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DavidDominique Aury, biographie

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La scandaleuse de la NRF. Qui était Dominique Aury ? Pour avoir la réponse, laissez-vous guider dans les tumultes de sa vie… Angie David, nous apprend le prière d’insérer de l’éditeur, est née en 1978. Autrement dit, elle n’a pas trente ans. Et cette biographie de Dominique Aury est son premier livre. Pour un coup d’essai, c’est franchement réussi. Arriver à écrire un ouvrage de six cents pages, fluide et parfaitement documenté, sur une femme aussi énigmatique et secrète que Dominique Aury, chapeau ! Dominique Aury, c’est bien sûr Pauline Réage, l’auteure d’ Histoire d’O, chef-d’œuvre du roman érotique au style impeccable, qui raconte comment une jeune femme, pour complaire à son amant, se soumet à tous ses caprices et sévices. Paru en juin 1954 chez Jean-Jacques Pauvert, l’ouvrage, qui obtint le prix des Deux-Magots six mois plus tard, fit évidemment scandale, mais échappa à l’interdiction. Pas par miracle : on apprend que Pauline Réage alla dîner, un soir, chez le ministre de l’Intérieur de l’époque… Considéré, dès sa parution, comme un classique du genre, Histoire d’O connut une carrière internationale. Traduit dans de nombreuses langues, passé en poche en 1974, il s’est vendu à ce jour à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, un record pour une littérature d’ordinaire confidentielle. Très vite, la rumeur courut que Pauline Réage n’était qu’un pseudonyme derrière lequel se cachait Dominique Aury, alors secrétaire de rédaction de la NRF, dirigée par Jean Paulhan, dont elle était la maîtresse. Certains, cependant, n’y croyaient pas, comme Camus, persuadés que seul un homme avait pu écrire un tel livre. Et malgré le succès, Dominique Aury a toujours nié être Pauline Réage, même si, sur la fin (elle est morte en 1998, à 90 ans), elle démentait plus mollement une rumeur qui avait fini par conquérir rang de vérité. Pour autant, tous les secrets entourant la genèse d’Histoire d’O ne sont toujours pas levés et si Angie David propose des pistes sur l’identité réelle des personnages, les ultimes clés résideraient dans la correspondance échangées, à ce sujet, entre "Pauline Réage" et Jean Paulhan et qui demeure, à ce jour, officiellement introuvable – Angie David suggère que Pauvert pourrait savoir où elle dort. Mais Pauline Réage, c’est d’abord Dominique Aury, soit l’une des femmes qui ont le plus compté dans la vie littéraire de l’après-guerre. Ne serait-ce que parce qu’elle fut la première de son sexe à siéger, en 1951, au comité de lecture Gallimard – et qu’elle y resta la seule un quart de siècle ! En 1963, elle décrochait également son couvert au Fémina, où elle vota toujours, avec une belle constance qui ferait hurler les contempteurs du système des prix, pour les auteurs Gallimard. Cette petite souris discrète, effacée, œuvrait au cœur du réacteur nucléaire de la première maison d’édition de littérature française. C’est notamment grâce à son soutien que Pierre Guyotat put faire paraître Tombeau pour 50 000 soldats sous la couverture blanche. Mais Dominique Aury, c’est en réalité Anne Desclos, ce qu’à peine une poignée de gens savaient – Maurice Blanchot était du nombre, et il en tirait une certaine fierté, mais ne songea jamais à trahir celle qu’il appelait son"amie à ravers les âges". Née à Rochefort, d’un père agrégé d’anglais et d’une mère au foyer, Anne Desclos grandit dans un milieu catholique rigoriste, quoique ouvert à la culture. Étudiante à Paris, elle frquente le mileu de la Jeune Droite (autant dire : l’extrême droite) où elle rencontre (en 1933) Thierry Maulnier, dont elle devient la maîtresse. Liaison passionnée, tumultueuse, mais déjà plombée du sceau du secret – Anne Desclos est mariée à un autre homme. C’est Maulnier qui poussera Anne Desclos à écrire dans L’Insurgé, la revue qu’il a fondée. Elle prend alors ce pseudonyme de Dominque Aury, qui supplantera bientôt sa véritable identité. Le déclenchement de la guerre et les persécutions antisémites dessillent Dominique Aury, qui change brutalement de camp politique. Parrallèlement, elle travaille à son premier livre, qui paraîtra en 1943… une Anthologie de la poésie religieuse française ! Mais Pauline perce déjà sous Dominique. Thierry Maulnier est remplacé par Édith Thomas, une romancière oubliée aujourd’hui, dont Angie David dresse le portrait attachant. Volontiers soumise avec les hommes, Dominique Aury était "conquérante et séductrice avec les femmes". Elle ravage le cœur d’Édith Thomas, puis la quitte pour Jean Paulhan. Le secret continue : cette fois, c’est Paulhan qui est marié. Les deux amants vivront un amour fou – ce qui ne les empêchera pas de papilloner à l’occasion : Dominique Aury connaîtra une autre liaison movementée avec la femme du peintre Fautrier… Angie David s’es attachée, nous dit-elle, avec"son tempérament de femme à cet extraordinaire destin de femme. Répétons-le, sa biographie est formidable. Certes, elle commet quelques erreurs factuelles (comme de confondre Roissy-en-Brie et Roissy-en-France), et quelques péchés de jeunesse, notamment des redites. Sans doute ces dernières étaient-elles plus ou moins inévitables au regard du plan qu’elle s’est choisi, charpenté en trois parties – Pauline, Anne, Dominique. Mais justement, donnons-lui quitus de ce plan kaléidoscopique, cohérant avec les multiples facettes d’un personnage qui aura réussi, comme le notait déjà Paulhan avec un agacement amusé, à faire beaucoup parler de lui malgré sa volonté d’effacement. Gageons que la célébrité de Dominique Aury ne fait d’ailleurs que commencer – peut-être même, dira-t-on demain : Jean Paulhan ? Ah oui, l’amant de Dominique Aury…" Le travail d’Angie David devrait susciter un véritable engouement pour cette femme qui, autres paradoxes, sera d’abord devenue publique avec sa part la plus privée. Et qui aura déployé tout son talent dans sa vie intime. En 1968, quelques semaines avant la mort de Paulhan, Dominique Aury écrit à Édith Thomas (avec qui elle était restée liée, malgré l’interdiction jalouse de Paulhan) : "J’ai le sentiment que je n’aurai jamais rien fait [de ma vie].Une fois, transmis des fantasmes, oui [ elle fait, bien sûr allusion à Histoire d’O], mais si bien transmis qu’ils ne sont plus à moi…" Angie David nous prouve, au contraire, que cette femme chevaleresque d’un autre temps pourrait bien devenir une héroïne postmoderne.

Daniel Garcia - LIVRES HEBDO - Vendredi 24 mars 2006.

