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Blog des ELS La Revue Littéraire
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jeudi 17 septembre 2015

2296. SA rentrée littéraire par Eric Naulleau dans LE POINT

Pour alimenter le débat récent qui s'est engagé sur le thème de la médiocrité littéraire soutenue par la critique et les media entre la NRF et La Revue Littéraire, plus précisément en Michel Crépu et moi, je verse l'article de Naulleau au dossier :

Christine Angot, Amélie Nothomb, Philippe Delerm, Frédéric Beigbeder, aucun ne trouve grâce aux yeux du chroniqueur. É l'exception de Bernard Chambaz.

Le dernier Angot à Paris.

C'est un phénomène plus énigmatique encore que le suicide collectif des lemmings lors des migrations saisonnières. L'automne presque venu, le ch?ur des gogos critiques et autres petits chanteurs à la langue de bois entonne un hymne à la gloire de quelques-uns des plus calamiteux ouvrages parus lors de la rentrée littéraire.

Tout comme Serge et Charlotte Gainsbourg étiraient à perte d'oreille le refrain de « Lemon Incest », Christine Angot n'en aura donc jamais fini de presser le citron littéraire qui lui vaut sa réputation dans trois arrondissements parisiens depuis la parution de L'Inceste en 1999. Les ventes baissaient, il fallait revenir au fonds de commerce, sans crainte du mauvais goût pour appâter le chaland, comme lorsqu'en ouverture de tel supplément littéraire l'auteur prend une pose lascive sur son lit. S'agissant d'un récit où il est question de relations incestueuses, il fallait oser - mais Christine ose tout, c'est même à ça qu'on la reconnaît. Dans les ultimes pages d'Un amour impossible, mère et fille s'expliquent enfin : comment la première a-t-elle pu refuser de voir que la seconde subissait des viols à répétition de la part de son père ? Comment n'a-t-elle pas compris que l'inceste était dans ce cas précis un instrument de domination sociale ? Car, qu'on se le dise, ou plutôt qu'on se le redise, tout ce qui touche Christine Angot dépasse de loin son cas personnel pour atteindre une dimension universelle - son prochain panaris nous vaudra à coup sûr une douloureuse méditation sur le mal. Comment n'a-t-elle pas spontanément appelé Freud à la rescousse au sujet de son hospitalisation pour une infection des trompes juste après avoir découvert la vérité ? Heureusement, Christine et sa psychanalyse de supérette accourent pour l'éclairer : « Comme par hasard. Des trompes. Tu venais d'être détrompée. Hhhh ! ! » ? Et qu'importe que la fille reproduise ici envers la mère le comportement qu'elle reproche tout au long du livre au père, la condescendance envers une personne moins cultivée.

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mardi 31 décembre 2013

2143. BONNE ANNÉE 2014

Je vous souhaite à tous une bonne année 2014, ainsi qu'à vos familles, je pense particulièrement aux libraires, pour qui l'année passée fut rude, en espérant que nous trouverons, ensemble, les nouveaux moyens de faire vivre notre création.

Léo SCHEER

lundi 25 novembre 2013

2135. De M@nuscrits à Masterpiece.

Lorsque nous avons lancé, ici, en 2007, un site d'édition participative (M@nuscrits), puis créé m@n, son prolongement payant, en association avec le patron historique de TF1, Patrick Le Lay, on se doutait qu'un jour, le concept finirait par s'imposer à la télévision. Voilà qui est fait, en Italie, sur la RAI 3, avec la première émission de téléréalité "littéraire" : "Masterpiece".

Fremantle, producteur international de ce genre d'émission a choisi l'Italie pour rôder cette Star'ac des écrivains avec l'éditeur Bompiani qui publiera le vainqueur à 100.000 exemplaires. La production a reçu 5.000 manuscrits, (c'est ce que reçoivent les ELS chaque année et qui, gr?ce à m@n, ont été remplacés par des fichiers numériques. Du côté de Masterpiece, ils semblent en être restés aux manuscrits-papier.

Avec une sélection très "profilée" 70 auteurs ont été retenus. Ils correspondent à des styles représentatifs et doivent les incarner à à l'écran. Un jury d'écrivains célèbres est chargé de faire le spectacle, comme dans The voice ou La nouvelle star.

