Accueil
Nous contacterPlan du site

La Revue Littéraire - revue de presse

La Revue Littéraire n°1, avril 2004

Les grandes ou ambitieuses initiatives dans le domaine des revues littéraires sont assez rares pour êtres saluées - lorsqu’elles surviennent - comme elles le méritent. Datée d’avril, le premier numéro de la sobrement nommée La Revue Littéraire est lancée par les éditions Léo Scheer sur une base large, consensuelle et implicite, puisqu’aucun programme ou manifeste ne l’accompagne. Mensuelle, "exclusivement consacrée à la littérature", La revue Littéraire, qui n’aura pas de comité de rédaction, entend se soustraire, comme le précisait le communiqué de l’éditeur, à " l’emprise du débat médiatique sur les enjeux littéraires comme sur ceux de toute pensée, et plus singulièrement encore sur ceux de l’imaginaire". Il s’agit donc d’"ouvrir ce territoire [la littérature]" et "d’accueillir l’ensemble de cette communauté", de "renouer le fil interrompu des grandes revues littéraires de l’ère pré-médiatique". Dirigée par Léo Scheer, assisté par Florent Georgesco et Angie David, La Revue Littéraire publiera donc des textes, des chroniques et des critiques, "quels que soient leur genre littéraire, leur époque ou leur origine ". Dans le premier numéro, on trouve ainsi des textes de Frédéric-Yves Jeannet, Dominique Noguez, Silvia Baron Supervielle, Raymond Federman..., des chroniques de Pierre Bourgeade, Béatrice Commengé, Gabriel Matzneff... et une présentation critique de Malcolm de Chazal par Jean-Paul Curnier et Éric Meunié.

Patrick Kéchichian , LE MONDE, 25/03/2004

« Nouvelle publication mensuelle ouverte, la première livraison de l’ambitieuse Revue littéraire, pilotée par Florent Georgesco, affiche un sommaire aussi hétéroclite qu’appétissant. On y retiendra les poèmes de Silvia Baron Supervielle et de Roger Dadoun, auteurs injustement négligés, ainsi que les proses envoûtantes des jeunes Olivier Capparos (Le Prince nu) et Jacques Brou. À noter également les chroniques de Gabriel Matzneff et de Béatrice Commengé, sans oublier les Leçons sur la langue française de Pierre Guyotat. À suivre. »

Thierry Clermont, LE FIGARO LITTÉRAIRE, 15-04-2004

« Bonne nouvelle : Léo Scheer lance une revue mensuelle en librairie. Au sommaire en avril, des auteurs confirmés comme Gabriel Matzneff ou Pierre Bourgeade, aux côtés d’écrivains plus confidentiels, comme Marie-Odile Beauvais ou Béatrice Commengé. La première partie regroupe des textes courts, celui de Dominique Noguez qui relate ses découvertes récentes et farfelues en histoire littéraire (Jules Goncourt, doué, aurait été séquestré par son frère jaloux...), un poème de Silvia Baron Supervielle, ou Autophagie de Jacques Brou, une prose haletante, salée, salace, surgie de toutes les sécrétions de l’humain, baves, mouilles, foutres... Suivent des chroniques signées Pierre Bourgeade (Arrabal en réunion avec Beigbeder, tout un programme...), une charge contre la “pensée nosocomiale” de Christian Combaz (sur ces chefs de clinique de la pensée qui voudraient qu’on traite tout par la “déconne”)... En fin d’ouvrage, le lecteur trouvera des notes de lecture sur des ouvrages récemment parus, tels Seul de Laurent Mauvignier, Le Goinfre de Maryline Desbiolles ou Une heure avant la fin du monde de Joseph Roth. Et pour finir en apothéose une leçon - drôle et érudite - sur la langue française du grand Pierre Guyotat. »

Fabienne Jacob, ZURBAN, 7/13-04-2004

« Les Éditions Léo Scheer offrent une nouvelle revue, La Revue littéraire. Si la maquette évoque de manière flagrante la vieille NRF, y compris dans ses faiblesses, la qualité du ton et surtout du sommaire, qui réunit Silvia Baron Supervielle, Béatrice Commengé, Pierre Bourgeade, Gabriel Matzneff, Dominique Noguez, Christian Combaz et Pierre Guyotat... suscite l’intérêt. Les revues sont précieuses à la vie de la littérature et La Revue littéraire est à suivre avec enthousiasme. »