Plus connue sous le pseudonyme de Pauline Réage, l’auteur d’« Histoire d’O », la mystérieuse éditrice de Gallimard sort de l’ombre. Dominique Aury c’est le feu sous la glace. Un brasier qu’on découvre là où on l’attendait le moins, au milieu des manuscrits et des livres, des bibliothèques, dans ce monde des lettres grisâtre, poussiéreux, qu’on imagine peu propice à la naissance de la passion. Encore moins de l’érotisme. Et du plus brûlant. C’était une petite femme d’allure convenable, sans attrait particulier, une brunette même pas piquante, toujours habillée d’impeccables tailleurs gris ou beige, aux couleurs de sa transparence. Première femme entrée au prestigieux comité de lecture de Gallimard, officiellement en 1951 mais sans doute un peu avant – et la seule pendant vingt-cinq ans ! – elle s’était fait connaître par des articles on ne peut plus sérieux sur la littérature classique, des essais sur les auteurs anglais, de Shakespeare à Jane Austen, et avait publié sous ce pseudonyme qui avait fini par faire oublier son vrai nom d’Anne Desclos, une Anthologie de la poésie religieuse française. Le genre d’ouvrage qui ne prédispose pas à la gaudriole. Modeste, effacée, vivant et écrivant dans l’ombre d’écrivains à la forte personnalité qui occupent le devant de la scène, comme Jean Paulhan, Marcel Arland ou Maurice Blanchot, c’est une petite souris qui a fait méticuleusement son trou dans le grand fromage de Gallimard. Soudain, elle s’embrase ou, comme on dirait aujourd’hui, elle « se lâche ». D’où lui vient cette métamorphose ? Comment passe-t-elle, d’une manière aussi impromptue, de la glace au feu ? L’amour, toujours l’amour... Il a un visage, des plus apparemment respectables, celui de Jean Paulhan – l’auteur de La Morale de l’ironie, qui a succédé à Jacques Rivière à la tête de la NRF, n’est pas un plaisantin. C’est pourtant pour séduire cette éminence grise, ce chanoine des lettres qui cache bien son jeu, qu’elle va plonger sa plume chaque soir dans les braises de ses fantasmes. La nuit, seule dans son lit, cette femme migraineuse et toujours patraque écrit Histoire d’O. Elle offre chaque matin la primeur de pages brûlantes à ce lecteur privilégié, tout émoustillé – son amant –, qui s’apprête à entrer à l’Académie française : un roman érotique dans la lignée de Sade et de Choderlos de Laclos. Une bible sadomaso. Dans un style limpide comme une eau de source, vif et rafraîchissant, qui fait tout son charme par contraste avec le sujet capiteux, elle y raconte l’histoire d’une belle jeune femme, O, proie soumise et consentante de son amant, René. Celui-ci l’emmène dans un château, lieu de rendez-vous d’une société libertine, en fait une immense orgie, où dans une scène grandiose, elle se laisse enchaîner par le cou et conduire nue, comme une chienne, vers des supplices sans cesse renouvelés : viols, tortures, humiliations. Rivalisant avec l’érotisme forcené de Georges Bataille, mais gardant un ton d’innocence, presque de pureté, au milieu des vices les plus abjects, ce roman a provoqué l’indignation des puritains de l’époque mais surtout des féministes, horrifiées qu’une femme puisse vouloir se rendre esclave au nom du plaisir. Publié en 1954, Histoire d’O, signé du nouveau pseudonyme de Pauline Réage, était accompagné d’une préface de Jean Paulhan... que tout le monde se mit à soupçonner d’être le véritable auteur. Albert Camus, parmi les plus choqués, jurait que seul un homme pouvait avoir imaginé et écrit un pareil brûlot. Aucun des amis littéraires qu’elle côtoie chaque jour, ni Arland, ni Queneau, ni Gaston Gallimard, ne songeait qu’une dame pouvait se damner chaque soir après les heures du bureau. La vie de Dominique Aury n’est pourtant pas si rangée. Elle est divorcée ; elle a des amants, de préférence des écrivains, parmi lesquels Thierry Maulnier, l’auteur du Racine. Elle ne déteste pas non plus les femmes ; elle a une longue liaison avec Édith Thomas, auteur de plusieurs biographies, Pauline Roland ou Flora Tristan. Double jeu. Double vie dans la sphère littéraire. Comme l’explique avec brio Angie David dans sa biographie érudite, cette petite femme tranquille, d’allure insignifiante, qui entre d’instinct dans la Résistance (sans même le dire à Paulhan, lui-même grand résistant), avait le génie de mettre du piment dans ces amitiés littéraires si souvent compassées. Loin des colloques de Cerisy et autres Pontigny, où l’on se gargarise de concepts et de rhétorique, elle apporte sa dose de feu et d’insolite. Histoire d’O. est une des formes de son insoumission. Soumise en apparence, soumise dans les formes, elle n’aimait que sa liberté. Une liberté farouche et qu’elle savait fragile ou menacée : les masques lui servaient à la protéger. On pense à Gary, à Ajar, dans une autre flamboyance, pour le jeu des masques et des pseudos. Mais Dominique Aury, magistrale dans le secret, aura elle aussi trompé son monde. Qui eût cru que la vieille et austère maison de Gide et de Schlumberger avait nourri en son sein une Jeanne d’Arc de l’érotisme, une hérétique qui brûlait d’un feu intérieur, sous les dehors vieillis d’une dame d’oeuvre des lettres ?

Dominique Bona - LE FIGARO LITTÉRAIRE –Vendredi 30 mars 2006

La Secrète Il aura quand même fallu plus d’un demi-siècle ! Qui était l’auteur d’Histoire d’O, ce roman de braise et de glace qu’on se repassait, de curieux à amateur, vite, avant de s’être trop brûlé. Qui était, pour nous, en 1954, le provocateur, le diable, le Commandeur et serait-il précipité en enfer ? Ce beau texte inacceptable fut aussi un beau sujet de conversation : une fois n’est pas coutume ! Aujourd’hui, une critique nouvelle venue, Angie David, le voile étant levé, nous donne la première biographie de Dominique Aury et c’est une lecture passionnate. Quel travail, en tout cas ! Dès les premières pages, le mystère : qui était Dominique Aury, ou Anne Desclos, ou Pauline Réage ? Sans changer de pseudo comme de chemise, elle était fabuleusement douée pour la cachotterie, le secret, et dans le secret pour l’ubiquité. Elle se traça une route dans le sillage de ses amants, gens de pouvoir et de plume. Elle se retrouva baignée dans un parfum de rose (l’"odeur de sainteté") et crépitante des rougeoiements de la damnation. Perverse, pervertie, perdue, qui étiez-vous, Dominique ? Dominique Aury – je l’ai connue de 1952 à sa mort – était une religieuse, une "bonne sœur" de tradition : pâle, grise, ses obscurités passées à l’estompe. Ses goûts ? Séduire les femmes et être, elle, fascinée par un homme. On lui connaît, assez loin, je pense, derrière Paulhan, quelques amants emblématiques : Thierry Mauulnier, le peintre, Bernard Milleret, Maurice Blanchot – combien d’autres ? Elle conquit et aima généreusement, dit-on bien des femmes, encouragée peut-être à ses aventures par Janine Aeply, l’épouse de Fautrier et par Édith Thomas. Liens multiples entre les complices de cette petite bande. La "bande" est l’association la plus naturelle en littérature : pléiade, Lyonnais de la "Belle Cordière", romantiques, naturalistes, surréalistes, jusqu’à l’acien mauvais lieu de la rue Bernard-Palissy… "L’esprit NRF" fut ce lent tourbillon de haute ambition et de licence, auquel Jean Paulhan prêta son allure de grand Romain Nîmois à l’œil étonné, à la voix douce, au jugement impitoyable. Avoir été lafemme la plus importante – semble-t-il – dans la vie de Paulhan, son ombre, son humour, ce n’était pas rien ! Quand elle écrivit Histoire d’o c’était aussi, je crois, pour l’épater, lui, Jean, soudain relégué (ou élevé ?) au rang de préfacier. Le Grand Mystérieux des Lettres françaises tenu de s’expliquer devant un tribunal… Ce très gros livre (560 pages) a-t-il perdu à être composé uniquement à l’aide de correspondances inédites ? Ce procédé – seul possible, sans doute – donne au texte son rythme, ce halétement, qui fonde en vérité le récit d’un naturel sidérant. Parfois, devant les "vies d’artistes" on se demande : la dose n’est-elle pas un peu forte ? Eh bien non, alors le vérifier vous-mêmes : sans subversion, sans défi, la création demeurerait-elle "lettre morte" ? Non, mais assoupie. Vite, quelques cris !

François Nourissier – LE FIGARO MAGAZINE – 31 mars 2006

La femme du mois : Angie David

L’homme du mois est une femme et, pourtant, ceci est un article de macho, et ce pour plusieurs raisons. D’abord parce que le premier livre d’Angie David est une biographie de Dominique Aury, ce qui fait deux femmes pour le prix d’une. En outre, parce que Dominique Aury avait elle-même pusieurs identités (Anne Desclos était son vrai nom et Pauline Réage un autre pseudo), ce qui fait quatre femmes au lieu de deux sur cette page où, d’habitude, ne figure qu’un seul mec. Enfin parce que la vie de l’auteur d’« Histoire d’O » est presque aussi excitante que l’auteur de sa bio. Et si ça n’est pas une vanne digne de Sir Stephen, je ne sais pas ce qu’il vous faut. À la base, j’étais partisan d’illustrer ce papier par une photo d’Angie David attachée, dans la cave humide de la galerie Léo Scheer, les yeux bandés, entourée de chroniqueurs de « Technikart » torses nus avec des fouets à la main. Cela n’a pas été possible pour des raisons éthiques (c’était la Journée internationale de la Femme). Une vie mystérieuse. « Dominique Aury » est, blague d’obsédé à part, un gros pavé très stimulant et une prouesse admirable de la part d’une exégète de 28 ans qui, jusq’alors, donnait des critiques sur François Nourissier à La Revue Littéraire (ce qui est, il faut bien le reconnaître, une activité d’un érotisme moins immédiat). À partir de la correspondance intime avec Jean Paulhan, Maurice Blanchot, Édith Thomas ou Janine Aeply, Angie David a troussé un récit d’autant plus captivant qu’il répare une scandaleuse négligence. Même si le succès mondial d’« Histoire d’O » depuis sa publication en 1954, ainsi que son statu de classique incontesté – il fut défendu par Bataille et Pieyre de Mandiargues — auraient pu inspirer des biographes (au moins américains), personne encore n’avait raconé en détail la vie de son mystérieux auteur. Et il y a une explication : depuis la guerre, Dominique Aury cultivait le secret. Par bien des aspects, la vie d’Aury est un roman qu’Angie David aurait pu intituler « Histoire d’A » s’il n’y avait eu un risque de confusion avec elle-même (ou Dominique A, le chanteur chauve). Catho et bi. Cette aventure se dévore car elle résume un siècle de notre pays : ainsi il fut possible en France d’être à la fois catholique et bisexuelle, facho et résistante, juré du prix Fémina et soumise, pilier du comité de lecture Gallimard tout en publiant un roman porno interdit par la loi, qui est en réalité une lettre d’amour écrite la nuit, en trois mois, à son patron marié, entre deux études sur Fénelon et Laclos. Dans la liste des nombreuses mystifications littéraires du XXe siècle, avant Romain Gary et J.T Leroy, il ne faudra plus omettre de citer Aury-Réage. On attend maintenant avec impatience le premier roman d’Angie David. En se demandant quel pseudonyme elle choisira : Françoise Sagan, Marguerite Duras ou Nathalie Rheims ? Voilà.

Fédéric Beigbeder – TECHNIKART – avril 2006

Dans un livre passionnant, plein de documents inédits, Angie David raconte la vie secrète de l’auteur d’"Histoire d’O", le plus célèbre érotique du XXe siècle.

