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dimanche 27 août 2017

2417. Ma Vie sans moi, roman, de Nathalie Rheims Les coups de coeur de Géraldine.

Les coups de coeur de Géraldine, le 23 août 2017.

"Ce fut un réel bonheur de lecture que de dévorer ce roman."

L'histoire : Et si avoir de nouvelles dents permettait de recommencer sa vie, de se débarrasser de l'encombrant et tenter de les avoir longues ces dents, histoire rayer le parquet et peut-être, un jour, recevoir le prix Goncourt ?

Mon humble avis : Il y a deux ans, j'étais restée plutôt en froid avec Nathalie Rheims suite à la lecture de son roman d'alors "Place Colette". L'impudeur du récit de son initiation sexuelle d'adolescente m'avait mise très mal à l'aise.

Mais me voici réconciliée avec cette écrivaine que j'avais jusqu'à Place Colette toujours vivement appréciée. Et pourtant, Nathalie Rheims se met vraiment à nu son nouveau roman, mais à nu de l'intérieur. Ce qui pour moi change tout. A mes yeux, l'impudence physique, donc le plus souvent factuelle, ne sert pas à grand-chose. Alors que l'impudicité intime, intestine expose des sentiments, ses sensations, des questionnements, des réflexions qui, certes personnelles, sont bien souvent partagés secrètement par la multitude. En cela, une telle oeuvre peut aider le lecteur sur son chemin de vie s'il est douloureux, ou à comprendre celui des autres.

C'est le poème éponyme d'Armand Robin (1912-1961) qui a inspiré le titre de ce nouveau roman qui s'approche très fort de l'autofiction. Nathalie Rheims, la narratrice, approche les soixante ans et certaines de ses dents, la péremption. Lors de l'opération qui remplacera ces dernières par des implants et des nouvelles dents bien droites et bien blanches, Nathalie Rheims est sous une anesthésie qui lie chimie et une sorte d'hypnose. L'écrivaine se dédouble alors... Et la nouvelle Nathalie décide désormais de reprendre sa vie en main, de remonter dans le temps pour corriger les bévues, voire, orienter l'avenir de l'antan puisqu'elle en connait le futur. La grande décision est de sortir d'une certaine passivité pour désormais se battre, avoir les dents longues, être reconnue par ses pairs, avoir les dents longues quittent à rayer le parquet et un jour, décrocher enfin le prix Goncourt. Bref, recommencer, rattraper le temps perdu, devenir une autre... devenir les autres.

Bien entendu, ces pages fourmillent d'humour et d'autodérision tout en finesse et élégance. Mais pas que... La romancière se livre sans retenue sur ses angoisses de presque sexagénaire, de la vieillesse, de la dégénérescence corporelle. Mais pas que... Son rapport aux hommes, sa discrétion sociale maladive, la peur de l'abandon, ses origines sociales qui la privent sans doute d'une certaine reconnaissance du monde de l'édition. Mais pas que... la liste est longue, cette oeuvre est dense de sujets évoqués.

L'idée pluridimensionelle de ce roman est réellement originale, même si elle m'a quelques fois un peu égarée dans le temps. Mais peu importe. J'y ai retrouvé la romancière que j'aime, son écriture soignée, poétique, touchante, émouvante et souvent très proche de mon ressenti personnel. Etre ou ne pas être, rester soi tout en devenant une autre, devenir une autre malgré les bagages qui pèsent, la distance entre l'être et le paraître, ce que l'on donne à voir et ce que l'on est... Tout cela me parle profondément et ce fut un réel bonheur de lecture que de dévorer ce roman.

Géraldine, le 23 août 2017

2415. Ma Vie sans moi, roman, de Nathalie Rheims par Gilles Pudlowski

Sur son blog Les pieds dans le plat

Elle était la reine du mystère (« Le Cercle de Meggido », « L’Ombre des Autres », « Lumière invisible à mes yeux »), elle est devenue la reine de l’autofiction, évoquant la mort de sa mère (« Laissez les cendres s’envoler ») ou son amour jeune pour un comédien du Français (« Place Colette »).