LES LETTRES FRANÇAISES, 19-03-2004

« J’y ai trouvé moult textes de qualité, variés, écrits. J’y ai entendu des voix différentes venues faire le bœuf avec d’autres, sans s’y confondre. Mes préférences vont à l’étincelante Béatrice Commengé, au fleuret de Matzneff et à la stimulante première “Leçon” de Pierre Guyotat, dont La Revue littéraire entame ici la publication complète. J’y ai pris plaisir et j’attends déjà la prochaine livraison. Et comme disait Lautréamont, allez-y voir par vous-même... »

Olivier Renault, PAGE DES LIBRAIRES, avril/mai 2004

La Revue Littéraire n°3, juin 2004

« Si un vrai livre est un sentier dans un bois, une revue est une clairière : Mille chemins ouverts, pour reprendre le beau titre de Julien Green. Parmi les dernières nées, après Pylône à Bruxelles, voici à Paris La Revue littéraire (Éditions Léo Scheer). En son numéro de juin, elle est, d’ores et déjà, ce que furent les meilleures : un banc d’essai, un catalogue d’échantillons, un belvédère (d’où se redessine l’actualité), un puits jamais sec (il reste toujours quelque chose à lire, même longtemps après). Elle pratique fructueusement l’amalgame : auteurs connus (Franck Venaille, Éric Chevillard, Pierre Guyotat) et moins connus prometteurs (Éric Vuillard, Jacques Brou). Et son rythme de parution mensuel lui permet ce que les revues trimestrielles ne peuvent plus s’offrir : les à suivre (Christian Combaz), les réactions à l’actualité brûlante (Emmanuel Pierrat, Pierre Bourgeade). Bourgeade qui, ébloui par les exploits de Gabriel Matzneff dans le dernier tome de son journal (souvent trois petites amies par jour), note : “Comment n’est-il pas membre de l’Académie française ? Il y a, je crois, sept femmes. Elles lui feraient une semaine.” »

Dominique Noguez, LIVRES HEBDO, 8-06-2004

La Revue Littéraire n°6, septembre 2004

« Puisque personne ne daigne plus évoquer le nom de Gabriel Matzneff, signalons sa présence au sommaire de La Revue Littéraire. “Calamity Gab” nous entretient ici de la vie impossible qu’ont juré de lui faire les cafards, les balances, les pharisiens et les condés de tout poil. La dernière fois, on s’en souvient, c’était sur un plateau de télévision. Et qui s’est-il trouvé pour le défendre ? Mazarine Pingeot. Pour ce geste plein de bravoure, tous ses mauvais romans seront désormais pardonnés à la “Présidente”. »

LE FIGARO LITTÉRAIRE, 9-09-2004

La Revue Littéraire n°7, octobre 2004

« La Revue Littéraire, publiée par les Éditions Léo Scheer, en est à son septième mois et son septième numéro, elle a pris sa couleur et sa densité, il faut revenir y voir. Dans les derniers numéros, le retour d’Alain Nadaud ; l’auteur d’Archéologie du zéro et de L’Envers du temps nous reviendrait-il ? Au sommaire de ce n° 7, avec un texte de Mathieu Bénézet, on trouve Bruno Krebs, dont on avait aimé au printemps le recueil de nouvelles La Mer du Japon chez L’Arpenteur, Pierre Guyotat commentant les rythmes de Rutebeuf et Villon, et Le Partage des yeux de Jean-Luc Parant, dont nous avions accueilli les prémices. »

