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lundi 30 novembre 2009
Par general,
lundi 30 novembre 2009
Sur le Journal des penchants du roseau l'échange (volé au Roseau) entre Chris-Éric Ergans et Christian sur le blog sous le titre Le Textile au clair de lune fournit un éclairage sur "Le Parti d'en livre" : Lire la suite
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Par general,
lundi 30 novembre 2009
Un moment
L'occasion faisant le larron, j'y vais à mon tour d'une bafouille sur Conquistadors, avec l'avantage que des critiques méticuleuses (Ristat, Stalker, Marco) et des commentaires divers me libèrent de la hantise d'en oublier et de la vanité d'être définitif. Les premières m'ont donné envie de lire ce livre, les seconds de le défendre.
Peut-on s'ennuyer à la lecture de Conquistadors ? Certainement. Prétendre l'ennui inévitable est en revanche signe de la pire des stupidités : la bêtise arrogante qui rapporte toute chose à ses insuffisances.
Le jury d'un prix internautique a estimé que Conquistadors est un roman « hors norme » et l'a récompensé comme tel. Passons sur la maladresse du propos – il n'y a d'ambition littéraire qui ne veuille sortir du lot – pour en relever l'intention : souligner que Conquistadors échappe aux tentatives de le circonscrire à un genre. Épopée, roman, poème ? Oui, à la fois et sûrement davantage encore. Un roman historique ? Non, sûrement pas ; et doublement pas, car pas d'Histoire ni d'histoire, rien qui ne file en ligne droite.
Conquistadors est un livre impressionnant, dans son ambition et par la trace qu'il imprime, un livre à l'écriture habitée, presque hallucinée, un livre exténué, aussi, comme ses personnages, épuisant parfois, mais à la litanie prise de vie par des ivresses soudaines, des élans dans sa lenteur, des échappées dans sa circularité.
Éric Vuillard époussette les cuirasses et au bout d'une phrase inaugurale longue comme un inventaire accouche d'un « avançait » qui ébranle depuis l'été 1532 le cortège de Pizarre, des Pizarre et des autres qu'il m'est souvent arrivé de confondre – mais d'une meute, qu'importe de savoir à qui sont tous les crocs ? Le cortège s'ébranle, difficilement. Conquistadors n'est pas un livre difficile mais son souffle (intérieur) n'emporte pas le lecteur ; il n'est pas difficile, il est immobile. Si c'est une épopée, elle ne va nulle part.
Nous sommes à ce point, nous tournons autour, embourbés avant la fulgurante mondialisation de l'or et de la syphilis. Dans un temps circulaire – contre un temps historique – un temps qui nous est coalescent. Dans un tableau du Titien où « tout (serait) soudain pris dans tout, comme si la double comptabilité, l'eau bénite et la porcelaine formaient une seule lave vivante, dont les éléments disparates seraient tenus ensemble par le sang ».
Nous en sommes là, un lieu, un temps : le moment ; l'événement, après lequel « il n'y aurait plus de terre promise », « de royaume rêvé », « d'Éden sauvage », mais l'unité du monde, notre monde, d'où le roman s'écrit, quand les idoles ont été fondues dans les coffres en minuscules lingots, qu'une cabine se loue 1,50 dollar aux thermes de Pulcamarca. Là-maintenant où, depuis, l'avenir serait écrit, et le passé aussi « car nous ne saurons jamais ce que les événements ont enfouis sous eux. Ils se labourent seuls, sans cesse. » Et encore : « Les événements brûlent leurs racines. C'est de ça qu'ils se chauffent. »
Devant ce labour, à ce foyer, nous sommes tenus pendant qu'il est trop tard : nous avons le temps. Le temps, matière du livre. Dans le sang, la boue, la neige. Et l'or « qui allait les décevoir. » L'or en sa quintessence et non sa quête – au sens d'une progression. Pas de sens : « Les événements appartenaient à la même fourrure dont le monde se couvrait le corps (...) Mais le sens ne voulait pas être approfondi. Rien ne voulait être compris. La vie circule et danse. » Plus que des hommes de leur temps, les conquistadors sont des hommes du moment, ce moment dont ils ont la chair et l'étoffe. Ils ne sont pas des colonisateurs qui inscrivent leur projet dans le temps, mais des conquérants engagés par une geste abominable à laquelle seul le mirage de l'or donne un mirage de sens.
Nous sommes à un point aveugle, littéralement sidérant, qu'un des Pizarre ressent aussi confusément, constatant que plus une règle ne vaut, à tel point qu'un nègre peut trôner en litière sur un royaume vaincu. « Les mots restaient là, comme des pierres. Il y avait quelque chose d'inexistant dans les mots. Une fente secrète où il ne pouvait glisser son haleine et sa rage. »
Nous sommes à ce moment qui travaille en nous, dans sa succession et dans sa permanence, à « l'envahissement du Nouveau Monde » que Levi-Strauss oppose à sa « découverte ». « La destruction de ses peuples et de ses valeurs » qui, dit celui-ci, appelle encore « un acte de contrition et de pitié », quand, écrit Éric Vuillard « les Indiens, les péons, les nègres durent pour la suite des temps demander pardon du péché commis au détriment de leurs races. » (En épigraphe, en épitaphe, il place : « GLORIA VICTIS ! »)
La sidération est pour le lecteur un moment d'envoûtement. J'ai lu Conquistadors comme dans un rêve ; j'ai rêvé avec Vuillard. Éric Vuillard a rêvé la conquête et les conquistadors se lèvent de son rêve. « Au matin, tels des cadavres les hommes surgissaient lentement de la terre. » Et comme dans un rêve, il ne soutient pas la réalité en entier, se passe de grandes descriptions, de contexte, de chronologie, se concentre sur des impressions, des sensations, esquissant les nuages d'un ciel changeant.