Son secret fut sa gloire, et sa gloire est restée un secret. Anne Desclos avait la vocation de la clandestinité. Jusqu’à ses 91 ans, elle vécut cachée derrière trois lettres – la NRF – et deux pseudonymes qui favorisèrent son insolente liberté d’aimer, d’écrire et de penser à sa guise. Pour Gallimard, elle était Dominique Aury, une petite femme habillée de gris souris, une Sagan hâve au profil perdu, une moniale claudélienne qui confectionnait des visitandines à l’intention des gourmands du comité de lecure et dévorait la nuit des manuscrits plus lourds qu’elle. Pour l’enfer des bibliothèques, elle était Pauline Réage, l’auteur d’« Histoire d’o », admirable roman érotique écrit en trois mois qui scandalisa la France d e1954, se vendit à plus d’un million d’exemplaires, et dont elle attendit d’avoir 87 ans pour assumer, dans son ultime aveu concédé au « New Yorker », l’audacieuse maternité. Grâce aux entretiens que, sous le nom de Pauline Réage, elle accorda en 1975 à Régine Deforges, sa complice en charmeuse sédition, grâce également à un dialogue pour la télévision réalisé par Nicole grenier (la transcription a paru chez Gallimard, en 1999), on a appris à mieux connaître ce destin hors du commun. Celui d’une femme de l’ombre à qui Jean Paulhan, le grand amour de sa vie, reprochait de trouver toujours le moyen de faire remarquer combien elle était effacée, et dont l’autre passion fixe, élevée à la hauteur d’un absolu, fut la littérature. Adepte du quiétisme selon Fenelon, elle tenait en effet que l’amour « rend véritablement humble et avilit tout ce qui n’est point bien-aimé ». Dominique Aury fut une amoureuse d’exception. Il faut lire son anthologie de la poésie religieuse. Il faut lire ses traductions d’Evelyne Waugh, de John Cowper Powys et de Scott Fitzgerald. Il faut lire ses deux volumes de chroniques où l’on mesure, de Restif à Guyotat, de Louise Labé à Colette, d’« Autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell à « Lolita » de Nabokov, l’étendue de sa curiosité, de sa lucidité, de sa subtilité. Et il faut lire, aujourd’hui, la somme que consacre Angie David, 28 ans, à cette Dominque Aury qu’elle connaît si bien, si intimement, qu’elle donne la formidable illusion d’avoir été sa contemporaine, sa confidente privilégiée et de se souvenir d’elle. Ce n’est pas une biographie, c’est un roman vrai. Il traverse l’histoire littéraire du siècle dernier. Il préfère l’empathie à la chronologie. Il est nourri de correspondances privées totalement inédites. Et il est écrit au rythme même de la vie, avec ses saccades, ses foucades, ses répétitions, ses bonheurs et ses regrets. Le plus étonnant est que, au bout de 550 pages pleines à craquer de révélations, le mystère demeure. C’est la plus grande réussite de ce livre : il montre le vrai visage d’Anne Desclos, alias Dominique Aury (diminutif d’Auricoste, le nom de sa mère), alias Pauline Réage, mais il préserve la part obscure qui s’attache à cette femme de légende. On savait que, à partir de 1945, elle avait aimé Jean Paulhan à la folie, qu’elle avait écrit « Histoire d’O » pour le séduire, le troubler, l’épater et qu’elle avait porté au doigt, jusqu’à sa mort, le scarabée en or qu’il lui avait offert en Guinée. On ignorait que, jeune mariée et mère d’un petit garçon, elle avait vécu auparavant avec le maurassien Thierry Maulnier une passion dévorante qu’elle s’ingéniait à mettre en scène, de cafés parisiens en auberges campagnardes, telle une cérémonie secrète. (On apprend à cette occasion qu’elle passa de la « jeune droite » au gaullisme et de « l’Insurgé » collaborationniste aux « Lettres françaises » de la Résistance.) On avait lu dans « Histoire d’O » l’éloge du bonheur dans l’esclavage, du plaisir sexuel dans la soumission aux hommes. On découvre que « la fouettée Dominique » (le mot est de Céline) fut conquérante avec les femmes, parmi lesquelles Édith Thomas et Janine Aeply (l’épouse du peintre Jean Fautrier, grand prêtre de l’échangisme). On imaginait bien qu’il existait une correspondance entre Paulhan et Dominique Aury, on sait désormais qu’elle est cachée chez Jean-Jacques Pauvert. En revanche, celle qui la liait à Maurice Blanchot, ami de toujours, nous est révélée ici pour la première fois. C’est dire que le livre d’Angie David est une mine de diamants. Noirs, les diamants. Célèbre et inconnue, libertine et rigoriste, mystique et charnelle, exaltée et timide, urbaine et solitaire, révolutionnaire et conservatrice, dotée dune « intelligence ni féminine, ni masculine » (Maulnier), douée pour exercer le pouvoir (elle siégeait au prix Fémina) et régner sur les cœurs, Dominique Aury avait à la fois le sens de l’honneur et le goût de la sujétion. Comme dans « Histoire d’O », où l’élégance du style tient à distance la cruauté du sadomasochisme, elle était, dans la vie, d’une exquise courtoisie. Angie David en a hérité. En s’effaçant derrière son modèle, elle trouve le moyen, aurait dit Paulhan, de se faire aussitôt remarquer.

Jérôme Garcin – LE NOUVEL OBSERVATEUR – 5 avril 2006

Histoire d’Ominique Aury En ce temps-là, il était difficile de croire la rumeur : Dominique Aury aurait écrit Histoire d’O. Elle aurait dissimulé sous le pseudonyme de Pauline Réage son audace, son érotisme noir et glacé, son talent aussi. Quoi ! cette femme à chignon, au visage lisse, aux beaux yeux tranquilles, le corps enveloppé de laines et d’étoffes noires, cette spécialiste de Fénelon, auteur d’une Anthologie de la poésie religieuse française, cette femme toute de douceur, de retenue, qu’on aurait crue échappée d’une clôture tout en en ayant gardé le strict maintien, cette austère secrétaire de La Nouvelle Revue Française aurait écrit le roman le plus scandaleux depuis le Marquis de Sade ? Pour Albert Camus, seul un homme avait pu prendre du plaisir à raconter comment une femme s’avilit dans l’esclavage sexuel. Mais qui ? Jean Paulhan, l’énigmatique éminence grise de Gallimard, comme par hasard préfacier d’ Histoire d’o ? André Pieyre de Mandiargues ? D’autres noms circulaient depuis la parution du livre, en 1954. Dominique Aury ? Elle sentait tellement plus l’encens que le soufre et le stupre ! Eh bien, justement, seule une femme insoupçonnable par la hauteur de ses lectures, par sa rigueur janséniste, par son apparente froideur qui n’était peut-être après tout que de la vertu, par sa culture mystique, avait nourri assez de fantasmes pour jeter sur le papier cette histoire d’amour dont le sexe de la femme est à la fois la bouche et la tombe, la parole et le silence. La passion jusqu’à l’effroi. "Le bonheur dans l’esclavage" (Jean Paulhan). Même si Dominique Aury a attendu la fin de sa vie pour avouer, d’ailleurs un peu par inadvertance, que Pauline Réage et elle ne faisaient qu’une, nous étions tous convaincus depuis O m’a dit , des entretiens avec Régine Deforges, parus en 1975 que c’était bien elle qui avait tiré O de l’alphabet pour en faire une lettre érotico-sado-maso. Mais qui était Dominique Aury, née Anne-Cécile Desclos, en septembre 1907, à Rochefort-sur-mer ? La réponse occupe 550 pages, grand format, d’une biographie qui m’a passionné pour trois raisons : d’abord, parce que si je n’ignorais pas sa liaison quasi officielle avec Jean Paulhan, je n’ai rien su de la vraie nature et de l’existence cachée de cette femme que j’ai interviewée plusieurs fois ; ensuite, parce qu’à travers cette figure essentielle de la vie littéraire à Paris, sa biographe, Angie David, a raconté en détail les croisements de nombreux destins, amours et livres sur près d’un demi-siècle ; enfin, parce qu’Angie David a moins de 30 ans et que sa maîtrise d’une époque et de personnages qu’elle n’a pas connu est stupéfiante. Deux réserves cependant : les nombreuses répétitions de faits, le recours à des rappels parce que la biographie n’est pas chronologique mais thématique ; l’absence d’un cahier de photos. Comme j’aurais aimé voir, par exemple, la tête qu’avait le jeune Thierry Maulnier (je n’ai rencontré que l’académicien du Figaro) dont Dominique Aury fut très amoureuse. Dominique Aury a été tout au long de son existence une conquérante clandestine. Ayant beaucoup lu, traductrice de l’anglais, elle a su très vite utiliser au mieux son intelligence et sa vaste culture (elle sera pendant vingt-cinq ans la seule femme du prestigieux comité de lecture Gallimard). de même a-t-elle appris très tôt que son corps retirait du plaisir de l’intimité avec l’un et l’autre sexe. Elle commet une bêtise de jeunesse : se marier avec un homme pas du tout fait pour elle. Elle en a un garçon. Elle refusera de vivre avec les hommes et les femmes qu’elle a le plus aimés pour rentrer chaque soir chez ses parents et son fils. Par sens du devoir, par goût aussi de l’indépendance et du secret. Selon Angie David, Dominique Aury a été sur une longue distance l’amante à la fois subjuguée et dominante de deux hommes et de deux femmes, tous écrivains. Avec Thierry Maulnier elle a fréquenté la droite nationaliste et émeutière des années 1930. Spectatrice non engagé, elle n’hésitera pas ensuite à mettre au service de la Résistance son art de la dissimulation. Elle a conquis Édith Thomas parce que c’était une femme seule, courageuse, rebelle, puritaine, qui se croyait incapable de séduction. C’est pour Jean Paulhan, pour l’étonner, pour le retenir, qu’elle a écrit en trois mois Histoire d’o, "la plus farouche lettre d’amour qu’un homme ait jamais reçue". Le ravail d’Angie David est particulièrement affûté et perspicace sur les analogies du roman – même s’il relève de l’imaginaire – avec le comportement et la psychologie de son auteur. Elle a été aidée dans ce décryptage par sa lecture des correspondances, restées jusqu’à présent secrètes, de Dominique Aury avec ses amants et ses amantes, y compris la dernière, Janine Aeply, épouse du grand peintre partouzard, caractériel et violent, Jean Fautrier. Ainsi Dominique Aury fut-elle tour à tour et en même temps Anne Desclos, O et Pauline Réage. Cachée et best-seller. Hardie et popote. Séductrice et en retrait. Libre de mœurs et contrainte par discipline. Toujours clandestine. Un jour, Jean Paulhan, agacé, lui a lancé : "Enfin, c’est insupportable, vous trouvez le moyen de faire remarquer que vous êtes effacée."