REMUE.NET, 18-09-2004

La Revue Littéraire n°9, décembre 2004

« Même La Revue littéraire sacrifie à ce sport national [le lancer de peau de banane]. Le magazine des intellectuels qui pensent publie le journal de Jacques Lassalle, qui a mis en scène Fanny Ardant et Gérard Depardieu dans La Bête dans la jungle, l’événement théâtral de la saison. Que lit-on page 68 ? “Gérard pour Cuba (...). Il nous l’avait dit : ‘Le vieux Fidel sent qu’il va mourir. Il me veut à son chevet. Il m’aime bien, le vieux. Et puis, il y a du pétrole entre nous.’” Et page 72, comme Depardieu ne sait toujours pas son texte : “À son retour, deux types d’oreillettes attendront Gérard au théâtre : celle où l’acteur préenregistre son texte lui-même et se l’autorestitue ; et celle qui, exigeant chaque jour l’intervention d’un ‘émetteur’, indique en les anticipant répliques et déplacements ; son double en quelque sorte. Gérard choisira. » Ciel ! Depardieu serait doté du même accessoire qu’un vulgaire animateur télé ? On croit applaudir une star et c’est une marionnette qui salue ? Le choc est rude. Que penser de cette révélation ? Règlement de comptes ? Vacherie ? Perfidie ? Crêpage de chignon ? Dérapage incontrôlé d’un metteur en scène épuisé ? Non, c’est, paraît-il, seulement un petit meurtre entre amis qui se veulent du bien. Page 80, Jacques Lassalle écrit : “Gérard rayonne. Sans le moindre pathos. En ménageant la juste distance. Avec un phrasé et une cadence dignes des années Henri Rollan à la Comédie-Française.” Il poursuit, émerveillé : “L’enseignement de Jean-Laurent Cochet n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.” Juste dans celle d’une oreillette. »

Michèle Stouvenot, LE JOURNAL DU DIMANCHE, 14-11-2004

La Revue Littéraire n°14, mai 2005

« La Revue littéraire est dans sa deuxième année. C’est une revue de textes (essais, fictions, critiques, etc.) qui frappe par sa variété et son absence manifeste d’œillères. Par exemple, dans le n° 14 (mai 2005), on aura eu autant de plaisir à lire une brillante nouvelle de Michel Mourlet que les commentaires vagabonds de Pierre Guyotat sur Rhéticus, Koestler et Ronsard. »

