?uvre phare de la littérature brésilienne publiée pour la première fois en 1967, somme psychédélique tissée d'images qui font penser à Roy Lichenstein ou Andy Warhol, PanAmérica est un geste total qui doit autant au pop-art qu'à la Beat Generation. Une épopée ironique hors de tout réalisme entraînant le lecteur dans un merveilleux à la fois emprunt de science-fiction et de culture brésilienne, dans un syncrétisme post « anthropophage »1 qui inspirera le mouvement du « tropicalisme »2 . Écrit pendant la dictature et en réaction à l'idéologie nord-américaine dominante, c'est un récit qui met en question les rouages de la société, usant des mêmes ressorts qu'un Swift dans Les Voyages de Gulliver : des ruptures d'échelles permanentes entre hommes et géants, des combats sans rimes ni raisons, une surenchère d'imagination permanente. Plus encore, le gigantisme fluctuant des figures mythologiques désarticulées doit aux métamorphoses de Pantagruel de Rabelais, l'humour « gigantal » présent dans ces deux ?uvres en étant un nouveau trait commun.

Comme l'indique son titre, PanAmérica est un mélange alchimique des Amérique, du Nord et du Sud. Rien ni personne n'y est épargné, pas même la logique du récit. Dans ce labyrinthe narratif, l'auteur remythologise avec une fantaisie débridée ' à la fois triviale et onirique dans ses enchaînements délirants ' les figures hollywoodiennes ' Marilyn Monroe en étant la figure récurrente, le moteur ' pour créer un monde merveilleux, absurde et chaotique. Une féerie obscène et effrénée qui prend sa source dans la critique de la réalité.

Le fantastique singulier de PanAmérica est marqué par les multiples dimensions du travail de José Agrippino de Paula (1937-2007). Celui-ci a en effet été à la fois auteur de romans, de nouvelles, de poèmes, de pièces de thé?tre, scénariste de spectacles de musique et de danse mais aussi réalisateur de films ' notamment Hitler 3º Mundo (1968), considéré par la critique comme un chef-d'?uvre du cinéma underground brésilien. Ses textes, composés comme on monte les rushes d'un film, doivent beaucoup à sa volonté de faire s'entrecroiser les arts. Par ailleurs, chacun de ses livres publié au Brésil est illustré par un artiste plasticien : Antonio Dias, Renata Bueno et Tadeu Burgos, José Roberto Aguilar, Antonio Peticov. Caetano Veloso a également préfacé une édition de PanAmérica et mis en musique un extrait de ses textes, avec Gilberto Gil. Depuis le milieu des années 70, José Agrippino de Paula s'était retiré dans la petite ville d'Embu das Artes, dans la périphérie de São Paulo, refuge de nombreux artistes et artisans. Écrivant toujours, et beaucoup, il y vivait isolé, sans aucun moyen de communication, acceptant néanmoins de recevoir ses amis, ses admirateurs, ainsi que les étudiants et journalistes qui étudiaient son ?uvre. Peut-être les utopies exubérantes que son imagination avait créées lui semblaient-elles moins insensées que le spectacle du monde.


1-Les concepts « anthropophages » furent édictées en 1932 par Oswald de Andrade et Tarsila do Amaral, deux poètes inspirés par les dadaïstes et les surréalistes faisant feu de tout bois, tradition comme modernisme.

2-Le « tropicalisme » est un mouvement culturel brésilien qui apparaît à la fin des années 60. Il s'illustre principalement à travers la musique à travers les figures de Caetano Veloso et Gilberto Gil mais aussi dans les arts visuels, le cinéma, le thé?tre ou la littérature. Il cherche à établir un mélange d'avant-garde et de culture de masse, dans un contexte politique qui est celui d'une dictature militaire violente et répressive.

''PanAmérica'' : à paraître le 18 janvier 2008 (traduction Emmanuel Tugny, couverture Thomas Lélu) chez Laureli/Léo Scheer.