Bernard Pivot - LE JOURNAL DU DIMANCHE - 9 avril 2006.

La clandestine

Quand Dominique Aury – alias Pauline Réage, l’auteur(e) d’"Histoire d’O" – cachait bien, ou mal, son double je…

C’était, vers la fin de sa vie, une petite femme sans éclat. Plutôt austère. Très veuve d’un lointain secret. Pas vraiment sympathique, ni généreuse, ni rieuse – mais précise, informée, et patriote d’une nation (la NRF) à laquelle, pendant plus de trente ans, elle avait voué la part la plus ardente de son singulier destin. Une femme d’à côté ? Une éminence assez grise ? Une experte en cachotterie ? Telle était, pour l’essentiel, cette Dominique Aury – la "fouettée Dominique", comme disait Céline… – à qui la rumeur prêtait pourtant un passé vénéneux… Côté face, bien sûr, Mme Aury n’était qu’une fonctionnaire d’édition – chaque mardi, elle fournissait le comité de lecture de Gallimard en exquises visitandines – et la maîtresse historique de Jean Paulhan, le pontife d’alors ; côté face obscure, elle était surtout l’auteur(e) anonyme d’"Histoire d’O", ce roman sado-maso qui troubla si vivement les érotomanes qui s’ennuyaient au temps du mendésisme. Ce roman (préfacé par Paulhan), Mme Aury le signa d’un pseudonyme (Pauline Réage), bien que son nom ofiiciel en fût déjà un (elle s’appelait, en vérité, Anne Desclos) – et ce détail en dit long sur son goût pour les masques, la clandestinité, le mystère. Avec elle – et c’est ce qui fait l’intérêt de la biographie fascinée et passionante que vient de lui consacrer Angie David –, on est en présence d’une femme qui voulut bâtir son autonomie à partir de ce que les autres ignoraient d’elle. Stratégie du double je déclinée sur le registre des mœurs, de l’idéologie, du libertinage. Et du double jeu, aussi, si l’on veut bien admettre que le travail d’un éditeur n’implique pas l’usage du fouet, ni la pratique d’orgies sophistiquées. Tout cela est donc très intéressant, voire décisif pour ce qui se soucie des prtiques de la liberté, même si Mme Aury n’était, malgré le fort volume qui la ressuscite aujourd’hui, qu’une figure mineure de la vie littéraire…

Cloisons A ceux qui n’auraient plus en mémoire les épisodes du fameux "Histoire d’O", rappelons qu’il s’agissait d’un roman glacé, très Grand Siècle, où une femme, afin de garder son amant, le très chic lord Stephen, consent à toutes sortes de fantaisies plus ou moins humiliantes dans un château des environs de Paris. Échangisme et imparfaits du subjonctif, orgasmes mystiques, corps souillés, style châtié – rien ne manquait à ce bijou aussi hard que précieux. À l’évidence, l’écrivain qui se dissimulait derrière le loup de Pauline Réage voulait mettre en scène la proximité du danger et du plaisir, de l’amour et du secret. Or telle était bien la nature profonde de Dominique Aury, qui, dès ses débuts, n’imagina son émancipation de femme qu’à travers cette martingale à deux coups. Jeune fille, elle préféra éviter le nom de sa famille pour écrire ses premiers articles ; épouse, elle imposa à son grand amour, le futur académicien Thierry Maulnier, un back street dont il finit par se lasser ; militante non conformiste des années 30, patrouillant dans les eaux vert-de-gris de la droite révolutionnaire et antiparlementaire, elle n’afficha officiellement que sa fidélité à la poésie de John Donne ou de Maurice Scève ; résistante à l’heure opportune, elle n’hésita pas, à peine plus tard, à devenir l’intime de la très antisémite Florence Gould ; conservatrice de cœur (comme Paulhan), elle paya régulièrement ses cotisations au Parti progressiste dont l’imperium ne se discutait pas dans l’après-guerre. Sans parler de ses passions saphiques – avec la communiste Édith Thomas ou Janine Aeply, la compagne du peintre - que nul n’aurait pu prêter à la si prude dame aux visitandines. Sur tous ces points, l’ouvrage d’Angie David apporte d’incontestables lumières. C’est du très bon travail, très sérieux (malgré l’absurde absence d’un index), toujours subtil dans ses hypothèses et brillant dans ses conclusions. Au fond, la biographe de Dominique Aury explique, preuves à l’appui, que, pour cette femme cloisonnée, le passage de la Résistance au roman érotique s’est accompli naturellement. Que ce fut même là, contre toute attente, qu’elle retrouva ce bonheur entrevu qui consistait à frôler l’interdit, à en jouir à l’insu des autres. On aura compris, dès lors, que le vrai sujet de cette enquête tumultueuse, c’est : comment une femme put inventer sa liberté dans une époque qui ne se préoccupait guère de la lui accorder.

Le lecteur plus exigeant trouvera également, dans ce pavé tout en labyrinthes et digressions, mille anecdotes ou détails inédits qui le combleront. Citons, entre autres : un portrait étonnant de Maurice Blanchot, ce double masculin de Dominique Aury, venu comme elle de la droite révolutionnaire et, comme elle, intégriste d’une clandestinité conçue comme un des beaux-arts. Ou cette spectrographie complète d’un Paulhan plus énigmatique que jamais - se prit-il pour le Valmont d’une Aury-Merteuil ? -, qui défendit les collabos car il redoutait que ceux-ci, une fois emprisonnés, n’eussent le temps d’écrire des chefs-d’oeuvre...

De cette fresque il ressort enfin que le destin de la « fouettée Dominique » peut encore inspirer, ou faire rêver, une jeune femme d’aujourd’hui (Angie David est née en 1978), et cela surprend. A moins de supposer que, sur notre monde de licence généralisée et de clandestinité improbable, ne se lève déjà un soleil nostalgique d’interdits, d’entraves, d’obscurités, de soumissions ? A suivre...