ÉLÉMENTS, automne 2005

La Revue Littéraire n°14, mai 2005

« Que Proust ait fréquenté les bordels réservés aux hommes entre eux n’est pas une surprise. Qu’Albert Le Cuziat, ancien valet de chambre du prince Radziwill et le comtesse Greffulhe, ait été l’un de ses “indics” pour l’évocation des moeurs salaistes (ainsi qu’il disait à l’exclusion de “pédérastes”) pour l’élaboration de la Recherche ne l’est pas davantage. Tout proustien sait ce que Jupien doit à Le Cuziat, tenancier de deux maisons spécialisées fréquentées par moult députés, ministres et officiers, l’un un établissement de bains rue Godot-de-Moroy, l’autre dit l’hôtel Marigny, garni situé au 11 rue de l’Arcade. C’est surtout dans ce dernier que le romancier viendra se dissimuler, derrière une petite fenêtre prévue à cet effet, pour observer les rituels sado-masochistes qu’il prêtera notamment à Charlus. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est ce que la police en savait. Grâce à Laure Murat, désormais, on sait. Biographe inspirée de l’aliéniste des artistes le fameux docteur Blanche et du couple Sylvia Beach/Adrienne Monnier, elle publie dans le dernier numéro de La Revue littéraire (N° 14, mai 2005) une contribution édifiante intitulée Proust, Marcel, 46 ans, rentier. Un texte qui fleure bon l’archive inédite, et pour cause. Il s’agit d’un document de la Brigade des moeurs chargée de la surveillance des maisons closes, échappé du dossier “Le Cuziat, Albert” truffé de lettres anonymes, et conservé aux archives de la préfecture de police où nul ne l’avait encore déniché. Dans son rapport en date 19 janvier 1918, le commissaire Tanguy écrit au lendemain de sa descente rue de l’Arcade : “Cet hôtel m’avait été signalé comme lieu de rendez-vous de pédérastes majeurs et mineurs. Le patron de l’hôtel, homo-seuxuel (sic) lui-même, facilitait la réunion d’adeptes de la débauche anti-physique. Des surveillances que j’avait fait exercer avaient confirmé les renseignements que j’avais ainsi recueillis. A mon arrivée, j’ai trouvé le sieur Le Cuziat dans un salon du rez-de-chaussée, buvant du champagne avec trois individus aux allures de pédérastes.” Et parmi eux, sur la liste, entre un soldat en convalescence et un caporal en attente d’être réformé : “Proust, Marcel, 45 ans, rentier, 102, bd Haussmann”. On s’en doute, en découvrant le compte-rendu de cette rafle qui se solda par la fermeture de l’établissement (levée peu après par l’un des puissants qui fréquentaient la Maison), Laure Murat ne s’étonne pas d’y trouver ce cher Marcel. “L’émotion viendrait plutôt d’une incongruité rhétorique qui soudain fait se rencontrer et se superposer, dans la poussière des archives, la sécheresse mécanique du discours policier avec les pages inoubliables sur la race des tantes...” écrit-elle. D’un côté, un écrivain qui aura déployé une intelligence et une sensibilité sans équivalent dans la littérature du siècle pour évoquer le désir d’invisibilité d’invertis terrorisés à l’idée d’être confondus en société, de l’autre un flic qui identifie aussitôt un homme comme “pédéraste” à son allure. Pour l’anecdote, il est piquant de relever que Léo Scheer, éditeur de La Revue littéraire, ont aujourd’hui leur siège rue de l’Arcade à quelques numéro de là ... A signaler également dans ce même numéro de La Revue Littéraire un texte étrange et envoûtant d’un certain Sacha Ramos. Jusqu’à ce jour, j’ignorais tout de cet auteur. Vérification faite en fin de recueil, ce Parisien d’origine espagnole vivant à Rome est un danseur et chorégraphe de 36 ans. Il est déjà l’auteur de Larme à gauche paru il y a dix ans à L’Age d’homme, mais qui m’avait échappé. En tout cas, cette vingtaine de pages publiée en ouverture de la revue sous le titre Le Dernier homme (œuvres complètes) a un son qui la distingue de tous les autres et mérite qu’on s’y arrête en guettant ce qui sortira ensuite de cette plume. »

Pierre Assouline, LA RÉPUBLIQUE DES LIVRES (passouline.blog.lemonde.fr), 1-05-2005

La Revue Littéraire n°19, octobre 2005

De la vengeance en littérature (et de Bob Dylan surtout)

La vengeance est un plat qui se mange congelé. Camille Laurens (Dans ces bras-là, L’Amour, roman, Le grain des mots, L’Avenir) a attendu un peu plus de trois ans pour river son clou à Pierre Jourde. Avec quelques autres, il lui avait taillé un costard pour quelques hivers littéraires dans son pamphlet assassin La littérature sans estomac. Ni coups, ni insultes, ni proçès, ni droit de réponse. Camille Laurens a préféré retourner son arme contre lui : la dérision.

Selon le vieux principe de l’arroseur arrosé, elle a appliqué à Festins secrets, le dernier roman de Pierre Jourde, la propre méthode critique mise au point et en pratique par celui-ci pour tuer les livres des autres. Drôle, décapant, impitoyable. Rien de tel que ce genre de mise à nu pour révéler les procédés conscients ou inconscients de tout écrivain. L’effet comique rappelle celui qui se dégageait des pastiches de Duras et de Barthes de Patrick Rambaud.

Le morceau de Camille Laurens se trouve dans la dernière livraison de La Revue littéraire (234 pages, 12 euros, Éditions Léo Scheer). Mais dans ce même numéro, je lui ai préféré un autre texte, d’un tout autre genre il est vrai : "Mon vieux Bob Dylan" de Nicolas Vatimbella. En voilà qui connait son sujet sur le bout de ses cordes ! Au-delà de la référence archiconnue à Woody Guthrie, il préfère creuser du côté de dettes moins évidentes à Robert Johnson et même à ... Kurt Weil ! Pour lui, Dylan a moins composé que recomposé, replacé, refigurer, réutilisé mais avec son génie propre : "Dylan crée ses chansons entouré de toutes les chansons passées et de toutes les histoires qu’elles racontent et de tous les mythes qu’elles véhiculent".