Elle avait évoqué Charles Denner et son frère (« L’un pour l’autre »), dressé une stèle à celui qui fut son compagnon (« Claude »), sans omettre de rendre ici et là hommage à son père, qui fut commissaire-priseur, académicien français, collectionneur émérite, écrivain à ses heures.

Elle pourrait se perdre dans ses identités. Au contraire, elle y trouve sa nourriture, riche, tire sa toile, manie le « name-dropping » avec art, se veut anti-mondaine, mais connaît le gotha littéraire comme sa poche, rêve du Goncourt, imagine la fille qu’elle n’a pas eu, mais qui pourrait ou aurait pu le lui chiper. Bref, Nathalie Rheims se dédouble en s’amusant dans ce faux roman de rentrée comme un pied de nez salubre.

Le prétexte: une séance d’anesthésie pour une opération dentaire délicate. Nathalie s’endort profondément, rêve et règle quelques comptes. Le lecteur est vite convié en complice, voire en copain voyeur. La lecture est aisée, vive, rapide Les mots filent. Nathalie vous tire par la manche, et, mine de rien, vous retient.

Ce qui pourrait n’être qu’une pochade narcissique avec ses emprunts, en exergue à chaque chapitre, au poème d’Armand Robin, qui donne son titre au livre (« Ma vie sans moi" ), marque avec pertinence, imprime avec lucidité, ne négligeant ni la belle humeur, ni l’humour en demi-teinte.

Gilles Pudlowski, le 27 août 2017

2416. Ma Vie sans moi, roman, de Nathalie Rheims par Jérôme Béglé dans LE POINT.fr

Sur le site du POINT.fr

Lectures de rentrée #2 : Vies brisées.

Autour de ce thème des vies brisées, avec Amélie Nothomb, chez Albin Michel, Sorj Chalandon, chez Grasset et Charlotte Pons, chez Flammarion pour son premier roman.

Nathalie Rheims réécrit sa vie.

Dans Place Colette, Nathalie Rheims revenait sur ses premières amours d'adolescente. Dans Laisser les cendres s'envoler, elle s'interrogeait sur les relations qu'elle entretenait avec sa mère.

Cette fois-ci, elle programme sa machine à remonter le temps quelques années en arrière. Elle profite d'une opération des gencives pour oser avec son chirurgien une audacieuse expérience : recommencer sa vie d'écrivain en adoptant tout ce qu'elle a jusqu'ici refusé, les mondanités, l'ambition, l'arrivisme et la volonté de briller en toutes circonstances.

La léthargie dans laquelle elle s'enfonce dans le bloc opératoire donne naissance à un avatar qui revêt des sentiments et des convictions qui étaient jusqu'ici étrangers à son modèle.

Grâce à ce personnage-sœur, la romancière lâche quelques secrets germanopratins et fait entrer en scène quelques «  huiles  » du milieu littéraire parisien.

Nathalie Rheims répond aussi et surtout à une question que nous nous posons tous : que changerions-nous dans notre vie si nous avions l'occasion de revenir sur les sentiers parcourus  ? Un thème universel.

Jérôme Béglé, le 27 août 2017

jeudi 24 août 2017

2414. La Nouvelle Dolorès de Richard Millet par Pierre Assouline dans La République des livres

La République des livres

Ecrire ou aimer, il faut choisir

Etrange comme la quête de cette Nadejda évoque celle de la Nadja d’André Breton par la commune euphonie de leurs prénoms comme par l’atmosphère, du moins au début de La Passion Dolores (1) (210 pages, 18 euros, Léo Scheer/ en librairie le 6 septembre) de Richard Millet. Lui, Pascal, écrivain, la soixantaine, pianiste amateur passionné au point de tourner les pages des partitions pour les concertistes, écrivain viré par l’éditeur qui l’employait « pour avoir dit la vérité sur l’état la littérature en France » ; c’est d’ailleurs la seule allusion, véritablement autobiographique, à son éviction sur fond de scandale (l’affaire Brejvik) du comité de lecture de Gallimard, les autres allusions, sur sa vie amoureuse, pouvant correspondre à la biographie de nombre de lecteurs. Elle, Nadejda, pas encore 40 ans, grande soprano russe qui fait penser à Anna Netrebko (mais c’est dédié à une certaine « Natalia » ce qui brouille un peu plus les pistes) à la voix si envoûtante, dotée d’un tel pouvoir d’ensorcellement, qu’il rêve de la posséder, la voix, charnellement.