Patrick Le Lay nous avait expliqué, à l'époque, que le handicap de ce genre de programme, appliqué à la littérature, ne propose pas au spectateur pas l'équivalent télévisuel du show que représente la chanson. Aujourd'hui, la téléréalité est tellement passée dans les habitudes des téléspectateurs, qu'elle peut aborder n'importe quel domaine. Beaucoup de choses peuvent désormais tenir lieu de chanson, y compris des romans et des écrivains.

Ayant vu certaines réactions "agressives" à M@nuscrits, j'imagine les commentaires, en particulier dans la presse culturelle, à une telle émission si elle était diffusée en France, en particulier sur TF1 par exemple... Il n'empêche que l'expérience de m@n demeure une aventure passionnante qui n'est qu'au début de l'invention de nouvelles façons de pratiquer les métiers de l'édition.

vendredi 15 février 2013

2076. Les Français écrivent beaucoup...et lisent peu par David Caviglioli pour BIBLIOBS

Voici un sondage de l'IFOP, présenté par David Caviglioli dans Bibliobs, qui confirme l'intuition à partir de laquelle je me suis lancé dans l'aventure de M@nuscrits puis de m@n. J'aimerais ajouter que ce phénomène me semble à la fois majeur, en particulier chez les jeunes, et passionnant. J'espère que nous parviendrons, avec le développement de m@n, à construire progressivement une réponse qui sera à la hauteur de ce défi du XXIe siècle. Léo Scheer (ndlr)

Vient tout juste de paraître un sondage Ifop, réalisé pour monBestSeller.com, sur les habitudes d'écriture des Français. 1051 personnes ont été interrogées. On leur a posé une question: avez-vous déjà écrit un manuscrit ? Le mot manuscrit pouvant aussi bien désigner un roman, une nouvelle ou de la poésie.

17% des sondés ont répondu oui. Plus de onze millions de Français. Ca en fait, des gens qui écrivent. On ne connaît pas la part du roman là-dedans. Il y a trois ans, dans le «Figaro», l'institut Opinion Way nous apprenait que 1,4 millions de nos compatriotes possédaient un manuscrit de roman, sans doute dans le fameux tiroir consacré aux ?uvres littéraires ratées, et que 400.000 d'entre eux l'avaient envoyé à un éditeur.

Il est amusant d'observer la ventilation de ce chiffre. Toujours selon l'Ifop, 19% des femmes interrogées ont pris la plume, contre 15% des hommes. Les 15-24 ans écrivent beaucoup (28%). Les 25-34 aussi (23%). Le pourcentage chute brutalement entre 35 et 49 ans (11%), à l'?ge où on a pas le temps de faire de la poésie. Puis remonte doucement quand la retraite tombe (17%).

Au niveau des catégories professionnelles, les deux sociotypes les plus littéraires sont les CSP+ (23%) et les inactifs non-retraités (29 %). Pour le reste, employés: 15%, ouvriers: 11%. On observe par ailleurs une grosse présence des Parisiens (21% ont écrit, contre une moyenne de 16 en province).

Enfin, surprenant, 76% de ces écrivants anonymes ne souhaitent pas publier leur ?uvre. Et moins d'un sur dix l'a déjà envoyée à un éditeur. Qu'ils disent, du moins.

Quoiqu'il en soit, l'inépuisable réservoir d'auteurs ne semble pas près de se vider. Les ventes de livre chutent, les librairies disparaissent, les Fnac vendent des aspirateurs pour survivre, les maisons d'édition rémunèrent mal, mais les littéraires s'entêtent. On a récemment eu entre les mains une autre étude du cabinet Gfk, datant de fin 2012, sur la lecture en France. Le résultat: la France lit peu. Et de moins en moins.

C'était même impressionnant: entre octobre 2010 et octobre 2012, les Français ont perdu en moyenne une demi-heure de lecture hebdomadaire (livres, magazines, journaux), de 10h04 à 9h28. Sachant que la lecture de livres ne représente que la moitié de ce temps. La proportion des gros lecteurs (plus de deux heures par jour, hors activité professionnelle) baisse légèrement. Bientôt, plus personne ne voudra lire les livres que tout le monde écrit.

David Caviglioli, le 14 février 2013

dimanche 30 décembre 2012

2053. Qu'est-ce qu'un écrivain?

Quelqu'un qui a un éditeur.