Les conquistadors ont leurs raisons pour avoir quitté l'Espagne. Petites raisons : une mule, un cochon, un couteau. Mais de fait ils sont appelés : un destin doit se réaliser. Pas question bien sûr de nécessité historique, ils sont appelés a posteriori, par le rêve de Vuillard dont ils sont en quelque sorte possédés. D'où leurs exploits insensés : « Pendant que Pantagruel construisait le pont du Gard et les arènes de Nîmes en moins de trois heures, Pizarre faisait crouler un empire en moins de deux. » Une bande de coupe-jarrets défait une armée ; ils le peuvent parce qu'ils le doivent, c'est leur destin. « Après vingt-cinq ans passés à le pourchasser (Pizarre) faisait enfin face à l'adversaire qu'il s'était créé. »
Dans le moment, s'infiltre le souvenir d'un baiser, la saveur d'un fromage. D'un ailleurs plutôt que d'un passé. N'ont-ils pas toujours été où les Indiens les attendaient ? A peine subie, Atahualpa se souvient de sa défaite. Vague souvenir, comme un songe : « Elle semblait réaliser un désir, obéir à une révélation très ancienne qu'on lui avait dite, mais dont il ne se souvenait plus ». Les Espagnols conquièrent sans découvrir, dans un « déjà vu ». Leurs futurs exploits ont déjà été chantés « dans une cour d'auberge à Caceres ou à Burgos ». Ils sont déjà venus, ils ont déjà vécu. Éric Vuillard les rappelle, les ranime.
Le moment convoqué les réveille ; ils sont à jamais de ce moment, c'est le leur, ce moment sur lequel ils règnent comme des dieux. « Pizarre nommait les rivières, les collines, il donnait aux lieux les noms de l'avenir. » Dieux gibbeux : Roi-chèvre, dieu de corne, scorpion des collines, petits génies des foins dans ce « désordre des temps ». Petits dieux jaloux dont les états d'âmes flétrissent dans l'ombre tutélaire du « Dieu sévère de Moïse », celui « des retables et de la lumière qui recueillerait des pluies d'or ». Petits dieux et leur terrain de jeux, comme des enfants dans la toute-puissance. « Ils bramaient leurs déclarations au nez de peuples qui ne les entendaient pas ; ils s'adressaient aux mouches, aux tarentules, aux perroquets. »
Pour quel dessein ? « Étaient-ils venus de si loin pour réaliser en tous points les prophéties d'un peuple ? » Ils ne sont là que pour eux. Rien d'entièrement humain ne les meut. Qu'ils soient de notre espace-temps ne nous les rend pas plus proches. Bien « qu'un immense plateau dénudé nous sépare de ce qu'ils pensaient, craignaient, complotaient », les Indiens nous sont moins étrangers qui, comme nous, sont spectateurs de ces Espagnols caracolant, cavaliers de leur apocalypse. Les Indiens : « Mais qu'ont-ils vu au juste ? Ils ont vu ce que l'on rêve de voir. La fin. » Car : « Je ne verrai jamais un monde qui s'écroule, pense chacun de nous. Mais au fond, c'est notre grand désir : pieuse et brutale fin des temps. Et voilà qu'un peuple l'a vue. Il faisait beau. Le ciel était clair et l'air frais, lorsque défilèrent les armes rutilantes. »
Les conquistadors sont à la fin. Pour vivre ces nuits quand « la crainte et le désir du lendemain ramènent à nous les pensées enfouies. (...) Peut-être ne devient-on conquistador que pour ça. » Et à la fin du monde, ces types font froid dans le dos. Dans l'entropie de l'événement, ils se déchirent. Pour les Indiens « assis sur les gradins naturels de cette arène de collines », le match est disputé « et la tête d'Orgoñez passe de mains en mains comme un ballon de cuir. »
Le plus humain des cavaliers d'Apocalypse, c'est Almagro, l'homme à contretemps qui, arrivé plus tard, arrivé trop tard, n'est lui pas tout à fait du moment, mais de sa répétition (perte de l'innocence, nous dit Freud), rêvant qu'il aurait pu le partager dans une fraternité enfantine. « Peut-être ne reste-t-il des choses accomplies que les rêves tristes », se demande-t-il. Dans le regret du monde, de prolonger sa fin, proroger l'événement de la fin, il implore « un moment, juste un petit moment ».
nic le 30 novembre 2009
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samedi 21 novembre 2009
Par general,
samedi 21 novembre 2009
Sur Le Clavier cannibal II :
Sachez chasser : lisez Zaroff
par Claro
La chose est entendue : l’homme est une proie pour l’homme. A fortiori, donc, pour l’écrivain. Il ne suffit pas de se choisir des cibles, encore faut-il les identifier, les identifier et les éliminer, en s’esquivant à temps, tête haute, corps voûté, sans courir, à fond de train.