Le voilà parvenu à ce point d’incertitude, donc de souffrance, où il ne supporte plus les rôles dans lesquels elle meurt sur scène. Car c’est un être souffrant du début à la fin, à croire que c’est sa seule nature, ce qu’annonce l’une des citations placées en épigraphe, celle-ci du Jean Eustache de La maman et la putain, film générationnel s’il en est :

"Je ne me suis pas accroché à toi mais à ma souffrance."

Il souffre surtout de ce que leur relation n’arrive pas à trouver son rythme, sa mesure. Le roman même devient le lieu de son amour. Il est vrai qu’il tient l’amour et l’écriture pour les deux seules épreuves de vérité auxquelles il ne peut se soustraire quitte à présumer de lui-même, négligeant ainsi le conseil de sagesse de Bossuet, autre citation en épigraphe tirée, elle, du Traité de la concupiscence :

"… car c’est la le commencement de tout peché : c’est par la que vostre mere a esté seduite et que vostre pere vous a perdus.”

Tout cela, admirablement écrit et décrit, notamment les scènes de la rencontre dans un château d’Orliac à l’allure fantastique au creux du Limousin ; elles ont le parfum non du Grand siècle mais d’un certain romantisme, moins Villiers de l’isle-Adam (même si l’on voit passer sa nouvelle “Le convive des dernières fêtes” issue du recueil des Contes cruels) que Novalis. Et à partir de la page 69, on bascule dans autre chose avec l’entrée en scène inopinée de la Dolorès du titre, une Américaine, 16 ans, fille de l’autre et contre-Lolita dans son genre. Le narrateur, que sa passion pousse à transférer la voix de l’une dans le corps de l’autre, puis à échanger les corps, devient l’homme qu’elles n’hésiteraient pas à tuer pour trouver un compromis leur permettant de vivre ensemble.

Paumé dans ses injonctions amoureuses contradictoires, il hésite à faire le grand saut au pont Mirabeau où le poète Paul Celan l’avait précédé. Au lieu de quoi, le narrateur replonge dans les affres du double, et Millet dans ses obsessions de grand-écrivain-solitaire, être désenchanté que la vulgarité de l’époque a poussé à se résigner au pari d’une gloire posthume, sa certaine idée de lui-même, son goût de l’ombre sulfureuse, sa vision tragique de la littérature et de la société, lonesome cow-boy d’un monde dont il se veut l’ultime spécimen dostoïevskien. Dolores finira par se suicider, crime dont le narrateur s’attribue la responsabilité non seulement pour n’avoir pas su l’aimer mais pour n’avoir su se laisser aimer par elle.

« La douleur amoureuse est ce qu’il y a de pire, avec l’injustice et la dépression nerveuse »

C’est un roman d’analyse, classique pour le meilleur et non pour le pire, tel qu’on en a lus un grand nombre depuis La Princesse de Clèves, mais très incarné et sexué, aussi charnel que sensuel, sur l’amour des femmes, la difficulté à se parler sans se dire l’indicible, l’amour de la musique et de la littérature ; mais malgré la lignée très fréquentée dans laquelle il s’inscrit, il est prenant, vibrant, sensible, formellement classique mais envoûtant lorsque l’on sent l’auteur pétrifié par les puissances obscures qui le travaillent dans sa nuit sacrée, un peu surérudit question musique et peu trop référencé question littérature, mais enrichissant aussi par ces aspects-là, écrit dans une langue splendide, même si elle ne hisse pas ce livre à la hauteur de ses grands romans La gloire des Pythre, Ma vie parmi les ombres, Les trois soeurs Piale…

