.

Le délicieux portrait du journaliste écrivain par deux de ses proches, son compère Frédéric Vitoux et le photographe Gérard Rondeau.

Du 5 juin 1983, jour de la mort de leur ami commun Jean Freustié, au 3 novembre 2006, qui vit le chroniqueur littéraire s'effondrer à sa table de restaurant, Frédéric Vitoux et Bernard Frank ne se quittèrent plus ou si peu. C'est cette amitié tardive mais profonde, aussi légère que dense, qui nourrit le formidable portrait de l'auteur des Rats brossé ici par le spécialiste de Céline et des félins.

Bernard était un chat qui voit tout, qui lit tout, qui comprend tout et griffe à l'occasion(...). Il se glissait dans une maison. Il s'y trouvait à son aise. Il y restait.

Bernard Frank ou le passager de la vie, c'est ainsi qu'apparaît le journaliste du Nouvel Observateur sous la plume de l'académicien Vitoux : dilettante, paresseux, fataliste, impertinent, se moquant des préjugés et des idées reçues.

"Grand écrivain sans livre", lecteur avant toute chose,, jamais méchant mais volontier féroce et ironique contre les mauvais écrivains et les mauvais romans, Frank était de ces êtres aussi rares que précieux.

La gaucherie irrésistible de cet homme"encombré par son corps" provoquait par instinct la protection des femmes, note Vitoux : Barbara Skelton, Claudine Vernier-Palliez (la mère de ses deux filles), Françoise Sagan et bien d'autres veillèrent au bien-être de cet épicurien qui n'aimait rien tant que de se laisser conduire, partout.

Les amis aussi, cadets y compris, devinrent ses ainés, ses protecteurs. Le reporter photographe Gérard Rondeau - dont plusieurs clichés noir et blanc sont reproduits ici, était de ceux-là : derrière le focus de son Leica bienveillant s'échappe un Bernard Frank à la fois amusé et distant.

Reste une dernière image, truculente, celle du journaliste fêtant avec Vitoux la décision d'un Claude Perdriel embarrassé de diminuer d'une colonne sa chronique. Travailler moins pour gagner autant, une bénédiction !

Marianne Payot, le 5 mai 2011.

1561. Bernard Frank est un chat de Frédéric Vitoux et Gérard Rondeau, par Claire Devarrieux dans LIBERATION.

Photographie de Gérard Rondeau

Frank et Pivot. A la santé des amis.

La télévision, dans la vie de Bernard Pivot, joue le rôle de la fête dans le Grand Meaulnes. Elle fait oublier tout le reste, que l'histoire n'est pas terminée, que Bernard Pivot a été aussi un journaliste de presse écrite et de radio. Bernard Frank, dans ses chroniques des années 60 (En soixantaine), évoque «l'un des garçons les moins sots du Figaro littéraire». Pour lui, à ce moment-là, Pivot est encore le directeur de la collection «Le procès des juges» chez Flammarion et l'auteur, dans cette collection, en 1968, d'un ouvrage intitulé les Critiques littéraires qui a son «imprimatur». Dans les Mots de ma vie, kaléidoscope assemblé par ordre alphabétique, Bernard Pivot donne quelques détails sur ce temps d'avant Bernard Pivot. Mais la liste «du même auteur» fournie à la fin n'indique pas ce livre sur les critiques littéraires. C'est dommage. Ils sont s?urement tous morts. Une réédition ne causerait de tort à personne.

Ronchon. Avec ces mots de sa vie, où il rappelle souvent qu'il est journaliste, rien que cela, mais pas moins, ce qui est à son honneur, Bernard Pivot esquisse un autoportrait, plus qu'une autobiographie. Il est «vite ému, angoissé, agité», impatient, impertinent, ronchon, sensuel, pas serein, traqueur, tous adjectifs étant généralement présentés sous une forme substantive. Au rang de ses qualités, notre homme aligne l'ardeur et la combativité, le sérieux et l'application, armes des ambitieux qui s'ignorent : «Mon ambition n'a jamais été tournée vers l'avenir. Elle s'est toujours concentrée, de semaine en semaine, sur le présent.» Bernard Pivot est désormais membre de l'académie Goncourt. Il est juré Goncourt parce qu'il a animé Apostrophes puis Bouillon de culture.«Pourquoi ça marchait si fort ?» se demande-t-il, avançant qu'il a su rester modeste. Pierre Nora, qui a questionné le questionneur et en a fait un livre, le Métier de lire, a vu en Pivot «"un concentré de Français" qui a réussi à "faire le plein de deux publics, le populaire et le sophistiqué"». C'est l'intéressé qui le rappelle. Jorge Semprun a invoqué également sa «fraîcheur». Au fond, Bernard Pivot, ça marche parce que c'est Apostrophes. Et Apostrophes marchait parce que c'était Bernard Pivot.