Léo Scheer

dimanche 16 décembre 2012

2043. L'océan d'un noir si bleu

Sur le site de cet éditeur, on peut lire une "lettre ouverte aux auteurs" dont un paragraphe répond à cette question centrale :

"Comment nous soumettre vos projets :

L'éditeur précise :

Pour faciliter la prise de connaissance de vos propositions, nous vous demandons de privilégier un envoi par courrier électronique. Celui-ci devra comporter :

- Une notice de présentation du projet (note d'intention) ;

- Une présentation de vous-même (note bio-bibliographique) ;

- Un extrait significatif de votre ouvrage (au moins une trentaine de pages ou deux nouvelles s'il s'agit d'un recueil).

- Vous pouvez nous envoyer vos propositions à l'adresse indiquée ci-dessous soit sous un format Word (en .doc, .docx ou .rtf), soit eventuellement en pdf. Dans tous les cas, veillez à identifier clairement vos textes et à les proposer avec une mise en page claire (corps 12 et interligne de 1,5).

Des observateurs perspicaces de l'univers impitoyable de l'édition, ont noté qu'il y avait deux stratégies pour faire face à l'afflux des manuscrits : celle d' Un noir si bleu et celle que nous tentons de mettre en oeuvre avec l'out-sourcing du Comité de Lecture Elargi de m@n.

En réalité les deux démarches se rejoignent. Nous proposons, avec la "passerelle" entre m@n et les ELS d'avoir d'une part une présentation qui ressemble fort à celle de D'un noir si bleu, prenant modèle sur nos fiches commerciales, donc un peu plus développée pour la présentation mais beaucoup moins pour les extraits et, d'autre part, le manuscrit lui-même en fichier numérique.

Rien ne me semble plus passionnant dans notre métier que la stratégie, toujours très personnelle, que chaque éditeur doit mettre en oeuvre pour découvrir, naviguer, savoir se repérer sur l'océan des écritures. Sous l'effet de l'irrésistible ascension du numérique, un jour, le monde des manuscrits deviendra peut-être plus important et décisif que celui des livres. Qui sait ?

samedi 8 décembre 2012

2040. Comité de Lecture Élargi (m@n) des manuscrits reçus par les ELS

Ce message s'adresse aux 1.500 auteurs qui ont eu l'obligeance de nous faire parvenir un manuscrit sous forme de fichier numérique au cours de l'année 2012 et à ceux qui souhaitent nous soumettre leurs textes pour publication à l'avenir. Les E.L.S ont créé, pour avancer dans la lecture et la pré-sélection de ces textes, un "Comité de Lecture Élargi", à partir de la plateforme m@n, disposant d'un pouvoir consultatif et comptant actuellement 250 lecteurs. Nous allons soumettre l'ensemble des manuscrits reçus par les E.L.S. à ce comité de lecture, première étape du processus de sélection, sachant que dans notre nouvelle politique éditoriale nous envisageons la publication d'une vingtaine de livres par an.

Léo Scheer

dimanche 15 juillet 2012

1923. Les 30 roman de la rentrée du Point.fr

Le Point.fr présente, cette année une sélection de 30 romans de la rentrée littéraire 2012.

Aujourd'hui, un auteur que nous apprécions particulièrement : Simonetta Greggio pour L'Homme qui aimait ma femme :

Simonetta Greggio réinvente le triangle amoureux

Par SABRINA DUFOURMONT

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1922. Dans un mois : la rentrée littéraire 2012. My BOOX fait le point.

C'est parti !

On le sait, la rentrée littéraire d'automne commence en plein été, dès le 15 août en librairie.

Tous les sites et media littéraires tentent, eux aussi, d'exister dans ce qui se présente, de plus en plus, comme une rude compétition.

Dans cette bataille, on le sait déjà, seuls quelques rares livres pourront "tirer leur épingle du jeu".

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mercredi 20 juin 2012

1911. Hâte-toi de jouir! par Marcela Iacub

J'inaugure ici une nouvelle série de billets, sélection personnelle de textes publiés ici et là, qui viendront compléter ceux portant sur nos ouvrages. Pour commencer, un texte de Marcela Iacub dans Libé à propos de la pensée toujours plus neuve de Jean-Jacques Rousseau.

