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samedi 25 octobre 2014

2224. Mehdi Belhaj Kacem et Tristan Garcia chez Adèle Van Reeth sur France Culture

Adèle Van Reeth reçoit dans son émission "Les Nouveaux chemins de la connaissance" l'auteur de Algèbre de la tragédie, Mehdi Belhaj Kacem et Tristan Garcia, auteur de la postface, Critique et rémission.

jeudi 9 octobre 2014

2222. Alexandra Varrin invitée de Michel Field sur TF1

Au Field de la nuit du lundi 6 octobre 2014, le livre d'Alexandra Varrin : Une semaine dans la vie de Steven King, est "Le coup de projecteur" de l'émission.

vendredi 3 octobre 2014

2220. A+2 de Sophie Schulze par Arnaud Viviant dans TRANSFUGE

SOPHIE SCHULTZE, LA PHILOSOPHE.

par Arnaud Viviant

À contre-courant de cette rentrée, A+2 est un récit autobiographique signé d'une lectrice de Heidegger qui interroge son héritage familial.

J'ai toujours eu un faible pour les filles qui lisent Martin Heidegger. Je les imagine dans leur chambrette, nimbée d'une lumière électrique ocre un peu sale, leur doux visage baignant dans un clair-obscur métaphysique, penché sur Être et temps. Et si, en plus, elles lisent Marx, cette fois dans une lumière crue et à demi nues (dans mon imaginaire, c'est toujours en été), et si de Marx elles lisent plutôt les Manuscrits de 1844 que Le Capital, alors là, je ne réponds plus de rien.

"La philosophie est ma langue maternelle" me dit Sophie Schulze. Elle est petite, brune, en mouvements. Genre elfe. En trois ans, elle a publié quatre livres aux Editions Léo Scheer, toujours bordurés de titres étrangers, le dernier A+2 étant sans doute le plus mystérieux des quatre (même si Nom de pays, Karl et PSG-Moscou n'étaient pas mal non plus dans le genre). En tout cas très éloignés de la production courante, par exemple de cette mode un peu embarrassante du selfie littéraire où les écrivains s'arrangent pour être dans le cadre à côté d'une star : Elvis Presley et moi, Zidane et moi, Nadia Comaneci et moi, etc. Peut-être, justement, à cause de l'origine philosophique de ces récits qui semblent leur offrir d'emblée une gangue, une espèce de cuirasse, et les mettre à l'abri de l'air du temps, les romans de Sophie Schulze font entendre leur petite différence.

Au deuxième chapitre de A+2 (oui, ça veut dire quelque chose, on va bientôt y venir), elle évoque sa lecture de Sein und Zeit : Les treize premiers paragraphes sont sublimes. Le ton est simple, presque pédagogique. Le propos, pourtant, est ample. Abyssal, même. Trois mille ans de métaphysique, ou plutôt d'onto-théo-logie, sont convoqués. Dans Nom de pays, Karl, elle plie en soixante cinq pages, façon origami, un essai littéraire sur les Manuscrits de 44, en préférant nettement la lecture de Gérard Granel à celle d'Althusser. Hum. Ce n'est rien de dire que j'ai essayé de mettre le paquet...

Mais reprenons. Sophie Schulze, quarante et un ans, a commencé par étudier la philosophie à Strasbourg sous la direction de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy. Aujourd'hui, elle "aspire à sortir de la philosophie par la littérature". Elle me raconte qu'à la fac, elle a participé à un séminaire "Littérature et philosophie" où elle a travaillé sur un texte de Hannah Arendt à propos des Fruits d'or. Mon roman préféré de Nathalie Saraute! "Moi aussi, c'est le livre que je préfère d'elle", m'apprend mon interlocutrice aux yeux soudain gris brillant. Je me frotte les mains. J'ai l'impression d'être sur un de ces sites Internet où l'on se drague par affinités culturelles. En revanche, j'ignorais que l'auteur des Origines du totalitarisme avait écrit sur Sarraute. Alors Sophie Schulze m'explique que dans ce texte rare (mais dont elle me fera volontiers une photocopie, (m'assure-t-elle avec une vivacité qui m'enchante), publié dans la revue féministe Les Cahiers du Grif, Hannah Arendt étudie la fonction de ce qu'elle appelle les "pronoms sociaux" dans Les Fruits d'or. "Cela rappelle de "On meurt" de Heidegger" m'explique doctement celle qui, l'année dernière encore, était chargée de cours à la fac, avant d'ajouter : "Arendt montre bien que la sous-consommation n'a rien à voir avec le monologue intérieur."

Tout cela peut paraître sec, aride, cérébral, mais non. On l'a dit, Sophie Schulze est en perpétuel mouvement. Après la philo, elle a tenté l'ENA qu'elle a raté d'un point, dit-elle, avant de se tourner vers le droit administratif pour devenir juge. Elle a aussi beaucoup voyagé, en Russie, en Arabie Saoudite, en Afrique, et tout cela a nourri ses quatre récits d'obédience autobiographique, chacun dans leur genre, des textes qu'elle décrit en trois adjectifs : "minimalistes, synthétiques, formalistes". Sophie me parle d'une interview récente d'Aurélien Bellanger dans laquelle il revendique de ne plus avoir d'approche formelle de l'écriture; elle aime bienl'auteur de La Théorie de l'information, mais ne partage pas ses vues.