Jean-Paul Enthoven - LE POINT - 13 avril 2006

Dominique Aury, vies secrètes Sans une passionnante biographie – la première du genre – Angie David retrace l’itinéraire de l’auteur d’"Histoire d’O", conquérante et éminence grise de la littérature française. Il suffit d’avoir croisé quelquefois Dominique Aury (1907-1998) à la fin de sa vie, chez Gallimard, pour savoir qu’elle n’était pas ce qu’on disait. D’un côté, une petite femme sobrement habillée, une nonne de la littérature – angliciste, grande traductrice, grande lectrice –, entrée au couvent Gallimard après la guerre, grâce à Jean Paulhan, son plus cher amour. D’un autre, sous le nom de Pauline Réage, l’auteur d’un chef-d’œuvre de la littérature érotique de XXe siècle, Histoire d’O (1954). Elle était beaucoup plus que cela. Tout en elle disait le raffinement, l’ambiguïté, le goût de la dissimulation, de la clandestinité, de l’influence, la volonté d’être à la fois une conquérante et une éminence grise – secrétaire de la NRF, elle fut pendant vingt ans la seule femme membre du comité de lecture de Gallimard, et, en 1963 entra au jury Femina. Si elle avait une certitude, c’était celle-ci : la clé du povoir personnel, c’est le secret. C’est cet itinéraire souterrain traversant tout le XXe siècle que met en lumière Angie David, dans un travail plutôt empathique (bien qu’elle n’ait pas connu Dominique Aury : elle a 28 ans), très documenté, s’appuyant sur des correspondances inédites. Elle fait ainsi apparaître une femme libre, "très heureuse d’aimer très tôt et les hommes et les femmes", convaincue qu’on peut aimer plusieurs personnes à la fois. Un singulier personnage, dont le premier livre fut une Anthologie de la poésie religieuse française (Gallimard, 1943) et auquel Jacques Chardonne écrivit en 1953 : "Votre intelligence est un ravissement pour moi ; elle n’est ni féminine, ni masculine." Mais le gros livre d’Angie David, qui, par choix, ne comporte ni index ni cahier photos, n’est pas seulement le portrait d’Anne Desclos, devenue Dominqiue Aury – prénom qui ne permet pas d’identifier le sexe – et Pauline Réage (ce qu’elle ne reconnaîtra explicitement qu’en 1994). C’est une plongée dans le monde littéraire français du XXe siècle, à partir des années 1930, avec ses engagements, ses retournements, ses affrontements. Angie David ne juge pas, elle donne à voir ce qu’on a souvent voulu occulter, pour éviter de chercher à comprendre. Notamment l’appartenance, dans l’entre-deux guerres, à une "droite nationale" extrême, violente, d’intellectuels et d’artistes, qui se sont employés, après guerre, à être de gauche. Certains, comme Dominique Aury et Maurice Blanchot, ont quitté cette extrême droite pendant la guerre, entrant dans la Résistance. Le propos d’Angie David, en dépit de quelques redondances dues à son parti pris, thématique plutôt que chronologique, est constamment passionnant. Elle s’intéresse d’abord à Pauline Réage et à Histoire d’O, qui, d’emblée, introduit la figure majeure de Jean Paulhan. Il a déjà écrit sur Sade et, en préfaçant le roman (on l’a soupçonné d’en être l’auteur alors qu’il en était le destinataire), il donne immédiatement à ce texte érotique sa dimension intellectuelle. O n’en a pas fini de choquer. Des prudes des années 1950 aux féministes des années 1970 – du moins celles qui cachent leur puritanisme derrière un prétendu féminisme. "Pourtant, constate Angie David, Dominique Aury exprime publiquement une vérité féminine pour la première fois. L’érotisme est un genre misogyne (…). Mais lorsqu’une femme choisit de s’exprimer dans l’érotisme, le genre est détourné de son objet initial." Pauline Réage s’est expliquée dans des entretiens avec Régine Deforges en 1975, sans dévoiler son identité. Mais quand The New Yorker, en 1994, présenta comme une exclusivité l’aveu de Dominique Aury, c’était vraiment un secret de polichinelle. En outre, Dominique Aury ne faisant dans cet entretien aucune révélation, et l’interrogation demeure sur la part autobiographique d’ Histoire d’O, Angie David ne se prononce pas sur la similitude des pratiques érotiques d’O et de Dominique Aury, mais elle tisse subtilement les liens qui relient O aux amours, masculines et féminines, de l’auteur de son histoire. Toutefois, la partie la plus novatrice de sa biographie ne concerne pas Pauline Réage. C’est le moment qui va de la naissance d’Anne Desclos à sa transformation en Dominique Aury, à la fin des années 1930. Clandestine farouche Des études à la Sorbonne, où elle se lie à un groupe d’étudiants de la jeune droite. En 1929, elle épouse l’un d’entre eux, Raymond d’Argila. Elle divorce rapidement – un acte très courageux à cette époque – à cause d’un grand amour, à partir de 1933, avec Jacques Talagrand, qui prit le nom de plume de Thierry Maulnier. Une liaison fougueuse, dont témoigne une correspondance enflammée, qui conduira celle que Maulnier appelle Annette à écrire dans des publications d’extrême droite, en particulier L’Insurgé, hebdomadaire lancé par Maulnier en 1937, qui se déchaîne contre Léon Blum. Maurice Blanchot, qui aura toujours avec Dominique Aury "une complicité de frère et sœur", y tient la rubrique de politique étrangère. Dominique Aury – ce nom apparaît là pour la première fois – publie des chroniques sur l’art. "Elle est apolitique, mais ses articles expriment une affinité avec les positions de son amant." Tout bascule avec la guerre. Dominique Aury, patriote, ne supporte pas que son pays soit envahi et exècre les collaborateurs. Elle rencontre Jean Paulhan, il la publie dès 1943, la fait véritablement entrer dans le milieu littéraire, dont il est un personnage-clé. Elle le soutient dans ses démêlés, à la Libération, avec Les Lettres françaises, dont il fut l’un des fondateurs, et les partisans de l’épuration intellectuelle. De 1947 à sa mort, en 1968, il sera l’homme de sa vie – tout en restant marié. Mais la personnalité de Dominque Aury, séductrice ardente, clandestine farouche, ne peut se comprendre à travers l’idée du couple. Plutôt celle du trio, ou du quator. Angie David l’éclaire par les portraits de deux femmes, Édith Thomas et Janine Aeply. Dominique Aury en fut très amoureuse, leur correspondance le prouve. Mais l’amour avec Édith Thomas ne resiste pas à l’arrivée de Jean Paulhan, elle n’est pas prête au trio – elles resteront cependant toujours liées. En revanche, avec Janine Aeply, femme du peintre Fautrier, se dessine, éphémèrement, le quatuor. Jalousies, ruptures, manipulations, désillusions… En ces 560 pages, au plus près de l’intime, avec, constamment, l’ombre immense de Jean Paulhan, on suit avec curiosité le parcours sinueux de cette femme aux identités multiples. Pourtant, et on en est heureux, Angie David a su laisser à cette fanatique du secret à sa part de mystère.

Josyane Savigneau – LE MONDE – 4 avril

Histoire d’Aury Biographie sensuelle et intelligente de Dominique Aury dite Pauline Réage, l’auteur d’Histoire d’O.

Si le nom de Dominique Aury ne vous dit pas forcément grand-chose, son pseudonyme, Pauline Réage, vous rappelle peut-être l’un des classiques de la littérature érotique du XXe siècle : Histoire d’O. La remarquable biographie de cette femme de lettres, signée Angie David, débute d’ailleurs sur l’odyssée de cet ouvrage. C’est en 1954 que Jean-Jacques Pauvert publie, après les refus de nombreux éditeurs, Histoire d’O. De nombreuses spéculations tournent autour du nom de l’auteur – on évoque Montherlant ou André Pieyre de Mandiargues tandis que certains s’indignent à l’idée qu’une femme ait pu écrire pareille "obscénité" ! Le scandale est en effet au rendez-vous, en raison du sujet du livre : une femme choisit, de son plein gré, de s’enfermer dans un château à Roissy avec son amant, dont elle devient l’esclave sexuelle (parmi les douceurs, elle se fait notamment marquer au fer rouge les initiales de son maître). Au-delà de la sexualité qui fait mal, Histoire d’O est avant tout un rêve d’amour absolu, qui a su toucher, parmi tant d’autres, Georges Bataille. Les multiples tentatives d’interdiction (pour outrage aux bonnes moeurs) n’empêchent pas un succès mondial (et, vingt ans plus tard, une adaptation cinématographique signée Just Jaeckin). L’une des grandes qualités de la présente biographie est de montrer, par-delà le phénomène éditorial, le destin bien réel d’une femme amoureuse. Née en 1907, Dominique Aury (de son vrai nom Anne Desclos) fait des études de lettres et d’anglais – elle se passionne pour Shakespeare et la poésie (elle publie une Anthologie de la poésie française en 1943). Son père lui présente Jean Paulhan, directeur de la NRF , prestigieuse revue dont Dominique Aury deviendra la secrétaire générale – Angie David est, elle, secrétaire de la rédaction de La Revue Littéraire de Léo Scheer. Elle s’éprendra, jusqu’à la déraison, de cet homme, de vingt ans son aîné et qui était, au départ, l’unique destinataire d’ Histoire d’O. En s’appuyant sur des correspondances, Angie David décrit très justement cette liaison physique et professionnelle des plus chaotiques. Assi, la biographe fait-elle un beau portrait d’une femme sans tabou, annonciatrice de la libération sexuelle, tout en relatant l’effervescence intellectuelle et les réseaux littéraires, de la Résistance aux années 1960. Dominique Aury s’est éteinte en 1998. Sans tambours, ni claquements de fouet.

Baptiste Liger - LIRE - Mai 2006

Lire libre La maîtresse de la littérature érotique a enfin sa biographie. C’est sous le nom de Pauline Réage qu’elle sera connue pour sa très culte Histoire d’O, mais Dominique Aury s’est aussi appelée Anne Desclos, afin de préserver sa "vocation clandestine". Des revues maurassiennes où elle écrit dans les années 1930 jusqu’à la Nouvelle Revue Française, ses correspondances racontent les secrets d’une femme absolument libre.