Le Zaroff de Julien d’Abrigeon – publié par Laure Limongi, label LaureLi, en librairie le 25 novembre, extrait ici – exécute des contrats, il exécute, c’est un exécuteur, mais il n’est pas certain que ses victimes soient forcément celles qu’on croit. Le récit de ses battues, qu’on devinera assez vite «en brèche», se répartit en chasses, sorties, reflets, traques et cavales, à lire dans l’ordre qu’on voudra, car de toutes façons personne ne sortira d’ici vivant.
Une chasse, qu’est-ce que c’est ? Eh bien, outre une partie de plaisir, c’est un peu comme un chapitre : des règles s’inventent, qu’on enfreint, un style se présente, qu’on fauche, des constantes s’installent, qui brûlent. Zaroff n’est pas là pour nous donner le goût du sang ou des envies de pitié. Zaroff est là pour piéger la langue, sa langue, et toutes celles qui s’amusent à pendre. S’il sent que la syntaxe le suit, il la piège. S’il faut donner des directions, il les donne, se perde qui veut. D’Abrigeon est aux platines, il fait grincer les ritournelles, se saborde en souriant, fait du paradoxe un boomerang. A chaque phrase, il repart de zéro, permute, invite, détourne. Dès qu’on le suppose bricoleur, il se révèle armateur. Tel un pied piétinant son empreinte avec son ombre, il repasse par les tropes qu’il tord. Et s’ingénie à faire bégayer le lecteur qui s’imaginait convié à d’affreux tours de manège dans la conscience.
Zaroff est un chasseur d’un genre particulier, qui apprend au lecteur à chasser le sens, à coups d’immédiates impostures, d’escamotages peu réglos, de fuite en avant en arrière à droite à gauche. Il dit « je », mais comme s’il mordait le « je » du lecteur, à la façon poético-délictueuse d’un Cadiot, sachant très bien où il va, c’est-à-dire au milieu, milieu de la langue parce que plis à passer par, milieu du récit parce que la trace parle, elle aussi.
Sa dictée est enrayement. Le fluide l’attire, mais pour mieux déliter. Quel énergumène, ce Zaroff. Refusant d’être personnage, trahissant le narrateur en lui, toujours à l’affût, planqué fuyard prédateur. Et plus on le suit dans ses méandres, plus on efface ses repères.
Comment fonctionne un livre qui veut s’en sortir, veut sortir du livre, du lecteur ? Julien d’Abrigeon le sait, le dit, le fait. Et en plus l’écrit, la preuve :
« Le piège amuse s’il est un peu ludique. Les trous, pics et branchages fonctionnent, efficaces, mais ils lassent. Je me plonge dans la lecture d’anciens manuels de chasse, les pièges y sont pléthore. Un peu d’astuce, d’espièglerie, et la mécanique est adaptée à l’homme. »
« Le mécanisme est conçu. Il fonctionne. Un mouvement en entraîne un autre. Le levier, levé, déclenche le mouvement de la clenche. Il s’enclenche au préalable. Le ressort se compresse. Sa force est comprimée. Elle attend le stimulus mécanique. Une lamelle se déplace. La ficelle sur la poulie se meut. L’engrenage est simple. Les forces se démultiplient. La mise en branle est dès lors inévitable. Coulisse, glisse. Une fois la chevillette tirée, la bobinette choit. La bobinette chue, tout s’enchaîne alors avec moins de minutie et la sauvagerie s’applique, sans détour. »
L’art poétique tue, il tue toujours, il se tait aussi, de temps en temps, pour aller ailleurs, essayer d’autres milieux, coller à d’autres climats. Il cloue le lecteur, l’aide à s’arracher, on ne saurait s’en passer, on repasse, ça a changé, encore et encore.
D’Abrigeon n’a pas créé Zaroff, certes. Zaroff existait déjà, d’abord dans un film en noir et blanc, puis dans les consciences, à l’état séminal, comme le nom Zaroff, le mot Zaroff, un zaroff oublié chassé par un zaroff recommencé, jusqu’à ce que, bing ! d’Abrigeon reprenne Zaroff, sa force, sa volonté, et lui inocule l’insidieux humour du chasseur sachant chasser, de l’écrivain écrivant qu’il écrit. C’est un jeu de massacre, on se le dit, on le lit.
Et comme si ça ne suffisait pas, Vincent Sardon (1) a créé une des plus chouettes couvertures de livre de l’année. Finalement, ce mois de novembre aura servi à quelque chose.
Claro, le 19 novembre 2009.
(1) Tampographe.(ndlr)
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vendredi 13 novembre 2009
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mardi 3 novembre 2009
Par general,
mardi 3 novembre 2009
"Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes."
Jacques Seguela.
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