"Tout un chacun se plaint que la vie est trop courte, que demain on sera vieux. Que demain, on sera mort. Ce désespoir que nous ressentons pour la brièveté de la vie se manifeste avec plus d'éclat que jamais lorsque nous déclarons que quelqu'un est mort trop jeune. Comme si le scandale métaphysique d'avoir un temps qui nous est compté par un Grand Avare se redoublait de ces morts prématurées. Et, plus nous dénonçons notre condition d'êtres dans le temps, plus ces morts nous apparaissent comme étant la plus grave injustice qui soit.

Pendant ces jours de célébrations du trois-centième anniversaire de la naissance de Rousseau et afin d'amoindrir leur malheur, cette foule de grincheux devrait réfléchir à ces quelques lignes du chapitre V d'Emile. «Les hommes disent que la vie est courte, écrit-il, et je vois qu'ils s'efforcent de la rendre telle. Ne sachant pas l'employer, ils se plaignent de la rapidité du temps, et je vois qu'il coule trop lentement à leur gré. Toujours pleins de l'objet auquel ils tendent, ils voient à regret l'intervalle qui les en sépare : l'un voudrait être à demain, l'autre au mois prochain, l'autre à dix ans de là ; nul ne veut vivre aujourd'hui, nul n'est content de l'heure présente, tous la trouvent trop lente à passer â?¦, et il n'y en a peut-être pas un qui n'eût réduit ses ans à très peu d'heures s'il eût été le maître d'en ôter au gré de son ennui celles qui lui étaient à charge, et au gré de son impatience celles qui le séparaient du moment désiré.» Le temps qui nous est accordé est donc trop court parce que nous ne jouissons que de très peu de jours, très peu d'heures de notre vie. Le reste du temps nous attendons, nous nous emmerdons, nous sentons le temps passer et nous nous réjouissons lorsqu'un quelconque amusement le fait couler plus vite comme s'il était un médicament amer. Et si nous examinions notre âge du point de vue du temps joui et non pas subi nous serions peut-être aussi jeunes qu'un nourrisson.

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dimanche 27 novembre 2011

1766. De quoi Ernest Pinard est-il le nom ?

J'espère qu'Alain Badiou me pardonnera cet emprunt, mais ayant publié les trois premiers Circonstances, je dois toujours bénéficier de mon AAA.

Il y a longtemps que nous consacrons ce blog exclusivement à la promotion des publications des ELS et abandonné les discussions à b?tons rompus, dont je suis un peu nostalgique. Je propose donc cette question aux commentateurs à partir de la conclusion du réquisitoire d'Ernest Pinard contre Madame Bovary :

"Cette morale stigmatise la littérature réaliste, non pas parce qu'elle peint les passions : la haine, la vengeance, l'amour ; le monde ne vit que là-dessus, et l'art doit les peindre ; mais quand elle les peint sans frein, sans mesure.

L'art sans règle n'est plus l'art ; c'est comme une femme qui quitterait tout vêtement. Imposer à l'art l'unique règle de la décence publique, ce n'est pas l'asservir, mais l'honorer. On ne grandit qu'avec une règle. Voilà, messieurs, les principes que nous professons, voilà une doctrine que nous défendons avec conscience."

Ernest Pinard, à l'époque (1857) , est procureur impérial et il deviendra, par la suite, Ministre de l'Intérieur de Napoléon III. Depuis, l'Etat, puis la Justice se sont progressivement désengagés de leur rôle de censeur des oeuvres romanesques.

Qui sont les Ernest Pinard d'aujourd'hui, disons depuis la dernière guerre mondiale, et que poursuivent-ils?

samedi 17 avril 2010

1301. Modification des Blogs des ELS

É partir de maintenant, ce Blog (des ELS) va devenir celui de la communication des Éditions Léo Scheer. Les billets seront signé "General" par l'ensemble de l'équipe des ELS. Les informations présentées concerneront exclusivement les livres publiés par les ELS. On pourra suivre l'ensemble des étapes d'un ouvrage : sa fiche commerciale, sa note de presse, sa présentation aux libraires, les entretiens avec l'auteur, les articles sur le livre etc. Il s'agit d'un outil de travail de la maison d'édition qui s'adresse principalement aux équipes commerciales et au distributeur ainsi qu' aux représentants de l'équipe de diffusion, aux libraires et aux journalistes, mais aussi à tous ceux qui nous suivent sur le Net et souhaitent communiquer avec nous.