Pascal Bories - JALOUSE - 3 mai 2006

Dominique Aury, la vieille dame indigne de Gallimard. Une biographie de 551 pages, fût-elle de Napoléon ou de Mao, frise, à notre époque, la mauvaise éducation. À plus forte raison quand il s’agit de retracer la vie d’un personnage de second plan. Angie David, qui ne possède pas encore la main cursive, nous livre cependant, dans son gros bouquin, "Dominique Aury", la figure de cette clandestine des lettres. Elle fouille, gratte le moindre détail, met en lumière les coins les plus obscurs de cette petite dame de l’ombre qui fut au carrefour de la littérature durant quarante ans. Née Anne Desclos, devenue par mariage Anne d’Argila, elle prit le nom de Dominique Aury durant la guerre lorsqu’elle publia, à la N.r.f., une "Anthologie de la poésie religieuse française". En découvrant l’âme mystique, elle trouvait le sentier qui devait l’amener à cet érotisme méticuleux et glacé qu’elle immortalisa dans son "Histoire d’O", publiée en 1954 chez Pauvert sous le pseudonyme de Pauline Réage. Sainte Thérèse d’Avila y trouvait des pâmoisons que n’eût point reniées la Juliette du Divin Marquis. Il y a des langueurs qui ne trompent pas. En bon angliciste, Dominique Aury connaissait Swinburne et le vice anglais auquel le poète se livrait dans son cottage de Dolmancé, hommage au Marquis. Ce même Dolmancé qui s’écrie : "Il n’est point d’homme qui ne veuille être despote quand il bande." Tout un programme pour O. Dominique Aury connaît aussi les cochonneries en dentelles de Crébillon fils et a déjà publié un article sur "Les liaisons dangereuses". L’érotisme chic, a fortiori la pornographie était à cette époque dans l’air. Pierre Klossowski venait de publier l’année précédente "Roberte ce soir", hommage au fouet, à la guêpière en cuir et à l’échangisme. Mais "Histoire d’O" possède une préface de Jean Paulhan qui suscita mille interrogations sur la vraie identité de l’auteur. Qui est-ce ? Qui se cache derrière ce pseudo ? Cela devint le sujet des dîners en ville. Probablement sans tout ce bruit et le prix des Deux-Magots qui vint en 1955 couronner l’ouvrage, celui-ci serait passé inaperçu de la censure. Mauriac alerté tonne, dans ’L’Express", contre Paulhan. George Bataille et André Pieyre de Mandiargues, qui ne dédaignerait pas d’ajouter O à son "Musée noir", le défendent. Personne ne se doute alors de l’identité de celle qui se cache derrière le nom de Pauline Réage. Gilbert Lely, auteur d’une "Vie du marquis de Sade", est le seul à écrire à Dominique Aury : "On pourra me dire tout ce qu’on voudra, c’est vous, Madame, qui l’avez écrit." Tout ce charivari ne trouble pas Dominique Aury, elle continue à la N.r.f., dans l’ombre de Paulhan, son travail de fourmi laborieuse et de discrète conseillère. Elle était sa maîtresse. Mariée très jeune, divorcée aussi vite, elle a entretenu avant la guerre une longue liaison avec Thierry Maulnier, nom de plume de Jacques Talagrand. À travers lui elle connut tout le milieu littéraire de droite, de Massis à Brassillach. Après avoir quitté Maulnier, elle rejoint le maquis des Cévennes. Puis arrive PAulhan que Cocteau qualifiait, à cause de sa corpulence et de sa voix flûtée, de "coffre-fort avec une rose à l’intérieur". C’est lui qui la présente à Édith Thomas dont elle devient l’amante. C’est tout un monde que l’on découvre ou redécouvre dans ce livre. Paulhan, Maulnier, Édith Thomas, mais aussi Florence Gould, la milliardaire championne de ski nautique, amie des lettres qui ne lisait aucun livre. On voit passer Gide et Pierre Herbart, le couple maudit des Jouhandeau, Élise, qui avait dénoncé Paulhan à la Gestapo. On est au centre de toutes les magouilleries et fripouilleries de l’épuration de l’aprs-guerre. On découvre les luttes intestines du comité de lecture de Gallimard et les manœuvres qui s’y déploient. Et, au fond de son bureau, on retrouve Dominique Aury traduisant Conrad qu’elle aime passionément, John Donne et les poètes métaphysiques, annotant les manuscrits, conseillant les auteurs. C’est un monde qu’Angie David a voulu restituer. Elle y est arrivée.

Pierre Combescot - PARIS-MATCH - 5 mai 2006

De Dominique Aury, on ne connaissait que son pseudonyme, Pauline Réage, et son roman érotique "Histoire d’O". Dans une biographie magistrale, Angie David la sort enfin du secret.

La première femme à avoir décollé à Roissy, c’est elle ! Bien avant que l’aéroport Charles-de-Gaulle ne soit construit, Dominique Aury aait situé l’intrigue de son roman érotique dans cette petite ville de la grande banlieue parisienne. Cinquante ans après sa sortie, le livre est en poche, mais il brûle toujours. Et son auteure s’était si bien camouflée qu’elle restait méconnue. En 1954, donc, paraît "Histoire d’O". Le livre passe inaperçu mais, lorsque, en janvier 1956, il est couronné du prix des Deux-Magots, les aventures sadomasochistes de l’héroïne, une jeune femme offerte à tous les hommes par amour, font scandale. On cherche à débusquer l’auteur derrière le pseudonyme Pauline Réage. Queneau, Montherlant, Mandiargues, Malraux sont évoqués. Les soupçons s’arrêtent plus longuement sur Paulhan, qui a signé la préface, et sur sa maîtresse, Dominique Aury, seule femme du prestigieux comité de lecture de Gallimard. Elle ne reconnaîtra avoir écrit "Histoire d’O" qu’en 1994, à plus de 85 ans. Malgré cet aveu, Dominique Aury restait mystérieuse. Elle meurt en 1998, figée dans son image de maîtresse de Paulhan, écrivaine d’un deul roman sulfureux. Ce personnage intrigue Angie David. Comme elle, Dominique Aury est avant tout un éditeur. Comme elle, elle est secrétaire d’une prestigieuse revue littéraire (Dominique travaille à la "NRF", Angie s’occupe de "La Revue Littéraire"). Comme elle, elle est t rès proche d’un grand nom de l’édition (Jean Paulhan pour Dominique Aury, Léo Scheer pour Angie David). Comme elle, elle est passionnée par la littérature et, sans doute, par l’érotisme. La ressemblance s’arrête là ; Dominique Aury était brune, androgyne, d’allure sricte et discrète. Angie David est une jeune femme ravissante, blonde, ultra-féminine, pétillante. Sa jeunesse et sa sensualité pouvainet laisser penser qu’elle livrerait une étude très personnelle et identificatoire de l’auteure d’"Histoire d’O", avec, rit-elle, "une centaine de pages de digressions auto-érotiques sur moi, en train de lire le roman". Mais sa biographie de Dominique Aury est aussi passionnante que sérieuse. Angie David livre une exceptionnelle description du milieu littéraire français des années 1930 à 1968, et, surtout, le portrait vibrant d’une "féministe de fait" qui avait le don de double vie. Levant le pseudonyme, on en découvre un autre. Dominique Aury, née Anne Desclos, a changé de nom en prenant la plume. Mariée, elle entretient une passion clandestine avec l’écrivain d’extrême droite Thierry Maulnier. Pendant la guerre, elle s’engage dans la Résistance. Elle entre chez Gallimard pendant l’Occupation. Elle y a pour collègue la femme de Paulhan, elle devient la maîtresse de l’écrivain après la Libération. Cette existence placée sous le signe su secret s’assortit d’une exceptionnelle liberté. Bisexuelle, séductrice, libérée, Dominique Aury a-t-elle pratiqué, comme son héroïne, le sadomasochisme et l’échangisme ? Angie David déplace la question en montrant qu’"Histoire d’O" trouve sa source dans les fantasmes adolescents de son auteure et dans ses lectures. Elle souligne que le roman est avant tout littéraire. Très cru, il est aussi onirique et écrit dans une langue parfaitement classiqu. Faisant cela, elle offre à Dominique Aury la place qu’elle mérite : celle d’un écrivain dont l’imaginaire ne peut être réduit à quelques anecdotes. "Je voulais lui rendre justice, confirme-t-elle. C’est toujours agréable de rendre justice à une femme !"

Sandra Basch - ELLE - Mai 2006

O, Dominique !, DOMINIQUE AURY, par ANGIE DAVID

C’est une biographie et une enquête passionnantes et un formidable portrait de femme. Une femme multiple et une figure singulière de la littérature française, déclinée sous trois identités, Anne Desclos, Dominique Aury, Pauline Réage. Les lecteurs qui savent ne diront rien aux autres ! Deux de ces trois noms sont des vrais pseudos, un seul est le vrai. Celui d’une séductrice, amoureuse d’hommes et de femmes, entrée dans la Résistance, éminence grise du monde littéraire de l’après guerre, femme de pouvoir chez Gallimard, maîtresse de Jean Paulhan, directeur de la NRF, juré Fémina dès 1963... Ceux dont les souvenirs remontent jusuq’à 1954 redécouvrent Pauline Réage, auteure "d’histoire d’O", chef d’oeuvre du roman érotique paru chez Jacques Prévert, préfacé par paulhan et devenu classique du genre. On l’attribuera alors à plus d’un écrivain mais le public ne sut que vers la fin de sa vie (son interview par un journaliste du New Yorker en 1994) que Dominique Aury l’avait écrit. Vie privée, vie publique Pauline était Dominique, maîtresse de Paulhan mais aussi de thierry Maulnier (dès 1933), de Maurice Blanchot, de la romancière Edith Thomas, de Janine Aeply, femme du peintre Fautrier, violent et partouzard. Dominique, qui écrivit en 1943 une "Anthologie de la poésie religieuse française" cotoyait donc le diable ! Entre ombre et lumière, soufre et encens, pureté et vices, maintien et érotisme sado-maso, Dominique-pauline contre l’histoire d’o, soumise à son amant René, tandis que sa vie est une incroyable suite romanesque. "La fouettée dominique" écrivait céline. Angie David, 28 ans, journaliste à la revue littéraire, livre pour la première biographie de Dominique aury. On y trouve le scandale, la froideur, les fantasmes, la clandestinité amoureuse et littéraire, la culture, l’admiration, l’adoration, les amours multiples... On dirait que Dominique-Pauline, par délà la mort, s’est confiée à Angie. Secrets de femmes, vie privée, vie publique. On va de surprise en surprise dans ce récit nourri de correspondances inédites, explorant une vie exemplaire et libertine, révoltée et cadenassées. En 1998, à 90 ans, Dominique s’éteignait. Aujourd’hui on relit toujours Pauline. Grâce à Angie, on découvre Anne, son histoire, ses désirs, ses secrets, son destin de femme hors du commun. NICE MATIN- JACQUES GANTIE