Bernard Frank, plus tard, dans les années 80 et les colonnes du Monde, écrivait : «Le tour de force de Pivot, c'est de nous faire repasser avec notre ardente complicité notre bachot, sans limite d'?ge.» Il est passé trois fois à Apostrophes, ce qui est beaucoup pour quelqu'un qui faisait semblant de ne plus rien publier. Il livrait une quantité astronomique de feuillets à ses employeurs, en laissant croire à ses admirateurs qu'il ne fichait rien. Il était paresseux aussi. Frédéric Vitoux raconte comment il fut si content qu'on rabote sa chronique du Nouvel Obs.

Aimable académicien né en 1944, spécialiste des chats (voir Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline et Dictionnaire amoureux des chats), Vitoux publie Bernard Frank est un chat, avec des photographies de Gérard Rondeau légendées par le chat en personne. L'amour des chats n'est pas le seul point commun entre Frank et Pivot. Il y a aussi les amis. «Les livres, la musique, la pêche, le vin, la bouffe», lit-on dans les Mots de ma vie. Frédéric Vitoux ne s'exprime pas tout à fait en ces termes : «Au cours d'un dîner à l'invitation de Christiane Freustié, chez Lucas-Carton, il avait consenti à go?ter le chassagne-montrachet que le sommelier lui avait proposé, se souvenant qu'il lui avait servi cinq ans plus tôt la même bouteille, puis il avait reposé son verre, et c'est nous autres qui avions vidé la bouteille.» C'était l'époque où Bernard Frank devait choisir entre boire ou vivre, et où il a fini par boire. Ch?teau-palmer, brane-cantenac, ces mots doivent se trouver dans le Dictionnaire amoureux de Bernard Pivot, celui consacré au vin. «Il écrivit ses dernières chroniques du Nouvel Observateur avec une désinvolture épuisée», note Frédéric Vitoux dans un chapitre ému (mais l'ouvrage l'est tout entier, et amusé, tendre) consacré à «Bernard encombré de son corpsâ?¦»

Séduction. De son côté, au mot «corps», Bernard Pivot raconte comment ses maux disparaissaient à l'antenne, le temps de l'émission. Au mot «Désinvolte», il analyse la séduction attachée à ce défaut. Mais le mot qui rattache ces deux livres, et par quoi Bernard Pivot et Bernard Frank se répondent, c'est la «conversation». Selon Frédéric Vitoux, les livres de Frank sont «plutôt, comme le disait Alberto Savinio, des ouvrages écrits "en forme de longue et tranquille conversation"». Si bien des téléspectateurs sont nostalgiques d'Apostrophes, c'est à cause de ce ton jamais retrouvé depuis : «Les écrivains étrangers, se souvient Bernard Pivot, découvraient le charme de la conversation littéraire ou intellectuelle à la française. Et son efficacité sur les ventes

Claire Devarrieux, le 28 avril 2011.

1560. Bernard Frank est un chat de Frédéric Vitoux et Gérard Rondeau, coup de coeur de Jérôme Garcin dans le NOUVEL OBSERVATEUR.

Photographie de Gérard Rondeau

Ancien Frank.

Voici, dressé par un ami des chats, le merveilleux portrait d'un gros matou dont on n'a oublié ni les coups de griffe ni les ronronnements de plaisir.

Bernard Frank se souciait moins, rappelle Frédéric Vitoux, de gagner sa vie que de la dépenser.

Il jugeait naturel d'être pris en charge, de vivre chez ses grandes protectrices - de Barbara Skelton à Françoise Sagan -, et se laissait conduire en voiture comme en littérature.

Car sans ses commanditaires, qui le bousculaient, e?t-il seulement rempli tant de cahier Clairefontaine avec ses textes coruscants* et désabusés dont on faisait notre miel ?

L'auteur de Soldes finit ses jours dans une "tanière" du Faubourg-Saint-Honoré, où ils étaient peu nombreux à lui rendre visite.

Fidèles, Frédéric Vitoux et le photographe Gérard Rondeau étaient de ceux-là.

Leur beau livre ressemble à une longue chronique de Frank, toute en digressions, parenthèses, points de suspension, bougonnements et nonchalants regrets.

On y boit du ch?teau-palmer et du chassagne-montrachet. On y croise Jean Freustié, Florence Malraux et Claude Perdriel.On y sent vibrer l'amour fou des livres. Et on se promène de Grimaud à Equemauville, en passant par Reims et Paris, où, le 3 novembre 2006, dans un restaurant corse, le coeur de Bernard l?cha.

Gr?ce à cet album de famille spirituelle, il palpite toujours.

Jérôme Garcin, le 5 mai 2011.