Pierre Assouline, LA RÉPUBLIQUE DES LIVRES (passouline.blog.lemonde.fr), Octobre 2005

Revue et corrigés

La Revue Littéraire des Éditions Léo Scheer publie depuis un an et demi des recensions remarquées d’ouvrages, signées par des plumes éclairées comme celle de Laure Limongi, et qui tracent une certaine ligne de partage dans les écritures contemporaines. La Revue Littéraire est aussi un laboratoire qui a permis de découvrir Éric Vuillard ou Jacques Brou. Pierre Guyotat y donne ses phénoménales leçons sur la langue française prononcées à Paris - VIII. Et on y trouve aussi des chroniques assez controversées (Pierre Bourgeade l’année dernière), qui jettent de l’huile sur le feu germanopratin. Dans ses numéros d’octobre et novembre, la revue a décidé de nous faire rire un peu, en retransmettant un débat sanglant entre Camille Laurens et Pierre Jourde. Ce dernier avait brocardé Dans ces bras-là de Laurens dans son essai La Littérature sans estomac et son parodique manuel Jourde & Naulleau. En réponse, et comme elle l’écrit "selon le principe de l’arroseur arrosé", Laurens passe le dernier roman de Jourde, Festins secrets, à la douche froide. S’amusant à faire la maîtresse d’école, Laurens assassine d’abord quelques boursouflures de style : " Tu ne souffres pas d’insomnie, mais d’une “confiscation du sommeil” ; tu ne te laves pas, “tu procèdes à tes ablutions”, tu ne fais pas le ménage, “tu traques ds pulvérulences”, tu ne pleures pas, tu laisses échapper “deux sphères minuscules”, tu n’éjacules pas, “ta semence glaciale s’insinue dans les régions profondes du corps” de ta partenaire”(...). S’agit-il de sperme congelé ? Tu ne le dis pas." S’ensuivent d’hilarantes considérations sur Marie-Claire et la psychologie du sexe ou l’usage du oui chez Duras qui se closent par un cruel : " La langue est vicieuse mon Pierrot. Réussir une rédac, quel enfer." Pierre Jourde répond briévement dans le numéro de novembre, accordant une " excellente note à Laurens pour sa critique, et de conclure à son tour : " On doit se rendre à l’évidence, Camille Laurens a donné ici son meilleur texte." Suit une réponse à la réponse, on vous en réserve la surprise.

Éric Loret - LIBÉRATION - Jeudi 3-11-2005

La Revue Littéraire n°21, décembre 2005

Finkielkraut veut faire "dérailler" internet

Cette nouvelle interwiew d’Alain Finkielkraut fera certainement moins de bruit que la précédente, sauf dans la médiasphère, la première concernée. Où l’on voit que le philosophe ne craint pas d’enfoncer le clou, quitte à se faire définitivement cataloguer comme « néo-réac », ce dont il se fiche à juste titre. Car sous la colle des étiquettes, les idées demeurent et elles seules valent d’être analysées nonobstant les catégories dans lesquelles on se hâte de les ranger. L’entretien en question paraît ces jours-ci dans le numéro de décembre de La Revue littéraire (No21, 256 pages, Éditions Léo Scheer). Il s’intitule "Après la défaite" et il est conduit par deux piliers de la revue, Vincent Roy et Florent Georgesco. Consacrés principalement au dernier livre d’Alain Finkielkraut (Nous autres, modernes), les propos ont été recueillis le 14 octobre dernier, soit avant le scandale déclenché par l’article de Haaretz. En voici des morceaux choisis, selon un nécessaire « montage » réalisé par ma pomme avec rigueur et honnêteté, ce qui va sans dire mais va mieux en le disant en un temps où la moindre virgule déplacée vaut un procès d’intention :

Question : (...) On entend partout que vous êtes un conservateur. Mais je crois plutôt que vous êtes moderne au point de réinventer la modernité. Vous dites : regardons ce qui se passe derrière nous pour exister aujourd’hui

Réponse : Oui, j’entends bien -il faudrait être sourd pour ne pas l’entendre !- qu’on me traite de conservateur, voire de réactionnaire. Je suis considéré par toute une intelligentsia progressiste comme un personnage pas fréquentable (...) On connaît aujourd’hui un durcissement, une radicalisation politique. Et, comme d’autres, j’en fais les frais (...)