ENTRE ROISSY ET LA RUE SEBASTIN-BOTIN

... Angie David a mené une enquête minutieuse. Elle s’est interessée à la biographie des personnes qui ont croisé Dominique Aury et Paulhan à un moment ou un autre de leur vie. Quand on a vécu, comme ce couple au saint des saints de l’édition, Gallimard, ça a fait vite du monde. Qu’apprend-on ? Déjà la façon dont Paulhan et Dominique Aury ont vécu dans la clandestinité leur longue liaison amoureuse, mais aussi leurs réseaux d’amitiés et la nature de leurs engagements politiques. On découvre, non sans un mouvement de sympathie d’ailleurs, que ces honorables intellectuels à qui on aurait donné le bon dieu sans confession, ne se contenaient pas d’une existence peuplée seulement de fantasmes pornographiques, mais qu’ils savaient passer à l’acte. Plutôt dévergondée la petite dame de chez Gallimard. Ses modèles ? La Merteuil, de Laclos, les héroines de Sade. Ses regrets ? N’avoir pas été une prosituée. Quant à ses amours, elles sont de toutes natures. Hétéros et homos. Les correspondances, aux accents parfois torrides, retrouvées par Angie David, de Dominique Aury avec la prude militante de gauche Eduth Thomas, et celle avec la talentueuse romancière Janine Aeply, épouse déjantée du non moins azimuté peintre Fautrier, sont de beaux morceaux de prose amoureuse et érotique. Mais le plus surprenant dans ce que nous révèle l’essai d’Angie David, c’est le marigot politique dans lequel a baigné avant-guerre Dominique Aury (on ne cesse d’en apprendre dans ce domaine). Ses premières armes de journaliste, elle les fait dans la presse d’extrême droite nationaliste et antisémite. Elle y croise Brasillach, Jean-Pierre Maxence, Blanchot, Claude Roy, Thierry Maulnier... Quelle ait été, déjà mariée, un long temps la maîtresse de ce dernier a laissé pantois le naïf que je suis (difficile, décidément, de se défaire des images d’Epinal qu’on traîne encore sur cette époque bien ambiguë de l’histoire de France). Angie David n’omet pas de rappeler, bien sûr la résistance que mena Dominique Aury contre les nazis de la France occupée. Un mot pour finir : que ce soit une très jeune femme, angie David, qui, en ce temps de médiocre restauration littéraire et de divers retours à l’ordre moral, se soit passionnée pour la personnalité de l’auteur d’Hisoire d’O et se soit lancée sans a priori ni tabou dans ce gros trvail des biographie, n’est probablement pas sans signification. Solidarité féminine, direz-vous. Tant mieux, quand elle se manifeste sur cet encore périlleux terrain-là. Artpress-Jacques Henric. Juin 2006.

DOMINIQUE AURY La parution, en juin 1954, d’Histoire d’O, sulfureux roman SM, défraya la chronique. Le petit milieu parisien s’interrogea longtemps sur l’identité de la mystérieuse Pauline Réage. Un homme ? Une femme ? Pour Albert Camus, un tel roman ne pouvait avoir été écrit par un individu du sexe faible. Contre toute attente, cependant, l’auteur se révéla être Dominique Aury (1907-1998), née Anne Desclos, secrétaire de rédaction à la nouvelle NRF, seule femme membre du comité de lecture de Gallimard dans les années 1950, et accessoirement la maîtresse de Jean Paulhan. En 1963, elle entrait au jury Fémina, aux deux tiers d’une vie marquée par la passion fougueuse avec Thierry Maulnier, le lien de complicité qui l’unissait à Maurice Blanchot, la liaison avec Edith Thomas comme avec Janine Aeply, et enfin la rencontre avec Jean Paulhan au début des années 40. C ’est l’histoire de ce compagnonnage littéraire qu’évoque dans un premier temps Angie David. La jeune biographe de 28 ans dépeint avec brio la vie tumultueuse de cette nonne de la NRF tendance Clovis Trouille, moins prompte à l’amour conjugal qu’au trio voire au quatuor amoureux. Au final, une biographie fouillée, s’appuyant sur des correspondances inédites, notamment avec Maurice Blanchot, et qui retient surtout l’attention par l’évocation qu’elle nous fait de la vie de l’édition en eaux troubles. A l’image d’un Paulhan en éminence noire des lettres parisiennes- sur fond quasiment indifférencié de "droite nationale" mâtinée d’antisémitisme-, travaillant à la fois pour Minuit et pour Gallimard, partageant ses amitiés entre la droite et la gauche et mettant cette duplicité sur le compte de la littérature. LA REVUE LITTERAIRE. THOMAS REGNIER. 4 juin 2006.

DOMINIQUE AURY. Née en 1907, Anne Desclos est plus connue sous l’identité de Dominique Aury, nom qu’elle a porté au long de sa carrière littéraire chez Gallimard. Mais c’est sous un deuxième pseudonyme qu’elle s’est fait connaître dans le monde entier : Pauline Réage, la sulfureuse auteure d’Histoire d’O, chef d’oeuvre de la littérature érotique publié en 1954... Cette biographie d’une femme hors du commun, libre de corps et d’esprit, permet aussi de découvrir les coulisses du petit univers littéraire parisien de l’après-guerre. PSYCHOLOGIES- juin 2006

L’AUTEUR D’HISTOIRE D’O ENFIN REVELEE. Pauline Réage, Dominique Aury, Anne Desclos... Une femme secrète, singulière se cache derrière ces trois noms. Angie David lève le voile sur cette personnalité étonnante. En juin 1954 paraît, sous la signature d’une mystérieuse Pauline Réage, "Histoire d’O, et c’est un choc doublé d’un scandale. Une jeune femme y découvre le plaisir sexuel dans la soumission- collier de chien, chaînes, marquage au fard et au fer rouge- et les châtiments corporels. La jouissance dans l’abdication évoque les grands textes mystiques. Et la prose qui enrobe ses sévices sado-maso est d’une élégance presque dix-huitième. Stigmatisé par François Mauriac dans Le Figaro, encensé par Georges Bataille dans la NRF et par Mandiargues dans la revue Critique, jugé "immoral" par la Commission du Livre, interdit à l’affichage et à la vente aux mineurs, ce cantique érotique ne dut qu’à l’intervention du garde des sceaux, et ampi d’André Malraux ; de n’être interdit ni son éditeur, Jean-Jacques Pauvert, poursuivi. Vingt ans plus tard, le médiocre film de Just Jaeckin tiré du livre provoqua une seconde polémique. Aux cris de " Pas d’argent sur notre corps !", des militantes du MLF s’attaquèrent à l’Express qui vait publié des extraits d’Hitoire d’O. Et il fallut attendre encore vingt ans pour que, en 1994, une vieille dame de 87 ans, qui avait jusque là gradé l’anonymat, reconnaisse dans un journal américain être Pauline Réage, l’auteur d’"Histoire d’o". Elle est morte en 1998 et elle s’appelait Dominique Aury. La scandaleuse était en vérité une petite femme discrète, habillée de gris, qui siègeait au jury fémina et au comité de lecture Gallimard, avait traduit de nombreux auteurs anglo-saxons, publié une anthologie de la poésie religieuse et des recueils de critiques, et qui avait été, pendant 40 ans, secrétaire générale de la prestigieuse NRF sous les autorités successives de Jeab Paulhan, Marcel Georges Lambrichs, et Jacques Réda. A celle qui, avec un seul et bref roman, mit sens dessus dessous la société française des années cinquante et dont le vrai nom était Anne Desclos, une jeune femme de 38 ans, Angie David, consacre aujourd’hui une énorme et passionnante biographie. La première du genre, nourrie d’archives et de correspondances totalement inédites. Elle raconte tout : les amours passionnelles de Dominique Aury avec Thierry Maulnier, Jean Paulhan, mais aussi Edith Thomas et Jeanne Aeply. Son passage de la droite maurrassienne à la résistance puis à la gauche bon teint. Sa détestation d’Aragon comme son indéfectible amitié pour Maurice Blanchot. Sa traversée de la vie littéraire et même politique du demi-siècle passé. Son perpétuzl goût de la clandestinité, du secret et de la légende qui s’y attache. Ses multiples, parfois insaisissables personnalités. Oui, Angie David n’a pas seulement fait un travail de recherche et d’analyse exceptionnel, elle donne aussi un livre enthousiasmant, une sorte de roman-vrai qu’on ne lâche pas et qui en dit plus sur la littérature française que n’importe quelle histoire officielle. C’est son premier ouvrage et c’est un coup de maître. JEROME GARCIN- LA PROVENCE- juin 2006

PAULINE REAGE : Sa vie, son oeuvre. Qui était l’auteur d’Histoire d’O, ce roman sado-masi paru en 1954, qui fit scandale dès l’année suivante ? Une enquête approfondie restait à faire pour comprendre un des plus grands mystères de la littérature française. Sous le nom de Pauline Réage, Dominique Aury de son vrai nom (1907-1998) rédigea Histoire d’O pour son amant Jean Paulhan , ecriavain et essayiste, mais aussi directeur des éditions Gallimard. Elle y explorait une vision de l’amour où seul compte le don de soi, un don total et sans rémission. La biographe Angie David nous offre un essai très fouillé sur la vie de Dominique Aury, permettant de comprendre cette personnalité complexe et discrète qui prit un pseudonyme pour s’affranchir et mener à bien sa carrière littéraire. Elle fut notamment la seule femme du comité Gallimard pendant 25 ans. si des zones d’ombre demeurent dans cette biographie fleuve, notamment sur les opinions politiques de Dominique Aury, cette somme n’en demeure pas moins une passionnante évocation du milieu littéraire parisien des années 1950 et de la vie d’une femme qui sut s’émanciper et exprimer les désirs interdits. FEMINA-HEBDO (Suisse)-28 mai 2006.