Si l’amoureux passionné en lui est impitoyable avec lui-même, l’auteur est complaisant avec le lecteur et le mélomane qui l’habitent laissant le polémiste reprendre la main lorsqu’il dénonce « les singes savants asiatiques… et l’obscène Lang Lang dont les simagrées sont au corps extatique de Glenn Gould ce qu’un logo est à un tableau de Zurbaran ». Un brin de mépris pour ceux qui ne sont pas du niveau où il croit se placer. Il ne manque pas une occasion de nous rappeler que nous avançons dans un monde barbare où il y aura de moins en moins de gens à qui parler, où la culture restera de plus en plus confinée dans un bunker où une élite issue d’un autre âge de la civilisation sera seule à même de l’apprécier. A lire comme il convient sans écouter d’autre musique que celle du texte, mais sans oublier qu’il a une bande originale qui est tout sauf hasardeuse : Im Abendrot de Richard Strauss, Requiem de Fauré, Offertorium pour violon et orchestre et Hommage à T.S. Eliot de Sofia Goubaïdoulina…

Par ailleurs, Richard Millet écrit des essais pamphlétaires et tient un blog qui l’est tout autant. Il y exprime à flux tendu sa vision politique et littéraire, parfois phobique et souvent violente, radicale sinon haineuse, de la décadence de l’Occident, de la lâcheté criminelle du pape, de la société du spectacle, de la médiocrité du milieu littéraire, de la veulerie touristique et en permanence de l’immigration, des droits de l’homme, de l’islam, du terrorisme etc On saura bientôt si son roman crépusculaire, l’un des plus beaux de cette rentrée, pâtira de la détestable réputation de Richard Millet. Le paradoxe voudrait que, le cas échéant, il s’en réjouisse tant cela le conforterait dans sa paranoïa de dernier des Mohicans.

Pierre Assouline le 24 août 2017

(1) La Nouvelle Dolorès

lundi 21 août 2017

2413. La Distance d'Alexandre STEIGER dans la page livre de Voici

Le premier roman d'Alexandre Steiger est dans la première sélection de trois livres de l'hebdo Voici.

Comme une fuite d'eau, celle d'un amour fait toujours des dégâts.

Alexandre, comédien au chômage, quitté par Jeanne, erre dans Paris, à la recherche de diversions, et pourquoi pas, d'un nouveau sens à sa vie.

Un premier roman plein d'humour et de dérision.

Voici, le 21 août 2017.

2412. Avant-papier : La Distance d'Alexandre Steiger par Gilles Pudlowski

Sur son blog : Les pieds dans le plat Gilles Pudlowski évoque ainsi le premier roman d'Alexandre Steiger : ''La Distance'' en librairie le 23 août.

Cela démarre joliment à Positano, sur la côte amalfitaine, près de Naples, mais cela va vite entraîner le lecteur en banlieue parisienne dans un lieu où tout se délite.

Bilan, confession, souvenir? Pour Alexandre, qui est comédien au chômage, tout va mal: sa compagne, Jeanne, l’a quitté pour un autre; il chute financièrement; ses deux enfants, élevés par deux mères différentes, réclament de l’attention… qu’il n’accorde qu’à lui-même.

Il se perd entre ses rêves romantiques et son petit appartement de Villejuif, ne peut se raccrocher qu’à Francis, son meilleur ami, qui vit dans l’aisance, mais se perd, lui, dans ses passions homosexuelles.

Il rate son dernier essai pour un rôle qui pourrait lui aller comme un gant, s’égare au palais de Justice, tente de renouer avec Jeanne, vainement.

Le sort ne l’épargne pas. Mais n’est-il pas le reflet d’une époque qu’il décrit en noir et en creux? Peut-être une lueur va-t-elle s’allumer dans sa nuit..?