J'ouvre, par ailleurs, (comme Marilou, Florent Georgesco ou LaureLi) un blog "perso" qui s'appellera le Blog de Léo Scheer et dont les billets seront signés leo.

Nous gardons inchangé l'ensemble consacré aux M@nuscrits dont le Blog-M@n.

Ceci constitue un ensemble de blogs qui sera peut-être regroupé par Tony sur une page d'accueil afin de fournir aux utilisateurs un plan et faciliter leur navigation. Je pense que le blog reste la forme la mieux adaptée à notre activité d'éditeur et à notre souci de l'exercer de façon transparente tout en dialoguant avec tous ceux qui le souhaitent.

vendredi 9 avril 2010

1298. Chronique d'un adultère de Sarah Stern par Delphine Peras dans l'Express.

Sarah Stern et l'infidélité

MÉNAGE É TROIS

L'auteure aborde avec finesse l'usure du couple et l'infidélité. Bluffant.

Elle s'appelle Rosa Blum, elle va sur ses 40 ans, elle habite un bel appartement rue des Feuillantines, dans le Ve arrondissement de Paris. Sociologue, cultivée, jolie, elle est mariée depuis plus de dix ans avec Jean Bauer qui lui a donné deux beaux enfants, Max et Adèle. Mais, voilà : un doux soir de septembre, lors d'un vernissage, Rosa fait la connaissance de Denis Vinter, écrivain, la cinquantaine grisonnante, sexy, nonchalante. Rosa s'entiche de cet homme qui lui fait entrevoir un nouvel horizon sentimental alors que sa vie conjugale est menacée par la routine. Son père ne lui avait-il pas déclaré un jour qu'"un amant, ça peut sauver un couple" ?

Mais les délices de l'adultère ne durent qu'un temps : Rosa est vite rongée par la culpabilité. De ruptures en retrouvailles, Rosa n'arrive pas à choisir, déprime, dépérit. Ah ! si le destin pouvait décider à sa place... C'est précisément cette incapacité de prendre sa vie en main que Sarah Stern évoque avec finesse dans ce premier roman bluffant. Elle n'a pas choisi un sujet original, pourtant elle parvient à le renouveler, au rythme d'une petite musique où ses phrases courtes, précises, pudiques donnent un ton inédit. La romancière s'enhardit également à imaginer, sous la forme de courtes séquences, les issues possibles de cette histoire qui se joue d'abord à trois, puis à cinq, à mesure que les enfants de Rosa entrent dans la danse douloureuse de la séparation. Leur voix est d'ailleurs restituée avec une formidable justesse. Nul doute que de nombreux lecteurs et, surtout, lectrices, se retrouveront dans le dilemme de Rosa Blum : vaut-il mieux refaire sa vie amoureuse tant qu'il en est encore temps, ou sauver une famille construite avec tant d'amour ?

Légende sous la photo : HARDIE Sarah Stern parle de l'adultère avec un ton inédit.

Par Delphine Peras, le 8 avril 2010

Chroniques d'un adultère, Sarah Stern

jeudi 8 avril 2010

1299. Casse de Daniel Foucard par Florence Bouchy dans Le Monde.

"Casse", de Daniel Foucard : thèse et antithèse

Le roman à thèse a mauvaise presse. Il fait courir à la littérature le risque de se réduire à la simple illustration d'idées. On le soupçonne d'imposer au lecteur un sens unique en laissant derrière lui la complexité des choses et les possibles du langage. Comment éviter le piège de l'exercice quand on a tout de même deux ou trois propositions à avancer sur le monde contemporain ?

Il se pourrait que Daniel Foucard soit de ces écrivains qui ont quelques idées sur la marche du monde. Casse, son sixième livre, met au jour la nouvelle donne de la lutte des classes et débusque, derrière les pratiques contemporaines, les nouveaux rapports de forces et les formes insidieuses de la domination. Mais il les expose en les cachant et nous leurre avec bonheur.

Prenant prétexte d'un échange de mails avec un Chinois curieux de comprendre les démocraties occidentales, le narrateur expose à son intention quelques notions qui rendent compte des tensions propres à notre société. On y apprend notamment que "les deux forces les plus actives, les plus attractives de nos sociétés contemporaines sont (les) tradistes et (les) traders", les tenants de la tradition et ceux des lois du marché. Mais ces théories ne sont notées qu'en post-scriptum. Faut-il les prendre au sérieux ? Au lecteur de choisir.