Le coup de coeur : Angie David.

Dans la catégorie (très) jolie blonde sachant écrire voici, après Amanda Sthers (épouse Bruel), Angie David 28 ans, à priori fille ou compagne de personne – de célèbre en tout cas – on sait tout au plus que ses parents aimaient beaucoup les Rolling Stones d’où son prénom. À son actif un "pavé" de 550 pages, exhaustif et pas frivole du tout, consacré à l’une des personnalités les plus secrètes de la littérature française : Dominique Aury, auteur, on le sait désormais, du mythique Histoire d’O. On a pu découvrir cette beauté préraphaélite – également actrice à ses heures – dans la comédie "familiale" d’Yvan Attal ( Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants) où elle incarnait la rivale de Charlotte Gainsbourg. Dans la vie (non rêvée) de cet ange, Angie David est plus prosaïquement, secrétaire de rédaction de La revue littéraire . Une double, voire une triple existence, comme l’aurait aimé l’héroïne même de son livre…

Thierry Taittinger – Gloss – juin, juillet, août 2006.

HISTOIRE D’A. Tout le monde- ou presque- a entendu parler d’Histoire d’O, roman sulfureux de la soumission physique consentante d’une femme à son, amant. Ce classique de la littérature érotique, paru en 1954 et signé Pauline Réage, était en fait l’oeuvre d’Anne Desclos, une femme singulière aussi connue sous le nom de Dominique Aury. Qui se cachait derrière ces pseudonymes ? Quel mystère abritait cette âme tourmentée, qui vécut des grandes passions avec des hommes et des femmes ? Angie David dénoue avec subtilité les fils d’uen existence qui n’a pas fini de nous fasciner. DOMINIQUE AURY.D’Angie David. Fabrice Gaignault.Marie-claire juillet 2006.

L’ARDENTE PRIERE DES CORPS. Après avori lu la première vingtaine de pages, d’une incroyabole densité, l’esprit déjà bien repu, le lecteur se demande s’il reste encore des découvertes à faire dans les 530 pages de ce volumineux opus.La réponse, étonnée, est oui. Sans doute, certes, parce que l’auteur a refusé d’élaguer, ce qui ne constitue pas forcément une qualité. Le parti d’Angie David est de faire véritablement oeuvre de philologie. C’est une somme de travail nourrie presque exclusivement de documents et correspondances inédits, sans floritudes, pour un ouvrage de référence et pas un divertissement de plage. Une femme, trois vies. De Dominique Aury, on sait qu’elle a signé du nom de Pauline Réage le sulfureux "Histoire d’O", et qu’elle fut la compagne de Jean Paulhan. Ils formaient un couple que Marcel Arland lui-même, pourtant leur ami, jugeait dépourvu de tendresse et parfois antipathique. Toute l’histoire intellectuelle des années 50 se construit autour de ces deux-là. Dominique Aury bâtit sa notoriété sur ses travaux sur les auteurs anglais classiques, une anthologie de la poésie religieuse et des traductions de Fitzgerald et Waugh. Rien que de très respectable. De quoi éloigner tout soupçon d’une quelconque tradition de l’érotisme. D’ailleurs son compagnon, Paulhan, n’a pas non plus laissé l’image d’un homme porté sur les choses du sexe, et sur les égarements de la chair. Il a vingt ans de plus qu’elle, et ils travaillent côte à côte au xCahiers de la Pléiade, puis à la tête de la NRF. Ce se sera la première femme à participer à un comité de lecture chez Gallimard, dès 1950, son sens critique, parfois acerbe, suscitant l’admiration de Gide, Lambrichs ou Arland. Angie David aborde encore l’épuration, le rôle des intellectuels pendant la guerre et par là les hésitations politiques de Dominique Aury qu’elle soupçonne d’avoir frôlé l’extrême droite bien que ne partageant pas ces positions racistes. Née à Rochefort en 1907, sous l’identité d’Anne Desclos, elle vit d’abord en Bretagne, chez sa grand-mère, avant de rejoindre ses parents à Paris. Son père enseigne à Condorcet, grâce à lui elle est la première fille admise en khâgne. Plus tard, elle étudiera l’anglais à la Sorbonne, car elle affirme se sentir trop faible en littérature. Anne Desclos a, comme Anais Nin, été très marquée par une fusion intellectuelle avec son père, par sa permissivité en matière de lectures, par sa sensualité et son amour des femmes. Mal mariée à un aristocrate espagnol dont elle a un fils, Anne entre dans le cercle des écrivains par le biais de Thierry Maulnier, son premier amant littéraire. On lui prête plusieurs liaisons secrètes, parfois des expériences féminines. Mais ce qui frappe, c’est l’ambiguité entre l’extrême modernité de cette femme dans un monde qui ne s’y prêtait guère, et parallèlement son apparence élégante, distinguée et rigoriste. Histoire d’"Histoire d’O". D’emblée, dans la première partie de cette biographie, angie David explique comment son roman, "Histoire d’o", a frappé les esprits. Publié en 1954 trois avant "le bleu du ciel" de Bataille, qui pourtant, était déjà rédigé, discrètement, il circule dans les milieux avertis, et séduit. Ce n’est pas l’histoire qui captive, mais l’association d’un récit licencieux à l’extrême avec une écriture remarquablement belle. c’est l’année de la mort de Colette, du "Monde Merveilleux" de Disney, de "Bonjour tristesse". Lorsque le jury attribue le prix des Deux Magots à "Histoire d’O", c’est cette prouesse rhétorique qu’il couronne, et non la témérité de l’auteur mystérieux qui se met à dos toutes les associations bien pensantes. Et on le conçoit. Quand aujourd’hui Catherine Millet ou Virginie Despentes indignent par le caractère impudique, voire obscène, de leurs romans, il faut imaginer il y a plus de cinquante ans les réactions de François Mauriac ou Françoise Giroud qui condamnent vertement l’ouvrage et son éditeur, Pauvert, faute de pouvoir se rabattre sur un auteur polymorphe désigné par la seule et plurielle rumeur. Et, si les milieux littéraires ont déjà essuyé des parfums de scandale avec "Venus Erotica", personne ne peut même imaginé qu’une femme ait signé "O", tant l’image du corps féminin y est assimilée à une matière de plaisir et d’asservissement. Vingt ans après la parution d’"Histoire d’O", c’est pauline Réage qui signe un livre d’entretiens avec Régine Desforges, sans dévoiler sa réelle identité, qui ne sera connue par l’indiscrétion du "New Yorker" : le journal publie, en 1989, soit neuf ans trop tôt, un entretien que Dominique Aury, Anne Desclos et Pauline Réage avait accordé en exclusivité à la seule condition qu’il soit posthume. Membre de la société des lecteurs de Jean Paulhan, Angie david a déjà publié dans le bulletin très savant de cette docte association des écrits de véritable exagèse sur l’oeuvre Paulhan. Elle a 26 ans, elle est belle comme une héroine d’Anais Nin. sUD OUEST. I.DE MONTVERT-CHAUSSY.

LE LIVRE Document Histoire d’Aury Figure emblématique de la littérature française, Dominique Aury est aussi une femme aux multiples facettes. Scrétaire de rédaction aux éditions Gallimard, Aury est plus connue sous le nom de Pauline Réage, sous lequel elle publia le classique de la littérature érotique. Histoire d’O. Les vies multiples de Dominique Aury permettent à Angie David, elle-même professionnelle de l’édition, de faire un portrait aussi complexe que documenté de l’histoire de la littérature du XX°siècle. Un livre aussi foisonnant que passionant à découvrir sans hésiter.

Christophe Greuet - MIDI LIBRE - 19 AOUT 2006

Contrairement à ce que suggère sa phonétique, le sulfureux roman Histoire d’O n’a rien à voir avec une partie de bataille navale. L’excellente biographie de son véritable auteure -Dominique Aury, dite Pauline Réage- démontre toutefois que sa vie n’était pas un long fleuve tranquille. Plongée très jeune dans l’océan des requins de l’édition, la jeune femme subit un raz-de-marée sentimental lorsqu’elle rencontra un homme de vingt ans son ainé : Jean Paulhan. Directeur de la NRF, il l’embaucha comme secrétaire, tout en la prenant pour maîtresse.Bien avant la libération sexuelle, leur amour (modèle ?) dura des années, au mépris de la sagesse des moeurs dominante. Au-delà de la passion et du (beau) portrait de femme, la jeune biographe Angie David s’avère aussi à l’aise pour raconter l’histoire de la Résistance que pour décrire l’atmosphère de la faune littéraire et intellectuelle de l’après-guerre. Une biographie modèle, qui claque comme un coup de fouet ! LIRE - DEC 06/JAN 07



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