Cet autoportrait d’un raté est le premier roman d’un comédien-réalisateur qui livre ses clés pour décrire le monde comme il va. Paris, ville des fausses lumières, livre aussi des rencontres iconoclastes. Comme avec cette professionnelle – anglaise – de l’amour rencontrée sur un site de rencontres, croisée près des Invalides, quittée avec un repas raté dans une belle table italienne. Ou encore ce cadre cherchant « coloc' », venu du Sud-Ouest, avec son accent rocailleux, sa jovialité, son cassoulet, partageant son appartement jusqu’à, très vite, l’envahir.

Le registre de l’auto-fiction amoureux et d’apprentissage prend alors des reliefs drôlatiques. Voilà, en tout cas, un premier roman dense, déroutant, prenant, intrigant, entre pathétique, critique sociale et détours romantiques. Comme une bonne occase à saisir.

Gilles Pudlowski, le 21 août 2017

mardi 15 août 2017

2411. Avant-papier : La Nouvelle Dolores de Richard Millet par Rachel Ltaif

L'Orient littéraire

Lolita versus Dolores

Pascal Bugeaud revient. Après avoir relaté son enfance limousine dans Ma Vie parmi les ombres (2003), il s?est engagé, à 22 ans, dans la guerre libanaise pour devenir adulte et donc écrivain (La Confession négative, 2009)?; ce qu?il est devenu dans La Fiancée libanaise (2011). Il passe furtivement dans les vies de Sébastian et Rebecca dans Une Artiste du sexe (2013) et on voit son ombre dans Province (2015), pour être, finalement, un écrivain aux portes de la soixantaine qui a vécu, tout comme Richard Millet, la maladie et l?exil littéraire, la solitude, l?amour impossible et la mort, comme on le voit dans La Nouvelle Dolorès (2017), beau et troublant roman de la rentrée littéraire, qui paraîtra bientôt aux éditions Leo Scheer.

Double romanesque de Millet, Bugeaud, jamais séducteur mais souvent séduit par les femmes, est tombé amoureux de la célèbre cantatrice russe Nadejda Kononenko, qui a vingt ans de moins que lui. Ils se sont rencontrés lors d?n récital au château d?Orliac, dans le haut limousin, où le narrateur n?a pas le privilège d?accompagner la chanteuse au piano mais juste de lui «?tourn(er) les pages?» des partitions. La rencontre a lieu dans l?intimité orageuse de l?été limousin, et évolue lors d?ne nuit d?amour dans la chambre de la chanteuse, qui finira «?peu avant l?aube?».

Après cette première nuit, Bugeaud souffre de l?éloignement de Nadejda qui n?accepte de le revoir que très rarement. Il guettera, par la suite, le moindre signe de son amante, incarnation du fantasme ultime de la «?Sainte Russie?»?: sa voix, c?est le monde des opéras de Tchaïkovski et des symphonies de Rachmaninov, ses yeux reflètent le gris bleu du lac Baïkal, son rire est celui des héroïnes de Tchékhov et de Tourgueniev. Il aime la voix et désire la femme aussi bien en français qu?en russe?: il voudrait l?écouter dans les compositions de Poulenc et de Ravel, l?aimer plus profondément que le lac de Siom au bord duquel il est né, et la voir en héroïne de Nerval ou de Flaubert autant qu?en Tatiana ou en Anna Karénine.

Vladimir Nabokov, qui n?a jamais été pour Bugeaud ? pour Millet non plus ? un auteur de prédilection à l?instar de Gogol, Dostoïevski et Soljenitsyne, est significativement dénié dans La Nouvelle Dolorès. La Lolita milletienne, Dolorès, est la fille américaine de Nadejda et d?n ténor récemment décédé aux États-Unis. À 16 ans, elle est au comble de sa crise d?adolescence typique du XXIe (piercings, nonchalance, irresponsabilité, déception, pessimisme, refus, drogue et inculture)?; et elle est venue s?installer à Paris pour vivre avec sa mère.