  • Qualifie un style qui se singularise par ses particularités lexicales, sa prédilection pour les vocables rares, archaïques, régionaux, dialectaux ou néologiques, et par ses manipulations du matériel grammatical et par ses distorsions syntaxiques. (ndrl)

1559. Bernard Frank est un chat de Frédéric Vitoux et Gérard Rondeau dans LE POINT par Patrick Besson

Photographie de Gérard Rondeau

L'hommage funèbre qui tue.

L'académicien français Frédéric Vitoux vient de faire paraître, aux éditions Léo Scheer, "Bernard Frank est un chat", hommage à l'écrivain disparu dans un restaurant corse de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, le vendredi 3 novembre 2006. Frédéric et Bernard s'étaient rencontrés, en juin 1983, dans l'église de Neuilly puis au crématorium du Père-Lachaise, aux obsèques d'un autre écrivain, Jean Freustié. L'auteur des "Rats" (Flammarion) et celui de "Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline" (Grasset) sympathisèrent. A bon chat, bons rats.

Curieux texte que ce dernier ouvrage de Vitoux, parsemé de petits débinages, vacheries et perfidies sur le défunt. Frank le veule : "Le Bernard Frank que j'ai connu par la suite n'avait rien d'un homme d'action ni d'entreprise..." ;"Je me demande au fond si Bernard n'avait pas toujours eu cette forme d'indolence amusée - celle d'un homme qui se laissait vivre ou entretenir, qui avait vécu si longtemps chez les uns et les autres" ;"... Spectateur de la vie des autres, du tourbillon des autres" ;"Il se laissait porter, tout comme il n'entretenait en lui aucune ambition mais il se laissait entretenir..."

Frank l'écrivain raté : "(...) Il n'écrivit (à l'exception de ses premiers livres) que parce qu'il était sollicité, pressé, bousculé..." ;"De lui-même(...), il n'aurait jamais rien fait, ni écrit..." ;"Il y avait de grands écrivains sans livres(...)Bernard figurerait sans doute dans la catégorie" ;"Il n'était pas romancier du tout. Il ne se souciait pas de créer des personnages, d'inventer des actions dramatiques(...)Ce n'était pas son fort(...)"Les Rats" avait été pour lui une entreprise sans lendemain, et sans doute cela valait mieux ainsi."

Frank l'amant piteux : "Je n'ai jamais cherché à recueillir les confidences de femmes dont il avait été l'amant, mais je crois, prouesses érotiques ou non, qu'il se fatiguait vite de ce "superflu dont parle Buffon..." ;"Mais au fond, ces histoires de sexe le retenaient fort peu(...).Il faisait vite chambre à part."

Frank l'empoté : "Bernard encombré par son corps" ;"(...) Vieillissement ou pas, amaigrissement ou pas, que Bernard avait toujours plus ou moins perdu son pantalon, que rien n'était à sa taille, qu'il manquait un cran à sa ceinture, qu'il avait oublié ceci ou cela..." ;"Il ne brillait pas en société."

Frank le parasite : "Bernard(...)se laissait vivre, nourrir, loger. Mieux encore, il se laissait protéger" ;"La vie près de Varengeville en valait bien d'autres et il fallut un jour que sa belle-mère ou son ex-belle-mère, excédée, le mît quasiment à la porte pour qu'il regagn?t Paris."

Enfin, Frank le l?che : "Non que Bernard ait jamais été bagarreur de go?t ou de tempérament assez téméraire pour défier plus costaud que lui. Ce n'était pas son genre."

J'ignore pour quelle raison Bernard Frank a pris Frédéric Vitoux comme ami mais il s'est trompé : il aurait d? le prendre comme ennemi. C'était plus sœur.

Patrick Besson, le 5 mai 2011.

jeudi 5 mai 2011

1558. Opération Modem 56 K.

Chronic'art et d'autres sites comme Fluctuat.net, nous informent de l'opération Modems 56 K à laquelle le webmag participe. Ces modems, que les pionniers de l'Internet ont bien connus, permettent de surfer via une simple ligne téléphonique. Voici la présentation de l'opération Modem 56 K

lundi 2 mai 2011

1555. Coke de combat de Rip (Collection M@nuscrits) par Marianne Desroziers

Voici des extraits de l'article de Mariane Desroziers sur le livre de Rip, Coke de combat, publié par les ELS dans la Collection M@nuscrits. Nous n'avons pas repris ici les attaques de cet article contre les ELS, attaques qui n'ont rien à voir avec l'article portant sur ce livre.

(...) Un Coke de combat rafraîchissant au possible.

Bassiste sans le sous, looser à ses heures, amateur de drogues douces (son pied de cannabis s'appelle Martine) et dures si affinité, papa d'un petit Zorg qu'il n'a pas reconnu, ex-taulard : c'est peu dire que le terme antihéros paraît un euphémisme concernant le narrateur de « C2C », un certain Rip.

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