On préférera peut-être en rester à l'intrigue développée dans le corps des mails. En première instance, Casse est en effet le récit du vol d'une banque, commandité par un artiste contemporain, lequel expose le butin un soir de vernissage. L'auteur des mails est le galeriste, mis au pied du mur par l'artiste. Pris au piège d'une "mécanique esthétique" qui le torture, le galeriste ne peut que "cogiter cogiter cogiter" : "Il va falloir se demander que faire avec cet argent (...). Le conserver comme oeuvre (...), expliquer l'affaire aux assises, se disculper ?" Et puisqu'il soulage sa conscience en se confiant sur le Web, sans doute est-il déjà démasqué par les autorités !

De détours en fausses pistes, Daniel Foucard se garde bien d'imposer un sens explicite à son lecteur. Il l'incite plutôt à traquer les indices disséminés dans l'oeuvre pour en construire le sens : n'a-t-il pas remarqué que la police (de caractère) utilisée se nomme Univers ? Casse n'est-il pas une réflexion sur la paranoïa suscitée par la surveillance généralisée à l'heure de l'Internet ? C'est justement la force et la réussite de l'auteur, que de tenir son lecteur en éveil, sans jamais lui laisser le répit d'une solution définitive.

CASSE de Daniel Foucard. Laureli/Léo Scheer, 172 p., 16 â?¬.

Florence Bouchy, le 8 avril 2010

vendredi 2 avril 2010

1297. Le premier livre antisémite contre l'antisémitisme.

Abner Assoun & Y.B. (Photographie : Thierry Rateau).

Dans l'Obs, cette semaine :

Une fable anti-antisémite

PAR FABRICE PLISKIN

Le juif a deux ennemis : l'antisémite (pas beaux, les juifs) et le philosémite (extra, les juifs). Délirante guignolerie gorgée de saines aberrations, « Bugsy Pinsky contre le complot juif » donnera des boutons à ces deux catégories de Français. Signée Y. B. et Abner Assoun, deux noms qui n'ont pas l'air supercatholiques, cette « fable antisémite contre l'antisémitisme », dans le go?t de Mel Brooks et des Pieds Nickelés, retrace la vie exemplaire d'un certain Pinsky, « Chalala » dyslexique, « s?ur de lui et dominateur ».

Quoique « né d'un père ashkénaze polonais et d'une mère séfarade diabétique », Pinsky se convertit à l'islam après un séjour en prison où « 99% des détenus sont d'origine antisémite ». Parmi eux, un ch'ti néonazi « qui voudrait regrouper les juifs du Nord dans le Häagen-Dazs des Champs-Elysées ». Sous son magistère, Pinsky, homme du Livre, dévore, « dans l'édition Grasset de 1933 », « les Protocoles des sages de Sion », un des plus fameux faux de l'histoire de l'Occident : bricolé par la police secrète du tsar Nicolas II, ce long-seller conspirationniste - conspira-sioniste, dirait notre héros - visait à faire accroire que les juifs se disposaient à conquérir le monde.

Avec ses doux compagnons de la cellule 212, Pinsky fonde les Fines Lames de l'islam. Mais ce groupuscule en burqa n'a pas les moyens de ses ambitions exterminatrices, ni le professionnalisme des « Experts à Jérusalem-Est ». Au gré de son burlesque djihad, les auteurs mettent un nez rouge aux grands récits fantasmagoriques de l'époque, du « complot négro-islamiste » aux bobards dieudonnards. Un bon suppositoire à l'heure où la rive gauche de Paris bat la campagne jusqu'à confondre la queue de Polanski et l'honneur de Dreyfus, quand elle ne lance pas une fatwa gaga contre la Suisse avec l'ami Kadhafi. Dommage que le livre finisse par comploter contre lui-même, dans sa deuxième partie, à force d'entasser les bons mots.

Fabrice Pliskin le 31 mars 2010."

Inutile de dire que je ne suis pas du tout d'accord avec cette dernière phrase de Fabrice Pliskin, quand on a commencé, on ne peut plus s'arrêter, et même, je crois qu'on en redemande. leo

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