Le triangle Nadejda-Pascal-Dolorès ressemble, malgré tout, à celui de Charlotte-Humbert-Lolita (dont le nom véritable est Dolorès) de Nabokov. Nadejda demande à Pascal de donner à sa fille des cours de conversation en français tout en contrôlant, de loin, mais jalousement, leurs séances. Mais Pascal n?est pas Humbert, ni Nadejda Charlotte. Le narrateur est toujours amoureux de la mère mais celle-ci s?éloigne de plus en plus.

Dolorès, semblable à Lolita, s?approche de Pascal et voit en lui un père possible bien qu?elle exhibe devant lui, volontairement ou non, son corps troublant d?adolescente. Pascal, qui vit un amour difficile, assiste tardivement à la complicité de la mère et de la fille unies contre un homme qui n?arrive pas à trouver sa place amoureuse.

L?apparition de l?éditrice, au neuvième chapitre, demandant à Bugeaud de continuer cette histoire «?inachevée?» nous ramène à la réalité d?ne nouvelle commandée à Richard Millet pour un recueil intitulé Lolita, variations sur un thème (paru aux éditions Louison) où il est question de «?convertir la devise littéraire russe?», en ré-«?interprétant un classique?» littéraire.

Richard Millet qui a largement dépassé le cap de la nouvelle finit par se confondre avec Pascal Bugeaud. Les séparer, en tout cas, c?est comme séparer deux pigments qui s?étalent sur une même palette?: dès qu?on veut les distinguer l?n de l?autre, ils se dissolvent irrévocablement pour devenir le mystérieux personnage Bugeaud qui crée les œuvres milletiennes et qui se crée en elles.

Bugeaud finit donc par rompre avec ces femmes. Deux ans plus tard, il retrouve Nadejda remariée, avec un petit garçon dans les bras, et, un peu plus tard, on le voit dans la chambre de Dolorès qu?il laisse endormie?: rien ne s?est passé entre eux?; il lui laisse un mot près de son lit pour lui dire qu?il l?aime, mais paternellement. Dolorès serait ainsi une anti-Lolita comme Nadejda une anti-Charlotte, et donc de parfaits et purs personnages de Richard Millet.

Rachel ltaif

2410. Avant-papier : La Nouvelle Dolores de Richard Millet par Jean-Paul Gavard-Perret

lelittéraire.com

Le livre des désillusions

Repre­nant son double roma­nesque (Pas­cal Bugeaud), Richard Millet pro­pose une auto­bio­gra­phie rêvée. Là où une ren­contre amou­reuse dœne femme « qui donne la vie et détient la clé des morts » pou­vait lais­ser espé­rer une vieillesse paci­fiée, tout menace encore de s?effondrer. Non seule­ment dans sa vie sociale ( c?est fait) mais ausis dans l?existence amou­reuse du héros.

Dans une sorte de tri­angle amou­reux dont l?arrangement sem­ble­rait pou­voir s?agencer tout va res­ter ban­cal. Face au héros, il n?y aura pas seule­ment la femme aimée mais sa fille qui devient à la fois une Lolita et son contraire.

Dans les bagages dœn monde devenu ana­chro­nique, le retour de cette jeune fille Vio­laine ? comme aurait dit Paul Clau­del ? invite à cir­cu­ler de case en case sinon dans l?émerveillement dœne marelle du moins en un man­dala. Il n?incline pas for­cé­ment à l?innocence. Les pro­ta­go­nistes ne le sont pas. Mais ils ne sont en rien des monstres. Dans les inad­ver­tances de la pro­mis­cuité, l?histoire s?essaime en pluriel et tumulte en ne tom­bant jamais dans le mari­vau­dage. Ce n?est en effet pas dans le genre de l?auteur.

Entre amal­game et chi­mère, il y a moins de place pour la fan­tai­sie que pour la gra­vité. Cha­cun (même le héros) devra res­ter lui-même dans cette col­lec­ti­vité sin­gu­lière. Ce qui est com­plexe est néan­moins écrit avec lim­pi­dité jusqu?au dénoue­ment final. Le roman recèle peu d?espoir. Il est de ce fait dans la « cou­leur » de son auteur depuis quelques années. Tuer, Pro­vince et même le beau et ori­gi­nal Pour Ber­nard Menez l?illustraient récem­ment comme son jour­nal dans « La Revue Lit­té­raire ».