Question : Vous semblez ne pas avoir renoncé à l’idée qu’en philosophie, la vérité ne peut exister en dehors d’une forme de beauté. Mais n’est-il pas trop tard ? (...) Réponse : La poésie consiste à rendre grâce. La célébration est sa tonalité fondamentale. Or, l’une des tendances de la modernité est de substituer à la gratitude envers le donné un ressentiment illimité à son encontre. Ce ressentiment conduit à la création de ce que le philosophe Rüdiger Safranski appelle une « cité tautologique », c’est-à-dire un monde où l’homme ne rencontre que lui-même, à travers ses produits, ses instruments, où l’homme, tout harnaché de prothèses, vit dans une connexion perpétuelle, au milieu des écrans. On assiste à une éclipse de la nature - une disparition progressive du donné (...)

Question : Vous connaissez les blogs, où tant de gens, qui parfois ne s’adressent plus à personne, se répandent. Eh bien, j’ai entendu récemment un mot nouveau : blogosphère, dont je ne sais pas ce qu’il désigne au juste, sinon peut-être ce bavardage permanent, ce bruit de fond de l’expression universelle où tout attention, et toute contemplation, est devenue impossible.

Réponse : Vous avez raison. L’avenir de la culture, ce n’est pas le désert du silence total sous un pouvoir écrasant, mais, en effet, la glossolalie, la volubilité exubérante d’une blogosphère planétaire. (...) Voyez-vous, internet est une thèse sur l’être : l’être est information, et une information, disponible, malléable (...) L’information, internet noient les œuvres dans un flux textuel informe, sans contenu. Et cela satisfait une certaine forme d’égalitarisme. On nous parle beaucoup d’humiliation à l’école : l’humiliation par les notes ; l’humiliation, aussi, par ces œuvres trop belles, trop transcendantes pour reprendre votre terme, et qui manifestent un écart insupportable entre leurs auteurs et ceux qui les lisent. Cet écart doit être comblé et c’est à cela que la technologie moderne, ou hypermoderne, se voue. Je ne vois pas bien comment résister à ce phénomène, car il a pour lui une double légitimité : celle du progrès technique et celle de la démocratie triomphante.

Question : En somme, ce processus consiste, pour combler l’écart entre les œuvres et ceux qui étaient censés les recevoir, à détruire les œuvres.

Réponse : Oui. »

Ailleurs dans l’interwiew, Alain Finkielkraut évoque la fameuse métaphore de Walter Benjamin selon laquelle la révolution n’est pas une locomotive conduisant le train de l’histoire, mais la main de l’espèce humaine tirant l’alarme afin de stopper ce train fourvoyé dans la mauvaise direction. Plus loin, il la reprend à nouveau et dit : « Si le sens de l’histoire, c’est la blogosphère, internet et les jeux vidéos, il faut vraiment essayer de faire dérailler le train ».

Au fond, il en est de la philosophie comme du chemin de fer : il n’y a pas que les trains qui y déraillent. Ce qui, soit dit entre nous, ne m’empêchera pas de continuer à être un lecteur et un auditeur attentifs d’Alain Finkielkraut, de prendre ses écrits et ses déclarations au sérieux, d’apprécier son style, d’estimer son intelligence, de reconnaître son travail sur les idées, d’admirer sa culture, de reconnaître sa sincérité et son indépendance, de lui savoir gré de nous faire réfléchir et de nous bousculer, ce qu’on attend en principe d’un intellectuel. Quitte, dans le même temps, à lui reprocher son manque de sang-froid, son incapacité à résister au piège des formules trop brillantes, sa tendance à être le principal invité de sa propre émission, sa facilité à se laisser griser par sa propre rhétorique, une hystérisation des débats, son sens tragique de la vie abusif et un certain goût du martyr, toutes choses préjudiciables à la dispute intellectuelle.