La preuve que Sophie n'est en tout cas pas détachée du réel, qu'elle s'accroche à la contingence, c'est que A+2 s'inscrit parfaitement dans la rentrée littéraire. Il est temps de dire ce que signifie ce titre. A+2 est le nom de code imaginé par l'auteur pour désigner la deuxième génération à n'avoir pas connu Auschwitz. Or, il se trouve que cette génération A+2 signe plusieurs livres consacrés à la Shoah. Il y a le roman mièvre de David Foenkinos sur Charlotte Salomon. Comme pour lui répondre, il y a l'essai biographique que Gilles Sebban consacre au peintre assassiné Stéphane Mandelbaum : Mandelbaum ou de rêve d'Auschwitz. Dans ce livre, Auschwitz n'est certes qu'une trace, mais archétypique de la génération A+2. Plus remarquable encore, il y a L'Oubli de Frédérika Amalia Finkelstein qui tente, vainement, d'opposer un droit à l'oubli au devoir de mémoire. Sophie Schulze, quant à elle, termine A+2 par le récit d'une visite du camp de la mort. "Oui, sourit-elle, je m'inscris dans un genre totalitaire." Bizarrement, elle se met ensuite à me parler de Steve Reich. Je n'y comprends rien. Elle s'explique : "Le trauma crée une structure répétitive. Puis la répétition crée des décalages, une musique nouvelle." Je crois que je comprends. On assiste effectivement avec cette génération A+2 à une nouvelle écriture de la Shoah.

Le grand-père de Sophie Schulze était allemand. Militaire de carrière avant la Seconde Guerre mondiale, il a participé à tout ça. Puis il s'est marié à une alsacienne et a interdit à ses descendants de parler allemand. Pour finir, je lui demande quels sont les écrivains contemporains qu'elle aime. Elle me cite, en vrac : Thomas Bernhard, Eugène Savitzkaya, L'Epis monstre de Nicolas genka, Chloé Delaume, le Portugais Nuno Camarneiro (avec lequel elle participe à un roman collectif européen en ligne) Jean-Philippe Toussaint, Jérusalem de Gonçalo M. Tavares, Camille de Toledo, Gabriel Matzneff, Marc-Edouard Nabe... Hum. Revenons en alors à Nathalie Saraute.

2221. A+2 de Sophie Schulze par Steve Krief dans L'ARCHE

LE POIDS DU PAPIER

Sophie Schulze entreprend un voyage aux origines.

"Laissez brler les petits papiers. Papiers de riz ou d'Arménie...". La chanson de Serge Gainsbourg, qui évoque diverses utilisations quotidiennes des papiers est une des questions centrales du livre de Sophie Schulze. Dans une société qui iPadise tous les écrits au bénéfice d'une guerre d'acquisition des mémoires des grands sites de référence, pour garder tout ou son concentré, on doute de la motivation ou du résultat. Et on risque de se retrouver à moyen terme comme le personnage interprété par James Caan dans le film d'anticipation Rollerball. À la recherche d'informations sur les guerres relativement récentes entre les différentes corporations mondiales, il se rends à Genève où sont stockées toutes les archives de l'Histoire. La machine programmée pour censurer les évènements délicats refuse de lui répondre, tandis que l'on voit le XIIIe siècle se résumer à une fiche dans les mains du bibliothécaire en titre, qu'il jette à la poubelle n'y voyant aucun intérêt en-dehors de Dante.

L'angoisse du papier est très présente dan A+2. "A" fait référence à Auschwitz et "+2" à la deuxième génération après la Shoah. Que reste-t-il comme traces de l'évènement ? La mémoire transmise par les derniers survivants des camps doit être sauvegardée par les traces écrites. Ce livre autobiographique présente le malaise dans sa quête de savoir. Les lourds secrets d'une guerre et les révélations troublantes. Les voix tentent de revenir à défaut de pouvoir communiquer par le papier. Lors d'une visite à Auschwitz, l'auteure gère difficilement la confrontation avec le lieu et sa présentation actuelle. Sans oublier ce qui se déroule à quelques pas des barbelés,aussi décalé avec l'histoire véhiculée par le camp que l'attitude "banale" des badauds qui y habitaient tranquillement deux générations plus tôt. Le récit est d'autant plus fort qu'une voix particulière hante l'auteure ; sa curieuse dialectique révélera la réelle ambition de cet écrit.

Mais le livre ne s'arrête pas là. Et comme dans La Danse de Gengis Cohn, il nous file une grande claque avant de nous emmener vers des thèmes insoupçonnables. Tout d'abord, dans la formation universitaire de Sophie Schulze et sa confrontation aux textes de Heidegger et Marx. De la difficulté de dépasser les visions souvent rigides des différentes chapelles sur leur penseur en chef. À l'image de certains élèves de Pierre Bourdieu qui louent celui qui dénonça les réseaux universitaires avant de recréer les mêmes autour de lui, la dialectique qui ne traverse pas dans les clous n'est pas nécessairement le sport préfé de ces adeptes de Marx et Heidegger. Et si Sophie Schulze a du mal à bousculer ces lignes éditoriales ou épiscopales, cela parait un luxe bien lointain lorsqu'elle nous emmène constater le désarroi de certaines populations africaines qui "n'ont qu'un cahier par classe". En mission diplomatique pour la France, ces quelques feuilles que doivent se partager les élèves sont d'autant plus chères face à la mauvaise volonté manifestée par les représentant des instances internationales. Le Congo pourrait à lui seul nourrir l'Afrique, mais sa propre population ne mange pas à sa faim. Les pillages internes et externes empêchent toute progression dans ce domaine et les impératif éducatifs semblent eux aussi loin d'être atteints.

A+2 propose un regard poignant, gênant sur l'Histoire et ceux qui ne souhaitent pas l'apprendre. Sur ceux qui le veulent et qui doivent tourner maintes fois autour du monde et de leurs proches pour en découvrir les facettes. Messages forts et réflexions intransigeantes mais nuancées : ce livre est appréciable dans un monde où les écrans transforment les apprentis écrivains en éditorialistes à la petite semaine et leurs lecteurs en supporters.

S.K.

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