La misan­thro­pie de l?auteur trouve ici moins une sor­tie de secours quœne voie sans issue. Mais là où nul ne pavoise s?inscrit une his­toire forte de l?existence. En un cer­tain lissé, ce qui s?essaime, les pro­ta­go­nistes le com­prennent : cer­taines choses s?effondreraient dès qu?elles seraient tou­chées. Et la clé du livre le prouve dans la cou­leur noire et au sein même dœne impos­si­bi­lité que les deux adultes n?avaient pas imaginée.

Jean-Paul Gavard-Perret

jeudi 3 août 2017

2409. Pour Bernard Menez de Richard MILLET à la plage.

Bernard Menez clôt en beauté Les Auteurs à la plage !

Fils spirituel de Bourvil et Gaston Lagaffe, tour à tour comédien réalisateur, chanteur fantaisiste, mais aussi homme politique et pilote d’avion, Bernard MENEZ, acteur fétiche de Jacques ROZIER et Pascal THOMAS intrigue autant qu’il amuse : objet littéraire du dernier roman de l’écrivain Richard MILLET, Pour Bernard Menez, il lui reste encore quelques secrets à livrer. Il présente à Port Leucate son dernier ouvrage : Et encore… je ne vous dis pas tout ! Rendez-vous le 25 août à 19h à Leucate.

Cet été à Leucate, Les Auteurs à la Plage, manifestation littéraire unique sur le littoral, organisée en partenariat avec le Centre Méditerranéen de Littérature, permet au public curieux ou de retour de la plage de rencontrer directement les auteurs en vogue dans un cadre de rêve. Il s’agit d’échanger avec les écrivains du moment, sur les quais de Port Leucate. Vendredi 25 août à 19h, pour clore la manifestation, le public avisé ou déambulant rencontrera ainsi l’inclassable Bernard Menez pour son livre Et encore…je ne vous dis pas tout ! publié aux éditions l’Archipel, et pour l’essai de Richard Millet, Pour Bernard Menez, publié aux éditions Léo Scheer.

« Me voilà à vous raconter – et encore, je ne vous dirai pas tout ! – ce qu’il est advenu du prof de maths plutôt à côté de ses pompes qui rêvait de 3 choses : 1 – vous faire rire ; 2 – vous faire pleurer ; 3 – vous faire pleurer de rire ». (B.M). Depuis une dizaine d’années, des réalisateurs tels que Mathieu Amalric (La chose publique) ou Guillaume Brac (Tonnerre) s’arrachent Bernard Menez, faisant découvrir ce comédien éclectique (cinéma d’auteur et de divertissement, théâtre de boulevard et de répertoire) à une nouvelle génération de spectateurs. Là est le mystère Bernard Menez : prononcez son nom, et vous aurez immédiatement une réaction, en général un sourire.

Celui qui disparaît entièrement derrière les personnages qu’il incarne, tant il ne semble pas les jouer, mais être eux, présentera aussi l’essai passionnant de Richard Millet : Pour Bernard Menez, sorti entre les deux tours de l’élection présidentielle. A travers ce court essai en forme d’éloge, l’auteur aide ainsi à comprendre, à travers ce personnage tantôt provincial ou parisien, éternellement jeune, à la fois séducteur et looser, drôle et attendrissant, ce qu’est la France d’aujourd’hui. Car il y a, chez Bernard Menez, quelque chose de « notre prochain, notre semblable ». « Ainsi Menez est-il l’acteur même, parce que seul à être soi sans en jouer : celui qui vient après les grands comiques qui incarnaient le bonheur français, de Fernandel à Bourvil et de Funès, et aussi Francis Blanche, Michel Serrault, Claude Piéplu, souvent très grands à contre-emploi. (…) Son art est un art modeste, comme il y a un art du peu. »

Rencontre avec Bernard Menez – vendredi 25 août – 19h – parvis de l’espace Henry de Monfreid – Port Leucate

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