Pierre Assouline, LA RÉPUBLIQUE DES LIVRES (passouline.blog.lemonde.fr), Décembre 2005

La Revue Littéraire n°28, septembre 2006

Placere et docere

La revue Littéraire, après 27 livraisons mensuelles, change de périodicité : elle devient trimestrielle, ce qui pourrait décevoir ; mais dans sa nouvelle formule, elle offre bien pour trois mois de lecture, en particulier grâce à l’introduction d’une « dossier » sur un écrivain. Pour ce numéro d’automne, c’est d’Hélène Bessette qu’il s’agit : écrivaine trop méconnue - malgré les éloges et le soutien de Raymond Queneau et de Marguerite Duras notamment - , elle est l’auteur de « l’une des œuvres les plus originales, acides, déstabilisantes de ce temps, ce qui met toujours vraiment un peu de temps à être, sinon accepté, du moins simplement vu et connu », selon Laure Limongi. D’autres voix se joignent à ce bel hommage : celles de Mathieu Bénézet, Julien Doussinault, Céline Minard, Frédéric Léal et Nathalie Quintane.

Le reste est à l’avenant, donnant à lire successivement textes littéraires, chroniques, critiques, entretiens, notes en abondance, ainsi que la suite des Leçons de Pierre Guyotat sur la langue française à l’université Paris 8 (pour cette fois, sur Rousseau). Cela commence par une jolie fable acerbe de Françoise Sagan mettant en cause son éditeur, et continue avec des proses diverses et stimulantes de Virgil Tanase, Emmelene Landon et Michel Mourlet. Dumitru Tsepeneag, dont les « Frappes chirurgicales » donnaient naguère le ton de sa revue Seine et Danube, a pu les poursuivre ici, pour le bonheur des lecteurs et la santé de l’actualité littéraire ; elles sont complétées par les « rentrées littéraires » de Christian Authier qui, lui aussi, contribue à faire un ménage salutaire dans cette actualité.

Quatre premiers romans font l’objet de « découvertes », complétées par des entretiens éclairants avec leurs auteurs : Jonathan Littell (qui a tôt fait, en quelques semaines, de ne plus être une découverte), Laurent Quintreau, Philippe Pollet-Villard, Laurent Marty. Faute de pouvoir rendre compte de toutes les notes de lecture, on peut en prélever quelques échantillons représentatifs : recension de quelques autres premiers romans (dont Rhésus d’Héléna Marienské), de quelques ouvrages étrangers, et d’écrivains déjà plus ou moins confirmés (Camille Laurens, Patrick Rambaud, Christine Angot, Benoît Duteurtre, Richard Millet, Serge Joncour...).

Léo Scheer, Florent Georgesco et leurs comparses proposent là un bel et bon volume, qui ne cède pas aux phénomènes de mode, qui ne cherche pas non plus l’originalité à tout prix. Pour le plaisir et l’instruction des amateurs de littérature, cette nouvelle formule est de bon augure pour les trimestres à venir.

Jean-Pierre Longre - SITARTMAG - octobre 2006

France Culture - émission "Tout arrive" du 03/10/2006 présentée par Arnaud Laporte - avec Clémence Boulouque, Stéphane Grant et Pierre-Marc de Biasi.
Table ronde "Revues".
Le débat sur La Revue Littéraire commence à la dix-huitième minute.

RealAudio - 177 octets
Tout arrive émission du 03/10/2006

La Revue Littéraire n°30, avril 2007

Frédéric Beigbeder fait précéder la parution d’Au secours pardon d’un entretien avec Angie David dans La Revue Littéraire de Léo Scheer.

LE MONDE - 20 avril 2007

Ces revues qui deviennent des meneuses. Leurs tirages confidentiels ne reflètent pas leur influence. Elles ont de plus en plus leur mot à dire et anticipent souvent les succés de librairie... La Revue Littéraire est devenu un instrument de travail : "Les journalistes utilisent nos dossiers. Le Figaro Magazine a même fait sa couverture, à la fin de l’année dernière, avec notre interview de Littell", se réjouit Léo Scheer.

Jérôme Béglé - PARIS MATCH - 3 avril 2007



Copyright
Top